‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 60 sur 199 · ATTRAIT DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES. 3Î · texte numérisé non relu

ATTRAIT DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES. 3Î

de la rivalité du Roi de France et de l'Empereur, que de ne consulter que les écrits de l'ambassadeur témoin des actes et confident des pensées et projets du Roi Très- Chrétien? N'est-il pas bon aussi, n'est-il pas nécessaire de référer aux écrits de l'ambassadeur témoin des actes et confident des pensées et projets de l'Empereur? Voici un débat qui naît à Rome relativement à la France. C'est une question française, mais n'est-elle pas aussi bien romaine? De quel intérêt, alors, ne seront pas à la fois les dépêches écrites de la Cour Pontificale et les dépêches écrites de la Cour de France? Quel avantage n'offre pas, pour aider à l'acquit des connaissances auquel vous oblige votre qualité d'historien, cette possibilité de consulter en un même temps et les unes et les autres! C'est dans cette variété si recommandable et si utile que la réunion , en un même lieu, de tant d'informations certaines sur un même objet politique, acquiert un relief si appréciable. Au milieu de toutes ces dépêches que remplissent l'énoncé des faits et l'exposé des impressions éprouvées auprès de ceux qui, à un moment donné, font le jeu de l'histoire, l'historien se trouve avoir en quelque sorte sous les yeux le mouvement simultané de leurs pensées, de leurs projets et de leurs actions!

On a dit que les dépêches des Vénitiens avaient le charme des mémoires. Mais il y a mémoires et mémoires! or nous dirons qu'elles ont, en général, le charme des meilleurs mémoires, car elles contiennent avec abondance tout ce qui est propre à former des mémoires excellents par la sûreté, par l'agrément et par la variété

des détails. Si l'ambassadeur a vu le Roi ou M. le Car-

dînai, et qu'il ait eu, soit avec l'un, soit avec l'autre, une conversation faite pour animer son récit, il se gardera bien de ne la pas transmettre au Sénat. Au sortir de l'appartement où l'audience lui a été donnée, il la résumera, toute fraîche prononcée, sur le carnet qui ne le doit point quitter, et rentré dans son cabinet d'ambassadeur, il la fera passer de la page du précieux carnet en celle de sa dépêche. Il nous serait aisé de citer les mille et un exemples que nous avons recueillis de ces traits qui donnent tant de vie à ce genre d'écrits chez les Vénitiens de cette époque-là. Ils abondent dans les dépêches au temps des Valois consacrées à la Reine mère; ils ne sont pas moins nombreux dans les dépêches écrites sur le règne de Louis XIII, particulièrement depuis que Richelieu fut le Ministre dirigeant. Nous nous en tiendrons à n'en rapporter que quelques-uns qui sont relatifs à la personne de Monsieur le Cardinal.

Siméoii Contarini est à la Cour en IG26. Le traité du 5 mars a été signé à Monçon. C'est cette ennuyeuse et traînante question de la Valteline et des Grisons qui en a fait les frais avec l'Espagnol. L'Ambassadeur vient voir M. le Cardinal, qui, dans une conversation précédente, l'avait assuré de grandes complaisances pour sa bonne alliée la République Sérénissime et avait fini en lui disant deux ou trois fois : « Surtout taisez-vous. « Cette fois Contarini vient donc le remercier au nom de la République pour ses bonnes intentions, et le Cardinal, le prenant à part, lui dit : « Monsieur l'Ambassadeur, vous souvient-il de ce que je vous ai dit? iï'étes-vous pas d'avis que c'était la vérité? Voyez un peu comment les

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