ATTRAIT DES DÉPÈCHES VÉNITIENNES. :*2I
l'abord le plus facile, et ils s'épanchaient volontiers avec les ambassadeurs des Puissances vraiment amies. Louis XIV, en inaugurant une sorte de culte extérieur pour son personnage, a rendu ses entretiens politiques beaucoup plus rares et le plus souvent insignifiants; de là un intérêt bien plus vif et plus direct s'attache aux dépêches qui sont antérieures à son règne. Les entretiens des ambassadeurs de Venise avec Catherine de Médicis et avec Henri IV sont de la plus grande curiosité; ceux du cardinal de Richelieu, racontés par ces négociateurs experts, ont une saveur particulière que nous n'avons pas trouvée ailleurs. Les fréquentes audiences, les voyages continuels de ces ambassadeurs à la suite de la Cour, prêtaient à une correspondance sans cesse animée. Partout où se rendait cette cour, arrivait aussi l'ambassadeur et sa compagnie. Sous Louis XII, il habite Mois plus que Paris. Sons François V, il est en perpétuels déplacements. Sous Henri II, il est tour à tour à Poissy pour être plus près de Saint-Germain , à la Ferté-Milon pour être à portée de Villers-Cotterets, à Moret ou à Melun pour toucher à Fontainebleau, puis le voilà à Compiègne et à Blois. Ce ne fut guère que sous Catherine de Médicis, ou plutôt sous les Rois ses fils, qu'il résida plus régulièrement à Paris; encore était-il de tous les séjours un peu prolongés que faisait la Cour en dehors de la capitale, cour sans cesse hors d'haleine, et d'humeur si mobile et vagabonde qu'elle semble ne jamais être qu'en aventures de politique, de chasse, de religion, ou de galanterie menées à Rlois, à Chambord, à Am-
boise, à Chenonceaux et à Tours. Peu de faits échap-
paient à l'oreille aisément entretenue de l'ambassadeur, peu de symptômes , à son œil fort exercé. De plus, il faut dire que grâce à des complaisances de la République pour le trésor de France sous le Valois , à des actes de sympathie personnelle admirablement entendue pour Henri IV, à une communauté de sentiments et de vues politiques contre l'Espagnol échangés avec Richelieu, une confiance extrême s'établit entre les envoyés de Venise et la maison de France. Catherine les recherchait, et avec eux faisait l'expansive ; Henri IV ne leur refusait jamais le charme et l'attrait de ses entretiens; M. le Cardinal leur soumettait les plus graves questions, et lorsqu'il fit le voyage de Lyon et de Piémont, il avait pour bon compagnon politique, en son carrosse, l'ambassadeur de Venise.
Un attrait des plus vifs qu'offre encore la consultation de ces documents diplomatiques appelés « les dépêches » tient à la corrélation qui existe entre elles. Il se peut en effet que telle dépêche écrite à Madrid ou à Rome soit tout aussi intéressante pour la France que telle dépêche écrite à Paris. S'oflre-t-il dans l'histoire une question dont le débat et les phases soient communs à plusieurs grandes Puissances, vous avez sous la main, en cette chancellerie secrète, toutes les dépêches arrivées, pour ainsi dire en même temps, des différentes Cours intéressées. Vous connaîtrez alors, en un même temps aussi, quel tour veulent donner à cette question les Souverains et les Ministres qui y ont part, soit d'une manière déclarée, soit d'une façon occulte. Serait-ce traiter sagement