‹ Les archives historiques du département de l'AubeChapitre 205 sur 246 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

Les archives de l'Aube possèdent des spécimen qui témoignent des divers mode.^ de notation musicale employés jusqu'à ce jour [b). Ils consistent en des fragments que j'ai rencontrés dans des reliures, en des passages de manuscrits liturgiques, et en quelques partitions religieuses modernes. Les plus anciens remontent aux premières applications du .système actuel de la portée et des signes échelonnés qui constituèrent l'itivention de Guido d'Arezzo, vers le milieu du xie siècle. Les anciennes écoles de Troyes, sur lesquelles je donnerai, dans mon prochain rapport, des renseignements tout-à-fait nouveaux (c), enseignaient aux enfants les éléments de l'art musical. Notre fameux Urbain IV était, comme chacun sait, élève de ces écoles, et ses biographes insistent sur ce point qu'il avait une belle voix, dont il se servait avec science (d)- Ainsi que la cathédrale, Saint-Etienne, qui partageait avec elle la direction de l'instruction de la jeunesse, avait une école particulière de chant {r). Cette maîtrise paraît avoir été, jusqu'aux temps modernes, l'objet d'une sollicitude particulière. Les comptes des fabriques nous fournissent aussi de nombreuses révélations sur les instruments de musique, et notamment

(o) Selon Levicil, Histoire de la peintttre sur verre. Toutefois, il était beaucoup plus jeune que son aîné.

(h) Musée paléographique. Pièces 24 =r 26.

(c) Voy. la lettre suivante.

(d) Voy. ci-dessus, page 281, note e.

(c) Liasse iO.'l. Dossier i.

sur )a faclure, la consduclion el la réparation des orgues (a), qui Joueiil un double rOle dans riiisloirc de l'art, sous les rapports du son et de la forme. Les devis de ces derniers inslrutnenls, que j'ai r'Junis en assez grand nombre, nous font connaître les détails de leur construction mécanique, et nous initient souvent, par des descriptions fort curieuses, aux altérations progressives que celte partie importante de l'art religieux subit comme toutes les autres, dans sa partie morale, au fur et à mesure du dépérissement de la foi. En 1551, les chanoines de St. -Etienne Oient marché avec Françoys des Oliviers, maistre composcxir d' ortjucs, pour fournir àl'égliseun orgue neuf de 6 pieds de ton et 6 pieds de montre. Voici textuellement le détail des jeux qui le composaient : « ung plein jeu de flûtes à neuf trous, ung de hautbois avec la sacqueboutle et le coruet sonnant comme quatre joueurs; ung de voix humaines contrefaites; ung de cymballes; ung de doubles flûtes; ung de fifre; ung de doucines; un ressemblant à la voix d'un fausset; ung de harpes; ung chantant comme pèlerins qui vont à Saint-Jacques, avec une voix tremblant ; ung de Affres d'Allemands sonnant comme en une bataille; ung de musettes, sonnant comme ung berger estant aux champs ; une batterie de sonnettes, sept marches avec pédales; une voix de rossignol se mouvant et battant des ailes, comme s'il estoil en vie; une trompette sonnant comme en une bataille, avec le tabourin, etc., etc. [b] » L'orgue présentait, en outre, à la partie extérieure, un mystère mécanique et à mouvement, dans lequel deux soldats de bois lapidaient un saint Etienne à genoux, et autres pièces semblables. Enfin, l'on trouve dans les archives de cette collégiale, la musique notée des célèbres cantiques de l'abbé de Latleignant, sous la date de 1772 (cj.

CHARPENTERIE, MENUISERIE, ORFÈVRERIE, SERRURERIE, etC.

Au-dessous de ces diverses branches de l'art, ou plutôt au milieu d'elles, venaient les arts et métiers de toute espèce, dont les spécialités comportent peu l'isolement, mais qui, par une harmonique association, leur prêtaient un concours essentiel. On remplirait utilement un volume avec les notes que fournissent nos registres, dans les seuls comptes des charpentiers, menuisiers, serruriers, orfèvres, taillandiers, brodeurs, ciseleurs, enlumineurs, etc. Jusqu'au xvip siècle, en effet, la barrière de prose qui sépare aujourd'hui l'art du métier, est inconnue. De même que les cabalistes appelaient Dieu ou le diable de cent noms différents, de même l'art, au moyen-âge, respire sous toutes les dénominations qui précèdent. L'orfèvre, le serrurier, le menuisier, qui sculptaient le bois, le fer et l'or, comme le sculpteur sa

(a) Liasse 105. Dossier 1, [h) Ibidem, Pièce G.

(c) Ibid. R.

pierre, étaient artistes au (ant que lui, autant quele peintre armé de sa palette. Autant que l'un et l'autre, ils étaient poètes; ils étaient penseurs, philosophes. Tous poursuivaient avec amour, et par fois avec une même élévation, le beau idéal de la forme, la perfection de l'ouvrage humain ; et nos forgerons de Troyes, par exemple, nous ont laissé tels chef^-d'icuvre qui peuvent entrer en comparaisons avec ce qu'il y a jamais eu de plus fini dans le pinceau des maîtres flamands.

Cette vie intellectuelle, qui distingue profondément les ouvriers d'autrefois des ouvriers modernes, se reflète dans les moindres faits, dans les moindres émanations de leur existence. Elle attache un prix particulier à toutes les traces écrites qu'ils ont laissées d'eux, notamment dans lexve, le xvie et le commencement du xvii*" siècle. J'ai donc recueilli et noté, avec toulle soin possible, les autographes nombreux que nos registres nous ont conservés en ce genre. Aux époques dont je viens de parler, les peintres, les verriers, les sculpteurs, toutes professions qui représentent la figure, signaient, au lieu de leur nom, un masque le plus souvent grotesque, dans lequel ils ont peut-être voulu, parfois, se représenter eux-mêmes. D'autres prenaient pour signature ou pour paraphe les emblèmes de leur métier : le maçon signait de sa hachette, le serrurier d'une clé, le taillandier d'un brassart, le menuisier d'un rabot, etc.; c'est ce que l'on appelait sa marque. La collection de ces signes, véritable blason du peuple au moyen-âge, complète d'une manière intéressante la série d'écrits originaux que nous ont laissés les hommes aiustres dont s'honore le département de l'Aube, et que conservent pieusement ses archives.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Mars 1841.

MJettre septième.

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