‹ Les archives historiques du département de l'AubeChapitre 204 sur 246 · PEINTURE. — ART DU VERRIER · texte numérisé non relu

PEINTURE. — ART DU VERRIER

Le premier verrier que je trouve est Jacquemin, qui, en septenabre 1383, retoucha dans le chœur de la cathédrale la verrière « où est saint Berihélemy » [g] et uîaria ainsi son œuvre au goût des premières époques. Puis je rencontre, en 1412. Guiot Brisetout (h), dont le sobriquet est un trait de mœurs du moyen-âge. En 1460, Jean de Bar-sur-Aube était le verrier de Sainte-Madeleine (i). C'est à lui, je crois, qu'il faut attribuer la fameuse verrière de cette église, qui contient la légende de saint Louis. Jean Cornuat le remplaçait

(o) Liasse 80.

(6) « Le surnom de Dominiqae est Rinuccini, trouvé dans les noies de M. Breyer, au lieu de celui de Rocour, sous lequel il est conna. » (Duhalle. ms. t. i. p. 377. Bibliographie w 60.)

(c) Liasse 105. D.

(d) Registres 563 et 578.

(e) Voy. Mém. sur Troyes; Troyens célèbres, etc. Pass\m. — En général, on ne doit accueillir qu'avec le doute cartésien les assertions de Grosley et de Courtalon, en matière d'art. Ces deux auteurs qui, malgré leurs lumières respectives, n'apportaientà ces questions qu'une égale incompétence, se sont copiés souvent entr'eux; mais plus souvent encore ils ont puisé à des autorités communes qu'ils n'indiquent pas toujours. Or, ces autorités remontent, maintelois, en déGnitive, à des préjugés vulgaires, adoptés sans contrôle.

(f) (Paroisses; comptes de fabriques) à ces dates.

(g) {Extraits de MM. Gadan et Arnaud.) Dans un feuilleton inséré au Journal de l'Aube du 10 septembre iSôG, M. Gadan cite en outre, d'après ces comptes, aujourd'hui disparus, un nommé Jehan de Damery, qui aurait peint sur verre de 1375 à 1379.

[h) Registre 345.

(»■) Registre 849.

en 1512. Do 15-20 à 15S8, Nicolas Cordonnier et son (ils, peintres, verriers, ornemanisles, décorèrent de leurs dessins et de leurs vilraux les églises de Saint- Jean, Saint-Nicolas et Sainl-rantaléon (a). Jean Soubdain est l'auteur de la prande rose de la cathédrale, et d'une foule de vitraux admirables dont il avait illuminé toutes les églises. Pierre Soudain, Gérard, Lyenin, Jacques Cochln, Pierre Lambert, Euslache Planson, Charles Verrat, Jean, Euslache et François Polhier, Marcasen, Pierre et Jean Macadré (1533-1590) [b), lui succédèrent. Celle lisie d'artistes émincnis nous conduit à un nom populaire entre tous, et qui fait époque. Je veux parler de Linard Gonthier (1603 à 1642 environ). Cet habile artiste éclaira de ses tableaux la plupart des églises de Troyes et du diocèse. Nous avons les traces cerlaines de ses œuvres dans les panneaux de V Arquebuxe (c), à Saint-Martin, Sainte- Savine, et même à Rumilly-lès-'V'^audes [d). Jusqu'à lui, surtout, les traditions de cet art remarquable se conservèrent avec un religieux respect des précédents, qui éclate surtout dans les nombreuses restaurations apportées, de siècle eu siècle, à ces fragiles peintures. Cependant, les procédés techniques subirent, avec le progrès des temps, des variations nombreuses que nous révèlent les œuvres propres de chaque époque. Les premiers vitraux de couleurs paraissent avoir été fondus par pièces de rapport unies et à teintes plaies. Plus tard, on inlailla l'épaisseur du verre pour détacher en rohanls lumineux les ornements plus clairs. Cette méthode fut surtout usitée dans les xve et xvi^ siècles. Puis eusuile, les verres furent simplement peints,

(a) Paroisses. Comptes.

{b) (Ibidem. Pass'im.) Au commencement du xvie siècle, la renommée des verriers de Troyes était très-grande à Sens même, où nous voyons pourtant cet art cultivé avec éclat, à la fin de ce même siècle. En 1500, dit M. Quantin, que j'ai déjà cité, le doyen et le fabricier de la cathédrale, se rendent à Troyes, au nom du chapitre, pour proposer à des verriers de cette ville de faire les verrières du croison. Ceux-ci, nommés Lyevin Varin ou Voirm, Jehan Verrat et Balthazard Godon ou Gondon, passèrent marché avec les députés du chapitre, pour faire toutes les verrières de ladite croisée entièrement, avec forme de verre et de plomb... « moyennant 16 blancs (6 sous 8 deniers tournois) seulement, pour chascun pied tout de couleur et painture. » — En 1503, les verriers ci-dessus dénommés viennent rendre eux-mêmes leur ouvrage et le poser aux ouvertures du portail sud de la cathédrale. Parmi eux nous retrouvons Jehan Macrade (Macadré), neveu de Lyevin Varin, que ce dernier avait envoyé à sa place.

(c) Ils se trouvent actuellement aux fenêtres de la bibliothèque publique de Troyes.

(d) L'éjrlise de ce village est très-remarquable. Un bahut placé dans un coin de la nef, renl'ernie d'anciens comptes et autres papiers de fabrique, que j'ai eus en roinniunicalion. On y trouve des quittances de L. Gonthier cl autres notes précieuses. L'église de iSainte-Savine, près Troyes, possède aussi des documents analogues.

comme aujourdhuila porcelaine, et recuits, ou même fixés avec des mordants. C'est la dernière époque de la peinture sur verre. Parmi les artistes que j'ai cité^, les uns n'étaient que des fondeurs et vitriers qui exécutaient les patrom dessinés par des maîtres. Quelques-uns ne s'occupaient que de ce dernier travail. D'autres enfin composaient exclusivement le texte des légendes et l'ordonnance des sujets. Mais les plus distingués, comme les Soubdain, les Macadré, les Gonthier, étaient d'intelligents artistes, qui dominaient l'ensemble de ces opérations, et réunissaient dans leur main toutes leurs applications. Linard Gonthier paraît avoir formé une espèce d'école personnelle, qui, sons son nom et sous la responsabilité de son talent, exéculait les nombreuses verrières qui lui appartiennent. Après Linard, ou à ses côtés, nous voyons Jean Gonthier, son frère (a), Jean Lothereau, Thimothée Pisset ou Pisiel, Jean Barbarat, François Clément (1613-1655), etc. Puis, sous les descendants de ce Clément, avec Nicolas Cocot et d'au 1res, s'opère la dégénérescence progressive de la peinture sur verre.

Page 1