‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 58 sur 199 · II · texte numérisé non relu

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avait créé et empreint du cachet de son esprit cette science nouvelle de la diplomatie. » Mais pourquoi ces Vénitiens plutôt que tels ou tels autres Italiens? Ce n'est pas que nous voulions dire qu'il n'y eut point d'autres négociateurs habiles aux portraits, heureux dans l'observation, experts au récit, politiques quant aux réflexions et aux conseils, en cette Italie très-civilisée du quinzième siècle. Rome a fourni des nonces fort capables, et Florence eut l'immortel Machiavel! Mais nulle part nous ne rencontrons une diplomatie aussi régulièrement bien servie, et dont les caractères et les qualités sont si bien établis, qu'on les dirait transmis de personnage à personnage,. par un esprit de tradition qui se plait à perpétuer les moyens, les artifices, les couleurs, les pinceaux, la manière enfin et la méthode. Il faut sans doute chercher, dans le système adopté pour l'éducation de ces jeunes patriciens de Venise, le secret de qualités politiques si généralement répandues parmi eux. Dès leur jeune âge, ils apprenaient qu'à moins de se faire moines ou abbés — car Venise n'admettait point qu'uD religieux de profession eût à connaître de ses affaires temporelles — ils auraient inévitablement accès aux choses de l'Etat, qu'inévitablement ils devraient en être les serviteurs. Toute l'éducation qu'ils recevaient tendait à les diriger vers cette voie du service administratif et politique. A vingt et un ans, les plus aptes étaient quelquefois élus Saviialli ordini, c'est-à-dire Sages aux ordres ou auditeurs au Conseil , admis à entendre toutes les discussions des Ministres qui préparaient les communications à faire au Sénat. À vingt-cinq ans, ils

entraient de droit au Grand Conseil , c'est-à-dire dansl'assemblée de tous les patriciens , et dès ce jour prenaient part à l'élection des charges. Le plus souvent, à l'issue de leur adolescence, beaucoup accompagnaient en leurs missions , et à titre libre , les Ambassadeurs ou les Provéditeurs ; c'était de toute façon faire une bonne école. Ils apprenaient ainsi l'usage des Cours, la manière de traiter, l'art de négocier, et s'exerçaient à écrire en consignant en des diarii ou journaux personnels le résultat de leurs observations. Ils savaient surtout que les mouvements de la politique à l'étranger avaient le plus souvent leurs ressorts dans les sentiments et les passions des Princes et des Ministres puissants; qu'ainsi, ils ne devaient rien négliger pour les bien connaître. De là sans nul doute cette particularité constante de la recherche et de l'exposé des détails dans les écrits de la diplomatie vénitienne.

L'attrait des dépêches des Vénitiens tient surtout au soin minutieux des informations qu'ils trouvaient le moyen d'avoir sur toutes les actions et les mouvements des personnages de la Cour, non moins que sur ceux des chefs de parti dans les temps de trouble. On peut affirmer que, sous les Valois, sous Henri IV et sous Louis XIII, nulle diplomatie n'était pareillement servie. Ces ambassadeurs étaient d'une bonne école, et savaient dire bien ce qu'ils avaient bien vu. Les audiences étaient alors nombreuses. Les souverains de France, en effet, ne commencèrent à faire les mystérieux et à rendre peu fréquente l'approche de. leur personne que depuis Louis XIII ; mais les Valois et Henri IV étaient de

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