‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 6 sur 199 · LE GRAND CHANCELIER · texte numérisé non relu

LE GRAND CHANCELIER

niable des citoyens originaires , sorte de seconde noblesse dans cet État oligarchique, et qui avait un chef élu par les nobles, mais non choisi parmi eux, et créé à vie sous le titre pompeux de o grand chancelier » .

Ce chef élu devenait le premier des citoyens, et il avait des prérogatives exceptionnelles. Le Grand Chancelier gouvernait et dirigeait les Secrétaires, esprits habiles, rompus aux affaires dès le jeune âge, initiés, par des précautions admirables, aux usages politiques et administratifs de la République , et dans le collège desquels l'État choisissait ses représentants pour les contrées où ses Envoyés n'ayant pas qualité d'ambassadeurs avaient celle de résidents. Ainsi à Naples, à Florence, à Milan , à Turin , aux Cantons suisses.

Ce collège des Secrétaires ou plutôt de la Chancellerie où ils se formaient en passant par divers grades civils, procurait de la sorte à toutes les grandes magistratures des serviteurs excellents. Les uns allaient avec les ambassadeurs près les cours étrangères, ayant titre et émoluments de secrétaire ou de coadjuteur, les autres étaient élus au service politique du Sénat ou à celui, plus élevé encore, du Conseil des Dix. Ces derniers étaient les plus considérés et les plus méritants. La responsabilité des uns et des autres était d'ailleurs considérable, car ils étaient dépositaires du secret, ayant charge nonseulement de conserver les papiers de l'assemblée et du conseil qu'ils servaient, mais encore de rédiger les lettres et tous autres écrits qui étaient l'expression même des volontés, décisions et arrêts de l'État.

Sansovino, qui écrivait en 1580 sa « Venelia città nobilissima e singolare » , venant de parler de la scala d'Oro du palais ducal , à l'extrémité duquel est la salle au plafond doré avec quatre tableaux du Tintoret, ajoute : « A gauche, on entre à la Chancellerie, où se conservent les écritures anciennes et modernes de la République, confiées aux soins de secrétaires pris dans la classe des citoyens et élus par le Conseil des Dix, ayant à leur tête un chef suprême appelé le Grand Chancelier. Cette charge est conférée avec de grands honoraires et des privilèges spéciaux par le Grand Conseil à l'un des secrétaires les plus distingués, et il intervient à tous les conseils secrets de l'État. Il est vêtu alla senatoria et porte les bas rouges. A sa mort, il a dans Saint-Marc les honneurs du baldaquin. Le Prince avec la Seigneurie assistent à ses obsèques, et une oraison funèbre est prononcée. Nous ne trouvons pas de trace qui indique (jue cette dignité ait été créée antérieurement à quatre cents ans , car alors on disait simplement « le Chancelier du Doge » .

Le sieur de Saint-Didier, qui a écrit un des plus intéressants petits livres qui se puissent lire sur La Ville et la République de Venise, s'exprime bien mieux encore :

« La République, comme j'ai déjà dit, ne se peut passer du ministère des citadins; c'est pourquoi, pour exciter le zèle et assurer à l'État la fidélité des principaux membres de ce puissant corps , elle a voulu l'honorer de l'illustre dignité de Grand Chancelier, à laquelle ils ne peuvent parvenir que par l'assiduité et l'importance de leurs services : ce poste est le faite de la gloire,

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