‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 7 sur 199 · LE GRAND CHANCELIER · texte numérisé non relu

LE GRAND CHANCELIER

et la dernière récompense où aspirent les Secrétaires de la République, et particulièrement ceux du Conseil des Dix , qui tiennent le premier rang : les avantages qui sont attachés à cette grande charge égalent en apparence celui qui la possède aux premiers Sénateurs de lu République; et même en plusieurs choses ils l'élèvent beaucoup au-dessus : car, excepté les Conseillers de la Seigneurie et les Procurateurs de Saint-Marc, il a la préséance sur tous les autres magistrats ; il porte la veste ducale de pourpre, il a le titre d'Excellence, les portes lui sont ouvertes dans tous les conseils; il tient les sceaux de la République et il en a le secret; il assiste à la lecture des dépêches et des réponses des ambassadeurs et à tout ce qui se traite au Sénat; il lit dans le grand Conseil tout ce qui s'y doit mettre aux voix ; il est le chef des citadins, comme le Doge l'est de la noblesse !. »

Il faut toutefois ajouter que s'il était accordé au Grand Cbancelier d'être témoin aux séances du conseil le plus secret, il ne pouvait cependant pas y agir; car ni au Sénat, ni au Grand Conseil, ni aux Dix, il n'avait voix délibérative. Il était spectateur muet. Sa présence semblait dire : « Tous les citoyens vous entendent, puisque, de par les lois fondamentales de notre État, je suis parmi vous. »

Dans les premières années du dix-septième siècle, une question fut soulevée au palais de la Seigneurie sur le fait de certaines prérogatives du Grand Chancelier.

1 La ville et la re'publique de Venise, avec dédicace à Monseigneur de Mesmes, comte d' A vaux et de Neu-Caslel , par le sieur de Saint- Didier, page 148. (Paris, Guillaume de Luyne, libraire juré, 1680.)

Dans ces sortes de circonstances, qui n'avaient rien d'absolument politique, les consulteurs juristes de la République étaient appelés à donner leur avis. Le plus éclairé et le plus distingué à cette époque — Fra Paolo Sarpi n'était plus! — se trouvait être un patricien de Vicence, •Scipion Feramosca, et ce fut à lui que fut demandée la consultation. Le magnifique Grand Chancelier, selon ce juriste, a d'antiques privilèges, établis par des usages de temps immémorial. Il assiste aux cérémonies avec le sérénissime Prince. D'après le décret du 23 mars 1618, les fils et les frères du Doge, dans les cérémonies ecclésiastiques et civiles, doivent suivre le chef de l'État après les magistrats ordinaires; or ce décret laissait incertaine la préséance du Grand Chancelier sur les fils du Doge, et la difficulté fut levée en sa faveur. II a donc le pas sur les grands magistrats, sur les ambassadeurs. Rien dans l'État ne peut être assez secret pour lui être caché; il est comme le grand prêtre du Sénat, comme l'antique oracle caché sous les autels des anciens Dieux dans Rome antique. Il est donc à croire que les anciens sénateurs de Venise, qui par des lois sages et prudentes ont su créer une République si glorieuse, ont pu aussi statuer sur les mérites et les titres nécessaires pour remplir des charges si hautes

En 1480, le Grand Chancelier Fornace renonça à sa

{ charge; il lui fut cependant réservé d'avoir entrée à tous

1 Scritture di Scipione Feramosca (Raceolta Cicogna), Venise. • Intorno a ciô awi insigne scrittura del conte Scipione Feramosca, nobile Vicentino, consuhore injure. » (G. Rossi, Le$gi, vol. XXVI, classe vu, Marriana.

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les conseils, ses émoluments lui furent conservés et les honneurs funèbres, si pompeux à Venise pour les grands chanceliers, lui furent rendus comme s'il était mort investi de sa dignité1. Il en fut de même pour Marco Ottoboni , créé patricien pendant qu'il était grand chancelier, en 1646. Ses droits aux honneurs particuliers du titre lui furent maintenus. C'était proclamer que , quoi qu'il advint, le Grand Chancelier de cette République ne pouvait perdre qu'avec la vie les prérogatives que lui reconnaissait la constitution.

Ses fonctions étaient des plus diverses. C'était à lui qu'incombait le soin de répartir les Secrétaires pour un service de quatre années auprès des diverses magistratures. Les questions sur les affaires de Rome venaientelles à être traitées dans le Sénat, c'était lui qui, selon les lois si spéciales à cet égard , désignait par leurs noms les sénateurs à qui leurs intérêts particuliers ou leurs affinités connus en cour de Rome interdisaient de prendre part à la discussion, contraints qu'ils étaient de se retirer pendant qu'elle avait lieu. Il conservait les registres des votes pour l'élection aux charges, offices et dignités, et proclamait dans le Grand Conseil, dans la salle des scrutins, au Sénat et au Tribunal des Dix, le résultat des votes avec les noms des citoyens élus. Le soin spécial enfin de la Chancellerie secrète était dans ses attributions, et c'est à ce titre principal que, pour nous, dans ce livre, nous avons à voir dans le Grand Chancelier un personnage aussi intéressant. Ce n'est

1 RomÎ, Leggi e costumi , vol. XXVI, j». 222.

point, en effet, pour d'autres qualités qu'intervient ici la figure de ce dignitaire élu par le suffrage de l'auguste assemblée du Grand Conseil.

Dans les cérémonies, le Grand Chancelier ne pouvait s'habiller de noir, et devait y paraître vêtu, comme toujours, en apparat de couleur; il portait la toge écarlate à manches larges, comme pour montrer sans cesse aux citoyens le grand relief de celui qui les représentait dans un État cependant aristocratique. A l'égal du Doge, il lui était permis de rester toujours couvert. Ainsi était honoré à Venise l'homme à qui était confiée non-seulement la garde des sceaux de l'État, mais encore celle de ses écritures ordinaires et secrètes. Son territoire était donc la Chancellerie ducale, avec sa subdivision si fameuse dite la Secrète. Ses sujets étaient les secrétaires et tous les jeunes aspirants à cette qualité, qui, si elle n'était pas toujours le signe d'un mérite hors de pair, était du moins le résultat d'un travail accompli, d'une aptitude particulière et déjà éprouvée, et d'une expérience forcément acquise dans le manège quotidien des actes et des écrits politiques, et à l'audition constante des discussions les plus éclairées.

Pour être de chancellerie (on disait cela à Venise, comme en France on eût dit de robe), il fallait être citoyen originaire '. On y entrait fort jeune. Être

1 Après les noble*, dît l'historien Romaain, venaient les citoyens ot iginairesy autrement dit les gens nés hors de Venise , devenus citoyens en vertu d une concession spéciale qui s'obtenait par un certain nombre d'années de résidence fixe, par mariage avec une Vénitienne, et toujours

admis dès douze ans à recevoir une éducation spéciale préparatoire, c'était déjà avoir comme un certificat d'aptitude aux choses intellectuelles. Dès 1443, par un décret du 16 avril, le Grand Conseil voulant que la Chancellerie, par laquelle passaient les affaires les plus importantes, fut pratiquée par des personnes pour qui la naissance « civile » ne fût pas le seul titre, mais qui fussent capables aussi de justifier d'une somme de connaissances intellectuelles en rapport avec le degré de l'emploi , confia à la Seigneurie le soin de l'élection de douze jeunes gens de plus de douze ans, pour être instruits tout spécialement dans les notions de la langue latine, de la rhétorique, de la philosophie et autres

d'après un décret du Sénat. La citoyenneté de intus permettait l'exercice des arts et métiers et du petit commerce, celle de in tu* et extra accordait la pleine jouissance de tous les droits du citoyen vénitien. Cette classe sociale fut régulièrement constituée vers la moitié du quinzième siècle, et pour y appartenir il était nécessaire de prouver aux magistrats dits Avogadori la naissance légitime et l'honorabilité du père et de l'aïeul, le non-exercice , à ces trois degrés, d'arts mécaniques, enfin avoir en main les pièces de contribuable. Les individus qui en faisaient partie avaient le droit de concourir aux emplois de la Chancellerie ducale, voire à la dignité de grand chancelier, principalissima dans l'État, aux fonctions de notaire, de coadjuteur à l' Avogaria , d'intendant ducal, de prieur des lazarets, d'avocat fiscal, de secrétaire, etc. Storia documentât» 9 t. IV, p. 470.

Voyez aussi l'ouvrage de M. R. Cecchelti, Il Doge y page 192, où il est traité des cittadini, et page 244, délia cittadinanza originaria dei Veneziani. L'auteur fait à ce sujet un grand éloge d'un mémoire jusqu'à présent inédit, rédigé par le chevalier Teodoro Toderini et fort utile à consulter sur cette matière intéressante : Généalogie délie famiglie Venete ascritte alla cittadinanza originaria , « opéra, dit M. Cecchelti, elaborata con pazientissime cure. I nostri lettori debbono quiudi saper grado unicamente al Toderini, vera autorità in taie argomentot di averri regalato tali notizie che pongono nellavera luce un subbietto h non controverso e creduto di poca importanza. »

sciences estimées nécessaires 1 . C'était l'essaim d'où l'on sortait pour entrer en chancellerie, où l'on était d'abord estraordinario , puis cinq ans après ordinario, et enfin secretario. Cet ordre de succession dans l'emploi est longuement déterminé par un décret de 1583. De ce temps date aussi la création des estraordinarii di rispetlo. L'essaim se trouva donc augmenté, et on peut estimer tout ce personnel actif, intelligent, occupé sans cesse, à près de cent individus, dont les premiers en grade étaient les quatre Secrétaires au Conseil des Dix; les seconds, les vingt-cinq au Sénat; les troisièmes, les vingt-cinq ordinaires y et au rang inférieur, les trente et quelquefois trente-huit extraordinaires. A la direction habituelle présidaient deux ou trois chefs, dont un était dit reggente di Cancelleria, puis sur tout l'ensemble dominait il can- CELijer grande. Pour se rendre compte de tout le travail excellent de ce petit groupe affairé et dont chacun avait des attributions spéciales, l'un écrivant les Annales de la République, l'autre tenant les 'Registres secrets du Sénat, ou dressant les Sommaires des dépêches reçues, (opération excellente et utile à laquelle on doit les Rubricarii), celui-ci préposé aux Affaires d'Orient, celui-là député à la rédaction des Audiences, un tel désigné

1 Die xvi aprilis 1443, in Maiori Consilio. « Quod per Dominum consiliariox et capitibus de XL. eliyi debeant duodecim purri Veneti ab annis duodecim vel supra de Cancelleria, etc.. ■ Quuniam multum facit pro honore nostri dominii et pro utilitate et eoromodo agcmlorum nostrorum tain in Venctiis, etc. — Voyez aussi la délibération du Conseil des Dix, 1478. Le décret de 1443 est des plus importants à l'histoire de la chancellerie vénitienne, car il est la base fondamentale de ses règlements.

pour accompagner le Provéditeur général à Candie, cet autre détaché à la tenue des livres appelés Universiy il faut avoir pratiqué ces grandes Archives de Venise qui nous ont conduit naturellement, en parlant d'elles, à honorer ici la mémoire de ceux qui ont le plus contribué à leur formation 1 .

Muazzo, écrivain si précis, très-correct, guide toujours sûr , a une page excellente dans son Histoire — encore inédite — de l'ancien gouvernement de la République de Venise, sur le personnel de la Chancellerie ducale. Les distinctions, les attributions de chacun, y sont rapportées avec une connaissance parfaite des matières. Cette page utile à connaître trouve ici son cadre :

« L'ordre de la Chancellerie ducale, dit-il, après celui des nobles, est le plus considéré. Il est composé par les Secrétaires qui ont part à tous les intérêts et affaires de la République, au dedans et au dehors de la métropole. Les sujets qui en dépendent sont de trois classes : les Extraordinaires , les Ordinaires et les Secrétaires : de tous est chef le Grand Chancelier.

» Les Extraordinaires sont la classe inférieure, celle

* Le Grand Chancelier G. B. Patlavin, dan* un mémoire intéressant qu'il adresse au Conseil des Dix sur l'eut de la Chancellerie ducale, en décembre 1635, dit :

« E formata la Cancelleria in numéro di cinquanta nodari, cioè venti ordinarii et trenta straordinarii... Tre obbligati aile materie criminali dell' Eccelso Consiglio di X, quattro o rinque aile ziffre , quattro alti Registri secreti , quattro nel acriver lettire et scritture che ni mandait» fuori sécréta in tanu copia ogni settimana, che difficilmente se lo pu» persuader chi non la vede, uno aile voci del mazor Consiglio, non pochi sono depiiiati a servir diversi magistrati, et molti fuori in pubblico servitio etc. •

qui donne introduction à la carrière. Le Conseil des Dix les élit. Leur devoir est d'enregistrer les décrets officiels dans la Chancellerie, de copier les dépêches que Ton adresse aux recteurs, de servir de secrétaires aux magistrats élus par le Sénat, de porter dans rassemblée du Sénat et du grand Collège les urnes du scrutin , quand on y procède aux élections des charges. Ils sont au nombre de trente-huit et doivent avoir dix-huit ans accomplis.

» Les Ordinaires sont vingt-trois, élus aussi par le Conseil des Dix. Ils sont choisis parmi les Extraordinaires et ne peuvent être promus à ce grade s'ils n'ont pas appartenu pendant cinq années à la classe précédente, ou s'ils n'ont servi au dehors, des ambassadeurs, des généraux, des amiraux ou autres dignitaires obligés d'avoir avec eux des secrétaires de l'ordre. Ils sont astreints aux mêmes obligations que les Extraordinaires. Ils tiennent les registres de la Chancellerie secrète. Parmi eux, quatre préposés sont aux chiffres, quatre autres aux choses secrètes. Ils portent aux ambassadeurs des princes les délibérations du Sénat qui les concernent ; ils copient les lettres adressées aux envoyés de la République au dehors, aux généraux en chef et autres représentants, lorsqu'elles ont un caractère secret et réservé. Une fois copiées, les lettres doivent être souscrites par le secrétaire qui les a composées et lues au Sénat.

» Les jeunes gens de Chancellerie, avant d'être soumis au scrutin pour être élus tant Extraordinaires qu'Ordinaires, subissent un examen devant les chefs du Conseil

des Dix , un conseiller du Doge et un des réformateurs à l'université de Padoue. Les Ordinaires et les Extraordinaires ont le titre de Notaires ducaux, et se qualifient ainsi dans les écritures officielles.

» Les Secrétaires sont élus par le Sénat : ils sont au nombre de vingt-cinq. Ils doivent avoir vingt-huit ans accomplis, avoir servi cinq ans en qualité d'Ordinaire, ou avoir rempli deux fois les fonctions de coadjuteur auprès de quelque charge au dehors. Les élections des Secrétaires dans le Sénat se pratiquent ainsi : des jeunes gens de Chancellerie parcourent , une feuille à la main , les rangs des sénateurs, et prennent note des noms qui leur sont désignés. Ceux-ci sont mis aux voix et élus à la majorité. Ils subissent aussi un examen en présence d'un conseiller du Doge, d'un chef des Quarante, d'un ministre au Conseil, d'un aux Ordres, et d'un réformateur à l'université de Padoue. Ils doivent traiter les matières indiquées par le réformateur en langue italienne et latine. Les Secrétaires sont destinés au service du Sénat et du ministère. Ils rédigent les délibérations qui doivent faire l'objet des discussions du Sénat ; ils servent aussi dans les résidences, et sont employés au dehors dans des circonstances insolites. L'un d'eux, à tour de rôle , sert le Doge dans les fonctions solennelles.

» Les Secrétaires du Conseil des Dix sont au nombre de quatre. Le Sénat les élit dans la forme prescrite. Leur service au Conseil est de quatre ans, à l'expiration desquels ils retournent à celui du Sénat. Passé deux ans, ils peuvent être réélus pour les Dix. Un secrétaire de cette

qualité doit avoir servi dix ans le Sénat, ou passé huit ans à deux résidences.

» Chacun, dans l'ordre de Chancellerie, a droit à un appointement annuel payé par le trésor. Le plus bas est celui des Extraordinaires; le plus élevé, celui des Secrétaires aux Dix. Il est en outre un capital de vingtquatre mille ducats par an, réparti en deux cents parts de cent vingt ducats Tune. Le Sénat les distribue à ceux de Tordre, selon (pie chacun s'est distingué par la ponctualité et le mérite. Atout jeune Ordinaire ayant servi de secrétaire dans les ambassades ou les grandes charges, il est d'usage de lui donner une de ces gratifications. Selon son mérite, un de ces jeunes gens de l'ordre peut en recevoir plusieurs '.

» Les Secrétaires occupés à des fonctions dépendantes du ministère ou du Sénat sont délégués aux emplois selon les décisions du Grand Chancelier, qui les soumet annuellement à l'approbation des ministres. Quand ils s'y distinguent, on les proroge en leurs fonctions. Chaque service spécial a plusieurs secrétaires, a6n qu'en cas d'empêchement de l'un d'eux ce service ne soit pas en souffrance. Deux Secrétaires sont préposés à la connaissance précise et à la rédaction des lois, et ils sont tenus d'en assurer la teneur en cas de doute dans les Conseils. Deux sont destinés à la conservation des papiers secrets, deux sont députés aux annales*. »

1 Bibliothèque de Saint-Marc (division dos manuscrite). Historu dkl

COVERSO ASTICO E PRESENTE DELLA RePCBLICA Dl VeKETIA, OUTrRge de

Mua//», pape 90, Delta Cancelleria ducale.

2 Idem, ibid., page 120. (Cla*sc VII, codex occcctxvi.) J'ajoute à

Que de noms il se rencontre dignes de l'histoire parmi les Secrétaires de la République de Venise, depuis la seconde moitié du quinzième siècle jusqu'à la fin du dixseptième! Nos annales n'ont pas oublié ce Pietro Stella qui négocia à la cour de France sous Louis XII , en des temps difficiles, et le monde des lettres honore la mémoire de cet autre Secrétaire, Giovanni Battista Rharousio ', ami d'Aide l'Ancien , et à qui l'on doit l'important travail qui a produit la Haccolta délie Navigazioni et Viaggi. Un ouvrage excellent et plein de faits pourrait être écrit aujourd'hui à Venise par quelqu'un de ces esprits alertes, actifs et doctes, qui tiennent à honneur de réveiller, en les illustrant, les vieux souvenirs de la patrie glorieuse : Les Secrétaires de la République. Une partie devrait y être entièrement réservée à l'histoire des quarante-trois Grands Chanceliers qui se sont succédé depuis Nicolaus Pistoretus, élu le 11 février 13*23, jusqu'à G. A. Gabriel, élu en 1789, et le dernier de cette République*.

ces détail* que les décrets, délibération* , arrêta, dérisions cl t onsidéralions relatif» à l'ordre des Secrétaires sont en nombre inKni. Leur seule réunion formerait un volume compacte. Giovanni Rossi , à cet égard , est très-intéressant à consulter. Voyez à la bibliothèque de Saint-Marc, parmi les Manuscrits, le recueil i.egci k documemti. Première série, tome IV: Cittadini nriginarii , pages 136-154; tome XXVI: Cancellier grande, page 222; Canceileria ducale, page 228. Deuxième série : DocrmcSTi, tome XV : Décréta sulle Segretarie , page 83; Officia det Cancellier grande nel calfegio, page 195; tome LXXV : Ordinrs Secretarii , Canceileria ducale. Vovez encore : classe VII, codev mcclxxiii : Grandi Cancellieri (con note), 1408-1586; Secretarii Consiglia A, 1355-1589.

1 Voyez notre notice sur Messer Zuane Battista Rhamusîo, dans notre opuscule » Aldo Manuzio - , Lettres et documents, page 89.

» Le premier Grand Chancelier cité dans les histoires de la République

Ces monographies intéressantes conduiraient à l'étude la plus variée des sciences politiques et à l'histoire des négociations en de nombreux pays. Le Grand Chancelier Gian Pietro Stella, élu le 25 janvier 1516 par treize cent quatre-vingt-trois votes dans l'assemblée du Grand Conseil, avait été secrétaire de douze légations, et avait rempli personnellement neuf missions, dont deux particulièrement importantes auprès des Cantons suisses. Les cours de Savoie, de France, de Rome, de Vienne, lui étaient familières, et il avait su captiver à tel point l'esprit de Maxim i lien, roi des Romains, que ce souverain l'avait en quelque sorte fait son conseiller. Ajoutons qu'un des caractères distinctifs de ces Secrétaires était le goût et l'inclination que la plupart avaient pour les belles-lettres et la connaissance des langues. C'est un attrait de plus à l'étude de leurs œuvres et à la connaissance de leur vie. En 1529, le 12 septembre, fut élu le secrétaire Andréa Franceschi; il avait servi pendant quarante- trois ans, était d'une instruction et d'une érudition profondes dans les langues grecque et latine, et c'est avec une sorte de plaisir que nous avons à reconnaître son humeur lettrée dans un des legs de son testament1 consistant en un Homère imprimé chez Aide l'ancien et relié à la damasquine avec or, etc., en faveur de cet autre bon lettré, maître G. B. Egnazio8, celui-là

est Conradus de Ducat is, 1268, 15 juillet; le second, Nicolau* Pwtoretu», 1323, 11 février.

1 Bibliothèque de Saint-Marc, manuscrits. Testament d'Andréa Franceschi, Grand Chancelier.

2 Giovanni di Cipelli, dit Giovanni Haïti s ta Egnazio, ne à Venise en 1478, grand latiniste, occupa une chaire de belles-lettres qu'il rendit

même qui, en 1514, avait prononcé l'oraison funèbre du plus méritant des typographes au quinzième et au seizième siècle. Cet Andréa Franceschi avait le goût des médailles, il recueillait les inscriptions anciennes, et le grand Titien , dont il était un ami , a fait de lui deux portraits. Par intérim, il avait été aussi bibliothécaire de Saint-Marc. Leonardo Ottoboni, élu le 14 novembre 1610, était non moins érudit en linguistique qu'Andréa Franceschi , et pendant qu'il avait été secrétaire en Espagne sous Philippe II, il avait occupé ses loisirs à réunir tous les matériaux les plus anciens en fait d'inscriptions propres à servir de preuves pour l'histoire de l'Espagne. Il avait été fait secrétaire aux Dix en 1588, fut vingt ans Grand Chancelier de la République, et mourut à quatre-vingt-huit ans, en 1630. Un de ses secrétaires lui avait dédié ce mémoire, dont le titre mérite bien d'être rappelé ici : De studiis instituendis civium Venetorum quicunque ad arcana Retpublicœ sunt adiscendi. Giovanni Battista Padavin, né en 1560, entré en Chancellerie comme estraordinario en 1576, reçu ordinario le 17 décembre 1577, avait été fait secrétaire du Sénat six ans après, chancelier inférieur en 1588, secrétaire aux Dix en 1603, chargé de missions aussi délicates que difficiles près des Grisons ', puis en Lorraine; il avait acquis par l'étude de l'histoire des nations

renommée par toute l'Italie; accompagna, en 1515, à Milan les ambassadeur* de Venise à François Ier et fit le panégyrique du Roi , et mourut en 1553 en juin ou juillet. Voyez Cicogna, Inscrizioni , tome Ier, p. 341.

1 Sur les missions de G. R. Padavin aui Cantons suisses, voyez le> indications données par M. Victor Cercsole dans son livre : La Répu- Miaue de Venise et les Suisses, pages 36 , 37 , 38, 39, 43, 44, 45.

une science politique consommée, et fut élu Grand Chancelier en 1630. Il avait pour devise ces mots, qui sont presque un récit : « Per varios casus. » Telles de ces familles de Secrétaires s'étaient rendues illustres à Venise et au dehors à l'égal des patriciens, et les noms des Spinelli, des Milledonne, des Celio Magno, des Domenico de Vico, des Bonifazio Antelmi, des Busenello et des Nicolosi méritent les faveurs de l'histoire, pouvant aller de pair, sinon par le rang, du moins par les talents, avec des Contarini , des Nani, des Donà , des Morosini, et autres négociateurs et politiques célèbres.

Nous avons parlé des Chanceliers, regardons maintenant la Chancellerie. Nous aurions peut-être du montrer la maison avant de présenter les habitants, mais le but de cet écrit exige que nous étendions nos détails avec plus de complaisance sur celle-ci que sur ceux-là ; et c'est pour être plus à l'aise en ce discours que nous avons interverti l'ordre de la préséance.

DES CHANCELLERIES ET PARTICULIÈREMENT DE CELLE APPELÉE « LA SECRETA » .

Trois dépôts de documents au Palais Ducal formaient trois Chancellerie* de l'État. — La Chancellerie dite Inférieure ne contenait aucun document politique. — Extrait d'un manuscrit de G. Rossi relatif à cette Chancellerie (note). — La Chancellerie Ducale. — Dans quelle partie du Palais elle était située. — • Intérieur de ladite Chancellerie. — Désignation générale des documents qu'elle renfermait. — La Chancellerie Secrète. — Le premier décret qui la concerne est voté par le Grand Conseil en l'an 1402. — Première réglementation relative au secret des écritures votée par le Conseil des Dix en l'an 1459. — Élection d'un Secrétaire préposé à la garde du dépôt. — Le décret du Conseil des Dix, en date du Î4juin 1462, place la Chancellerie Ducale et par conséquent la Secrète sous sa juridiction immédiate. — Arrête du 22 juin 1496. — Funestes épisodes pour l'histoire de la Secrète au seizième siècle. — Les deux incendies en l'an 1574 et en l'an 1576. — Récit de ces événements. — Pertes irréparables. — Destruction totale des dépêches les plus anciennes des Ambassadeurs depuis les temps du moyen âge jusqu'à la moitié du seizième siècle. — Précautions avisées par le Conseil des Dix : arrêté du 5 mai 1579. — Ledit Conseil, à la date du 5 mars 1586, ordonne au Grand Chancelier la formation d'un index raisonné des écritures politiques. — La Secrète s'augmente, en 1596 , de nombreux papiers restitués par les héritiers des grands fonctionnaires. — Première élection d'un Surintendant patricien à la Chancellerie secrète. — Andréa Morosini, historiographe de la République, est élu le 17 septembre 1601. — Son premier rapport au Conseil des Dix sur l'état de la Secrète. — Détails sur les cinq Recueils secrets. — Dans quelle partie du Palais Ducal se trouvait la Chancellerie secrète au commencement du dix-septième siècle. — Sévérité des mesures de police intérieure. — Anecdote

sur l'ignorance obligatoire du porte-clefs de la Secrète Revue de*

mesures décrétées sous les Surintendants qui successivement , pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle, ont administré la Chancel-

leric secrète. — Catalogue formé en 1610 par les «oins du Grand Chancelier Bonîfazio Antelmi. — Importance de l'avertissement dont il fait précéder les divisions de son Inventaire. — Nicolô Contarini , second Surintendant, 1618. — Deux Secrétaires spécialement drpotés à la rédaction des sommaires, 1621 , 19 janvier. — Règlement définitif de la Chancellerie secrète : Legge statuaria du 30 mai 1624.

— Nicolô Contarini, élu Doge Tannée 1630, renonce à sa charge de Surintendant de la Secrète. — Girolamo Cornaro le remplace. — Curieux rapport du Secrétaire Zuan Rizzardo aux Inquisiteurs sur le mouvement qui a lieu dans la Chancellerie depuis que le courant des affaires a rendu les écritures si abondantes. — Paolo Morosini, quatrième Surintendant, 1035. — Négligences constatées par lui dans la rédaction des Registres de Rome et de Constantinonle . et dans celle des Annales, — Nombre extraordinaire de feuillets à mettre au net exposé par le Grand Chancelier G. B. Padavin dans son Mémoire du

5 mai 1635. — Rapport du Surintendant, qui demande qu'un Sénateur lui soit adjoint, 1635. — Élection du Sénateur Giacomo Marcello. — Rapport développé et confus des Consultons in jure Scipione Feramosca et Ludovico Raitelli. — Giacomo Marcello, cinquième Surintendant, 1637. — Battista Nani, sixième Surintendant, 1651.

— Singulière révélation anonyme, relative à la Secrète, adressée en 1660 aux Inquisiteurs d'État. — Catalogue de la Secrète terminé en 1669 sous le dogat de Dominico Contarini, Battista Nani étant Surintendant, Douûnicu Ballarin Grand Chancelier, et Antoni di Negri Secrétaire. — Description de ce précieux manuscrit conservé aux Archives. — Documents contenus dans les armoires qui y sont désignées.— Michiele Foscarini, septième Surintendant, 1678. — Pietro Garzoni, huitième Surintendant, 1692. — Un troisième Secrétaire est député à la Secrète. — Projet de former un catalogue raisonné de toutes les matières d'Etat remontant à quatre siècles, pour l'utilité des Sénateurs et des Conseillers, 4 février 1720. — Lettre du Grand Chancelier Anzolo Zon à cet égard. — Restauration et peut-être même reconstruction de la Secrète sous la surintendance de Pietro Garzoni, attestée par un document inséré comme annexe au décret du 24 juillet 1720. — Beau et intéressant passage du Mémoire de Pietro Garzoni relatif aux précieux documents de la politique vénitienne. — Le Conseil des Dix décide qu'il serait superflu de faire remonter l'ouvrage du catalogue raisonné au delà de l'année 1600. — Mise à l'œuvre dans la Sécréta nuova, — Informations sur l'étal du travail,

6 juillet 1723. — Aurelio Bartolini, Giovanni Filippi, Fabio Lio y travaillent. — Difficultés de l'entreprise reconnues par le Surintendant en 1731. — Marco Foscarini, neuvième Surintendant, 1735. —

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