‹ Les Aristoloches: Étude de Matière MédicaleChapitre 16 sur 33 · GROUPES VOISINS DES MIL-HOM£ENS · texte numérisé non relu

GROUPES VOISINS DES MIL-HOM£ENS

A) Aristoloche à odeur de rue. — Mil-homens ce Cayenne. — La drogue dont il est ici question a été apportée de Cayenne par M. Leprieur. C’est également cette sorte qui existe au Muséum sous la simple étiquette: « Guyane, M. Étienne, 1817.» Elle est en fragments de 10 à 15 centim. sur 15 à 18 mm. de diamètre, recouverte d'un épais suber mou, fauve, qui manque sur beaucoup de points. Il semble disposé en bandes longitudinales, inégalement épaisses. Sur certains points, les couches successives, visibles les unes sous les autres, donnent à ce suber un aspect moiré.

L'écorce sous-jacente est noire en dehors, marquée de sillons longitudinaux peu profonds.

Sur une section transversale, on voit au-dessous du suber une écorce d’un brun noirâtre de 1/2? à 1 mm. d'épaisseur.

Le bois, d'un blanc jaunâtre, percillé de pores bien visibles, occupe une large surface.

Quelques rayons médullaires minces, de couleur brun noirâtre, viennent se rejoindre au centre : entre eux se trouvent des rayons de 2° et de % ordre. Quelques fissures parfois. L'ensemble est assez compact, l'écorce adhérente au bois.

L'odeur est plus forte dans l'échantillon du Muséum, de date plus récente. Elle se développe en lout cas à la section. C’est l'odeur d’Aristoloche, mais un peu rutacée en effet, aromatique el térébenthinée, moins désagréable que beaucoup d'autres,

quoique forte.

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Le goût est piquant, aromatique, un peu amer et âcre à la gorge, plus accentué dans l'écorce.

STRUCTURE.— On y voit :

Du suber par places.

Un parenchyme épais avec un peu d’amidon et d'huile.

Une zone scléreuse interrompue avec quelques paquets de fibres.

Quelques sclérites dans le parenchyme sous-jacent.

Un liber en arcs. Rien de spécial pour l'axe ligneux.

“L'échantillon du Muséum en diffère par quelques points mais on trouve parfois des différences dans les coupes faites sur le même fragment, et l'on peut maintenir pour le moment le rapprochement de ces deux échantillons.

En somme, on trouvera beaucoup de ressemblance entre cette plante et le cymbifera. L'aspect un peu spécial du suber, la couleur un peu plus foncée, l’odeur particulièrement forte et aromatique, sont des caractères assez secondaires ; peutêtre faut-il identifier les deux.

En tout cas, on ne peut les distinguer anatomiquement.

B) Boerarie.— Sous ce titre : « Tige d'une espèce d'Aris- » toloche, vulgairement Boerarte (aromatique, employée » contre les maladies pectorales), Guyane anglaise»; et, sous une autre étiquette analogue, j'ai vu au Muséum deux échantillons très semblables qui présentaient la plupart des caractères des Mil-homens, tout en différant par quelques points. L'un d’eux date de l'Exposition de 1855. Ces échantillons comprenaient seulement des fragments de tige, et l'absence complète non seulement des organes de reproduction, mais des racines et des feuilles, empêche toute détermination exacte.

Ces tiges ont de 15 à 50 ou 60 cent. de longueur, sur 9

à 20mm. de diamètre. Elles sont légères, un peu renflées en nœuds sur quelques points, recouvertes, mais non partout, d'un suber peu adhérent de couleur fauve, mou et souple peu abondant, offrant de longs sillons parallèles parfois un peu spiralés. Ces sillons sont moulés sur ceux de l'écorce sousjacente, noire, dont le principal caractère est d’être ainsi marquée deces cannelures parallèles, très nettes, assez grosses, régulières, répondant aux faisceaux ligneux intérieurs, tandis que le fond des sillons correspond aux rayons médullaires. La couleur de l’écorce est d’un noir foncé. On croirait à première vue que la tige a été carbonisée. Quelques fissures transversales,

Sur la tranche, l'écorce un peu sinueuse a une couleur jaunâtre ou brunâtre différente suivant l’échantillon, et une adhérence au bois variée également. Mais partout le bois jaunâtre est percé de pores bien visibles, partout aussi il a la structure caractérisée des Mil-homens. Les rayons médullaires sont souvent remplacés par des fissures.

Le goût est aussi le même, et indique une Sante stimulante et probablement diaphorétique. Il est fortement aromatique, un peu camphré, mais très peu âcre. L'’odeur est très caractérisée. Il suffit de gratter l’échantillon pour la percevoir.

Les cannelures de cette tige la distinguent nettement des autres Mil-homens. Mais c’est là encore une espèce probable ment bien voisine du cymbifera

STRUCTURE. — C’est encore ici celle des Milhomens, mais il est intéressant de comparer les deux échantillons du petit groupe du Boerarie. Ces deux échantillons sont tout à fait semblables par les caractères extérieurs. Arrivés au Muséum sous le même nom, ils diffèrent des autres Mil-homens par des caractères, il est vrai peu importants, mais qui se retrouvent chez tous les deux. On ne peut, en un mot, les séparer l’un de l'autre. Et pourlant il existe dans leur structure anatomique des différences aussi erandes qu'entre les diverses sortes du

mr, 2 groupe cymbifera. Ainsi chez l’un, la zone scléreuse est bien plus régulière; chez l’autre, les sclérites du parenchyme sousjacent, presque absents chez le premier, sont extrêmement abondants et peu épaissis. Chacun d'eux ressemble moins à l'autre qu’à tel ou tel type de cymbifera. La conclusion est que pour le groupe des Mil-homens, l'anatomie indique une parenté générale, mais ne peut fournir les éléments d'une disünction nette entre les sortes admises.

C) Guaco blanc. — Guaco mince. — Guaco long (Armenia). — Guaco grand (Guazapa). |

Ces échantillons proviennent du Salvador, qui les exposait sous les noms ci-dessus en 1889. Ils sont évidemment dûs à la même plante, et l’on peut les décrire ensemble.

Ce sont des racines parfois mêlées de quelques fragments de tiges, et partant quelquefois de souches plus ou moins irrégulières, d’autres fois isolées. Elles ont d'ordinaire de 5 à 9 millimèires de diamètre sur une longueur indéterminée. La surface de ces racines est recouverte d’un suber d’un brun clair, fauve, un peu terreux, doux et comme onctueux au toucher, s’effritant facilement et se détachant sous forme de poussière. Au-dessous est l'écorce dure, brune, ou quelquefois un peu jaunâtre. |

Dans certains échantillons cette écorce se détache souvent du bois qui reste à découvert, mais la section transversale ne.montre aucun hiatus entre l’écorce et le bois.

Sur cette section, l'écorce apparaît de couleur brun jaunâtre, jaunâtre ou jaune orangé, assez épaisse; sur les tiges (?) la zone corticale est très mince, blanchâtre, et les pores du bois sont très visibles. Ils le sont aussi d’ailleurs dans les racines, bien qu’un peu moins. Le bois est de couleur jaune.

Les rayons médullaires, très fins, nombreux, parfois fissurés,

22 Ds sont souvent peu visibles et demandent la loupe. Pas de moelle.

De nombreuses racines, naissent sur les grosses.

L'’odeur est assez nette à la section, mais faible.

Le goût est plus accentué de beaucoup dans les racines que dans les tiges.

Dans l’un des spécimens se trouvait une toute petite feuille sur une brindille. Cette feuille est cordiforme, relativement large, de ? cent. sur 2, arrondie en avant, à sinus assez profond en arrière, pédalinerviée nettement, avec un réseau à la face inférieure — Pétiole assez long.

S'IRUCTURE.— Les quatre échantillons appartiennent probablement à la même espèce, et l’anatomie confirme ce rapprochement. La structure générale de la tige les écarte du groupe maxima et les rapproche, au contraire, beaucoup des Milhomens. Au-dessous du suber, en effet, est un parenchyme d'épaisseur assez variable, puis une zone scléreuse, tantôt continue, tantôt interrompue par places et constitué par des cellules scléreuses et des fibres en amas alternants. Quelquefois la zone est formée presque uniquement de sclérites. Le parenchyme sous-jacent peut contenir quelques sclérites rares, jamais autantque dans certains Mil-homens vrais. L'amidon et l'huile y sont en abondance variable.

Le bois est un bois de Mil-homens.

Quant aux racines plus nombreuses que les tiges dans nos quatre échantillons, elles ont une écorce complètement dépourvue d'éléments scléreux, sauf rarement quelques petits amas situés dans la profondeur. Le parenchyme est épais, généralement très riche en oléo-résine et gorgé d’amidon.

Les échantillons de Mil-homens pris comme type ne contenaient que très peu de racines et la structure n’en était pas caractérisée. En général elles ressemblent aux vices anatomi-

LRU ment. Aussi ne peut-on rienaffirmer : mais ilest difficile de ne pas faire de ces 4 Guacos un groupe voisin du cymbifera.

D) Sous le nom d’ « Aristolochia cymbifera, Milhomens » le droguier Guibourt contient deux échantillons qui me semblent différer par quelques caractères et qui proviennent peut-être d'une espèce voisine.

Dans ces échantillons, on remarque que les parties sont presque complètement dissociées: l'écorce fragile et mince est presque partout séparée du bois, dont les secteurs euxmêmes sont isolés les uns des autres. Dans les flacons où elles sont contenues, ces tiges longues sont arrangées en spirale, et il est impossible d'en retirer un fragment sans le briser plusieurs fois ; le plus souvent on n’amène à soi que l’axe ligneux.

L’écorce est recouverte d’un suber, peu abondant il est vrai, non disposé en crêtes, comme dans la plupart des Milhomens. Ce suber est de couleur claire, jaunâtre ou fauve; il manque sur beaucoup de points. L’écorce est mince, légèrement striée en long par la saillie des faisceaux du bois, très fréquemment détachée de l’axe et formant des lambeaux reliés au bois par quelques fibres. Ces lambeaux sont euxmêmes formés de deux couches, l’une interne jaunâtre, l'autre externe grise, extrêmement fragile.

Le bois est d'aspect noirâtre ou fauve; il est constitué par des faisceaux plus ou moins séparés les uns des autres, ou réunis par groupes: sur les faces latérales sont les traces des rayons médullaires. Sur la section on voit bien les pores.

Les tiges semblent un peu aplaties. Elles ont environ 10 à 18 mm. de diamètre, lorsqu'elles sont entières. |

L’odeur, d’après l'étiquette de l’un des flacons, était fétide

ETATS et repoussante. Elle existe encore même sans qu'on touche à Péchantillon: elle se développe, si on le froisse. La saveur est forte, piquante, et amène une constriction et une âcreté très vives à la gorge.

La drogue semble provenir d’une plante active; depuis longtemps conservée en droguier, elle a perdu sans doute beancoup de ses qualités. Je ne pense pas que ce soit le vrai cymbifera, mais seulement une plante voisine.

SrRUCTURE. — La structure de l'écorce est assez nette. C'est un Mil-homens à écorce très mince, formée de quelques couches subéreuses, puis d'un parenchyme cortical à cinq ou six assises au plus, avec quelques cellules à huile, suivi d'une zone à peu près continue de cellules scléreuses peu nombreuses, alternant avec des paquets de fibres assez gros. Ni le liber ni le bois n’ont rien de spécial. L'ensemble, foncé, presque noir, nécessite l’action de la potasse pour s’éclaircir. Les fibres sont longues, les plus internes à lumière de plus en plus large.

E) A. fragile. — Guibourt a rapporté avec doute la drogue qu'il a décrite sous ce nom à l'Aristolochia antihysterica de Martins. Je n’ai vu d'autres échantillons de cette espèce qui ceux de Guibourt (classés sous le n° V bis). Ils offrent des caractères assez spéciaux qui les distinguent des autres Aristoloches, mais je ne vois pas quels sont ceux qui les ont fait rapprocher de l'antihysterica plutôt que de beaucoup d’autres espèces. Ils ne ressemblent guère en tout cas à l'antihysterica décrit ci-après. Le mieux est donc de conserver le nom d'Aristoloche fragile qui répond à l'un des principaux caractères de la drogue.

L'Aristoloche fragile est en fragments de 4 à 10 mm. de diamètre, sur une longueur variable parfois très grande.

SAN ERER L'ensemble a une couleur brun chocolat plusou moins foncée, ou même presque noire, une extrême légèreté et une fragilité caractérisque. Les tiges sont recouvertes par un suber relativement épais et d'ordinaire disposé en hautes et longues crêtes longitudinales ; d’autres, probablement plus jeunes, ont la surface presque lisse et luisante. Le suber fait corps avec l’écorce sous-jacente qui au contraire est fort peu unieau bois et s’en sépare très facilement sous forme de fragments ou de cylindres creux. Cette écorce est très fine et très cassante, de couleur brune, souvent luisante, plus claire en dedans.

Le bois ainsi mis à nu se montre formé de secteurs qui se rejoignent au centre et que la disparition des rayons médullaires rend très distincts et sépare en longues bandelettes. La couleur de cet axe ligneux est souvent plus claire que le reste.

Sur la section transversale on voit:

1° Le suber très foncé, limité en dedans pär une ligne dure :

2° La zone corticale d’une minceur extrême, blanchâtre;

3 L’axe ligneux dont les rayons peu nombreux, tantôt séparés tout à fait, tantôt unis encore au centre, autour d'une petite moelle, sont percés de pores très fins, peu visibles à l'œil nu, très nets à la loupe. Les rayons médullaires soni fins et étroits, souvent remplacés par une fente.

L'odeur est nulle partout.

Le goût est à peu près nul : un peu âpre parfois à cause du suber.

Je n’ai point vu de feuilles.

STRUCTURE. — L’anatomie y montre: un suber souvent fort épais ; une écorce extrême mince, fine, et composée à peu près exclusivement par la zone scléreuseassez large. Celle-ci est formée de sclérites peu nombreux, ponctués, alternantavec des paquets volumineux de cellules allongées et épaissies

=igére et à lumière très large. Le liber se voit seulement par places. Le bois n’a rien de particulier. Il à la structure typique

du groupe.

F) A. antihysterica. — L’échantillon que décrit Guibourt lui a été envoyé par Théodore Martius, frère du célèbre botaniste voyageur qui a décrit l'espèce. Il faut donc le considérer comme authentique, d'autant plus qu'il répond à peu près à la description de Wittstein. Il est formé de fragments de racines de diamètre variable, ne dépassant pas ? cent.

Extérieurement, un suber d’un brun assez foncé recouvre une écorce fort dure, également de couleur sombre. Ce suber manque sur bien des points : il est assez mince et forme des lignes longitudinales peu visibles. Des fissures transversales irrégulières, comprenant une partie seulement de la circonférence, mais profondes et atteignant le bois, se montrent de loin en loin. L'ensemble est d’une couleur assez noirâtre foncée.

Sur la section transversale on voit :

a) Une zone extérieure foncée, avec du suber mat, et la partie extérieure de l'écorce luisante, dure, formant une deuxième ligne plus foncée que celle du suber.

b) Une ligne blanche circulaire très dure, fine.

c) Une zone brune plus claire que la première, dans laquelle viennent se jeter les rayons médullaires.

Cette écorce, très dure, est relativement assez épaisse, surtout dans les petits échantillons ; mais chez ceux-ci les zones corticales énumérées ne sont pas distinctes. La région corticale est très intimement liée au bois.

Le cylindreligneux est formé d’une dizaine de coins, séparés par des rayons médullaires, bruns ou parfois blanchâtres et non toujours très réguliers, qui se rejoignent souvent au

— re centre. Les coins ligneux, séparés aux extrémités brisées, sont de couleur jaunâtre, percés de pores visibles.

L'odeur, nulle d’abord, se développe à la section.

Le goût est fort, aromatique et piquant : c'est le goût d'Aristoloche, désagréable, mais moins âcre que dans d’autres espèces.

Comme l'avait pensé Guibourt, la feuille qui accompagne son échantillon n’en fait pas partie.

Witistein ‘ a donné de cette racine une description qui concorde assez bien avec celle qui précède. Les fragments qu'il à vus étaient plus gros (jusqu’à 3 centimètres de diamètre), plus longs et ramifiés, l'écorce séparable du bois, etc. ; mais les différences sont, en somme, peu importantes.

STRUCTURE. — C’est celle d’un Mil-homens, et je crois la distinction très difficile avec le groupe cymbifera. Ici encore on trouve des variations de structure dans le même échantillon. La zone scléreuse est continue dans certaines coupes ; elle est-absente dans d’autres. Il n'existe alors que de nombreuses cellules plus ou moins épaissies , éparses ou en paquets dans le parenchyme assez épais. Très peu d'amidon, beaucoup d’oléo-résine. Les rayons médullaires se rejoignent au centre. Ils contiennent assez d'huile.

L’anatomie ne peut différencier cet échantillon des autres Mil-homens.

G) A. fragrantissima ? — J'ai eu sous le nom de cette espèce ou sous celui de Liane de l'Étoile (qui en est le nom vulgaire) des échantillons différents dont aucun ne répond absolument à la description de Ruiz. Je ne puis qu'en donner la description et l'origine.

1 Buchners, Repertor, f. die pharm., 1836, p. 145-166.

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