V. Cousio
et les remuements ont tant contribué à la besogne de l'histoire de cette époque.
Ces Archives ont aussi beaucoup fourni à de menues publications faites à Venise dans un but tout galant. Il en a paru plusieurs avec des textes empruntés à cette source austère, en 1856 et 1857, et depuis, un trèsgrand nombre. Ce fait nécessite ici quelques explications, car il ne peut manquer de paraître étrange à qui connaît peu cette coutume singulière de mettre ainsi des pages d'histoire au service d'un compliment de mariage.
Or, il est à Venise , comme en plusieurs contrées d'Italie, une habitude qui consiste à publier, à un nombre fort restreint d'exemplaires, un ou plusieurs documents d'histoire, pour honorer dans les familles l'événement d'un mariage. Ce genre d'hommage imprimé se bornait jadis à l'œuvre d'un sonnet, à la façon de quelques madrigaux ou à la production d'un épithalame. L'auteur inspiré de ces galanteries avait alors le bon goût de présenter les marques de son contentement sous une forme poétique. Un jour, c'était Imeneo trionfante, un autre, la Gloria d'amore, ou la Ghirlanda delï Aurora, avec intervention des belles et agréables déesses de la religion païenne. D'aucuns reproduisaient encore d'anciennes louanges dites avec grâce sur la belle Venise, patrie de l'un ou de l'autre des fiancés, sinon de tous les deux, ainsi, des Quartine in lodedi Venezia1. Rien n'était mieux approprié à une circonstance de cette sorte que des inventions de cette qualité galante. Cette mode fut-
1 Per te nobtlissîme notze Alùi izzi-Galvagna , Vcniae, 1839.
elle estimée avoir trop duré, ou bien l'inspiration a-t-elle été tarie? Le sonnet, l'épithalame , les madrigaux, les gentillesses, les élégances et les compliments, ont en effet disparu pour faire place au document. Ces publications d'occasion nuptiale sont devenues si nombreuses , que la collection complète depuis trente années environ pourrait former à elle seule une volumineuse bibliothèque de brochures apparues sous tout format. Cette mode que Ton a fait pénétrer inconsidérément dans toutes les classes sociales a nécessité la recherche intempestive de toutes sortes de textes originaux offrant, qui plus, qui moins, une sorte d'intérêt historique. Les richesses manuscrites des Archives de Venise présentaient une nourriture trop facile à l'entretien de ce singulier usage pour que de toutes parts (surtout depuis qu'il est aisé de les approcher) on ne les mit à la question. Si nous signalons ce fait, c'est qu'il appartient par sa nature aux notes que nous avons rassemblées pour ce chapitre de notre travail ; mais notre dessein n'est pas de citer les noms des éditeurs improvisés de documents ainsi empruntés, ainsi publiés et ainsi travestis en compliments matrimoniaux. Le lecteur ne saurait attendre de nous une besogne aussi excessive, d'autant que les documents ainsi produits sont rarement le fruit du moindre effort laborieux ou d'une application particulière. Une telle coutume a son côté louable lorsqu'elle est pratiquée par des mains habiles et expertes en l'art de présenter le résultat de quelques intéressantes recherches. Loin de nous la pensée de ne pas goûter tous les agréments de ces publications faites dans un but aussi
aimable, lorsqu'elles sont l'ouvrage heureux d'un chercheur familier avec les textes. Que Cicogna, Luigi Carrer, Agostino Sagredo, Vincenzo Lazari, dom Valentinelli, Tommaso Locatelli, Guglielmo Berchet, Nicolo Barozzi, Gin -M dall' Acqua, Rinaldo Fulin , tous ceux en un mot qui font de l'étude de l'histoire une profession, se soient délassés ou se délassent de leurs studieuses fatigues habituelles en mettant sous presse quelque pièce de leur choix bien apprêtée, bien présentée, bien encadrée, pour cette galante occasion, rien de mieux! Il est d'ailleurs à penser que leur discernement les arrêtera sur quelque fragment approprié fortunéinent à la circonstance : ainsi, le récit d'une fête, l'audience d'une reine à un ambassadeur, l'inventaire des écrins d'une grande princesse, l'entrée pompeuse des envoyés de la République en quelque cour, les négociations qui ont précédé l'accomplissement d'une alliance entre maisons souveraines , la remise de cadeaux de la part d'un prince pour se concilier la faveur d'un autre, les usages du vieux temps, de spirituelles lettres, de piquants mémoires, etc. Certes, la matière abonde pour qui sait choisir. Mais qu'à propos du premier mariage venu, l'ami de famille le moins lettré pénètre en ces Archives et en tire le récit d'un conclave ou le texte de quelques dépêches politiques arrachées à l'ensemble du recueil, le fasse imprimer et le porte en hommage aux fiances ou aux époux, c'est, à notre avis, un abus, voire un ridicule. Le petit nombre des exemplaires ordinairement tirés en interdit d'ailleurs une rencontre facile aux esprits curieux qui pourraient utiliser la matière pour leurs travaux. Les
époux et les parents auxquels ils sont présentés se bornent le plus souvent, en ces jours d'hymen, à la lecture du titre de l'hommage, et plus encore à la forme de la dédicace, pour l'agrément de laquelle il est tout un répertoire d'épithètes prises au domaine de la félicité, du bonheur, de la joie, de l'élan et de l'harmonie des cœurs, de la constance des sentiments et autres états de l'âme, qui ne sont cependant pas à l'abri du temps, des orages, des incompatibilités. Ainsi, le service rendu à l'histoire par ce genre de productions est, à peu d'exceptions près, d'une nullité absolue, et l'exercice abusif de cette coutume a de plus cet inconvénient grave de permettre à tout venant de gêner en son œuvre un chercheur plus sérieux par la publication impromptu d'une pièce appelée à figurer dignement ailleurs. Il faut regretter pour l'agrément et l'embellissement des noces vénitiennes l'ancienne coutume si galante des sonnets et madrigaux tirés sur satin rose ou blanc, avec accompagnement de lettres ornées et d'emblèmes délicats, pour ces occasions chaleureuses auxquelles l'aspect froid , sévère , doctrinaire et pédant d'un document sur papier vélin est peu fait pour convenir1. Cette furieuse manie d'imprimer un texte historique pour consacrer la date et le fait d'une alliance entre familles
1 Des publication* d'un genre charmant et d'un choix heureux pour ce* circonstances nuptiales sont entre autre» celles, toute* récentes, du chevalier Antonio Cappelli, de ModAne : « Le sette altegrezze degli amunti, m texte inédit attribué à Laurent de Médicis et trouvé dans un manuscrit de Modène, puis Ballate , RispeUt d'amore e Poésie varie, extraites de manuscrit* sur la musique des xive, xve et xvi« siècle*. Cela est harmonieux et littéraire.
qui fort souvent n'ont eu et n'ont rien de commun avec l'histoire, s'est particulièrement fait remarquer aux Archives de Venise depuis la retraite du directeur chevalier Mutinelli. Oserai -je dire que, sous ce rapport , son humeur peu encourageante est regrettable? Il est du reste à espérer que l'excès même de cet usage sera l'instrument du discrédit par lequel il se perdra. Dr cette guirlande nuptiale de documents recueillis dans les Archives , nous avons réuni les fleurs qui nous ont paru les plus dignes d'être conservées. Nous les présentons à titre d échantillons curieux, devenus fort rares.
Deux dépêches du résident de la République de Venise, Kocco San Fermo, à Turin (1791 et 1792), concernant F agriculture et le commerce en Piémont, avec notes par le comte Marcello. (Pour les noces Remondini-Albrizzi.)
Relation sur le gouvernement et territoire du Frioul, présentée à iExcellentissimc Collège par le gouverneur Andréa Foscolo, le 1" juin 1525, avec dissertation sur les Relations des Rettori, par C. Foucard. (Pour les trèsheureuses noces Bergamo Venanzio.) 1856.
Relation de Bergame, lue au Sénat le 9 juin 1745 par G. B. Albrizzi au retour de sa mission, avec notes, et Considérations préliminaires sur l'importance des études historiques nationales, par Alessandro et Vincenzo Marcello. (Pour les noces Peregalli- Albrizzi.) 1856.
Dépêche de l'ambassadeur Marco Foscarini sur la création du pape Benoit XIV, publiée par les employés de l'impérial et royal commissaire du district de Venise à
l'occasion du mariage de la fille de Pasquale Govi, leur chef.) 1857.
Le Smtut inédit des noces vénitiennes, promulgué en l'an 1299, suivi d'une Notice sur les lois vénitiennes pour la répression du luxe aux xin* ', xive, xv* et XVIe siècles, par G. Foucard. (Pour les nobles épousailles, Sponsalizie, Marcelio-Zon.) 1858.
Relation du Frioul, présentée au Sénat par N. Gontarini, le 14 avril 1764, publiée par le docteur Michèle Leight. (Pour les noces Privileggi-Leicht.) 1860.
Dépêches de l'ambassade en France de Vincenzo Gradenigo et Giovanni Dolfin , envoyés auprès de Henri 1 Y à l'occasion de son avènement au trône, publiées par G. M. Franco. (Pour les heureuses noces Calza-Franco.)
Quelques dépêches de Georgio Tornielli, résident vénitien à Londresen 1 781 et 1 785 , avec Notice par M. N. Barozzi, publiées par G. Bianchini. (Pour les noces trèsheureuses Tornielli-Gobbatti.)
Les Malatesta à Venise, par M. Guglielmo Berchet. (Pour les noces Boldù-Calbo.) 1862.
Sur l'établissement d'un consulat de Venise à Marseille en 1747. Actes et décrets publiés par dom Bartoloinmeo Podrini. (Pour les noces Scola-Paetella.) 1863.
Sur l'art de la verrerie, Mémoire de Sebastiano Molin, patricien de Venise, inquisiteur aux métiers (dix-huitième siècle), publication de G. Lazari et Angelo Bolpini. (Pour les noces Bressanin-Lazari.)
Relation de la forteresse de Palma par le provéditeur général Marco-Antonio Memmo, présentée au Sénat en
1599, publiée par G. Collotta. (Pour les noces Carrainati-Occioni-Bonaffons.) 1 803.
D'une ligue projjosèe par Philippe II (dépêche de l'ambassadeur Paolo Parnta à Rome , 9 janvier 1 592 (M. V.), publiée par Giuseppe Gerometta. (Pour les très-heureuses noces Colledani-Bianco.) 1864.
Lois vénitiennes concernant les ecclésiastiques jusqu*au dix-huitième siècle. (Très-nobles noces Comello-Totto , recueil publié par le comte Angelo Papadopoli.) 1864. >
Autobiographie du duc Henri de Rohan, avec notes, dont plusieurs extraites des Archives de Venise, publiée par M. Victor Geresole. (Pour les très-nobles noces Comello- Totto.) 1864.
Giordano Bruno à Venise (documents inédits extraits des Archives générales), par l'abbé Rinaldo Fulin. (Pour les très-nobles noces Comello-Tolto.) 1864.
Lettre officielle à Carlo Capello, ambassadeur de Venise à Florence en 1529, publiée par Giacomo Piamonte. (Pour les très-heureuses noces Gci-Cini.) 1864.
Dépêche de Pietro Duodo, ambassadeur de Venise auprès de Henri IV, 29 avril 1597, par le même. (Pour les très-heureuses noces Piamonte-Gei) . 1864.
Relation d'Ant. -Marin Priuli, capitaine et vice-gouverneur de Vérone, lue au Sénat le 18 février 1797, publiée par G. H. Garbin et famille. (Pour les heureuses noces Panizzoni-Ridolfi.) 1864.
Relation du royaume de France en 1752, par Francesco-Lorenzo Morosini, avec Notes par l'abbé Rinaldo Fulin, publiées par MM. Bora, Paganuzzi, Lioni , Rota,
HISTORIENS, CURIEUX, CHERCHEURS ET vrSITEURS. 99
Pasqua lin , Trentin, Balbiani et Cucchetti. (Four les très-nobles noces de Reali Da Porto.) 1864.
Relation du congrès de Munster, lue au Sénat par Alvise Contarini, publiée par le comte Nicolô Papadopoli. (Pour les très-nobles noces Comello-Tolto.) 1864.
Relation de Candie, lue au Sénat par Bemardo Venier, duc de Candie, en 1616, publiée par les époux Costantini-Lazari. (Pour les très-nobles noces Emo-Capodilista-Venier.) 1867.
Quittons ces cérémonies et les compliments historiques dont elles ont été l'occasion, pour retrouver des souvenirs sinon plus marquants du moins plus en rapport avec ce travail.
Les recherches pendant le cours de Tannée 1858 turent assez variées. M. Bertuch, chef des chasses du roi de Danemark, informa sur V Histoire du Danemark durant les derniers siècles, et sur la libération, en 1709, du prisonnier politique Felice Ciera ; le comte Hermann de Lunzi (de Zante) recueillit d'abondantes notices sur l'histoire des Iles Ioniennes ; le docteur Migerka prépara un mémoire sur le Commerce au quinzième siècle; le professeur Cecchetti informa sur les Industries anciennes à Venise; M. Manno, sujet hellénique, sur Constantinople et la Grèce pendant l'occupation du Turc; M. Alexandre Wolf consulta les Dépêches d'Allemagne, le docteur Lampertico dirigea ses études sur les Droits et franchises à Venise au dix-septième siècle; M. Collotta eut
en vue les biens communaux , les fiefs, les mainmortes,
et le professeur Matkowich , le Commerce depuis le onzième jusqu'au quatorzième siècle. Le célèbre Ranke revint. Trente-cinq années le séparaient du temps où il avait entrepris ses grandes investigations dans cette même maison. Les temps étaient changés sous le rapport des difficultés. Il consulta laborieusement les Papiers d'État relatifs à la Grande-Bretagne, et, presque en même temps, M. Henri Gilbert rechercha des textes pour servir aux mémoires sur la Découverte de l'Amérique, et spécifier la part (pie la République de Venise a pu y prendre. Vint aussi le professeur Munch, Norvégien.
En 1858 aussi, le chevalier Mutinelli publia le quatrième et dernier volume de la Storia arcana ed aneddotica d'ïtalia d'après les dépêches des Ambassadeurs et Résidents à Rome, Naples, Florence, Milan, Turin et Mantoue. Nous avons dit quels étranges obstacles furent apportés à la perfection de cet ouvrage commencé en 1855; ajoutons que malgré ces obstacles, la réunion de ces textes est d'un intérêt très-vif, et qu'ils pourront toujours être consultés avec avantage par les historiens et chroniqueurs des choses d'Italie au seizième, au dix-septième et au dix -huitième siècle. Il n'a pas dépendu de M. Mutinelli de rendre cet ouvrage plus fécond et abondant en documents politiques. L'interdiction si regrettable qui lui fut faite est la légitime excuse de l'éditeur et de l'annotateur de cette publication , que des censeurs inconsidérés n'ont pas craint d'empêcher d'être excellente. Il est étrange de pouvoir affirmer sûrement que le titre de directeur général des Archives de Venise
fut précisément pour le chevalier Mutinelli un obstacle à la libre disposition , pour la publicité , de pièces historiques qui ne pouvaient compromettre personne, et pouvaient être utiles à tout lecteur sérieux.
L'année 1859 fut une année de guerre et d'agitations politiques. L'esprit public vénitien regardait du coté des Alpes, du Mincio et de l'Adriatique. La solitude se fit au cloitre des Fravi. La paix de Villafranca fit retomber Venise en une léthargie dont on ne saurait apprécier la profondeur à moins d'en avoir été le témoin. Temps malheureux pour toutes choses ! Jamais Venise n'a connu de plus mauvais jours que ceux des quelques années qui suivirent la signature de cette paix , estimée nécessaire par celui dont la voix puissante avait, peu de mois auparavant, ému et remué l'Italie. Les passions soulevées, mais non satisfaites, donnèrent lieu dans la Vénétie à une guerre aussi mystérieuse qu'acharnée entre le dominateur et le dominé. Plus de fêtes, une émigration formidable par le nombre et par l'activité, une lutte de chaque jour entre une police irritée sans succès, et des comités secrets bien soutenus. Partout la colère et le dépit. Plus de visiteurs étrangers. Si jamais Venise parut mériter Tépithète que Chateaubriand lui a donnée, la ville des ruines y ce rut alors. Époque lugubre! Un seul étranger, Macaulay, vint en l'année 186*0 aux Archives de Venise, mais il ne fit que passer, il les regarda et s'en alla. Je regrettai vivement que ce maitre dans l'histoire ne fit pas une plus large connaissance avec les grands écrits politiques des Vénitiens d'autrefois, écrits dans
lesquels il est de ces traits de plume appliqués au récit des affaires, qui rivalisent de chaleur et de force avec les traits de pinceau d'un Giorgione et d'un Vecellio, Vénitiens aussi.
Au mois d'avril 1861, le chevalier Mutinelli , directeur depuis l'année 1848, prit sa retraite; le comte Dandolo, que des écrits distingués signalaient à l'estime publique, fut appelé à lui succéder. Ainsi que son prédécesseur, il était homme d'esprit, fin et piquant, mais dans une tout autre donnée, et était d'humeur sceptique. Son seul sourire était tout son portrait moral. Il affecta aussitôt la libéralité, et fut d'avis que les portes de la maison n'eussent pas de clôtures. Il fit un rapport en ce sens. J'ignore s'il fut approuvé, mais il agit comme s'il l'eût été. L'attention qu'avait prodiguée son prédécesseur à la conservation jalouse des secrets du Conseil des Dix lui paraissait plaisante. A son sens, un passé pareillement accompli devait recevoir la lumière. Il n'y eut plus de catégories dans les communications et les permissions. Demander fut suffisant pour obtenir. Il est vrai de dire que les demandes furent des plus rares, et qu'en dehors des jeunes praticiens de l'école de paléographie, — aux Archives, d'ailleurs, ils étaient chez eux, — il y eut à peine assez d'hôtes pour occuper chaque jour les quelques tables à écrire dispersées dans la sala di studio.
Les seuls chercheurs cités par le protocole des Archives en cette année d'émotions belliqueuses et politiques sont : M. Giuseppe Tassini, poursuivant ses curieuses informations pour son intéressante Histoire
des Hues, Places, et Quartiers de Venise 1 ; le docteur Erizzo, réunissant les Statuts des villes de la Vénétie; le professeur MtllleT7~sâvantTssime helléniste, voué à Y Histoire de Venise dans ses rapports avec celle de l'Empire byzantin, et dont le travail fut considérable; 1 abbé Nicoletti, consultant différentes matières relatives aux mines, aux armes de guerre, etc. En 1860, le cbevalier Sardagna recueillit de nombreuses pièces pour servir à V Histoire militaire de la République, et M. Fabris s'occupa de la procédure des Avogadori di comun.
Un des premiers noms qui se présentent sous cette nouvelle période est celui de Giovanni Battista Lorenzi. Le travail de ce patient investigateur mérite les plus chaleureux éloges. Depuis cette époque (1861) jusqu'aujourd'hui, M. G. B. Lorenzi , coadjuteur à la bibliothèque de Saint- Marc, n'a cessé de consulter les immenses collections réunies aux Frari pour en tirer les plus nombreux et les plus intéressants textes propres à illustrer l'œuvre grandiose qu'il a entreprise de publier sur le Palais Ducal. 11 se trouvait alors à Venise un illustre écrivain anglais, John Ruskin , à qui son livre magnifique, « The Stones of Venice » , a valu la plus honorable réputation. M. Ruskin, enthousiasmé par les savants propos de M. Lorenzi , tint à honneur d'en faciliter la réalisation,
1 Curiosttà Veneziane OVVero orîgini délie denominazioni stradali di Venezia, del dottor Giuseppe Tassini, Venise, 1858. Depuis cetle publication, M. Tassini en a entrepris une seconde non moins intéressante, «rai est un recueil de toutes les condamnations prononcées par le Conseil des Dix.
et prit aussitôt à sa charge les frais nécessaires pour une publication de cette importance. « Monuments pour SEfiVlB a l'histoire du Palais Ducal de Vknise , ou série d'actes officiels y relatifs depuis 1253 jusqu'en 1797, extraits des Archives de Venise et coordonnes par Giaxba- TISTA Lorenzi , coadjuteur à la bibliothèque de Saint-Marc ; tel est le titre adopté pour ce précieux répertoire 1 . Il était d'abord entré dans la pensée du patient raccoglitore dv borner son œuvre à un seul volume, mais les richesses qu'il a rencontrées l'ont envahi, et l'édition, pour être parfaite, exigera trois volumes formant trois parties différentes. La première a été livrée à la publicité, et contient onze cent quarante-neuf documents intelligemment classés et répartis, comprenant la période de l'histoire du Palais depuis 1253 jusqu'en 1600. La seconde embrasse donc le dix-septième siècle, la troisième, le dixhuitième. L'histoire du Palais Ducal, considérée sous divers aspects, sous tous les aspects, art, politique, administration , c'est en vérité l'histoire de Venise même , avec l'animation de ses magistratures et le personnel extraordinaire de ses Conseils. Que de faits curieux s'y rattachent ! que de souvenirs ! que de grandeurs et de défaites ! Ainsi présenté , ainsi conçu , l'ouvrage de Giovanni Battista Lorenzi ne peut manquer d'être, pour l'historien et l'artiste, un des monuments écrits les plus utiles et les plus attachants. Il convient de louer l'auteur, et de rendre grâces, en même temps, au libéral
! Tire à trois cent* exemplaire* seulement, dont cent cinquante *ur grand panier collé et deux cent cinquante sur vélin ordinaire in-quarto. (Venise, Typographie du commerce, de Marco Visentini, 1868.)
étranger qui a voulu se faire ainsi le patron généreux de l'importante entreprise du modeste coadjuteur.
M. Costantini consultant les actes des Avogadori di eomun , le comte Girolamo Zinnani préparant une étude sur le chef de {pierre Gattamelata , M. Durazzo recueillant les relations sur Rovigo, M. Lampertico sur Vicence, M. Cavattoni sur Vérone, et M. Joppi sur Udine, le Dr Trevisanato informant sur Y Histoire de la médecine, le Dr Gustave Oppert sur Y Empire du Mogol, M. Zanetti sur Murano, le Dr Carlo Bullo sur C/u'oggiOj^f.. Paulovicn et IraTjÏÏé SiméonTniûEicîi surla DaTmatie, M. Lafranchini sur Vérone au quinzième siècle, lady Campbell, curieuse de connaître les textes politiques laissés par Fra Paolo, et le comte Broel Plater attiré par ses études sur les Correspondances des États d'Italie avec la Pologne, forment le personnel ayant eu accès aux Archives en 1861 et 1862.
L'année 1863 présente des noms déjà cités auparavant; les nouveaux venus sont M. Alberto Errera, travaillant à un Essai sur Y Art de la verrerie; le Dr Luigi Méry, en quête de documents sur la Dalmatie; M. Teza , s'engageant dans une étude excellente à faire sur les Réformateurs à l'Université de Padoue, et le professeur Giuseppe de Leva, remarquable historien de Charles- Quint.
Les dépêches de Pologne furent communiquées au Dr Pilinski , celles des Cantons suisses à M. Victor Ceresole 1 , des États d'Italie au professeur Minotto, du Congrès
1 Lu République tle Venise et les Cantons suisses, \u\r M. Victor
île Munster à M. de Magnoncourt . en mission alors pour recueillir tous les actes européens relatifs à ce grand congrès. L'abbé Rinaldo Fulin, esprit charmant, avide de savoir, prompt et habile aux recherches, commença alors à interroger les Archives, auxquelles il a depuis arraché tant de secrets pour l'utilité de l'histoire et pour l'agrément et l'instruction des auditeurs qui ont assisté cette année à ses ingénieuses et érudites conférences.
M. de Magnoncourt ne fut pas le seul Français qui, cette année, mit à profit les papiers de la Chancellerie vénitienne : M. Havaisson , occupé depuis longtemps déjà par des recherches sur l'histoire particulière des prisonniers de la liastille, réunit les dépêches des ambassadeurs de Venise à Paris qui ont parlé de la célèbre prison et des hôtes que le Roi et ses ministres trouvèrent bon d'y envoyer.
M. Armingaud , élève de l'école d'Athènes, aujourd'hui professeur d'histoire au collège Rollin , étudia les textes du moyen âge relatifs à Y Empire latin à Constantinople. Ce jeune historien fit une étude approfondie des sources diverses conservées sur cette époque, et son séjour à Venise fut de plusieurs mois. La bibliothèque de Saint-Marc l'attira aussi, et il y prit copie des Discours politiques de IS'icctas ( horisala , écrivain grec du commencement du treizième siècle.
Ceresoi.k. CurieaSC et importante publication résumant avec l'indication et l'analyse des documents diplomatiques les plus variés, l'histoire des rapports ài animés qui existèrent de tout tempe entre Venue et les Cantons. M. Victor Ceresole, aujourd'hui consul de la Confédération helvétique à Venise, est un des étrangers (fui connaissent le mieux ces Archives.
La présence de M. de Mas Latrie renouvelée en 1863 aux Archives de Venise, et le genre, nouveau pour lui , des documents qu'il indiqua pour être copiés, m'obligent à entrer ici dans quelques détails particuliers. Depuis quelque temps, M. le comte Walewski avait la généreuse ambition d'attacher son patronage à une publication qui correspondit par sa nature à celle qu'avaient entreprise MM. Abel Desjardins et Canestrini, sous les auspices du ministre de l'Instruction publique : Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane. M. le comte Walewski, alors ministre d'Etat, avait dans son département la division dite des Sciences et des Lettres. Ce ministre, que ses fonctions politiques précédentes avaient mis à même de bien connaitre l'importance et l'intérêt, en histoire, de bons documents émanés de la plume de bons ambassadeurs, accueillit avec bienveillance la proposition que lui adressa M. de Mas Latrie de faire réunir les dépêches des ambassadeurs vénitiens à la Cour de France qui n'avaient pas encore été copiées et étudiées.
Il s'en fallait, en effet, de beaucoup que tous les documents diplomatiques relatifs à notre histoire eussent été examinés et transcrits. Pour notre part, les commissions que nous avaient données les ministres prédécesseurs de M. le comte Walewski, ne s'étaient pas étendues au delà du règne de Louis XIII. Le siècle de Louis XIV, le siècle de Louis XV et de Louis XVI avaient peu fourni à des recherches attentives, régulières, poursuivies avec soin, dans ces Archives si riches en dépêches et en rapports. M. de Mas Latrie, désireux
sans doute de cjuitter pour un moment le champ des études du moyen âge qu'il avait jusqu'alors spécialement cultivé, fit connaître par un rapport ses intentions et ses ambitions à M. le comte Walewski. Je dois penser que mon honorable confrère voulut bien ne pas oublier que j'avais consacré plusieurs années consécutives au dépouillement et à l'examen de tant de documents appartenant à la série des dépêches vénitiennes sur la Cour de France, et signaler au nouveau ministre les missions dont m'avaient honoré ses prédécesseurs. M. le comte Walewski, en effet, étant à la veille de décider que la publication des dépêches des ambassadeurs vénitiens était de nature à mériter l'attention et l'appui du gouvernement, autorisa plusieurs conférences entre M. de Saux, chef de son cabinet, M. Bellaguet, chef de division des Sciences et des Lettres, M. de Mas Latrie et moi. A la suite des entretiens qui eurent lieu, le Ministre prit l'arrêté du 14 juin i8b*3, décidant la publication en langue italienne et française des textes diplomatiques ordinaires des ambassadeurs de la République auprès des Rois Très-Chrétiens.
Les soins de ce travail important furent divisés de sorte que le règne des Valois et celui de Louis XIII me furent réservés, ainsi que ceux de Henri IV, de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI échurent à M. de Mas Latrie. Ce grand recueil est encore en préparation, et a nécessité plusieurs fois, depuis 18fil , la présence de M. de Mas Latrie à Venise pour reconnaître et recevoir les copies commandées. Lorsque paraîtront les premiers volumes de cette intéressante série
de dépêches sur cette suite de tant de règnes, les historiens et les lettrés sauront que c'est à M. le comte Walewski que revient l'honneur d'en avoir décidé la mise au jour.
En 1 864-, les Mosaïques de Saint-Marc Rirent l'objet des recherches de M. Saccardo , lajj^ndition de Yeni^-ut* moyen âge l'objet de celles de M. T. Wûstenfeld. Emmanuele Cicogna réunit pour M. Zantedeschi les pièces relatives au Professorat de Galilée à l'université de Padoue, le docteur Errera interrogea les Dépêches de /tome pour en extraire les détails sur les Procès du Saint-Office, M. G. Lumbrosa instruisit sur les Lois criminelles, et If. James Nathaniel de Rotliscbild consulta les Dépêches des ambassadeurs à la cour de France sous le ministère aussi actif qu'entreprenant du duc de Choiseul. Si M. de Rothschild, qui est un lettré dans tout le sens heureux du mot , et qui a voué une part de ses sentiments d'affection aux très-rares et très-beaux livres, a étudié les dépêches écrites sous ce ministère pour en produire l'histoire, il faut le louer du choix heureux de son sujet. Sous ce long règne de Louis XV, en effet, traversé par des systèmes politiques si opposés et si variables, il est peu de questions historiques plus intéressantes à méditer, à éclairer et à discuter que celles qui se sont produites sous le ministère du duc de Choiseul, soleil brillant entre deux satellites de peu de gloire, Bernis et d'Aiguillon.
Le baron de Hiibner vint l'année suivante. Ses goûts
politiques se seraient trouvés alors inoccupés, si pour charmer les loisirs que venait de hii créer sa démission de toutes charges dans l'Etat, il n'eût porté son attention sur l'examen des dépêches vénitiennes datées de la Cour de Rome sous le pontificat de Sixte-Quint. M. de Hiïbner fut plein d'ardeur pour cette belle étude. Des Archives de Venise, il passa à celles de Florence, et de ces dernières a celles de Home, auprès desquelles il apprit sans doute le moyen de reparaître promptement dans le service actif de l'État et du prince. Peu de temps après son arrivée, en effet, il fut nommé ambassadeur à cette Cour pour l'empereur d'Autriche, son souverain. A la même époque, M. Charles Jarre s'enquit de pièces relatives aux Templiers, et recueillit les documents sur les derniers rapports de Venise avec la France. L'abbé Magrini, pour un essai sur la Vie et les œuvres de Palladio, le docteur Odhner pour V Histoire de la Suède jusqu'en 1<>54, le docteur Klia Lattes pour I un Essai sur le (^ommerce , l'industrie et l'agriculture (de 1300 à 1500); M. Gardiner Rawson occupé de J l'histoire du Règne de Jacques le pj^fcsseur Valsecchi de J^examen analytique des Statuts en ftalie, MT Sigismond Spitzer de l' Histoire de l'Empire ottoman, fréquentèrent aussi, dans le cours de Tannée 1865, la Sala dei studiosi. A cette date encore appartient l'intéressante mission du comte de Laferrière-Percy, revenant alors de Florence, de Naples, de Rome, de Modène et de Mantoue, après avoir passé par Londres et Saint- Pétersbourg, dont il avait successivement exploré les Archives pour l'avantage et le profit du grand recueil
HISTORIENS. CIRIEUX, CIIERCIIKl RS ET VISITEI RS. 111
des Lettres privées et des missives de Catherine de Médieis , dont Ja publication lui a été confiée.
Le chiffre diplomatique sous la République de Venise, si grande maîtresse en affaires secrètes, si jalouse de ses communications, si vigilante à l'endroit de ses délibérations, avait été l'objet des soins les plus attentifs de la part de ceux qui la gouvernaient. Dès le moyen âge la République avait des chiffreurs {eifristi) , et dès ces temps reculés elle avait confié au Conseil des Dix la surveillance, la garde et l'invention sans cesse renouvelée des chiffres d'État. Le chiffre vénitien méritait donc une étude spéciale : il a trouvé son historien dans la personne de M. Luigi Pasini, jeune employé aux Archives, et que tous ceux qui ont fréquenté la Sala di studio pendant la direction de M. Mutinelli et du comte Dandolo, ont bien connu. Préposé à la surveillance de cette salle, ce jeune et intelligent employé s'est acquis l'estime et je pourrais dire l'affection de chacun. Essentiellement instruit du classement des archives proprement dites de In République, il sut être utile à tous par son expérience obligeante, et c'est de toute justice de ne pas quitter ce chapitre sans consacrer à ses services un souvenir reconnaissant. L'histoire des chiffres et l'étude de leur interprétation ont été l'entretien tout spécial de sa curiosité. Les documents qu'il a réunis sur cette matière originale sont abondants, précis, propres à éclairer vivement cette science peu cultivée des écritures secrètes. Nous connaissons l'ensemble de ses travaux, et nous en annonçons le résultat aux curieux avec une satisfaction
d'autant plus grande que nous sommes assuré de l'intérêt particulier qu'ils trouveront à consulter un ouvrage aussi véritablement original que le sera celui de M. Luigi Pasini. Il commença, dès l'année 1865, à former le recueil considérable des documents spéciaux à l'histoire du chiffre diplomatique de la République de Venise, et, depuis, la collection qu'il a formée peut être regardée comme un répertoire dont l'intérêt s'adresse à toutes les chancelleries et cabinets de l'Europe. Jusqu'à présent, aucun travail de ce genre n'aura été produit aussi complet et aussi varié.
Les Archives de Venise comptent aussi parmi leurs plus fidèles fonctionnaires le professeur Cecchetti. Nous l'avons nommé déjà plusieurs fois dans le cours de ce chapitre, mais l'assiduité de sas études mérite mieux qu'une simple mention. Il a déjà fourni à la publicité sur ces Archives de nombreux mémoires utiles à consulter, sortes de guides pratiques pour la production desquels les historiens et les chercheurs doivent toujours manifester de la reconnaissance, car, pour la sûreté des investigations, il n'y a point de meilleur conseiller qu'un simple catalogue pratique. M. Cecchetti en est encore à devoir produire un grand travail d'ensemble. Nous supposons en effet que tous les opuscules qu'il a publiés jusqu'à ce jour n'en sont que les apprêts. Néanmoins, on ne peut consulter qu'avec avantage ses différents mémoires , qui presque tous ont été lus dans la docte compagnie de VAtenco Veneto. En l'année 186(î, il a mis au jour une étude intéressante sur les Lois de fa liepublique concernant ies prisons de /'État, des Moles statistiques en colla-
boration avec M. F. Gregolin, et depuis cette époque différents autres travaux que distinguent à la fois et le cachet de l'érudition et le caractère de l'utilité1.
Le 26 juillet de l'année suivante, en 18GG, un étrange visiteur se présenta aux Archives de Venise. Sa visite a, depuis, fait bruit dans le monde. Ne pas en exposer les détails dans ce chapitre, qui est comme un Journal de ces Archives, serait faire preuve d'une réserve et d'une discrétion peut-être excessives. Tous les laits qui se rattachent au séjour, si bref qu'il ait été, de ce visiteur inattendu, forment d'ailleurs l'entier épisode qui a nécessité trois mois plus tard la rédaction de l'article XV III du Traité de Vienne. Or l'importance de cet article pour l'intégrité des Archives vénitiennes étant considérable, le récit des circonstances qui en ont soulevé la discussion et produit la rédaction ne saurait être ici hors de cadre.
Le 5 juillet de l'année 18f>(>, la Venétie fut cédée à la France. Au sens rigoureux du mot, dès le 5 juillet par conséquent , l'Autriche n'avait plus aucun droit de souveraineté à exercer en Vénétie. Mais comme un KlMpire qui compte dans une province environ cent mille hommes d'armes et une administration considérable, ne
1 Le* pi im-i|>al<*.4 publication* du chevalier Harlnlommeo CkcciiKiii . premier aecrétairc actuel de* Archives de Venise, «ont : (ili Arclticii délia Repubblica Vmeta dut sevoto tut al xix. — (iti Archivii délia Hepubblica ed il Xotarite , schéma di un opéra (1804). — - Sali' fstitutionc dei Magistrati drllu ftepalihlica Venela finit ni W>c**/<> xiii. Memoria, 18l).">.
— Uit't YtxtVt neqfl .{'diii'ii di Venciia. Rela/ioiie . 1806. — // l>ogr.
— ht i'tla vÀrilr dei Vraezmai , etc.
peut la quitter aussi vite qu'un locataire le ferait d'une maison, et qu'un tel ouvrage, traité par voie diplomatique, exige un cérémonial à observer pour l'envoi, la réception et les conférences des plénipotentiaires, il résulta que l'Autriche figura encore dans la Vénétie pendant plusieurs mois. Son rôle naturel, pendant ce temps nécessaire à la dernière exécution des conventions, eût dû être passif : il le fut en toute perfection à de nombreux égards ; il ne le fut pas du tout à divers autres.
Dix-sept jours après celte cession de province faite par un Empereur à un autre Empereur, et avant l'arrivée du représentant du souverain en faveur duquel l'acte de cession avait été reconnu, un Religieux de l'ordre de Saint-Benoit, sujet autrichien, historiographe, Morave d'origine, homme fort instruit d'ailleurs, Dom Béda Dudik, se présenta aux Archives de Venise, accompagné d'un sous-lieutenant d'artillerie. Nul n'était avisé de l'arrivée de cet étranger, moins encore de l'objet de sa mission. Introduit dans les pièces de la direction, le moine, appuyé de l'officier son paladin, montra des façons de conquérant. Le directeur (comte Dandolo) n'étant pas encore présent, le sous-directeur (chevalier Toderini) reçut les deux visiteurs. A la soudaine réquisition que l'un d'eux adressa sur un ton impérieux au sous-directeur pour avoir la communication des Catalogues officiels des Archives, afin de procéder, disait-il, au dépouillement qu'il avait commission de faire, M. Toderini répondit avec tranquillité qu'il n'appartenait pas ù lui, subordonné, mais à son chef, le directeur général, de reconnaître un pareil ordre. Dom Béda, tout en
affectant de l'indignation pour ce peu d'empressement, comprit cependant la parfaite convenance de la réponse, et consentit à attendre le chef des Archives, qui, sur ces entrefaites, arriva. Le moine et son chevalier furent aussitôt introduits dans son cabinet. Dom Béda prenant alors la parole, remit au comte Dandolo une lettre ouverte, écrite en langue allemande, d'après laquelle, par ordre exprès de Sa Majesté L'Empereur François-Joseph, M. le comte de Crenneville, son aide de camp général, lui donnait ordre, à la date du 17 juillet, de se rendre aux Archives Je Venise pour y examiner, choisir et emporter tous les documents concernant l'Istrie, la Dahnatie, l'Albanie, les territoires d'Aquilée, de Gorice et de Marano, les dépêches des anciens ambassadeurs de Venise en Allemagne, en Pologne et en Suisse, et tout ce qui serait indique dans un catalogue qu'il lui appartenait de former. La surprise, ou, pour parler plus juste, l'émotion du chef respectable des Archives de Venise fut extrême, et dans le rapport intéressant qu'il a fait de cette exécution du '22 juillet, il n'hésite pas à dire qu'il s'étonne d'avoir pu contenir l'indignation que l'injonction d'un ordre aussi regrettable lui avait fait éprouver.
Le comte Dandolo, ainsi sommé, répondit aussitôt que sans mettre en doute la véracité de cette commission, il ne pouvait l'accepter avant de l'avoir reconnue, et que vu son ignorance de la langue allemande, il devait, avant toute réponse, la faire traduire par un des employés au service de la direction. La traduction faite, M. Dandolo comprit que d'après la teneur perfide de
l'intimation, le moine pouvait, sans aucun ménagement,
dépouiller ces incomparables Archives de tout ce qu'elles renfermaient de plus précieux. Toutefois il fit observer qu'il ne connaissait pas la signature « Crennevillc » , et que si un aide de camp était l'intermédiaire habituel de l'Empereur pour faire parvenir les ordres à son armée, le minisire d'État était le seul à qui il appartenait de transmettre les ordres de Sa Majesté aux autorités administratives. Sur cette observation très-nette, le moine et le paladin jetèrent les hauts cris, luttant à qui des deux empêcherait ce vieillard ofFensé de donner cours à ses trop justes réclamations ; mais le comte Dandolo s'adressant directement à l'officier, lui dit : « Le silence, Monsieur, doit être ici votre fait. Jusqu'à présent, votre rôle en cet endroit n'est et ne peut être que celui d'un témoin : l'exercice de votre mandat tout spécial ne commencera qu'avec l'emploi de la force. » Ainsi finit l'altercation. Revenant alors à la mission du moine, le comte manifesta sa surprise de ce que l'Empereur pût ainsi se contredire par un ordre qui détruisait une décision émanée, non pas des Princes ses prédécesseurs, mais de Sa Majesté même, et dont la teneur se trouvait dans les actes officiels, décision précieuse qui assurait depuis 185 4 aux Archives de Venise leur intégrité perpétuelle. Le décret avait-il été rapporté ? Non. Des répliques si vives et si précises n'étaient pas laites pour calmer les ardeurs du Religieux. Des menaces de contrainte par la force armée furent proférées, et l'invasion des Archives fut annoncée comme devant être immédiate. Le directeur comprit alors (pie toute lutte serait inutile, car il devenait manifeste que l'officier
d'artillerie n'avait accompagné le religieux que pour décider, si l'occasion le voulait, du nombre de soldats qui seraient nécessaires à l'envahissement de l'édifice et au transport des Archives de l'ancienne Venise sur un bâtiment autrichien. Sa déclaration — la seule que pour le moment il put faire — fut que, sans rien rétracter de ses observations, il cédait non à la raison, à la justice et au droit, mais uniquement à la force, et surtout parce qu'il n'avait en son pouvoir aucun moyen de résistance. Il fut alors décidé du mode applicable à l'exécution de cet enlèvement. Le directeur choisit pour assistant le jeune employé aussi fidèle que sagace dont nous avons parlé précédemment, M. Luigi Pasini, avec mission de prendre une note exacte de chaque registre et liasse destinés à faire partie du butin de l'ennemi. L'heure tardive empêcha l'exécution pour le jour même, il fut convenu qu'elle serait effectuée le lendemain.
Le directeur avait néanmoins conservé quelque espoir d'empêcher ce méfait par un recours plein de loyauté et de courtoisie auprès du gouverneur militaire, le général baron Alemann. Il lui exposa tout ce qu'avait de grave un tel excès, combien insolite était la forme de cette mission , combien était atteinte sa responsabilité personnelle à l'égard de Venise, de l'Italie, de l'Europe même. Le Gouverneur déclara authentique la signature de l'aide de camp de l'Empereur, positive la volonté de Sa Majesté, et déclina, courtoisement d'ailleurs, toute autre ingérence que celle qui lui était prescrite.
La ville de Venise s'émut. L'Institut dressa un mémoire, la Municipalité un autre. Le Gouverneur mili-
taire repondit à l'Institut et à la Municipalité une même chose en termes différents. On en appela nu consul général de France, qui sans doute ne se rendant pas un compte suffisant de l'état politique des choses et de la valeur du traité de cession à la France, traité qui désormais plaçait la Vénétie sous le droit des gens, déclara, dans son embarras, qu'il en référerait à son ministre. Le marquis Pepoli , gouverneur des provinces déjà libérées, averti, instruisit par voie rapide l'Empereur des Français et le Ministère italien. Mais tout cela
demanda des heures et des jours, et pendant ce temps le spoliateur procédait à son ouvrage.
Le matin du 22 juillet, en effet, des huit heures, Dom Beda Diidik s'était présenté aux Archives, en la même compagnie de l'officier d'artillerie, suivi cette fois d'un peloton de soldats du génie. Iteçu par le jeune et intelligent employé à qui était incombé le pénible devoir de l'assister, l'envahisseur accomplit ce que sans doute il appela « son devoir » avec une rigueur sans limite. Nul égard pour les séries les plus indispensables à l'étude de l'histoire des Vénitiens! N'eût-il encore dérobé que les cartons renfermant des documents d'un intérêt spécial à l'Autriche, cet acte aurait pu sinon être excusé, du moins être expliqué et atténué. Loin de lui cette réserve si juste et si bienséante! Il enleva sans nulle hésitation les cartons des Délibérations du Sénat, ces preuves journalières et séculaires de la vie politique de Venise au temps où elle était une puissance, titres intimes de son histoire, pour lesquels le respect était plus qu'un devoir. Etait-ce l'Empereur qui lui avait prescrit ce rapt plus
particulièrement que tout autre dans ce noble édifice qui n'appartenait même plus à son empire? Personne ne le voudra croire. Et lui eût-il même encore appartenu, eût-ce été son droit de faire ravir ces grands recueils pour l'ornement des collections de son palais, dans ses provinces allemandes héréditaires?
En ces deux jours du 22 et du 23 juillet, le moine autrichien, militairement soutenu, enleva à la ville et commune de Venise treize cent trente-six registres, cartons et liasses, dont la disparition détruisit manifestement la glorieuse harmonie des grandes Archives vénitiennes.
Loin de nous cette ingénuité de croire que l'Empereur d'Autriche ait prémédité l'exécution des opérations violentes de Dom Béda Dùdik ! Notre conviction même est que dans les circonstances politiques fort douloureuses où se trouvait, au mois de juillet 1866, son auguste maison , François-Joseph avait à l'esprit et au cœur d'autres préoccupations que celle d'envoyer à Venise un religieux pour opérer l'enlèvement de documents antiques.
Sa Majesté ne fut, selon nous, que peu responsable des actes funestes de son mandataire. Le seul coupable fut cet explorateur des Archives de Venise pendant les journées des 21, 22 et 23 juillet 1866. Lui seul avait « ourdi cette trame, soulevé cette brigue, tendu ce piège, creusé cette mine » pour la faire jouer et éclater au moyen de la signature impériale trop aisément surprise, mais, nous pouvons le dire aussi, obtenue vainement, puisque le 3 octobre suivant, à soixante et onze jours de date, Sa
Majesté, par l'article XVIII du traité de Vienne, convenait que « les documents historiques et politiques de l'an cienne République de Venise seraient remis dans leur intégrité aux commissaires désignés à cet effet » Il est
vrai aussi qu'entre la promesse stipulée par un traité et l'accomplissement de cette promesse, les distances sont quelquefois énormes, quand elles ne sont pas infinies.
Mais si tardive qu'ait été la réparation, nous devons reconnaître qu'elle a été complète, et que le Gouvernement de l'Autriche a montré, en dernier lieu, un esprit de conciliation et de bienveillance qu'on ne saurait trop louer. M. BartolommeoCccchetti, dans un discours qu'il a prononcé à Y Athénée de Venise, et dans lequel il a exposé avec une grande lucidité toute cette délicate affaire des restitutions , a dit ingénieusement que l'acte violent de Dom Béda Dudik fut, par les résultats acquis dans les négociations qui ont suivi, une sorte de bonne fortune pour les Archives de Venise. Sans cette invasion à main armée, en effet, que rien ne pouvait justifier, comment et à quel propos les Ministres plénipotentiaires italiens auraient-ils pu faire revivre cette question des déprédations accomplies depuis le traité de Campo-Formio ? Certes, il y avait bien prescription pour celles qui remontaient à une époque aussi éloignée ! Il eût donc été impossible de rappeler avec succès l'attention de l'Autriche sur ces faits accomplis, si le caractère malfaisant des actes récemment commis par l'envahisseur Diidik , n'avait fourni un aliment solide à d'énergiques réclamations de la part des plénipotentiaires accrédités pour traiter des intérêts italiens aux conférences de Vienne.
L'Autriche, — et c'est fort à son honneur, — ne trouva pas injustes les considérations exposées par les négociateurs. L'article XVIII fut adopté, et la libéralité des termes dans lesquels il fut énoncé ne laissait en vérité rien de plus à désirer qu'un prompt accomplissement des conventions. Les deux Gouvernements intéressés y mirent la main au printemps de l'année suivante. Le comte Louis Cibrario et le commandeur Bonaini, pour l'Italie, le baron de Hurler et le chevalier d'Arneth, pour l'Autriche, furent désignés commissaires par leurs souverains respectifs. Le siège des conférences fut Milan. Douze séances, dont la première eut lieu le 15 juillet, furent consacrées aux discussions. Mais les stipulations sur lesquelles s'étaient accordés les honorables Commissaires n'ayant pas reçu l'assentiment du Cabinet de Florence, et MM. de Bttrger et d'Arneth s'étant refusés à l'admission de bases nouvelles, les conférences furent déclarées rompues sans résultat aucun. Tel fut le premier épisode de l'affaire des restitutions. Puis advinrent les complications politiques de l'Italie au sujet de la question romaine d'une part et du ministère Rattazzi de l'autre, et l'année 1867 s'écoula sans qu'on eut paru penser à l'article XVIII du traité de Vienne. Mais l'honorable comte Menabrea, à qui l'on avait dû l'adoption de cet intéressant article, était, en ces conjonctures, devenu président du Conseil du Roi d'Italie et secrétaire d'État pour les Affaires étrangères. Ce sage Ministre, par une correspondance habile et mesurée, sut remettre sur table les négociations si malencontreusement rompues l'année précédente. Les mêmes Commissaires se
réunirent cette fois à Florence, où, le 14 juillet 1868, les conférences aboutirent ù In convention internationale dont voici les deux premiers articles :
1° L'Autriche rendra à l'Italie ce qu'elle a emporté des Archives de Venise et de la Bibliothèque de Saint-Marc, depuis la paix de Campo - Formio (1797), à l'exception des recueils de dépêches des Ambassadeurs vénitiens en Allemagne
2° Quant aux dépêches ci-désignées , l'Autriche s'oblige à en communiquer les originaux , partie par partie (sous promesse qu'elles lui seront retournées dans un temps déterminé), au Gouvernement d'Italie, dans l intérêt des savants qui auraient à en faire f objet de leurs études.
Cet article de la cession à l'Autriche des dépêches des Ambassadeurs de Venise en Allemagne avait été le point noir des premières conférences. Le Cabinet italien avait trouvé étrange que l'Autriche prétendit à la possession légitime des dépêches vénitiennes, en n'ayant d'autre titre à faire valoir que le lieu où elles avaient été écrites. En droit international, cette prétention, en effet, était chose nouvelle et la plus extraordinaire qui se pût entendre. Au point de vue rigoureux du droit, le Cabinet italien pouvait donc avoir raison. Mais en ces circonstances s'agissait-il de droit absolu ou bien d'une transaction? N'est-il pas juste de dire qu'ici il n'y avait qu'à agir avec souplesse et dextérité, et se demander si la concession motivée par l'Autriche pouvait un seul instant entrer en ligne de pair avec les avantages des restitutions immédiates qu'elle se reconnaissait prête à faire? Comment! vous compromettiez le sort de tous les
manuscrits et de tous les objets d'art enlevés à Venise depuis Tannée 1797 pour ne pas vouloir céder trois cents et quelques liasses de dépêches écrites de Vienne, dépêches dont on reconnaissait la communication obligatoire sur votre simple demande? Pour ces trois cent quarante-quatre volumes dans la conservation desquels l'Autriche aimait à voir une innocente consolation, vous vous faisiez plus que difficiles! C'en était trop de la part de ce ministère Rattazzi. Et son successeur n'a certes point abaissé l'honneur de la patrie en accédant au vœu des commissaires autrichiens qui depuis lors, disons-le, à leur vraie gloire, se sont montrés conciliants, bienveillants, libéraux et courtois. La convention, en effet, une fois signée, deux Commissaires nouveaux furent députés à Vienne pour reconnaître, vérifier et recevoir les quelques milliers d'articles vénitiens dont les Archives de Cour et d'État et la Bibliothèque Impériale avaient été enrichies, à des époques diverses, depuis le traité de Campo-Formio. M. Tommaso Oar, directeur actuel des Archives de Venise, et M. Giacometti, député au Parlement, accompagnés de M. Cecchetti, en qualité de secrétaire de la Commission , se rendirent à Vienne. L'accueil qui leur fut fait par M. d'Arneth , directeur des Archives de l'Empire, fut loyal et honorable, et les restitutions ont été accomplies avec libéralité. Ainsi a triomphé le parti de la juste revendication sur celui de l'accaparement et de l'invasion. Leçon nouvelle qui peut-être pourra servir à prévenir désormais des faits aussi déplorables que ceux du mois de juillet 1866, et que la terrible leçon que nous avions reçue en
1814 aurait dû empêcher! Rappelons-nous à cet égard les paroles d'un écrivain illustre à qui dans ces questions il faut reconnaître une autorité considérable. « Je ne m'appesantirai pas, a dit le marquis de La borde, alors qu'il était encore directeur général des Archives françaises , sur celte atteinte portée aux Archives de l'Europe, qui aujourd'hui parait un rêve. La triste année
1815 trouvait les archivistes encore occupés à déballer les caisses, et les mêmes voituriers qui venaient d'exécuter le transport des Archives étrangères à Paris avaient à peine dételé, qu'ils offraient aux Alliés les mêmes voitures pour remporter ces Archives à la Haye, à Vienne, à Rome, à Gènes! » « Les Archives, ajoute-t-il avec un grand esprit d'indépendance et de justesse, ont toujours leur patrie là où elles se sont formées, et elles ne peuvent jamais la perdre, puisqu'elles sont locales et personnelles. Transportez avec elles la population tout entière; je n'ai plus rien à dire,- mais tant qu'un habitant reste sur le sol, il a le droit de se plaindre de ce que vous l'avez dépouillé de ses Archives » Hien de mieux que cet appel à la justice pour servir d'exorde à ce récit cpisodiquc dans l'histoire du travail accompli en ces célèbres collections, histoire qu'il nous reste à terminer par la citation des recherches et des études qui ont été faites, entre l'époque des accaparements de 186G et celle des restitutions en 1868 et 1869.
1 Le» Archives de la Frasce, leurs vicissitudes pendant la Révolution, leur régénération sous VEmpire, par le marquis de Labordk, Directeur général des Archives de l'Empire, membre de l'Institut. (Paris, Rcuouard, 1867.)
A la mort du comte Dandolo, le 15 mars 1867, la direction fut confiée par intérim aux soins éclairés et pratiques de M. Teodoro ïoderini, sous-directeur depuis de longues années, et nourri, peut-on dire, dès son adolescence en cette maison des Archives vénitiennes. M. Giuseppe Tassini, occupé du recueil qu'il formait des condamnations importantes prononcées par le Conseil des Dix ; l'érudit abbé Rinaldo Fulin, explorateur judicieux des papiers non classés encore du Tribunal des Inquisiteurs ; et MM. Nicoletti, Sardagna, Reaciani, pratiquèrent la sala di studio pendant celte courte période intérimaire, à laquelle mit fin l'arrivée de M. Tommaso Gar, élu directeur général par décret royal du 2 avril
M. G. G. Casati, de l'École des chartes de France, consulta en 1867 diverses Lettres ducales de 1131 et 1136, les Lettres des Itois de France adressées à leurs « Très-chers grandz amis et allies et con fédérez » les Vénitiens, et prit copie de plusieurs Lettres autographes de Fra Felice de Montallo, plus tard le grand pape Sixte-Quint. La présence de cet érudit, qui est aussi un publiciste distingué, inaugura la série des studiosi venus aux Archives de Venise depuis l'entrée du directeur actuel. Nous avons, ensuite, à citer MM. Pietro Ferrato, recherchant les statuts de V Ecole nautique au dix -huitième siècle; Giacorao Lanfranchini , les pièces du procès fait par le Saint Office, à Gio. Andréa Ugoni; M. Federico Stefan i, les Écrits inédits de Marco Foscarini, ce prince des belles-lettres vénitiennes ; M. Pietro T révisai!, les détails de ce drame qu'on peut appeler
« Le slylet de Rome à Fra Paolo Sarpi » ; le sénateur Ricotli, les Dépêches des Résidents vénitiens à la Cour de Savoie; l'Allemand Semper, des Notizie sur les ouvrages artistiques de Donatello ; l'abbé Aug. Negri , les pièces du Système administratif de la République ; le professeur G. Mutinelli, les pièces relatives à Y Industrie; l'abbé délia Libéra, les documents dits Manimorle ; M. Trabandi Foscarini, les Négociations de Venise avec le Danemark; madame d'Ora d'Istria, les actes de la Conjuration des principaux chefs d'Albanie et de Servie contre le Turc, et les traces des manœuvres de Vévêque de Curzola pour soulever l'Albanie en faveur de Rome; M. Carlo Tacchi, les documents relatifs à la ville de Trente au quinzième siècle; le professeur F. Albanese, les textes de V Inquisition du saint Office; M. Paul Friedmann, le Chiffre diplomatique employé par Giovanni Michieli pendant son Ambassade en Angleterre (1555-1556); M. Mirce de ttaratos, les documents sur le royaume de Hongrie au temps de \fathias Corvin; M. Vladimir Lamansky, le professeur Siméon Gliubicb et M. Vincenzo Joppi, les textes relatifs au Frioul et à la Dalmatie ; M. Edouard Curder, les preuves pour servir a l'histoire de la Guerre de Candie; le comte Jean de la Borde et M. Lugrèze, l'un, des Dépêches de France au seizième siècle, l'autre, des Lettres de Henri IV; M. Carlo Justi, les dépêches de Rome au dixhuitième siècle; M. Chomonsky, celles de Pologne et de Hussie; M. Henry M unisse, les textes de toute nature se rapportant à l'histoire de la Découverte du nouveau monde, et enfin M. Minotto, les pièces intéressantes et
marquantes contenues dans les registres Commemoriali ^ de la Itépublique.
Tel a été, depuis 1824 jusqu'en 1869, le mouvement du travail en histoire accompli aux Archives de l'ancienne République des Vénitiens, principalement dans la division si importante qui a été, pour ainsi parler, comme consacrée sous la désignation officielle de « la Chancellerie secrète »
1 Le souvenir d'un autre genre de v Mi teurs aux Archives uk Vksisk est conservé dan» les registre!» de l'adininiêtration. Depuis 18-15 , en effet, un Rkgisthe-alblm a été spécialement destiné à l'inscription autographe des noms de t es visiteurs, que l'on pourrait appeler, pour les désigner, le* passagers ou plutôt les passants aux Archives, c'estces voyageurs curieux de toutes choses curieuses en une ville de grands souvenirs. Ils parcourent les longues salles comme celle* d'un intéressant musée. Le nombre de ces trunseuntes va croissant chaque jour. Tel veut connaître le mode d'arrangement des salles et les procédés du classement des registres, tel autre voir les signatures de quelque grand Doge : celui-ci demande* le Conseil des Dix », celui-là - les Inquisiteurs d'Etat ». De cet album, ainsi consacré aux inscriptions nominales et autographes des visiteurs, on pourrait former le livre d'or, je veux dire la liste d'élite des personnages notai»! es, illustres, distingués à divers titres, qui ont donné à leur curiosité de voyageurs cette ■satisfaction d'une visite aux principales chambres et salles de l'ancien grand cloître de Santa-Maria Gloriosa dri Frari. Voici les noms principaux que nous avons chronologiquement relevés sur les pages de ce livre :
1835. Le Comte de la Ferronays. Le Comte Kdounrd Haczinsky.
1836. M. Thiers. (4 novembre.)
1837. L'Archiduc Charles. Le Prince et la Princesse de Salerne. Le Prince de Syracuse. La Comtesse de Marnes (Duchesse d'Angoulèmc).
1838. L'Archiduc Albert. M. Louis Veuillol. M. Michelet. Pompeo Liua. Le Comte Pasolini. L'Ërapereur Ferdinand. Le Prince de Metternich. (16 octobre.)
1839. Le Comte Lanjuinnis. Le Marquis de Champagny. Le Comte de Salvandy (30 septembre). Philippe Lebas.
LES AltCHlVES DE VENISE
1840. De Lajariette. Louis I«r, Boi de Bavière, sous le nom de CouUc if Augslmuvg. Le Dur de Brunswick. Le Prinre de la Moskowa.
1845. Raumer.
1846. CesarcCuitù. Auguste Génin. Edward Clieney. Rawdon Browu.
1847. P. Passavant. Lr Prince-Évêque du Monteuetfrn. L'Archidur Bainier. M. Julrs Laharte. Lr Comte A|>|»onyi.
1851. L'Empereur François-Joseph. Le Duc de Modène. Othon IrrT Boi de Grèce. Les Archiduchesses Hildegarde, Louise, Charlotte, Thérèse, Frédériquc. La Graudc-Duclirssc de Ilcjse-Darmstadt. La Duchesse dr Modène.
1852. Lord Westmoreland. Lr Comte de Sturmer.
1853. Henri, Comte de Chamhnrd (26 février). Le Duc dr Lévis.
1854. L'Archiduc FrrdiiMnd-Maximilien (10 mai). M. Henri BaudriUart.
1855. William Stirling. M. Louis Passy. MM. Edmond rt Jules de Concourt. Charles Blanc. Paul de Saint-Victor. Le Comte de Ficquclmont. La Princesse Clary- Aldringen.
1856. M. Charles Fortotll. M. Amédée Thierry. Lord M almesburv. l'Empereur d'Autriche (l\ décembre). Le Comte Albert de Pourtalès. William Marris.
1857. Le Comte Dubois.
1858. Marquise dr Forbin d'Oppèdc. M. Prosper Mérimée. M. Louis Énaull. Edouard Herbel. Antonio Panizzi. Sir James Hudson. L'Evêqur de Mines.
1860. Alexandre Dumas. Le Baron de Hiihner. A. de Schmerling. L'Archiduc Albert. Les Archiduchesses Tercsa et Matilda.
1861. M. Frauda Wev.
1862. M. Motley, Ministre des Etats-Unis d'Amérique.
1863. M. Niel. (J. C. Bentinrk. M. Fruillet de Couches.
1864. M. Georges Duplessis. Lord Clarendon.
1865. Prince Arthur. Lr Comte Foucher de Careilh. A. Stanley.
1866. Victor- Emmanuel (12 novembre). Les Princes Humbert, Amédée et de Cirignan. M. A mari.
1867. Le ('ointe Giberto Borromeo. Le Commandeur Visconti-Veuosta. Le Commandeur C. Nigra. M. Saint-Marc Girardin. M. Hcnrv Marrissr (drs Etats-Unis d'Amérique). M. L. Passerini.
1868. M. Henri Martin. M. Gabriel Aubarct. M. Gachard. M. Jule* Simon. M. Gaetano Milanesi. M. A. Geffroy.
1869. Le Prince Xa|>olcou (14 mai). M. Carlo Cadorna. M. Alfretl Bcumont. M. Francesco Trinchera. Le Comte Greppi. M. Charles Bead. Eugénie, Impératrice de* Français (10 octobre).