I. — GROUPE DU CYMBIFERA
Je réunis sous cette dénomination tous les échantillons constitués par des racines ou des tiges d’Aristoloches, et qui m'ont paru se rapporter à ceux que décrit Guibourtsousle n° I dans son mémoire sur les Guacos. Ce sont les Mil-homens appelés aussi Jarra où Jarrinha.
La détermination de Guibourt est incontestable; mais s’il est certain que l'A. cymbifera fournit des tiges et des racines de Mil-homens, il est certain aussi que plusieurs espèces voisines (Brasiliensis, ringens, labiosa, macroura, elc., etc.) sont très analogues par leurs organes végétatifs, et spécialement par les tiges et racines ; ces plantes habitent les mêmes régions ; les naturels et les voyageurs leur attribuent les mêmes propriêtés; 1l est donc possible et même probable que ces tiges identiques sont recueillies et employées les unes pour les autres. En l'absence de tout organe caractéristique accompagnant l’échantillon, on attribuera les Mil-homens dont la description va suivre à un groupe de plantes dont PA. cymbifera restera le type le plus net.
Les tiges de ces groupes sont de toutes les Aristoloches américaines les plus connues dans les droguiers (sauf, bien entendu, les Serpentaires). Du temps de Guibourt, elles formaient les trois-quarts du Guaco commercial. J'en ai trouvé de nombreux exemplaires surtout à l'École de pharmacie de Paris, dans les collections locales : les collections du Muséum en possèdent aussi plusieurs. Assez souvent ces échantillons étaient exactement nommés: beaucoup sans nom aucun. Ils provenaient toujours de l'Amérique tropicale, ordinairement
1! La réapparition de la drogue sur le marché européen vient d’être signalée, il ya quelques années ( Wien. Chem. Zeitung, 1887, p. 379)
FOIE du Brésil (dans ce cas sous le nom de Mil-homens où sans nom); quelquefois du Paraguay sous le nom d’Ysipo-péré* ou de la République Argentine .sous celui d'Ycipo-Milhombre; de la Colombie, sous celui de Guaco” et même une fois, sous l'étiquette fausse de Pareira brava jaune, du Salvador. En tout 16 à 18 spécimens qu'il est impossible de séparer, car si quelques-uns présentent d'assez grandes différences, on trouve entre eux tous les passages.
Les tiges semblent être beaucoup plus employées que les racines, car on les rencontre bien plus souvent dans les dro-
gues.
Les racines sont parfois assez semblables aux tiges. La diminution plus rapide du diamètre, l’épaisseur un peu plus grande de l’écorce, la disposition du suber plus uniforme, la présence de quelques profondes fissures transversales à travers le suber et l'écorce, permettent de les distinguer. Elles partent souvent plusieurs à la fois d’une souche qui donne aussi naissance à plusieurs tiges. Sur une section transversale la distinction d'avec une tige est très difficile, le bois ayant chez les deux le même aspect ou à peu près, et la même
couleur jaune.
Les tiges sont ordinairement coupées en morceaux de lonœueur très variable, le plus souvent de 12 à 15 cent., parfois réunis en paquets assez réguliers et liés par un fragment d’écorce. Mais d’autres fois la longueur est plus grande et atteint de 30 à 60 cent. Le diamètre n'est pas moins variable
1 Cet échantillon contient aussi des fragments dont l'aspect extérieur et le suber rappellent les Aristoloches, mais qui n'appartiennent certainement pas à cette famille. L
2 Cet échantillon diffère des autres par un suber de couleur très claire. L'étiquette qu'il porte au Muséum indique qu’il atteint le sommet des arbresles plus
élevés sur la côte du Pacifique.
et va de 5 à 28 mm. '. Mais les fragments, même lones, ont un diamètre sensiblement égal d’une extrémité à l’autre, indiquant une liane extrêmement allongée. Ces tiges sont le plus souvent à peu près cylindriques, mais peuvent être aplaties assez fortement. Elles sont fort peu rameuses, et pen ou pas noueuses.
Quelques échantillons sont franchement volubiles, la plupart simplement flexueux.
Ces fragments sont en général fort lécers.
La surface est recouverte d’un SUBER quelquelois très abondant, dont la couleur terreuse est rarement foncée, quelquefois grisâtre, souvent fauve ou gris-brun, ou brun clair, la même d’ailleurs que sur la racine.
Ce suber acquiert souvent une épaisseur assez forte et se sépare longitudinalement en longues crêtes plus ou moins parallèles, parfois très hautes, parfois assez vagues, entre lesquelles: on aperçoit souvent la région corticale noire. Ilne manque jamais tout à fait, mais diminue parfois d'épaisseur et les crêtes peuvent alors s’'effacer presque complètement. Il a de 1/2 mm. à 5 mm. d'épaisseur. Il est mou, assez souple sous le doigt, quelquefois friable, surtout sur les parties souterraines. Des lichens et des mousses peuvent, mais rarement, s’y rencontrer. Le fond des sillons atteint parfois l'écorce; il est ordinairement de couleur plus foncée que les crêtes. Sur la section transversale, les couches concentriques de suber sont très visibles lorsqu'il est un peu épais, et les assises profondes
sont toujours plus foncées.
Au-dessous du suber, et généralement assez adhérente. avec lui, se trouve l'ÉCORCE, quelquefois dénudée par places par la chute du suber, parfois ridée en long par la dessiccation,
4 Les plus gros sont, dit-on, fendus en long dans le commerce, mais je n'ai pas eu l’occasion d'en voir.
LIT ANSE mais d'ordinaire unie et de couleur généralement foncée, presque noire quelquefois sur sa face externe très dure, résistant à l’ongle. La face interne porte l'impression des faisceaux du bois. L'épaisseur en est variable et souvent difficile à bien apprécier à l'œil, la limite entre l'écorce et le suber étant parfois peu nette. Dans quelques cas, cette épaisseur atteint 2 mm., ordinairement 0 mm. 75 à { mm. Sur la section transversale l'écorce est de couleur variable, probablement suivant l’état de conservation de l'échantillon. Mais presque toujours on y distingue près du suber une fine ligne blanchâtre. La couleur générale est jaunâtre ou brunâtre, quelquefois très claire et presque blanchâtre. Quelquefois on voit extérieurement une ligne foncée et en dedans une zone jaunâtre. Un autre caractère qui varie beaucoup d’un échantillon à l’autre est l’adhérence de l’écorce au bois. En général, elle est très faible et même nulle, et il est fréquent de voir sur la section une solution de continuité irrégulière entre l'axe et l'enveloppe. D’autres fois, au contraire, l’adhérence est complète. Le moment de la récolte est peut-être pour beaucoup: dans ces différences.
L’AXE LIGNEUX est à peu près constamment cylindrique. Il présente la disposition typique des Aristoloches, la structure en éventail si souvent décrite. Cet aspect est quelquefois d’une grande netteté. Les secteurs longitudinaux principaux cunéiformes sont souvent, lorsque la tige est brisée ou que l'écorce a disparu, séparés les uns des autres, plus ou moins tordus, parcourus sur la région dorsale par la trace longitudinale des rayons médullaires de % et de 3° ordre. Les secteurs sont rompus nettement, mais à des hauteurs diverses. La couleur générale du bois sur la section transversale fraîche est jaune, brune, fauve où même parfois jaune assez vif, avec quelques modifications dûes souvent à des altérations.
La surface de section est partout criblée de pores bien visi-
LTÉE bles à l'œil nu. Les rayons médullaires sont fins, étroits, souvent blanchâtres, d’autres fois au contraire plus foncés que le bois avec des intermédiaires : ils sont de grandeur inégale. Quelques-uns se rejoignent d'ordinaire, aucentre, mais non toujours et en tout cas ne forment jamais de moelle’. Il'est fréquent de voir une fissure radiale plus où moins complète s'étendre à leur place entre deux secteurs du bois.
Si l’on brise certains échantillons, il s’en échappe une poussière blanchâtre d’amidon. Le fait est cependant assez rare. L'odeur, assez insignifiante ou nulle, se développe hbeaucoup, dès qu'on gratte ou qu’on sectionne l'échantillon, surtout dans la région corticale ; c’est une odeur d’Aristoloche caractérisée, un peu rutacée, mais en même temps aromatique, moins désagréable de beaucoup que celle de nos espèces indigènes *.
La saveur est extrêmement âcre à lagorge, tout à fait aristolochique. Ici, comme toujours, c’est l'écorce qui impressionne le plus vivement. Cette saveur est en même temps aromatique et piquante.
Dans aucun échantiilon je n’ai vu de feuilles.
STRUCTURE. — L'anatomie des échantillons du groupe cymbifera nous montre, avec des caractères généraux assez semblables, de nombreuses différences de détail.
SuBER. — Peu de choses à en dire. Il se forme d'ordinaire abondamment et présente des zones successives parfois très
Dans un seul échantillon épais, on trouve au centre une moelle triangulaire. Le même échantillon, qui est fort long, en est dépourvu plus haut, La moelle existe à l'état jeune.
2 On a souvent comparé cette odeur à celle de l'A Serpentaria. Mais
elle m'a toujours semblé moins camphrée, et moins aromatique, sur les échantillons que j’ai eus. Celle du macroura serait, d’après Brandt, plus
forte que celle du cymbifera.
= 70 nettes: les cellules en sont presque toujours allongées radiatement.
Au-dessous du suber se trouve une ZONE PARENCHYMA- TEUSE souvent peu épaisse, de 4 à 8 rangées de cellules à parois minces quelquefois colorées en brun. Ces cellules peuveut être vides, mais contiennent fréquemment de l’amidon et quelques-unes d’entre elles sont souvent remplies plus ou moins complètement par une substance oléo-résineuse, probablement une huile essentielle résinifiée, dont la couleur est
ordinairement jaune citron ou jaune orange, mais qui parfois, dans d’autres cellules, est blanche et transparente.
Puis vient une ZONE DE CELLULES SCLÉRIFIÉES dont on trouve toujours des traces, mais qui peut présenter des aspects assez différents. Elle est en effet continue dans certains échantillons, interrompue çà et là dans d’autres, tantôt formée uniquement de quelques rangées de sclérites jaunes à paroi épaisse et canaliculée, tantôt constituée par des paquets alternatifs de sclérites et de fibres : celles-ci polygonales, les extérieures à parois plus épaisses, les intérieures à lumière de plus en plus grande, également jaunes, faisant souvent saillie dans le parenchyme sous jacent. Cette zone peut dans quelques cas être très réduite.
Un PARENCHYME succède à cette zone. Il est souvent très épais, formé de cellules semblables et remplies d’amidon ou d'oléo-résine. Les cellules huileuses sont même ici d'ordinaire beaucoup plus abondantes qu’en dehors de la zone scléreuse. Souvent dans ce parenchyme se montrent des cellules scléreuses (ou des fibres plus rarement), parfois isolées, ordinairement par groupes irréguliers, plus où moins abondants: chez quelques-uns ces gros paquets de selérites pénètrent profondément dans les rayons médullaires en prenant une forme allongée radialement. D'autres fois ces cellules sont extrè-
mement nombreuses et irrégulièrement répandues, mais très peu épaisses. Enfin elles sont quelquefois à peu près ahsentes.
Le LIBER forme, en face de chaque faisceau ligneux, des arcs à concavité interne.
L’écorce est donc, on le voit, assez variable d'aspect et il est possible que ces variations répondent à des origines diflérentes de la drogue. Mais il ne faut pas leur attribuer une importance trop considérable, car il existe trop d’intermédiaires entre les extrêmes. Entre les écorces dépourvues d'huile par exemple et celles qui en sont remplies, on trouve tous les passages ; entre l’absence complète et la surabondance d’amidon on rencontre aussi tous les types de transition. Dans le même échantillon on peut voir des fragments de structure différente : ainsi, dans le cymbifera du droguier de Guibourt, les tiges âgées ont beaucoup d'huile et d’amidon et une zone scléreuse interrompue : les branches moyennes ont une zone scléreuse continue et très peu d’amidon et d'huile. L'âge du fragment, l’époque de la récolte peuvent avoir grande influence sur ces variations qu'on peut résumer ainsi :
Abondance plus ou moins grande d'amidon.
— — —: d'oléo-résine.
Zone scléreuse continue ou non, parfois très réduite, avec ou sans fibres. :
Abondance très variable des sclérites entre la zone
scléreuse et le bois.
Quant au 801, il est remarquablement homogène partout : constitué par de gros faisceaux en éventail, i! est dichotomisé régulièrement de part et d'autrede rayons médullaires de plus en plus courts, et formé par de gros vaisseaux irrégulièrement distribués et séparés par des fibres ligneuses nombreuses,
épaisses, polyédriques.
Les RAYONS MÉDULLAIRES varient beaucoup de largeur. Ils peuvent contenir les mêmes éléments que l'écorce, c’est-à-dire des sclérites, de l’amidon, de l’oléo-résine.