‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 61 sur 199 · ATTHA1T DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES · texte numérisé non relu

ATTHA1T DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES

choses se sont passées, et comment,, de grâce, pouvions-

nous faire la guerre en dehors du royaume quand d'autres nous la voulaient faire chez nous? j'avais bien prévu que nous ne pouvions pas nous gouverner autrement. Que dira-t-on à présent du Cardinal de Richelieu, que chacun se plaît à blesser? Àvez-vous vu ce qui s'imprime contre moi? Nous avons obtenu ce que nous voulions, c'est-à-dire les Espagnols hors la vallée et hors nos passages. N'étes-vous pas content? Ceux de Rome maintenant disent du bien de moi, et me veulent canoniser, et ils doivent s'apercevoir qu'on ne peut point gouverner en France comme on gouverne à Rome! Mais si je ne négocie pas ici les affaires selon leur plaisir, les voilà aussitôt à dire qu'ils me veulent excommunier. Là-dessus je me mis un peu à rire et je dis que son Illustrissime Seigneurie, prudent seigneur, connaissait bien déjà les qualités et les défauts de l'air de Rome1. »

Et à quelque temps de là, l'Ambassadeur ayant appris que le ministre d'Espagne, le cardinal Barberini et Fargis, ambassadeurs de France à Madrid, étaient convenus de faire quelques altérations au traité, damnables aux intérêts de Venise, va trouver M. le Cardinal. « Il était, dit-il, tout vivace d'esprit et de paroles, et bien que dispos aussi à m'écouter volontiers, plusieurs fois il tenta de m'interrompre; et moi, doucement, le priant de me laisser terminer ce que j'avais à lui dire, il se complut à le faire, puis me fit cette réponse précise : « Tout cela n'est rien. Fargis est un fou. Que Votre Excellence aille

1 Arcuites de Vesise. Dépêches de France, volume 60. Simkon Cos- Timai, ambassadeur. Lettre du 25 octobre 1626. Pari».

chez le Roi, qu'elle le lui disé, quelle lui dise même que c'est moi qui le lui ai dit. Rien n'a été établi; ce fut une simple manière de voir de Fargis. Nous ne donnerons les forteresses ni aux gens de la Valteline ni aux Espagnols; nous ne sommes pas des aveugles, nous savons que l'Italie nous tiendrait tous pour des fous. Quatre jours après que cet avis sera parvenu à Rome, un de nos courriers y sera aussi, par lequel on saura que nous ne sommes pas contents et que nous ne voulons pas faire perdre à la France sa réputation. Écrivez aussi cela à la République, dites-lui que c'est de moi que vous tenez ce propos. Fargis a fait des siennes, nous le rappellerons à l'ordre, je vous en assure. Ce que je vous dis là, nous l'avons dit à tous. Faites-vousle dire par l'ambassadeur d'Espagne. Ah! dit-il , j'oubliais que vous ne communiquiez pas ensemble. J'aime fort Votre Excellence, je suis tout entier de son côté1. »

A Contarini succéda Georgio Zorzi, qui connut le Cardinal pendant la double lutte qu'il eut à soutenir à la Cour contre la Reine mère et, au dehors, contre ceux de la Rochelle. Si le cadre est plus grand, plus vive aussi, plus élevée et saisissante est la peinture. Rien de plus intéressant que de voir sous la plume du Vénitien le travail incessant, l'occupation constante, l'animation politique du grand ministre, « infaticabile ed indefesso, non concedendo à se stesso nè ai proprii affari, nè pausi, né respiri%. » Ce sont ses expressions. Et que ne dirons-nous de sa dépêche du 2 octobre 1628, qui, traduite par le

1 Idem, ibidem. Lettre du 22 octobre 1626.

2 Archives de Venise. Dépêches de France. Zonzi Zorzi, ambassadeur, 1626-1629. Volumes nos 67-70.

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