‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 57 sur 199 · AMBASSADEURS VÉNITIENS SOI S LOUIS XV · texte numérisé non relu

AMBASSADEURS VÉNITIENS SOI S LOUIS XV

de se rendre auprès du marquis de Torcy, ministre des affaires étrangères, avec lequel il eut une première conversation le 30 août à Fontainebleau , non point en qualité d'ambassadeur, mais simplement avec le titre de Sohile, ce qui à l'endroit du cérémonial ne voulait à peu près rien dire. Des ouvertures pour une bonne entente furent faites, mais les négociations n'aboutirent pas, et la République demeura sans représentant à la Cour, non-seulement jusqu'à la mort du Roi en 1715, mais encore pendant les cinq premières années de la Régence.

Sous Louis XV, la Cour reçut quinze Ambassadeurs ordinaires et un extraordinaire. Les rapports, interrompus ouvertement pendant dix années (de 1710 à 1720), avaient été repris avec l'envoi et la réception du secrétaire Giovanni Maria Vincent! , arrivé à Paris le 13 novembre 1720. Il y prépara l'accueil des Ambassadeurs extraordinaires annoncés à l'occasion procbaine de la déclaration de la majorité du Roi. Lorenzo Tiepolo et Nicolô Koscarini arrivèrent en effet au mois de juillet 1722, et ils partirent en octobre. Barbon Morosini vint en décembre et fut le premier des ambassadeurs vénitiens ordinaires, accrédités de nouveau à la Cour de France. Quant au secrétaire Giovanni Maria Vincenti, qui avait rouvert les relations, il quitta Paris en janvier 1723 pour se rendre au congrès de Cambrai , ou il résida jusqu'en mars 1725. Or, de la fin de 1720 jusqu'au 10 mai 1774, date de la mort de Louis XV, quarantesept volumes forment la correspondance vénitienne sur le règne. Elle est de trois mille sejtt cent soixante

et onze dépêches 1 . Nous ferons remarquer que dans certains volumes de cette série , particulièrement après le traité d'Aix-la-Chapelle, en 1748, il se trouve souvent des interruptions dans l'ordre régulier de ces dépêches , signalées du reste à la place que devrait occuper le document, par une page blanche portant le numéro d'ordre avec ce mot : Espulsis. Il en faut conclure que toute dépêche ainsi qualifiée, n'ayant pas été lue au Sénat , d'après l'ordre du Ministère , qui par là voulait souvent éviter quelques discussions violentes, doit être recherchée dans les papiers du Collegio ou quelquefois aussi dans ceux du Conseil des Dix. On sent qu'à cette époque l'observation des lois antiques de l'État vénitien n'était plus rigoureuse, et que les abus de pouvoir, tels que celui dont le Ministère donnait ainsi l'exemple en empêchant que des dépêches adressées au Sénat parvinssent à leur légitime adresse, pouvaient se produire avec facilité.

Pendant le règne de Louis XVI, quatre Ambassadeurs ordinaires se succédèrent à la Cour de France. Douze volumes formant un ensemble de huit cent soixante dépêches environ composent la correspondance. Antonio Capello fut celui qui eut à décrire l'assemblée du 5 mai 1789; Almorô Pisani, la journée du 10 août 1792. Parti en septembre pour Londres comme simple voyageur, il

1 La correspondance de France dans les Archives do Venise relative au règne de Louis XV commence avec les volumes marqués 210 bis, 210 ter au nom du secrétaire Gio-Maria Vincentî. Le numéro 211 contient la courte correspondance de l'ambassade extraordinaire de 1722, et le numéro 212 rouvre celle des ordinaires avec Barbon Morosini , le 11 décembre 1726.

DERNIERS AMBASSADEURS VÉNITIENS. 3tT

y séjourna jusqu'au 9 juin 1 795, bien que, pendant cette absence, son hôtel à Paris fût considéré comme étant encore la résidence ordinaire de l'Ambassadeur de Venise. Sa correspondance, en date de Londres, composée de cent quatre lettres, ne traita toutefois que des choses françaises. Rappelé le 7 mars 1795, Almorb Pisani fut Je dernier Vénitien qui eut qualité d'Ambassadeur de la République en France.

Au mois de juillet 1 795 arriva à Paris le Vénitien Al vise Querini , mais avec le titre de nobile. Son élection avait été le sujet de vives discussions dans le Sénat et n'avait, peut-on dire, réussi, que sous la pression des circonstances politiques. Le 30 juillet, il se présenta devant l'Assemblée avec ses lettres de créance adressées aux « Représentants du Peuple français dans la Convention nationale. » Il demeura en la même qualité près du Directoire, et les négociations qu'il eut avec Barras et le ministre des relations extérieures, Charles Delacroix, font le dernier objet de ses dépêches. Le 12 mai 1797, la République de Venise, trahie autant par elle-même que par l'étranger, expirait après quatorze siècles d'existence. Dans le délai le plus bref, la notiBcation de sa déchéance fut adressée sous forme de species facti à ses derniers représentants au dehors. Le 20 mai , celui qui la représentait en France, n'ayant pas encore reçu ce document, fut avisé par le Directoire, que la République de Venise n'existant plus, la mission qu'il remplissait n'avait désormais plus raison d'être. Ainsi se retira de France le dernier des anciens Vénitiens , et les

deux dernières dépèches, portant les numéros 136 et 137 de sa correspondance, sont en date du 22 mai et du 3 juin 1797'.

Une sympathie marquée de la part des historiens de tous pays, un suffrage unanime de louanges, une confiance spontanée, ont accueilli les communications du peu de dépêches d'Ambassadeurs vénitiens qui ont été rendues publiques depuis quelques années. Que sera-ce lorsque, par les publications prochaines, on les connaîtra presque toutes, et qu'on pourra en apprécier l'ensemble? Que de tableaux heureusement peints ressortent de ce grand cadre! que de traits finement accusés! que de sentiments bien définis! que de fois par un mot naturellement venu, par une remarque isolée, ces Vénitiens vous montrent ce qui est au fond du cœur, et ce qui agite et passionne l'esprit des Princes et des Ministres avec lesquels ils traitent! Où avaient-ils acquis ce talent d'observation et d'exposition qui dès le quinzième siècle leur est si particulier? Etait-ce donc chez eux qualité innée? L'auteur si méritant des « Négociations de la France dans le Levant » a dit avec justesse : • Venise

1 Par un calcul approximatif raisonné, que nous avons établi d'après le nombre «les Ambassadeurs vénitiens «jtii furent accrédités en France depuis l'avènement de Louis XII (épocpie où ils devinrent ordinaires) jusqu'à la chute de la République en 1797, — abstraction faite des temps pendant lesquels, sons Loris XII (1509-1513), sous Fiunç.oi.s Ier (1526- 1528), sous Loris XIV (1710-1715) et sous Loris XV (1715-1720), les rapports diplomatiques furent interrompus entre les deux pays, — nous avons estimé que pendant le cours de ces trois siècles de bonne amitié (1VJ8, avril, à 1797, mai), la diplomatie vénitienne avait dû fournir un ensemble de 30,322 déprehes à l'adresse de son gouvernement.

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