‹ Les aristolochesChapitre 27 sur 36 · LONGUES · texte numérisé non relu

LONGUES

A. longa. — Les tubercules de l’A. longa sont toujours très allongés, mais de dimensions assez variées. Ils atteignent 20 cent. de longueur et environ 4 cent. de diamètre. D'autres sont beaucoup plus petits et ont 7, 8 cent. de long sur moins de 1cent. de diamètre. Ils sont le plus souvent lourds, napiformes, pivotants, cylindriques presque toujours, parfois un peu aplatis ou vaguement triangulaires, souvent avec une région supérieure restreinte, zone d'insertion des tiges, limitée par une fine saillie circulaire. L’extrémité est atténuée, obtuse. Les racines sont très rares : on voit seulement la trace de quelques-unes. La surface extérieure est lisse d'ordinaire, marquée seulement de rides légères, très fines et très serrées, superficielles ; parfois aussi légèrement mamelonnée.

Dans tous les cas, la couleur extérieure est la même : d’un brun assez clair uniforme, terreux. Exceptionnellementon voit à la surface un peu de suber friable.

Sur la tranche, la zone brune extérieure est extrêmement mince, à peu près néglisgeahle. Au-dessous d’elle on distingue très nettement d'ordinaire une région corticale de 1/2 à 1 mm. d'épaisseur entourant une région centrale beaucoup plus orande. Les deux régions sont blanches ou légèrement jaunes, jaune crème ou jaune paille, plus blanches d’ordinaire que dans l’A. rotunda; la région centrale, plus jaune que l'écorce, ou bien de même couleur. Des faisceaux ligneux assez rares, séparés par de grands espaces, sont appuyés par leur base contre la région corticale et pénètrent assez profondément vers le centre. Ils sont généralement de couleur plus foncée, brun clair, fins, quelquefois tout à fait linéaires, noyés dans le parenchyme amylacé. Exceptionnellement ils sont régulièrement disposés en étoile et arrivent presque au centre. Les pores n'y sont pas visibles.

Ces faisceaux sont plus nets, plus visibles que dans l’A. rotunda. La surface blanc jaunâtre, farineuse, de cette section, est souvent marquée d'un fin pointillé rouge dû aux cellules à résine; ce pointillé est parfois invisible, même à la loupe; d’autres fois, au contraire, très net, même à l'œil nu. Tout le tissu est gorgé d’amidon blanc ou grisàtre, fin, donnant au doigt la sensation du tale ou du savon.

L'’odeur est faible, d'ordinaire même à peu près nulle, plutôt amylacée.

La saveur est d’abord un peu douceâtre, puis forte, âcre, désagréable,"très caractérisée.

Parmi les Aristoloches longues, on rencontre assez souvent (comme parmi les rondes) des échantillons un peu différents et qui semblent altérés. La couleur extérieure en est la même, peut-être un peu plus foncée, mais la surface, au lieu d’être tendue, gonflée par l’amidon, est marquée de rides profondes, le plus souvent longitudinales ; il semble que le tubercule ait été fortement diminué par la dessiccation. À l’intérieur, las-

pect est aussi fort différent. La couleur générale est jaune, plus ou moins foncée; souvent les faisceaux vasculaires se voient moins; le tubercule semble bien moins amylacé, plus ligneux. Assez souvent l’altération semble commencer au point de contact du corps central et de l'écorce par une ligne plus foncée que le reste, et gagner de là vers le centre, puis vers l'extérieur. Quelquefois la coloration gomme-gutte ‘ occupe tout le centre. La consistance change aussi et devient comme cireuse, à des degrés divers. La surface de section devient poreuse, mais ces pores irréguliers ne sont pas dûs aux vaisseaux. Enfin, le goût se modifie et devient horriblement âcre, beaucoup plus que dans les échantillons amylacés. Cette saveur, d’abord un peu piquante, est extrêmement nauséeuse et tenace, certainement l’une des plus mauvaises parmi les saveurs d'Aristoloches.

Ces modifications de la drogue sont plus fréquentes et plus profondes dans lAristoloche ronde que dans la longue. On trouve tous les intermédiaires entre les extrêmes.

L'époque de la récolte est peut-être pour beaucoup dans cette différence d'aspect. Ceci m'est confirmé par les herboristes ; ils ont remarqué que les tubercules récoltés avant ma-

turité se ridaient et devenaient jaunes dans l'intérieur.

STRUCTURE. — La coupe transversale du tubercule offre toujours quelques cellules subéreuses extérieures au-dessous desquelles sont quelques îlots plus ou moins abondants de cellules pierreuses, parfois très épaisses et très dures. Le parenchyme de l'écorce se distingue quelquefois bien de celui des rayons médullaires, d’autres fois le passage est insensible. L'un et l’autre sont d’ailleurs absolument gorgés d’amidon.

1 Cette couleur jaune de l’intérieur du tubercule est fréquente, et l’on décrit souvent l'Aristoloche longue comme très jaune en dedans. Ibn-el-Beïthar la donnait comme ayant intérieurement la couleur du buis (IT, p. 203).

Le nombre des cellules à oléo-résine varie extrêmement : chez certains échantillons elles abondent au point qu’on les voit à l'œil nu; chez d’autres, même au microscope, on n’en voit à peu près pas.

Les rayons ligneux sont ordinairement un peu cunéiformes, parfois linéaires, et sont constitués par des vaisseaux entre lesquels le parenchyme ne s’est pas lignifié.

Les échantillons à teinte plus jaune et à consistance cireuse ne semblent pas modifiés dans leur constitution anatomique. L'oléo-résine paraît seulement plus abondante au contact de l'écorce et du corps central.

A. Fontanesii. — M. Hérail, professeur à l'École de médecine d'Alger, a bien voulu m'envoyer les tubercules de cette plante, à l’état sec et à l’état frais. Les plus grands ont environ 18 cent. de long sur 3 cent. dans le plus grand diamètre. Ce sont des pivots, très souvent bifurqués à l'extrémité, portant çà et là quelques radicelles rares, et souvent en haut les traces de plusieurs tiges flexueuses et fines.

La couleur extérieure de ce tubercule est brun clair, un peu terreuse sur le frais, grisâtre sur le sec. Sur l'échantillon du droguier d'Alger, la surface est douce au toucher, marquée de dépressions et de sillons longitudinaux, très irréguliers et sinlleux.

Si l’on fait une section transversale nette, l’aspect est différent suivant que le tubercule est frais ou sec. à

Tubercule sec. — La couleur est plus blanche au centre qu’à la périphérie, plus foncée surtout dans la région indécise qui sépare la zone corticale du centre. On y voit:

1o Une mince zone subéreuse brune;

2 Une zone corticale blanchâtre ;

3° Une zone jaunâtre limitée en dehors par une ligne un peu plus foncée, mais très indécise en dedans ; 4 Un centre blanchâtre.

Ni l’œil nu, ni la loupe ne permettent de voir aucun pore, ni même aucun faisceau net, mais seulement quelques trainées jaunâtres pénétrant plus ou moins profondément dans la région centrale.

La consistance est légèrement cireuse.

L'odeur nulle se développe un peu par la section.

Le goût de l'écorce est piquant, puis âcre à la gorge, extrêmement désagréable. Celui du centre est un peu spécial, douceâtre d’abord; puis âcre et piquant, peu persistant, mais désagréable.

Tubercule frais. — Ici l’on voit nettement une zone corticale assez épaisse, limitée en dehors parle mince suber brun et en dedans par une ligne fine plus foncée. Cette zone corticale est d’un blanc légèrement jaunâtre ou rouseâtre, un peu plus foncée que le centre, et plus claire vers le suber que vers l'axe. Le centre est blanc. Entre les deux on aperçoit très nettement les faisceaux, de couleur un peu plus jaune, rangés en couronne et faisant saillie dans la région corticale.

STRUCTURE. — Elle ne diffère pas de celle de l’A. longa. Dans les échantillons que j'ai examinés, je n’ai pas vu de cellules à oléo-résine, mais beaucoup de longa en manquent aussi. Les faisceaux ligneux sont moins continus et souvent interrompus dans leur longueur par des régions parenchymateuses. Je ne pense pas qu'on puisse distinguer ces deux espèces anatomiquement.

A. contorta. — Les tubercules de cette Aristoloche ont un aspect spécial. Ils sont cylindriques, en morceaux sec-

tionnés dl’ordinaire à leurs extrémités, longs d'environ 6 à 11 cent. de long sur 12 à 26 mm. de diamètre. Dans un fragment trouvé au Muséum et étiqueté simplement: « Chine n° 59, M. Fontanier. 1860 », le diamètre atteint 4 cent.

Extérieurement, ils sont de couleur terreuse souvent claire et les sur'aces de section sont même recouvertes de terre. Ils sont lourds, cylindriques, durs, très peu subéreux, peu ou pas striés en long, non noueux ni rugueux au toucher.

Sur une section transversale, l'aspect est très caractéristique ; on y voit de dehors en dedans :

lo Une région subéreuse mince, formant simplement un petit liseré brun;

20 Une zone corticale, d'ordinaire assez bien limitée, de couleur blanc grisâtre, légèrement et finement marbrée, épaisse de 3 à 4 mm.;

3° La région centrale, où des faisceaux ligneux poreux, extrêmement fins et déliés, se dessinent comme des lignes jaunes délicates, dichotomisées, sur le fond blanc, un peu grisâtre ou léscèrement jaunâtre, des larges rayons médullaires. Il existe quelques différences, suivant l'échantillon, dans le nombre et la symétrie de ces faisceaux ligneux qui peuvent parfois former deux groupes, séparés par une large bande blanche, mais qui toujours ont pour caractères communs :

D'être très fins;

D'être régulièrement dichotomisés;

D'être percillés de pores fins, visibles à l’œil nu ;

De se détacher nettement par leur couleur sur le fond clair.

Généralement ils ne se rejoignent pas au centre. Les larges rayons se réunissent en une moelle de forme indéterminée.

Le goût est fort caractérisé. D’ahord un peu douceâtre en même temps que légèrement piquant, il ne tarde pas à devenir amer, âcre, désagréable au possible, et même nauséeux.

La dessiccation, en rétractant les rayons médullaires, amène quelquefois la saillie des rayons ligneux qui forment à la surface de section une étoile en relief.

STRUCTURE, — Elle est différente de celle des autres tuberculeuses. Le parenchyme cortical et celui des rayons médullaires sont toujours hypertrophiés et gorgés d’amidon. Mais les rayons du bois sont très nets, caractéristiques, régulièrement dichotomisés, pourvus de fibres ligneuses entre les vaisseaux qui sont oros. Le parenchyme cortical présente dans certains échantillons de très nombreux sclérites épars ou en petits groupes. La moelle même en contient quelquefois. Mais ces éléments sont beaucoup plus rares dans d’autres fragments tout semblables. Partout nombreuses cellules à oléo-résine jaune ou rougeûtre.

Les gros paquets de sclérites qu’on trouve sous le suber des longa et rotunda manquent ici.

A. spec. — J'ai vu à l’École de pharmacie de Paris une Aristoloche non déterminée, rapportée par le D' Crevaux, de la région de l’'Amazone, et dont le tubercule serait, d’après l'étiquette (de la main de Crevaux, février 1879 ), employé par les Indiens Pebas et Ticuñas, à la fabrication du curare et considéré comme très actif. C’est donc une plante intéressante au plus haut degré, mais que je n’ai pu rapporter à aucune espèce décrite.

L'échantillon comprend un tubercule allongé, ressemblant un peu à celui du longa, de 10 cent. de long et de ? cent. 1/2 maximum, légèrement atténué aux extrémités, plus brusquement en bas qu’en haut. Couleur brun chocolat clair. Surface

. marquée de fins sillons longitudinaux superficiels et de quel-

ques sillons transversaux plus profonds, non tout à fait circulaires et distants les uns des autres d’environ 1 à ? cent,

Sur une section transversale nette, le tubercule présente une zone externe de 3 à 4 mm. d'épaisseur, limitée en dehors par une très mince ligne corticale brune, et en dedans par une fine ligne noire un peu sinueuse. La surface est de couleur blanc jaunâtre. La région centrale semble plus poreuse à la loupe ; elle a environ 1 cent. 1/2 de diamètre. De part et d'autre de la ligne de séparation, le tissu prend par places une couleur noirâtre, qui parfois s'étend irrégulièrement à la moitié de l'épaisseur de l'écorce d’un côté, et jusqu'au centre de l'autre.

De l'extrémité antérieure partent des tiges allongées, fines, grêles, cylindriques de 1 à ? mm. de diamètre, de 40 à 50 cent. de long, parfois anguleuses aux nœuds, sillonnées en long sur certains points. Les extrémités en sont aplaties et d’un blanc jauuâtre.

On y voit aussi des feuilles tout à fait triangulaires de 3 cent. 1/2 à 4 cent. de long sur 4 cent. 1/2 de large, palminerves, aucunement cordées à la base, verdâtres, un peu plus pâles au-dessous, fines, à nervures peu saillantes. Ces feuilles, dit G. Planchon (qui cite en passant cet échantillon‘), « rappellent, sans s’y rapporter exactement, l’A. deltoïdea ou l'A. Raja Kunth.» Ce n’est là, en eflet, qu’une ressemblance. L'absence de tout organe reproducteur empêche pour le moment de déterminer cette plante qui pourrait bien être une espèce nouvelle.

L’odeur de ce tubercule est peu marquée, et se développe à la section. Le goût est d’abord un peu farineux, puis âcre à la gorge, surtout sur la région corticale.

STRUCTURE. — L'anatomie n’y montre rien de spécial. Le parenchyme cortical et celui des rayons médullaires sont extrêmement épais, à cellules à parois minces remplies d'amidon. L'ensemble a une couleur brunâtre. Aucun élément scléreux.

! G. Planchon, Plantes qui fournissent le curare, p. 20 (ex Journ. phar macie et de chimie, 1880 ).

Le bois forme des faisceaux très petits, courts, pénétrant irès peu dans l’axe épaissi. Les vaisseaux sont réunis par des fibres, ils se montrent parfois isolés, entourés seulement de quelques fibres. Quelques cellules à huile, assez rares.

A. fimbriata, Cham. in Linnæa, 1832, p. 210, t. VI, fig. 2 (ex Duch.); — Duch., Prodr., XV, p. 454.

Ce sont plutôt des rhizomes que des racines. Ceux que j'ai vus atteignaient 10 cent. de large sur 3 1/2 de diam. La partie supérieure arrondie d'où partent les tiges aériennes émergent parfois du sol. La forme est assez irrégulière, la surface brun foncé, comme chagrinée; çà et là quelques radicelles très petites.

Sur la section du tubercule frais qui noircit au contact d’un instrument d'acier, on voit à l’œil nu :

1° Une zone brune corticale, peu épaisse ;

2° Une zone blanchâtre ;

3° Une zone brunâtre, plus épaisse, ayant 2? mm. d'épaisseur environ, à peu près régulière en dedans, formant des cônes en dehors. Entre ces cônes se prolonge la couche n° 2.

4° Une région centrale blanche, épaisse de 2 cent. De fines lignes brunes pénètrent dans cette région et s'arrêtent plus ou moins loin du centre. Les pores ne sont pas visibles.

L'odeur herbacée de ce tubercule n’a rien de spécial, elle ressemble à celle du rhizome d'iris frais. Le goût herbacé aussi est plus accentué dans l'écorce que pour le centre. Il est âcre et désagréable à la gorge, mais non nettement aristolochique.

STRUCTURE.— Suber; parenchyme avec amidon et quelques cellules à oléo-résine jaune ou rougeâtre. Pas d'éléments scléreux. Faisceaux du bois simples, minces et assez longs, formés de vaisseaux et de fibres. Rien de spécial,

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