‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 62 sur 199 · ATTRAIT DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES · texte numérisé non relu

ATTRAIT DES DÉPÊCHES VÉNITIENNES

pinceau d'un grand artiste de genre, serait d'un effet si beau ? C'est le jour où la flotte anglaise s'avance à pleines voiles vers l'île de Ré. Le Roi de France et le Cardinal et tout ce qu'il y a de guerriers dans la suite du Roi sont sur la plage; tout s'anime au combat pour le cas où Buckingbam tenterait le débarquement. L'ambassadeur de Venise s'est pénétré de tous les épisodes émouvants de la journée; il n'a point quitté la plage; puis, le soir venu, à une heure avancée de la nuit, il est allé à M. le Cardinal, étonné de le voir à une pareille heure. C'était pour parler de la paix, que peut-être, pensait- il, il lui serait possible de négocier en qualité d'intermédiaire. Vains projets d'un conciliateur trop empressé ! Mais sur ce point délicat s'engage une conversation du plus vil intérêt entre ces deux esprits très-politiques. Comme on le voit, le Vénitien n'omet point ces détails pittoresques qui sont si bien faits pour vivifier le récit et conserver aux circonstances le coloris particulier que la réalité leur a donné.

Les négociations des traités, du reste, étaient les grandes campagnes où les passions politiques du Cardinal avaient sans cesse le plus grand jeu. Ce vaillant esprit ne trouvait jamais quelqu'un qui fût propre à le comprendre absolument : aussi avait-il en ces occasions d'étranges défaillances, qu'à ses confidents les ambassadeurs vénitiens il ne craignait point d'avouer avec des mouvements d'extraordinaire expansion. Nous citerons encore ce trait pris à une dépêche du Vénitien en 1630. Le 8 octobre, le traité de la paix signée à Ratisbonne, pour les négociations de laquelle Richelieu avait envoyé

aux conférences le Père Joseph et M. de Léon, venait «l'être apporté à Paris. Le 25, Àlv ise Contarini (celui même que plus lard nous trouverons si habile ambassadeur au Congrès de Munster), Alvise Contarini est reçu par le Minisire. L'entretien fut long, et nous empruntons à la dépêche qui en rend compte ce singulier et caractéristique fragment : « Ce matin, écrit l'ambassadeur, j'ai vu le Cardinal, que j'ai trouvé très-aITligé. « Veuillez m'excuser, me dit-il, si je ne vous ai point vu plus tôt, car je suis plus mort que vivant; depuis la maladie du Roi, je n'ai pas éprouve de plus rude souci que celui-ci. De Léon et le Capucin ne pouvaient faire pis qu'ils n'ont fait! Plût à Dieu que la France eut fait couper la tête à Fargis et à beaucoup d'autres qui ont excédé leurs pouvoirs en des traités de ce genre, et oà il va de l'honneur du royaume! Il y a vingt articles, et il n'en est pas un qui n'ait trois ou quatre erreurs des plus graves. Il n'est plus possible de songer à traiter en France, il n'y a plus d'homme pour cet ouvrage. De Léon et le Capucin se sont laissé tromper par les V ri nées Electeurs, Je ne puis vous en dire davantage avant que la Reine mère ne revienne; on arrangera le tout avec elle. Mais je ne crois pas que cette paix soit stable, car nos ministres ont dépassé leurs instructions. Ils ne devaient traiter que des choses d'Italie, et ils y ont inclus les affaires de Champagne pour les évéchés de Metz, du Duc de Lorraine et autres. En outre d'un traité, ils ont fait une alliance entre nous et l'Empereur, alliance honteuse, préjudiciable et fâcheuse pour tous nos amis; nous obligeant à ne pas donner de secours aux ennemis de l'Empire ni en argent, ni en conseils, ni en forces. Il ne leur

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