‹ Les aristolochesChapitre 32 sur 36 · ABBREVIATA · texte numérisé non relu

ABBREVIATA

A. abbrecviata Mart., Msc., in Herb. (ex Duch.).

Pour cette espèce et pour les trois suivantes, Duchartre montre que Klotzsch a fait un imbroglio de synonymie.

Noms vulgaires. Le type se nomme Jarra, Papo de Perü, etc. Toutes les variétés sont des Mil-homens.

La var. « labiosa, dont beaucoup d'auteurs font une espèce, est une plante dont le Sertum botanicum, publié par van Geel, donne une belle figure. La fleur, de forme étrange, est très grande, avec un énorme labelle moucheté de noir et de marron sur fond jaune clair.

Les feuilles arrondies, cordées, ont une nervation particulière que l'on retrouve d’ailleurs dans plusieurs espèces voisines: deux nervures saillantes se détachent de la base et accompagnent presque parallèlement la nervure médiane, tandis que les autres nervures divergent. Decaisne a étudié cette espèce au point de vue anatomique, dans son mémoire sur les LARDIZABALÉES ‘ ; elle a la structure ordinaire des Aristoloches. Le suc frais de l'écorce a, dit-on, l'odeur très forte du lierre terrestre.

Quand à la var. 8 genuina, elle a été souvent décrite, car c'est une forme importante, type de l'espèce et type des plantes qui fournissent à la matière médicale le produit très connu sous le nom de Mil-homens.

Plante glabre, sarmenteuse, très grande. Tige volubile,

1 Archives du Muséum, 1839, p. 152 et suiv,

dépassant, dit-on, les arbres les plus élevés. A l’état jeune, cette tige est lisse et striée, plus tard elle se recouvre d’un suber épais et crevassé; cette tige, cylindrique ou aplatie, atteignant 3 cent. de diamètre, a été décrite, page 72, ainsi que les racines : structure typique des Aristoloches; le bois en particulier est tout à fait caractérisé. Les pores en sont larges et permettent d’aspirer de l’eau. Feuilles grandes, arrondies, réniformes, cordées, obtuses, avec un sinus profond, séparant deux grandes auricules. À la base, pseudo-stipules axillaires, subscarieuses, réniformes, solitaires ou g'éminées.

Fleurs très grandes (22 cent.), bien représentées dans la belle figure de Martius, reproduite (à l'envers) dans le Sertum botanicum de Van Geel; long pédoncule vert; utricule très gros renflé, inéquilatéral ; puis vient un tube réfracté, et le limbe bilabié, à lèvre supérieure relativement petite et étroite, à lèvre inférieure longue et large, d'abord concave, puis un peu rétrécie, puis enfin largement étalée et cordée à l'extrémité. Extérieurement, couleur brune avec des nervures foncées ; intérieurement, plus jaune, avec des nervures et des mouchetures très nettes. La forme de cette fleur explique jusqu’à un certain point le nom vulgaire de Papo de perù (jabot de dindon) donné à la plante dans le pays, à Alagoa, Pernambouc, etc. Capsule anguleuse ; odeur de la fleur toujours détestable; comparable pour les uns à la vulvaire, pour les autres à la viande et au poisson corrompu; aussi attire-t-elle beaucoup les mouches de la viande : c’est essentiellement une Sapromiophile, L'odeur des autres parties est rutacée et se conserve longtemps, même surles vieux échantillons ; on la retrouve à la coupe et au grattage, mais moins mauvaise que les auteurs ne l'indiquent pour le frais, non nauséeuse, plutôt aromatique, mais franchement aristolochique. La saveur est âcre, amère, aromatique, un peu camphrée, fort désagréable.

L'espèce est brésilienne, et habite surtout la province de

Saint-Paul et les environs de Rio. Elle pousse dans les haies ombragées.

Cette drogue, fort employée au siècle dernier avait, paraîtil, disparu des marchés européens ; sa réapparition a été siœnalée récemment en Allemagne *.

Les usages sont ceux des Guacos en général: la plante est, en effet, emménagogue, antiseptique, diaphorétique, excitante, tonique et détersive, souvent employée dans le pays contre les morsures ‘des serpents, les fièvres nerveuses et intermittentes, les hydropisies, l'impuissance, les ulcères malins, les maladies utérines, les paralysies, les dyspepsies, etc., etc. La racine fraiche est, dit-on, toxique. D’après d’Almeida, la fleur a des propriétés abstersives. Il assure que les fumigations de la plante ont une action sur les hernies scrotales qu’elles font diminuer (?). D’après Butte, on obtiendrait de très bons effets des lotions sur les eczémas presque secs, avec prurit.

On emploie la poudre, la décoction, l’infusion et aussi le suc des feuilles.

M. Butte* a fait sur cette plante quelques expériences, dont voici les résultats:

L'intoxication a, chez les animaux, deux périodes :

1° Agitation, vomissements et diarrhée ;

2° Somnolence, affaiblissement, paralysie motrice absolue, arrêt de la respiration avant l'arrêt du cœur.

Dans labolition du pouvoir sensitif et moteur, l’action est centrale et non spéciale sur le nerf.

1 Jahresberichl der Pharmacognosie, 1887, p.44. — Chemiker Zeitung, 1887, p. 379.

2? Recherches expérimentales sur l'action physiologique et thérapeutique de l'exlrail aqueux du Guaco (A.cymbifera).(Journal : les nouveaux remèdes, 1889, p. 460.)

La contractilité musculaire diminue de force, mais se maintient longtemps après la mort.

La respiration est excitée, puis ralentie. À dose massive, elle s'arrête rapidement.

Le nombre des battements du cœur diminue chez les batraciens ; chez les mammifères, il augmente ; l'amplitude diminue, la pression intra-veineuse baisse peu à peu. Nausées, vomissements, diarrhée, qui, si la dose est forte, devientsanguinolente, mort avec lésions intestinales, surtout sur l'intestin grêle.

Reins congestionnés ; l'urine contient de l’albumine et quelquefois des hématies.

La nutrition subit un ralentissement général, mais l’action en définitive a lieu surtout sur le tube digestif et le système nerveux.

M. Butte n’a pu isoler ni alcaloïde ni glucosine, mais seulement (1888) une substance résineuse dont les propriétés sont analogues à celle de l'extrait aqueux et qui constitue probablement la partie active. C’est l'analyse la plus récente.

A. galeata ‘* Mart. et Zucc., Nov. gen et spec., p. T6, tab. 50.;— Duch., Prodr., XV, p. 470.

Howardia cymbifera Klotzsch, Monatsb. p. 609.

Cette belle espèce, dont Martius donne une très remarquable figure, habite au Brésil la province de Miñas Geraès, dans

1 C’est à cette espèce qu'il faut rapporter très probablement la plante dont M. Ant. Gomez d'A sevedo Sampaio de Saint-Paul (Brésil) a envoyé des échantillons à l'Ecole de pharmacie de Paris; dans la lettre qui accompagne l'envoion lit : « Mil-homens, Aristolochiacées ; liane intéressante qu'on utilise comme tonique et antispasmodique en la dénommant, les uns bulua fedorenta (puante), d’autres Milhomens ». Cet envoi contenait, outre des feuilles et une fleur que j'ai pu voir, des fruits et des tiges minces que je n'ai pu à mon grand regret retrouver, pour les comparer au Mil-homens du cymbifera.

Le nom d'Abutua fait confusion avec certaines Ménispermées, r

les parties chaudes. Elle a une fleur de forme originale, et est en somme très voisine du cymbifera dont la rapprochent en particulier les organes végétatifs. Les tiges étant pareilles à celles du cymbifera, il est probable qu’elle constitue aussi un Mil-homens bien que la chose ne soit pas indiquée; le bois du galeata a la structure typique décrite p. 16.

Les feuilles sont cordées, et en général très arrondies, mais on en trouve de forme différente. (Herb. Mus., etc).

A. Brasiliensis Mart. et Zucc., Nov. gen et spec. I, 77 ; — Duch-+Prodr ps EN xp. 2474:

A. ringens Link et Otto, Ic. plant. select., 1, p. 33, t. 13 (ex Duch.).

Howardia galeata Klotzsch, Monatsb.,p. 608.

Vejugo, Mil-homens.

L'espèce est fort voisine des A. cymbifera et galeata. Il est donc probable que certains échantillons de Mil-homens doivent lui être rapportés, mais la chose est impossible à affirmer tant que les échantillons botaniques n’accompagneront pas la drogue.

La plante habite le Brésil, dans la province des Mines, près de Saint-Sébastien, à Bahia, etc. C’est l'Ambuiaembo de Marcgraff ‘. Weddel, qui cite Duchartre, dit que les Brésiliens appellent cette plante Vejugo (ce nom signifie simplement Liane), et s’en servent comme d’un remède certain contre la morsure des serpents.

C’est là certainement un Mil-homens.

A. ringens Vahl, Symbol. bot., 3 p. 99; — Jacq., Coll.,5, tab.4 fig. 2 (ex Duch.), — Willd, Spec., t. IV, pars I, p. 155

1 Hist. des pl., p. 15, ch.1x.

(exel.syn. Pison) ; — Mart., Nov. gen. et spec., I, p. 71; —H. B. K. Nov. gen. et spec., p. 117; — Duch., Prodr., XV, p. 471.

A. grandiflora Vahl, Symbol. bot., ?, p. 9%, f. 47.

Howardia ringens Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 607.

Noms vulgaires : Racine du soleil. — Vejugo carare (Colombie). — Mil-homens (Portugais).

Cette espèce est très voisine des À. cymbifera, galeata et Brasiliensis. Elle leurressemble en particulier beaucoup parles caractères végétatifs, en sorte que l'origine des drogues du groupe cymbifera est difficile à préciser. Fleur à très long pédoncule ; utricule ovoïde ; tube réfracté ; deux lèvres dont la supérieure lancéolée et l’inférieure spatulée, étroite en bas et dilatée en une petite lame ovale obtuse. Cette fleur est veinée de pourpre, pâle sur l’utricule et le tube, pourpre sale sur le limbe surtout sur la lèvre inférieure.

Elle habite les Antilles, et les parties voisines du continent, la Colombie (Triana), le Vénézuéla (Linden). Humboldt et Bonpland l’indiquent dans la Province de Caracas, près de Buenavistaet de Los Teques, à 840 mètres d’altitude, dans la région tempérée. Ils la font fleurir en février, tandis que Duchartre indique juillet.

C’est un des Mil-homens. Ses propriétés médicales sont donc celles de ce groupe de médicaments. Les racines et tiges sont employées contre les morsures de serpents, comme emménagooue, comme antiseptique dans la gangrène et les fièvres graves, comme détersif dans les ulcères atoniques, comme vulnéraire et aussi dans les dyspepsies, paralysies, lhydropisie, l'impuissance, les fièvres ‘. L'’odeur forte et pénétrante, rutacée, désagréable ; le goût amer, camphré, aromatique, en indiquent les vertus stimulantes et toniques. Elle a, en somme, les effets de la Serpentaire et des Guacos.

1 Voy. Buchner's Repertor., 17 (1824), p. 170.

On emploie la poudre de racine, la décoction, et aussi le jus frais. Celui-ci passe pour vénéneux *.

A. ornithocephala Hook., Bot. magaz., 4120 (ex. FL. des serres) ; — Flore des serres, t. XVII, p. 145.

Belle espèce brésilienne à feuilles larges de 22 cent. en tous sens, d’un beau vert, légèrement échancrées au sommet, cordées à la base, à sinus très large. Fausses stipules cordées, fleurs solitaires et très grandes, à utricule renflé inégalement. à tube court et à deux lèvres : la supérieure lancéolée, velue en dedans; l’inférieure, d’abord linéaire et canaliculée, s'étale ensuite brusquement en un large limbe réniforme. Utricule et lèvre supérieure verdâtres, veinés de rouge foncé, surtout suivant la longueur; lèvre inférieure fauve, réticulée fortement en tous sens deraies d’un brun rougeâtre foncé, presque noir.

Cette plante rentre évidemment dans les bilabiatæ grandifloræ de Duchartre, à côté des À. cymbifera, galeata, Brasiliensis, etc. Je ne lui connais aucun usage, mais il est bien possible qu’elle constitue l’un des Mil-homens du Brésil, car elle est fort voisine, par sa végétation et même par ses fleurs, des plantes qui en fournissent certainement. Il est donc utile de la connaitre.

Elle à aussi un intérêt horticole. Facilement multipliée de bouture, elle remplit parfois les serres au point qu'il faut en élaguer les pousses chaque année. Quand les fleurs sont épanouies, l'odeur nauséeuse qu’elles répandent oblige à les couper, mais les boutons sont déjà et longtemps ornementaux ?.

A. grandiflora Swartz, Fl. Ind. occid., 3, p. 1566 (ex Duch.). (non Vahl); — Tussac, Flore des Antilles, t. I, p. 189,

1 D'Almeida, Dict., art. MIL-HOMENS, p. 380.

? Flore des serres, t. XVII, p. 145.

pl. 27,— Flore des serres, 1848, pl. 351-352, et 354-355 ; — Duchartre, Arodrom., XV, p. 472.

A. 2 scandens P. Browne, Hist. of Jamaic. plant., p. 329.

A. Gigas Lindley, Botan. Reg., 1842, t. 60.

Howardia grandiflora Klotzsch, Monatsb., p. 610.

Duchartre admet comme simple variété sous le nom de f, Hooker, une forme glabre qui est l'A gigantea Hooker, Bot. magaz.,t. 4221 (non Mart. et Zucc.), et l'Howardia gigantea de Klotzsch, Monatsb., p. 610.

Noms vulgaires : Tue-cochon. — Poison de porc. — Fleur de Pélican (à cause de la forme des boutons). — Poisoned Hogmeat. — Cunt-Flower.

L’A. grandiflora est fort répandue dans les Antilles, où Patrick Browne la découvrit à la Jamaïque au siècle dernier, et d’où elle a été souvent introduite en Europe par les voyaseurs, notamment par Purdie. Mais onlatrouve aussi à Porto- Rico, au Guatemala, dans la Colombie et au Brésil.

Tussac en donne une belle figure : celle de Descourtilz est petite et médiocre.

Tige simple, ligneuse et subéreuse sur une longueur de quelques pieds, puis divisée en un grand nombre de rameaux fins, herbacés, striés, volubiles et couverts de poils ainsi que les pétioles (sauf la variété Hookeri ).

Feuilles cordées aiguës, largement échancrées à la base, longuement pétiolées, et munies de deux grandes auricules arrondies sur les deux faces. Fleurs énormes, comparables à celles des Rafflesia. Celle que représente la Flore des serres mesure environ 30 cent. de la base du tube à l’ouverture, et 28 cent. de diamètre sans y comprendre l’appendice. Elles sont axillaires, solitaires. Ovaire, allongé, mince, tordu sur lui-même, vert, à côtes longitudinales brunes, muni d’une bractée verte à sa base, on le prendrait pour le pédoncule,

Le tube du périanthe, coudé en U au milieu et rétréci au coude, est jaune, marqué de côtes parallèles, violacées, très saillantes, avec un réticulum de nervures secondaires. Ces côtes, d’abord au nombre de 6, se bifurquent ensuite. Le tube se rétrécit immédiatement avant de se dilater en limbe. Celui-ci est cordiforme. Vu de face, il est blanc, un peu jaunâtre, tout marbré d’un réseau brunâtre irrégulier et de nervures blanchâtres : au centre est l’orifice vaguement triangulaire, entouré d'une zone brun violacé. Ce limbe est cordiforme, échancré d’un côté, et terminé de l’autre par un appendice flagelliforme extrêmement long. Dans l’intérieur, est un court gynandrophore avec 6 anthères sessiles allongées et 6 stigmates séparés en haut et dentiformes. Tout l'extérieur de la fleur porte des poils raides. |

Ces fleurs sont très remarquables : on peut les prendre comme type des Aristoloches à grandes fleurs, et c'est pourquoi j'en ai donné la description. On les a souvent comparées à des mouchoirs de couleur séchant sur les haies. Elles répandent une épouvantable odeur, que les voyageurs ont diversement qualifiée, mais qu'ils s'accordent à trouver affreuse. C'est, paraît-il, une odeur tenace, cadavéreuse et putride, comparable surtout à celle de notre Chenopodium Vulvaria. Aucun animal ne touche à cette plante, d’après Browne, si ce n’est le porc qui périt après l'avoir mangée, d’où le nom de Poison de Porc que l'espèce a reçu des indigènes. Dans les serres cette odeur serait bien atténuée ‘ (Loc. cit.).

L'A. grandiflora est non seulement active, mais fortement toxique, comme le montrent les faits précédents : aussi l’emploie-t-on assez peu, bien qu'elle soit excitante et emménagooœue. La poudre des tiges et des feuilles est cependant prescrite aux Antilles, dans les dyspepsies et paralysies*. La

1 Flore des serres, loc. cit.

2 Baillon, Révis des Arist. médic., p. 60,

— 7201] — pharmacopée mexicaine la donne comme pouvant être substituée au Guaco.

Une analyse de la racine a été faite par Brandes ‘, qui y a trouvé plusieurs résines, un extrait amer odorant, etc., etc.

A. fœtens Lindl., Bot. reg., t.1824;—Duch., Orodr., XV, p. 473.

On donne cenom caractéristique à une espèce voisine de l'A. grandiflora Swartz: celle-ci n’en diffère que par quelques caractères, entre autres celui d’être très velue, tandis que le fœtens est glabre. L’A. fœtens est donné comme une plante nauséeuse, fétide, enfin semi-putride (Lindley).

Ses propriétés sont probablement les mêmes que celles du grandiflora.

L'appareil floral, bien que plus petit, permet l'entrée aux mouches de toute dimension (Delpino).

Indes occidentales.

A. gigantea Mart. et Zucc., Nov. gen., I, p. 77;tab 48. — Duch., Arodr., XV, p. 474.

Martius en donne une très belle figure; la fleur a au moins 25 cent. de diam., et est de couleur brun chocolat.

La plante habite les haies de la province de Bahia. Martius la dit herbacée, mais Duchartre en a vu un exemplaire certainement ligneux. Le nom de gigantea n’est applicable qu’à la fleur.

Je ne crois pas que la plante soit très employée, car on parle peu de ses propriétés, qui doivent d’ailleurs être celles des autres Aristoloches.

A. cordiflora Mutis., Msc. ex II. B. K., Nov. gener., 2, p. 118); — Duch., Arodrom., XV, p. 474 (description d’après Kerner, Hort. semper., IT, p. 481).

l Ann. ph.,7, 285, ex Buchner's Repertor., 50, p. 365,

Vulgo : Contracapitana de Monpox. — flor de Alcatras de Monpox.

Cette espèce des plus remarquables habite, comme le nom vulgaire l'indique, dans la Colombie, aux environs de Monpox, sur les bords du Magdalena, où sa racine a, contre la morsure des serpents, une grande réputation.

C'est cette liane dont les fleurs gigantesques servent de coiffure aux enfants. La figure de Kerner, que l'absence d’ovaire et la forme anormale du tube rendent un peu suspecte à Duchartre, lui attribue une belle couleur pourprée, un diamètre considérable et une forme en entonnoir; le limbe est cordiforme.

La tige est volubile, ligneuse et subéreuse en dehors, rameuse, striée, anguleuse, d'un peu plus de 2? cent. de diam. (toujours d’après la figure de Kerner).

La plante a, d’après ces dernières lignes, les caractères extérieurs d’un Mil-homens, et on l’a quelquefois citée parmi les espèces connues sous le nom général de Guacos.

A. odoratissima L., Spec. pl., éd. IT, t. 2, p. 1362; — Willd., Spec. pl., IV, pars I, p. 156; — Lamk., Dict., 1, p. 253 ; — Descourtilz. FL. Antill., 5, p. 196, tab. 356; — Duch., Prodr.,p. 47.

A. scandens odoralissima, floris labello purpureo, semine cordato Sloane, Catal. pl. Ins. Jam., p. 60; — Ray, Hist. plant., t. III, p. 394.

A. 1 scandens foliis cordatis, acuminatis, florum labellis amplis purpureis Patr. Browne, Jam., p. 329.

A. moschata Wedd., msc. Herb. Mus. par.

A Mexicana Hernandez, Rer. med. nov. Hisp. thes.p. 42.

Tomahuactlacopatli Hernandez, Rer. med. nov. Hisp. th., p. 42.

Noms vulgaires : Tacopatle, — Tacopaste, — Tlacopatli, —

Raïiz para el flato (Mexique). — Contrayerva ‘. — Birthwort (Jamaïque).

C’est une des Aristoloches américaines les plus estimées. La plante est grimpante, volubile, à tige anguleuse, portant de nombreux rameaux qui s'élèvent à 8-10 pieds de haut. La racine est dite par Lamarck de la grosseur du doigt. La pharmacopée mexicaine les compare à une plume d'oie, ce qui est plus juste, si j'en juge par les deux échantillons qui ont été décrits, page 110.

Cette racine est grisâtre, striée. La saveur en est âcre et amère. Hernandez la dit amère, astringente et résineuse. Elle est aussi odorante, comme tout le reste de la plante, et l'odeur, par une exception rare dans tout le groupe, est agréable quoique forte, suave même, d’après quelques-uns.

Feuilles cordées, plus ou moins acuminées, à sinus largement ouvert avec 2? auricules obtuses. La figure de Descourtilz représente un fragment de liane à feuilles cordées, avec une fleur à utricule volumineux, sphérique, à côtes, vert jaunâtre, età limbe violet pourpre, veiné. Les fleurs sont solitaires axillaires. Fausses stipules orbiculaires réniformes. Duchartre en admet une variété B GRANDIFLORA, mexicaine. L’aire de dispersion de cette plante est assez considérable. Non seulement elle existe aux Antilles et au Mexique, mais encore on la retrouve dans toute l'Amérique centrale, dans le Brésil et jusque dans le Paraguay, où Weddell l’a signalée le long du fleuve Cuyaba. À la Jamaïque, l'espèce est si abondante qu'on en pourrait livrer au commerce une quantité illimitée. (Hamilton).

Elle pousse dans les bois.

Les usages de l’A. odoratissima sont nombreux dans les pays où elle est indiquée. Barham et Browne s’en servaient

* Hamilton, Aimer. Journ. phar., t. XVIII, p. 45.

pour divers usages et la donnaient plus spécialement comme alexitère et stomachique et aussi topiquement comme vulnéraire. Contre la morsure des serpents et des animaux venimeux, elle est considérée comme un puissant antidote par ses racines et aussi, paraît-il, par ses graines amères et aromatiques. Barham la donne comme un alexipharmaque supérieur au Dorstenia Contrayerva ‘.

Comme tonique et stomachique, on en fait fréquemment usage. Hamilton * dit que la décoction de racines est une bonne préparation, mais est loin de valoir la teinture. Celle-ci combinée au fer ramène les menstrues supprimées ou interrompues. Liman * lui accorde une grande valeur. Les racines et les graines donnent d'après lui le meilleur vin amer du monde. C’est un bon diaphorétique et un stimulant, ce qui explique plusieurs de ses propriétés ; c’est en même temps un fébrifuge estimé et aussi, dit-on, un antispasmodique et antihystérique. Les feuilles aussi ont été employées en cataplasmes résolutifs sur les tumeurs *, et contre les douleurs.

On voit en somme encore une fois combien, malgré leur multiplicité, les actions des Aristoloches se ressemblent.

A. pandurata Jacq., Hort. Schœnb., 4, p. 49, t. 497; — Duct.;Prodr.:XN,p4 is.

A panduriformis Willd., Spec. pl., IV, pars I, p. 152:

A. picta Karsten, Auswahl. neu. Gew. Venezuela, 24,t. 8 (ex F1. des Serres); Flore des serres, t. 5, p. 521.

‘ Ainslie, Mat, Ind.

2 Amer. Journ. pharm., t. XVIIL p. 45.

3 Hort. Jamaic., vol. I, p. 232 (ex Ainslie).

* Mederi dicitur tumoribus præter naturam imposita, dolores lenire, et frigora febrium pellere: cor stomachum ac cerebrum roborare ; emundare pectus

ac ventriculum et fluxum alvi cohibere. (Hernandez, Rer. medicar. nov. Hisp. thes., p. 42.)

Mie.

Howardia pandurata Klotzsch., Monatsb., 1859, p. 619.

On en trouve aussi une figure dans Dujardin-Beaumetz et Egasse, Les pl. médic. indig. et exot., p. 64, t. 5.

Tige grimpante, volubile, glabre; feuilles ordinairement sans stipules, assez variées de forme, la plupart hastées, à base cordée, les inférieures en forme de luth, les supérieures simplement cordées, toutes à base creusée d’un sinus obtus entre deux auricules oblongues ou spatulées ; long pétiole. Les pseudo-stipules manquent souvent. Fleurs fort belles, quoique de taille relativement assez petite ; au-dessus de lutricule renflé surtout d’un côté, et d’un tube assez court et étroit, s'étale le limbe violacé en dehors, d’un beau bleu violet foncé en dedans, marqué d’une large macule jaune d’or au centre et d’un réticulum jaune des plus élégants. La forme en est ovale-cordée, à ? lobes arrondis rapprochés. L'’extrémité opposée arrondie, mais mucronée par un appendice sétacé assez court, aigu. La richesse du coloris est une exception parmi les Aristoloches.

L’A. Ottonis de Klotzsch (Herb. Berlin) est très voisin. Duchartre les réunit même complètement. Il a de fausses stipules. Karsten a trouvé cette belle plante an Vénézuela, dans la province de Caracas. Toujours dans la plaine et dans des lieux presque submergés pendant la saison pluvieuse, et brûlés pendant la saison sèche. Elle estexposée aux variations extrêmes de température et passe de + 60° pendant le jour à + 12 pendant la nuit. Ilest vrai que, dans le sol couvert de broussailles, les racines reçoivent une chaleur plus uniforme".

À. Goudotii Duch., Tentam. Ann. sc. nat., sér. 4,7, p.66; Arodr., XV, p. 476.

C’est une espèce tuberculeuse à souche allongée, subéreuse,

1 Flore des serres, t. V, p. 521, d'après Karsten.

fauve, ridée en long, avec une écorce épaisse; grosse comme le doigt, et parfois légèrement courbe. La tige est herbacée, flexueuse, les feuilles cordées, acuminés, grandes.

La plante habite la Colombie, dans la localité nommée Llanos de San-Martin.

On lui donne le nom vulgaire de Guaco. Il est probable, par conséquent, qu’on en fait usage dans le cas où les Guacos sont usités, mais je n’en trouve mention nulle part.

A. antihysterica Martius, Msc. in herb. (ex Duch:), — Duchartre, Prodr., XV, p. 471.

Cette espèce donne des produits à la matière médicale et entre dans les Guacos. Duchartre l'a décrite sur l'échantillon même de Martius. C’est, d’après lui, une plante glabre, à tige débile et très grêle, décombante, striée, anguleuse. Cette tige en bas est subéreuse et gris brunâtre, en haut elle est fort ramifiée et lisse, mince‘. Les racines, dont il n’est pas question dans Duchartre, sont décrites avec soin par Wittstein. Elles se présentent d’après lui en morceaux ramifiés arrondis avec des fentes transversales atteignant jusqu'au bois : elles ont ! pouce de diam. et 1/2 pied à { pied de long. La couleur est brun foncé, l’odeur est faible, se développant par le grattage ou la section. Wittstein la compare à celle de Galbanum ou de la Phellandrie.

La saveur est forte et brûlante.

La drogue que Guibourt a reçu de Th. Martius semble bien être celle que décrit Wittstein (voir p. 86). Les feuilles sont pétiolées à pétioles cylindriques, à sillon supérieur. Elles sont deltoides obtuses, ou souvent cordées à la base, lobées avec un sinus peu profond, à lobes souvent inégaux ? ; membra-

1 Wittstein, Beschr. Arist. antihyster., in Buchner's Repertor. für Pharm., 1836, p. 145 à 166.

2 Wittstein, Loc. cit. Malgré quelques petites différences, la plante décrite par lui est bien celle de Duchartre,

Cine di

neuses, d’un vert gai, plus päles en dessous, trinerves, à nervures en réseau. La taille et la consistance varient avec l’âge, depuis 4 cent. de long sur 3 1/2 de large, jusqu’à 12 c. de long sur 6 1/2 de largeur. Les pseudostipules manquent souvent, d’après Duchartre.

Cette plante habite tout à fait le Sud du Brésil, dans la province de Rio Grande do Sul.

L'analyse chimique détaillée de la racine à été faite par Witistein.

Le nom donné par Martius à cette espèce indique déjà certaines de ses propriétés. Guibourt croit l'avoir trouvée dans le Guaco commercial, mais en tout cas c’est un Guaco et la plante partage les propriétés du groupe, auxquelles on se reportera.

J'ai vu moi-même sous ce nom des échantillons différents dont la description a été faite dans la 2 partie.

A. bracteata Retz, Obs. bot., fasc. 5, p. 29, n° 80 (ex Duch.), —Willd., Spec., IV, pars I, p. 160; — Roxb., F1. indica, p. 622 ; — Klotzsch, Monatsb., p. 598; —Duch., Prodr., XV, pars I, p. 478.

À bracteolata Lamk., Encycl., I, p. 258, n°27; — Willd., Spec., IV, pars I, p. 161; — Klotzsch., in Monatsb., p. 598.

A. mauritiana Pers., Enchirid., p. 257 (ex Duch.).

A. abyssinica Klotzsch, Monatsb , p. 598.

A. Kotschyi Hochst., exsicc. (ex Duch.).

A. Maurorum Klotzsch, Monatsb, p. 598.

A. crenata Ehrenb. msc. in herb. Berlin (ex Duch.).

Noms vulgaires : Kiramar, — Keramar, — Kidamara, — Gandatée (Hindou). — Addutanapalay, — Addatinapalay, — Adatinapalé (Tamoul). — Gadide-goudda-pourra, — Gadide

gada-para-aku, — Cadapara, — Gardi, — Garapa (Telling.). — Katrabungha (sanscrit)‘.

Cette espèce intéressante est fort répandue d’abord dans l'Inde, où elle est vendue souvent dans les bazars, et aussi vers l’ouest, en Perse, en Arabie, en Afrique orientale et cenirale, aux Mascareignes. On l’a trouvée aussi aux Sandwich. Elle vient tout particulièrement bien dans le sol noir des Indes, sur la côte de Coromandel, où elle est commune dans les terrains .cultivés, et où Künig l’aurait indiquée pour la première fois dans les environs de Madras.

La plante est ligneuse à la base, herbacée vers le haut. La racine, qui est assez longue et verticale, n’est pas employée isolément. C’est la plante entière, ou la tige feuillée portant ses fruits, qui constitue la drogue décrite à la p. 120.

On vend cette drogue comme l'A. Indica dans les bazars de l'Inde. L’approvisionnement se fait par des bateaux côtiers qui, après la saison des pluies, viennent de Guzerate et de Kattyavar (Dymock).

Les usages médicaux auxquels on emploie la plante sont variés. Aux propriétés emménagogues si générales chez les Aristoloches, l’A. bracteata en joint, paraît-il, quelques autres plus importantes.

1° Purgatives. — Les feuilles fraiches sont surtout employées. L'action purgative serait assez forte, puisque deux ou trois feuilles suffiraient à purger un adulte. Plusieurs auteurs rapportent même sérieusement que, pour purger les enfants, il suffit de leur appliquer la feuille contusée fraîche sur l’ombilic !! — Sans ajouter à ces dires plus de foi qu'il ne convient, on notera ces propriétés purgatives qui ne sont point communes dans le groupe des Aristoloches.

‘ Ainslie, Mal. indica.— Dymock, Mal, med, ind. — Khory, Bombay mat. med., etc,

2° Anthelminthiques.— On donne la plante contre les vers sous forme d’infusion de feuilles sèches. Les feuilles fraiches, broyées et mêlées à de l'huile de ricin, guérissent la gale, si lon en croit tous les auteurs. Je suppose que c’est en applications externes que le médicament est employé. En tout cas, l'A. bracteata semble être un bon parasiticide, car les naturels emploient pour détruire la vermine, soit le suc de la plante, soit la poudre.

3° Alexitères. — Réputation très générale dans tous les pays où vient la plante.

4° Antipériodiques.— Cette dernière propriété est au moins douteuse. Dymock rapporte, d’après Dalzell et Gibson, que les docteurs indigènes de Bombay font une pâte avec le suc de cette plante et les graines de Barringtonia acutangula, de Celastrus paniculatus et de poivre noir, et frottent le corps des malades avec cette pâte pour les guérir des fièvres intermittentes.

En somme, c'est un emménagogue et un purgatif.

A. Indica L., Sp. plant., éd. I, p. 360 (absque syn. var.f) (ex Duch.) et éd. II, 2, p. 1362; — Willd., Spec. pl., IV; pars 1,p. 157, — Roxb., FL, ind., p.622; — Klotzsch, Monatsb. p.095; — Duch., Prodr., XV, p. 479.

A. Clematitis indica flore albicante, fructu majore. — Careloe vegon Rheede, Hort. Malab., VIIT, p. 49.— Carelivagon, id., ibid., tab. 25.

Radix puloronica ? Rumphius, Herb.amboin ,t.V, pars. 11, p. 476, tab. 177.

Duchartre en admet deux variétés :

B oxypHyLLa. — C'est l'A. pandurata Wallich, msc. in Herb. soc. Ind. or, (ex Duch.), nec Jacq.

y. LANCEOLATA, qui est l’A. lanceolata Wight, Icon. plant. Indiæ orient., vol. V,p. 17, tab. 1858; — Klotzsch, Monatsb., p. 597;

A. Maysorensis Fisch, Msc. in Herb. de St-Petersb. (ex Duch.).

Noms vulgaires : Ils abondent comme les dialectes des pays où la plante estusitée. — Isharmul', — Isarmel, — Isharamoula, — [sarmul-jorabel (Hind. et Beng.). — Is-churamuli.— Ichura-muliver, — Perumarundoo,— Peroum-Aroundou, etc. (Tamoul) — Ishvara-vern, — Doolagovila, etc. (Tel.). — Sacasander, — Satsonda (Cing). — Sapsan, — Sapsun, — Supasona, — Sapasana (Bombay). — Accar-puloron (d'après Rumphius), — Akarmulia, — [shwari, — Sunanda (Sanscr.). — Wallas (Jav.). — Cay-Khoaiïi-ca (Coch., Chin.) — Akar-poe-loeron (Malais).— Zarawand-i-Hindi (Musulmans).

Les docteurs tamouls l’appellent parfois Talashroolivayr. Je l’ai trouvée étiquetée Saakanda-mul Perum Kighangu et Kijangu.

Les Portugais établis dans l'Inde l’appelèrent, à cause &e sa réputation contre les morsures des serpents : Raiz de Cobra.— Timbangan aux Philippines.

L'espèce, dont plusieurs caractères sont variables, doit être largement comprise; comme le fait d’ailleurs Duchartre. Du reste, Wight, tout en disant que son lanceolata est une espèce distincte, reconnaît qu’elle est fort voisine de l’Indica. Lamark pense que l’Indica de Linné pourrait bien être une autre plante, mais la forme des feuilles sur laquelle il se base n’est pas un caractère suffisant, car il est ici trop variable.

Rumphius pense que le Carelù-vagon de van Rheede est intermédiaire entre son propre Radix puloronica et son Pe-

‘ Voyez pour ces noms Ainslie, Dymock, Khory, etc., loc. cit.

ponaster, dont il se rapprocherait même davantage par les fruits et les feuilles. La figure de van Rheede représente des fruits et des fleurs dont la forme et la grosseur rappellent beaucoup l'A. Clematitis de nos pays. Quant au Radix puloronica représenté par Rumphius, il est probable, mais non certain qu'elle se rapporte à l'Indica. Les tiges y sont extrèmement volubiles. Les fruits etles feuilles sont très petits, etc.

DESCRIPTION. — Plante grimpante ou rampante. Racines ligneuses, grosses comme le doigt et longues de plusieurs pieds, contenant beaucoup d'amidon. Écorce jaune grisâtre. Goût très amer, nauséeux. Tige longue, ligneuse en bas, rameuse, sillonnée, assez mince d'ordinaire, glabre. Rien n’est variable comme la forme des feuilles, et l'on ne saurait trop insister sur ce point déjà développé, page 118. Tous les passages entre les extrèmes.

Les fleurs axillaires, en groupes de ? ou 3, ont la forme de celles de nos Aristoloches françaises. Elles se terminent par une languette violet rouge, pourprée. Le tube est étroit, le limbe ligulé entier. Ces fleurs sont petites.

Les étamines et le gynécée n’ont rien de spécial.

Le fruit est une capsule septicide s’ouvrant de bas en haut, vaguement hexagonale, avec un grand nombre de graines aplates, ailées. Long pédoncule.

L'Indica semble être très répandue dans la région asiatique chaude, dans lInde surtout. On la dit très abondante sur quelques points humides, plus rare sur d’autres. Elle abonde à Goa, à Ceylan, etc. Le Muséum en possède des échantillons venant d'Arabie, de Timor, etc. L'espèce est indiquée par M. le baron F. von Mueller'‘ en Australie. Blanco* la signale aux Philippines, etc., etc.

F. von Mueller, Second systemat. census of Australian plants, p.83, ? Blanco, Flora de Filippinas, p. 282.

Elle grimpe et s’enroule dans les haies, les buissons et sur tout ce qu’elle rencontre. Elle aime les endroits chauds et fleurit dans la saison des pluies.

Dans l'Inde, où la plante est fort usitée, on la vend dans les bazars et boutiques d’herboristes, tantôt sous forme de fragments séparés, tantôt en petits paquets réguliers, contenant des tiges et des racines, les premières, d’après Dymock, en proportion plus forte. Souvent aussi c’est toute la plante, tige et racine, qui est vendue non fragmentée.

Rumphius raconte que les habitants de Banda avaient coutume d’en recueillir à Pulorona (radix puloronica) et d’en faire des couronnes qu'ils faisaient sécher chez eux et dont ils se servaient plus tard. Il ajoute que les racines sont toujours plus actives, et que les couronnes gardées en lieu clos conservent leurs propriétés plusieurs années.

Je ne reviens pas sur la description de la drogue déjà faite dans la deuxième partie de ce travail (voy. p. 117).

PROPRIÉTES. — C'est une des espèces importantes à connaître, car elle est, dit-on, d’un emploi courant dans l'Inde. C’est, avec l'A. bracteata, la seule intéressante de cette région, à notre point de vue spécial bien entendu. Elle se trouve, d'après Dymock, dans la liste secondaire de la pharmacopée de l'Inde. Voici quelles en sont les principales applications :

On l’emploie d’abord contre les morsures de serpents.

Il est remarquable (et bien que la chose ait déjà été notée plus haut, on me permettra d’y insister), que dans les pays les plus éloignés et les plus différents de population et de langue, la même réputation d’alexitère soit faite par les indigènes aux plantes d’un même groupe. L’Indica, presque aux antipodes de l'A. Serpentaria, est administrée comme elle dans les cas de morsures venimeuses. Le nom même de la plante dans certains dialectes indique la confiance que l’on a dans ses

vertus. Sapasana par exemple vient' de Sapa, serpent, et Sana ou Suna, insensible.

Dans un article qui date d’une dizaine d'années, M. Modlen * dit avoir reçu de M. J. Lowther, d’Allahabad, des renseignements très intéressants sur l'action de ceite plante. D’après lui, le malade. peut revenir de fort loin, sans qu'il lui reste trace de son accident.

C’est aussi ce que dit lauteur d’un autre article plus ancien *, qui cite des cas de guérison après que le malade semblait presque mort : cet auteur parle de 30 guérisons et dit que les Indiens se servent de la racine séchée. Rheede conseille la décoction de la plante entière ou bien la racine contusée dans l’eau. M. Lowther einployait sur la blessure des feuilles réduites en pulpe et portait toujours avec lui pilon et mortier pour ne pas perdre de temps. A l'intérieur, 1l donnait trois feuilles moyennes broyées dans une once d’eau. L'eau est nécessaire comme véhicule, car les malades ont les mâchoires serrées et sont tout à fait insensibles. Il paraît aussi que ces feuilles aromatiques, piquantes et amères, semblent douces au patient (?) Les expériences faites sur le chien par la même observateur ont donné des résultats tout différents.

Il faut ici encore se garder de toute exagération et réduire fortement l'enthousiasme de bien des observateurs. Il est certain que le nombre annuel des victimes du terrible Cobra montre trop éloquemment que ce remède, employé dans toute l'Inde, n’est pas comme on l’a dit infaillible. Mais c’est un tonique-stimulant, actif, bon adjuvant des caustiques et pouvant même seul avoir d'excellents effets en permettant à l’organisme de mieux résister au poison. :

La plante entière est amère : on la donne souvent dans les

! Khory, Loc. cil.

? Pharmaceutical Journal, 9 novembre 1880, p. 411. ? Australasian, 4 juillet 1868.

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fièvres intermittentes, et dans les troubles digestifs, l’inappétence, les dyspepsies, les coliques, les indigestions, et tout. spécialement dans les accidents intestinaux des enfants (indigestions où phénomènes de dentition) en cataplasme sur l’abdomen (Dymock). La dose est d'ordinaire une once ou une once et demie. Rumphius indique de prendre en décoction un morceau de la longueur du doigt.

Elle est aussi nauséeuse et vomitive et usitée comme telle dans les cas de croup. On donne le suc des feuilles fraîches.

Elle est, dit-on, emménagogue comme les autres Aristoloches. Comme beaucoup d’autres aussi, elle est fort employée comme antiarthritique et antigoutteuse (lotions, etc.).

Ses propriétés toniques et stimulantes sont utilisées fréquemment. À Ceylan, on fait une infusion de la plante dans l’eau-de-vie et on l’ordonne comme carminative et sitomachique *.

On l’emploie encore, d’après divers auteurs, dans l’hydropisie, les douleurs de tête, la dysurie. Rheede dit que la poudre associée au poivre et à l’eau chaude, arrête les hémorrhagies.

Enfin Rumphius *, en parlant de son Peponaster (qui est une Aristoloche non déterminée, mais voisine de l’Indica), dit ? que les indigènes l’emploient contre la formication, prurit général sur tout le corps qu’ils attribuent à des sortilèges. Ils emploient les feuilles broyées dont ils se frottént le corps et ingèrent aussi un peu de suc.

En somme, l'A. Indica ne diffère pas beaucoup des autres espèces par les propriétés qui lui sont attribuées.

Les musulmans en font un succédané de l'A. longa.

1 Thunberg, Voy., IV, 312 (ex Merat et de Lens). ? Rumphius, Herbar. amboin, p. 475.

EE or

A. acuminata Lämk., Encycl. I p. 254, — Willd., Spec. IV, pars I, p. 157; —Duch., Prodr., XV, 1e partie, p. 479.

A. anguicida Sieber (non Linné) (ex Duch).

Aroij-bapa-Keboh', Java.

Habite aussi les Mascareignes et Madagascar.

Peu d'importance. Le nom d’anguicida, qui lui a été donné à tort, indique qu'on a,dû l'employer comme antidote, mais Je n'ai sur elle aucun renseignement.

A. Tagala Cham., in Linnæa, 1832, p. 207, t. 5, f. 3 (ex Duch.); — Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 597; — Duchartre, Prodr., XV, p. 481.

A. Eschscholtzii Ledeb. Msc. (ex Duch.).

A. subsagittata? Blanco, FL. de Filipp., p. 283.

C’est à cause de l’assimilation que Duchartre en fait (avec doute) avec la plante de Blanco que je cite cette espèce. Blanco, en effet, donne son A. subsagitlata comme médicinal aux Philippines. I y est connu sous les noms de Malaubi, Timbangan, Taointaoin.

Les Indiens apprécient beaucoup sa racine qui se vend contre les indispositions de l’estomas, les coliques venteuses et les indigestions.

D’après le P. Clain, elle serait vomitive.

La tige en est volubile, striée, les feuilles cordées, acuminées, subsagittées. — Luçon.

A. Pistolochia L., Spec. pl., éd. I, 2, p. 962; éd. II, 2, p. 1364; — Willd., Spec., IV, pars I, p. 161; — Lamk., Eneuycl., J, p. 251; — Gren. Godr., FI. fr., 3, p. 12; — Reichenb., Ic. flor. Germ., tab. 670, fig. 1341 (assez méd.); — Duel; Prodr., XV, p. 485.

4 Filet, Planthk. Nederl Ind., p. 22.

Pistolochia Dodoens, Pempt., p. 323 ; — Clusius, Hisp., lib. II, 325, cum icone, p. 326.

A. polyrhizon sive Pistolochia Plinii Lobel, Advers., p.

A. Pistolochia dicta C. Bauhin, Pinax, p. 307; — Tournefort, Mnstit'}p.162:

A. polyrhizos Jean Bauhin, Hist. plant., III, p. 561 ;— Morison, Pl: Fist. cunivers, ps 10, MAD Te UMe

A. fasciculata Lamarck, FI. fr., III, p. 387.

A. tenuis des anciennes officines.

Noms vulgaires : Petite Aristoloche. — Pistoloche crénelée. — À. menue. — A. fibreuse. — Faouterna. — Panterna.

C’est la plus petite des espèces françaises. Elle naît d’un petit rhizome, court, gros comme une plume, qui porte un assez grand nombre de radicelles longues, assez épaisses, cylindriques, jaunâtres, en toufte.

Elle diffère donc déjà par là de nos trois autres espèces.

La tisce est rameuse, atteignant 30 cent., grêle ; la base dépourvue de feuilles, les rameaux striés, anguleux, souvent céniculés, étalés, dressés, portant des feuilles petites, courtement pétiolées, ovales-triangulaires, cordées à la base avec un sinus très largement ouvert, presque carré, et des lobes très écartés ; aiguës, obtuses ou échancrées au sommet, crénelées et crispées sur les bords, rendues rudes par des poils courts et raides, qui sont aussi sur les pétioles et les tiges. La face inférieure plus pâle porte des nervures proéminentes. Les fleurs sont axillaires, solitaires, dépassant les feuilles, à droites, à tube pâle, à limbe lancéolé brun foncé. Le fruit est petit, arrondi, pendant, s’ouvrant par la base.

Les anciens auteurs distinguent deux Pistolochia, la première est celle dont il est ici question, la deuxième (Pistolochia altera, cretica, elc.), est l'A. sempervirens (voy. cette espèce).

= ones

L’A. Pistolochia habite la région littorale du nord de la Méditerranée, l'Italie, le sud de la France, l'Espagne, le Portugal, à peu près la région des oliviers. Elle remonte les vallées des Alpes et des Pyrénées .

Elle aime les endroits pierreux, les garigues et les champs d’oliviers, où elle a, depuis longtemps, été indiquée *. On la trouve aussi dans les vignes.

On a vu que Pline avait, le premier, distingué cette espèce, tandis que la longue, la ronde et la Clémaltite, étaient déjà depuis longtemps connues et employées. Les usages de PA. Pistolochia ont été fort nombreux dans l’ancienne médecine, qui en employait les racines sous les noms de: Radix Polyrhizæ seu Aistolochiæ et de Radix Aristolochiæ tenuis *, et lui attribuaient de merveilleuses vertus. Aujourd’hui, c’est cette espèce que l’on rencontre le moins dans les pharmacies et drogueries. Beaucoup d’officines sont encore munies des trois autres, bien qu’il s'en vende fort peu, mais le Pistolochia a disparu à peu près de partout.

Ses propriétés emménagogues doivent être mises ici en première ligne, si l’on en croit les anciens, et le nom même, qui vient de motos et Joyix, indique la confiance qu’inspirait ce médicament pour ramener le flux menstruel.

Lobel ‘ raconte qu’elle est en grand usage à Montpellier, car, associée avec la longue et employée en partie à l’intérieur

1 Gren. Godr., Flore fr., II, p. 73.

2? Lobel (Advers., 265) dit qu'on la trouve souvent dans les olivètes et les moissons sèches, vers Boutonnet et Castelnau (près de Montpellier), et aussi dans les prés humides où elle devient très belle.

3 L’Aristoloche que Jean Bouhin nomma Aristolochia Polyrhizos, et Charles Bouhin Aristolochia Pistolochia dicia, est la plus petite..... Et c'est cette Aristoloche que nous vendons sous le nom d’Arisloloche tenuis, ou sous celui d'Aristoloche léger quoique mal à propos, puisque le mot latin éenuis ne signifie pas léger, mais menu ou délié. (Pomet, Hist. gén. des dr., p. 81.)

* A dversaria, 265.

et en partieen pessaire, elle firent merveille pour expulser le fœtus dans des cas désespérés.

Il ajoute que Rondelet avait remis en usage la racine de Pistolochia que Dioscoride avait omise et que « le commentateur »‘ ne connaissait point. Et cependant cette plante est, dit-il, préférable aux deux autres par son arome et son efficacité. On voit d’après cela que cette espèce avait été un peu oubliée jusqu'à cette époque.

Les propriétés toniques, excitantes, détersives, n'ont pas été moins vantées *.

Elle participe en somme des propriétés des autres espèces françaises que l’on trouvera énumérées à propos des A. Ciematitis, longa et rotunda. Spielmann la range sur la même ligne que la Clematitis.

On recommandait de choisir la plante bien nourrie, touffue, récemment séchée, de couleur jaunâtre, d’odeur aromatique et de goût amer.

L’A. Pistolochia entrait dans quelques préparations complexes (Eau générale, Orviétan, Baume Opodeldoch, etc.), mais c’est surtout pour la Thériaque céleste qu’elle avait grande réputation. Charas dit que l’on n’est point d'accord sur la meilleure Aristoloche à employer, mais qu'on fera bien

1 Matthiole évidemment, que Lobel ne néglige aucune occasion de prendre en faute. Jean Bauhin, lui aussi, relève vertement les confusions de Matthiole: « Matthioli argumenta quædam sunt valde imbecillia », dit-il (IT, p. 558) entre autres aménités.

2 La racine de Pistolochia, bue avec de l'eau, est estimée très utile aux convulsions, contusions et chutes de haut en bas. Elle aide pareillement par sa semence aux pleurétiques et échauffe les nerfs appliquée avec résine. Elle ronge et consume les ulcères pourris : elle nettoie ceux qui jettent ordure et en tire les vers s'il y en a. Elle dégate les clous et duretés des ulcères. Bref, elle tire toutes choses fichées au corps et nommément les traits ou flèches et esquilles d'os rompus. Elle remplit les creux et concavités des ulcères, seule avec poudre de flambe appliquée. Elle referme les plaies nouvelles, préparée et appliquée avec vinaigre. (L. Fuchs, Hist. pl., p. 68-70.)

ge :

de se servir de la petite, ou ténue, puisque c'est celle qu’indique Andromachus !. Mais la dose qui entre dans la Thériaque est trop faible pour que la substitution d’une espèce à l’autre ait grande importancé *?.

A, longa L., Spec. pl., éd. I, vol. 2, p. 961 ; éd. II, vol. 2, p. 1364, — Willd., Spec., IV, pars 1, p. 159 ; — Clus., Hisp., 319 et 320 ; — Lob., Adversar., p. 264; — J. Bauhin, Hist. plant, t. III, p. 560; — Lamk., Encycl., I, p. 258 ; — Nees d'Es., Gen., FL Germ., tab. 146 ; — Plenck, Icon. plant. med., tab. 649 (icon. med.), — Reichenb., Icon. Flor. Germ., tab. 672, fig. 1344; — Duch., Prodr., XV, p. 466. ; — Boiss., Flor. or., IV, p. 1078.

À. longa vera C. Bauhin, Pinax, p. 307; — Moris., PL. his- D 509, tab. 17, f. 3;-— Tournef., Instit., I, p. 162.

À. longa altera Clus., Hisp., p. 321; — J. Bauhin, Hist. D DIE p. 560.

A. longa hispanica C. Bauhin, Pinax, p. 307.

Ces deux derniers noms correspondent à la variété B ABBRE- VIATA admise par Duchartre.

Noms vulvaires: Aristoloche mâle des anciens. — Aristolo-

1 C’est aussi l'opinion de Pomet: « Toutes les espèces se trouvent dans les prés et les vignes de Provence et du Languedoc, excepté l'Aristoloche tenuis qui aime les bois, les olivètes, et les colines sèches et pierreuses des mêmes païs, aussi est-elle plus aromatique et plus forte. Messieurs Rondelet et Charas ont raison de préférer l'Aristoloche tenuis à la Clématite pour la Thériaque. » (Pomet, Hist. gén. des dr.)

2 Les auteurs en marquent deux espèces, le Clématite ou Sarracénique et une autre qu'on appelle Pistolochia, « ayant plusieurs racines déliées jointes «ensemble en forme d’une barbe. Cette Clématite est assez contestée, et bien qu’elle puisse passer pour ténue étant comparée à la longue et à la ronde, il est néanmoins fort aisé de recueillir des auteurs qu'elle est bien plus propre pour les onguents que pour les compositions destinées pour la bouche.» (Charas, Thériaque d'Androm., p. 224 )

che longue.— Sarrasine longue. — Ratelou. — Faouterna. — Toujours beaucoup plus rare que le Clematitis, elle est moins

connue des paysans et n’a pas reçu une aussi longue liste de «

noms vuleaires. —Aristoloquia larga (esp.) —Long Birthwort (angl.). — Lange Osterluzei (allem.). — ‘Zarawand-i-tawil, — Zerawende Thewile, — Zeraouand-et-Thouïl, (Pers.). — Les noms arabes sont nombreux : Ibn-el-Beïthar et Abd-er-Rezzag

en donnent toute une série: Bou-rouchtoum. — Masenqoura.

—Quittsa’l-haiya (concombre de serpent) etc., etc. — D'après Aïnslie, on le nomme au Japon, Koma-no-susu.

L’A. longa est une des espèces dont on à fait autrefois le plus d'usage. Aussi la voyons-nous mentionnée dès l’antiquité, et distinguée par Dioscoride en même temps que la ronde et la Clématite. La question de savoir si nos espèces sont bien celles des anciens auteurs a été le sujet de controverses et de discussions. Fuchs, en particulier, disserte longuement sur ce point. Il conclut que lAristoloche longue présente avec celle de Dioscoride bien des différences, mais qu'elles peuvent être dûes aux conditions de culture et de milieu. Quant à l’Aristoloche d'Hippocrate, il est difficile de savoir quelle espèce c'était. Sprengel, ainsi qu’on l’a vu, pense que c'était l’A. Cretica.

Les tiges de l’A.longa partent d'un tubercule allongé dont la description a été faite et sur lequel je n'ai pas à revenir ici (voy. p. 125). Ce tubercule est la partie la plus importante de la plante, celle dont on à fait et dont on fait encore usage dans quelques pays. Il donne naissance à sa partie supérieure

à des tiges dressées, mais grêles et flexueuses, ramifées,

anguleuses, pubescentes. Elles atteisnent 40 à 50 centim.

Feuilles alternes, cordiformes, à sommet obtus ou même échancré, à sinus obtus, Elles ont un pétiole, caractère distinctif, important, le rotunda ayant les feuilles presque sessiles.

Fleurs axillaires, solitaires, à tube verdâtre, à limbe brun pourpre, assez court, aigu. La base est renflée en utricule. Elles sont relativement grandes.

Le fruit est une capsule qui s'ouvre parle sommet, fait exceptionnel chez les Aristoloches, mais de peu d'importance, puisque l’A. rotunda, dont l’affinité étroite avec le longa ne peut être discutée, a une capsule dont la déhiscence se fait comme d'ordinaire de bas en haut.

L’odeur de la plante froissée est désagréable et caractéristique.

L’A. longa est une espèce dont la délimitation n’est pas très nette. Bien des botanistes considèrent, comme de simples variétés, quelques plantes dont d’autres font de bonnes espèces (A. Fontanesii, etc.). Mais même dans le longa isolé on a essayé de faire des divisions : déjà Maranta avait distingué deux sortes de longue, ce qui s'explique, dit J. Bauhin, par la nature du terrain. Lémery, qui distingue aussi deux A. longa, ajoute qu'elles diffèrent peu. Duchartre fait une variété basée surtout sur la longueur du tubercule, et qui répond à la division de Clusius, J. Bauhin, etc. Cette variété ne paraît pas différer sensiblement du type, comme le dit d'ailleurs Duchartre lui-même.

Cette espèce est essentiellement méditerranéenne. Elle nest pas en général très commune, mais est dispersée sur une aire considérable, au nord et au sud de la Méditerranée. Elle existe en Corse, en Italie, en Espagne, en Portugal, en Algérie, aux Baléares, à Madère, aux Canaries, etc. On la trouve aussi dans l’Asie occidentale, que l’on doit d’ailleurs considérer comme une région méditerranéenne. Dans le midi de la France, on la rencontre surtout en Languedoc et en Provence. Elle remonte jusque dans les Deux-Sèvres‘. Elle

1 Grenier et Godron, Flore de France, III, 73.

n'est pas citée dans la flore du Gard de Pouzolz, chose assez étonnante, car ce département en fournit abondamment les drogueries'. Dans l'Hérault, elle est assez répandue sans être commune nulle part (Saint-Martin-de-Londres, Villeneuve”, Saint Aunès, etc., etc.) Bien que dans nos environs immédiats ce soit l'espèce la moins commune, c’est pourtant de Montpellier qu'on la faisait venir autrefois *.

Elle habite les vignes, les haies, les prés, etc.

PROPRIETES. — Bien qu'on lui ait souvent préféré la ronde,

l’'Aristoloche longue à eu grande réputation pendant des siècles, bien plus que les A. Clematitis et Pistolochia.

C’est un stimulant, comme les Aristoloches en général. Ceux-là même qui lui refusent toute autre vertu lui accordent celle-là *. On ne l’emploie guère plus pour la pratique médicale ordinaire, dans nos pays. Mais on s’en sert encore en Orient, et même, bien que rarement, dans des régions fort

éloignées où nous expédions la drogue *. Comme tonique et

stimulant, on le donne en infusion de 25 à 40 gr. par litre, en poudre à la dose de 8 gr.

Les propriétés emménagogues admises depuis Dioscoride *

1 On la récolte beaucoup aux environs de Meynes et de Lussan: c'est de Nimes qu'on envoie ensuite à Paris les gros échantillons décrits dans la seconde partie.

2? Lobel (Advers., p. 265) la signale déjà en abondance près des ruines de l'Ermitage (probablement Saint-Bauzille, sur la Gardiole), sur la route qui conduit à Frontignan, et près de Villeneuve où elle est mêlée à la ronde.

Clusius rappelle qu'elle vient dans l'ile placée au milieu des étangs où est Maguelone, et autour de Villeneuve (Jean Bauhin).

3 Gessner raconte que la longue provenait des montagnes de Montpellier et était vendue à Lyon (Jean Bauhin).

* Albert, Thérap. et mat. med., II, p. 68.

5 Nuova farmacopea mexicana de la Sociedad farmaceutica de Mexico, articles A. larga et A, redonda.— Voyez aussi Dymock, London pharmaceutical Journal, 1879, é

6 Provoque les flueurs des femnmes. Chasse le fruit de l’arrière-faix (bue avec myrrhe et poivre et aussi en pessaire). (Léonart Fuchs, Hist, pl., p. 68-70.)

\ cu CHÉSEESS

sont exaltées par les uns et complètement niées par d’autres,

et peut-être d'une façon trop absolue. D’autres, enfin, disent

- qu'elle cause les plus graves accidents, même dans la goutte’,

ce qui prouve du moins qu’elle est loin d’être indifférente et qu’on fera bien d’en user prudemment.

Comme alexitère, sa réputation n'est pas moins ancienne. Dioscoride la recommandait déjà contre les serpents et les poisons *.

Dans la goutte, l’Aristoloche a été fréquemment employée seule ou associée à la ronde, et a pu être assez souvent substituée à celle-ci ; mais c’est surtout l’Aristoloche ronde dont la réputation, comme anti-coutteuse, a été longtemps universelle. Galien se servait déjà des Aristoloches dans la goutte ; actuellement l'usage en est complètement abandonné.

Comme détersif l'A. longa a été souvent recommandé, spécialement dans les ulcères sordides. Simon Pauli se servait, pour les uicères des jambes, de la décoction de poudre faite dans de l’eau de Véronique *.

Masserdjouih usait de l’Aristoloche longue triturée avec du miel et étendue sur les ulcères mous et anciens pour en déterminer la guérison *. Nos paysans s’en servent encore pour cet usage.

Elle est aussi purgative, ainsi que l'avaient déjà remarqué

! « On a cessé aujourd’hui de croire que l'Aristoloche a une action sur le cours des lochies. On a tout dit quand on a énoncé que l’Aristoloche jouit d'une vertu stimulante assez énergique. La réputation de cette plante pour la goutte n'est pas mieux fondée. » (Alibert, loc. cit.)

? Cadogan, d’après Mérat et de Lens, Dict. — I] s'agit ici des deux espèces également.

3 « Bue en vin le poids d'un drachme et appliquée est bonne contre les ser-

- pents et les poisons. » (Fuchs, Zoc. cit.)

4 Chomel, Hist. abr. des pl. usuelles, p. 231.

% 11 ajoute : « Elle nettoie les dents et les gencives de leur humidité. Pétrie avec du miel et appliquée sur la rate, elle lui est très salutaire. Il en est de même si on l'administre avec de l'oxymel. (D'après lbn-el-Beïthar, loc. cit.)

les Arabes. Avicenne, entre autres, la donnait à la dose d'un drachme 1/2 (environ 5 gr.) D’autres l'unissaient au vin miellé et comparaient son action à celle de la coloquinte ‘.

Comme diurétique, Gilibert la vantait encore beaucoup à la fin du siècle dernier.

Je ne puis énumérer ici toutes les maladies où les médecins anciens employaient l’Aristoloche longue : tumeurs hémorrhoïdaires, convulsions (Masserdjouih), vapeurs, obstructions du foie (Badigorius), épilepsie, blessures et contusions, chlo: rose, fièvres intermittentes, asthme, vers intestinaux, ete.

On recommande de choisir les Aristoloches grosses, bien nourries, pesantes, récemment séchées. On a vu, en effet, que l'aspect extérieur et intérieur pouvaient varier un peu, et que certains tubercules se ridaient en dehors et devenaient jaunes au dedans. Les règles sur ce point ont déjà été données par Pomet : « A l'égard du choix des Aristoloches, dit-il, elles doivent être sèches et bien nourries, principalement la longue et la ronde, en ce qu’il s'en trouve qui est aride, ridée et sèche, qu'il n'y a que la peau. Au lieu que la belle Aristoloche doit être pesante, jaune en dedans, grise par-dessus et unie... » Ces différences tiennent au degré de maturité.

Les anciens croyaient fort à l'influence de la lune sur beaucoup de plantes : Sylvius dit que la longue et la ronde doivent être cueillies dans la pleine lune : elles sont plus pleines, moins jaunes en se séchant. Cueillies en un autre moment, elles perdent par l’évaporation et la dessiccation.

Les tubercules les plus sains sont évidemment ceux dont l'extérieur est lisse et l’intérieur blanc farineux.

Actuellement, les Aristoloches ne sont pas aussi abandon-

nées qu'on le dit souvent : un herboriste bien connu de Nimes m'écrit que les Aristoloches sont en ce moment plus employées

‘ Jbn-el-Beïthar, Loc. cit.

vs "$, CS

et re te

que jamais, surtout pour la médecine vétérinaire ; que l’Aristo-

* loche longue est payée 55 fr. les 100 kilos par le commerce, qui la revend 100 francs; l'Aristoloche ronde, achetée 90 francs,

estrevendue de 125 à 150 francs. Sur divers points, d’ailleurs, l’Aristoloche longue est restée dans la médecine populaire. A Andabre, ainsi que nous la dit un habitant du pays, les paysans en boivent la décoction pour se guérir du « mal de côté. »

D'autre part, à Saint-Martin-de-Londres, près du Pic Saint- Loup, la plante est abondante, et les habitants ramassent les tubercules pour les vendre. Enfin, j'ai trouvé cette Aristoloche dans à peu près toutes les pharmacies et drogueries où je me suis adressé. Partout, ilest vrai, on m'a dit qu’on en vendait très peu, ou pas du tout, mais la drogue n’a pas disparu encore des officines.

Les formes pharmaceutiques les plus ordinaires sont la poudre, linfusion, la décoction, l'extrait qui ressemble un peu à l'aloès, la macération dans le vin, etc., etc.

En outre de son usage direct, l’Aristoloche longue entrait dans une foule de médicaments composés plus ou moins complexes : Emplâtre Manus-Dei, Eau générale ‘, Aurea Alexandrina, Hiera-losodii, Trochisques de lacea de Mesué?, etc., etc. En même temps que la ronde, elle entrait dans la Poudre de l’Électuaire de Justin, l'Emplâtre pour les descentes de Nicolas Præpositus, l'Emplâtre styptique de Crollius, etc., etc. On les réunissait toutes deux avec l’A. Clematitis pour quelques autres médicaments du même ordre, tels que l'Emplâtre Diabotanum de Blondel, etc., tout autant de préparations

qui n’ont qu'un intérêt historique et dont la complexité de

formule nous fait aujourd’hui sourire.

1 Mérat et de Lens, Dict.

? Chomel, Hist. abx. des plant. usuelles, p. 232,

22 906% À. Fontanesii Boiss. et Reut., Pugillus plant. novar., p. 108; — Duch., Prodrom., XV, p. 486.

A. longa Desfont., Flor. atlant., 2, p. 395 (nec L.). A. rotunda Bové, Herb. de Maurit. (ex Duch.).

C’est une plante essentiellement algérienne, habitant les environs mêmes d'Alger (Saint-Eugène, la pointe Pescade), Mostaganem, la petite Kabylie, etc.

L'espèce est évidemment très voisine du longa, et Duchartre ne l’admet qu'avec hésitation et sur la foi deBoissier. La fleur est cependant bien plus grande que celle du longa. Cette fleur, de couleur jaunâtre, marquée de lignes longitudinales brunes, est droite avec un utricule à la base et une languette au sommet. Les tiges partent plusieurs ensemble d’un tubercule renflé long dont la description a été faite(voy. page 28) ; elles portent des feuilles qui atteignent la taille de celles du Clematitis. Je n’ai pu savoir si la plante était emplioyée des Arabes. Mais les propriétés, si l’on en juge par l'odeur et le goût, doivent se rapprocher singulièrement de celles des longa et rotunda et je renvoie à ces espèces.

A.pallida Willd., Spec. plant., 4, pars I, p. 162; — Duch., Prodr., XV, p. 487; — Boiss., Flor. or., IV, p. 1078.

A. rotunda altera, Clus., Hisp., p. 319.

A. rotunda $. Linné, Spec. pl., éd. IT, t. 2, p. 1364.

A. rotunda flore ex albo purpurascente C. Bauhin, Pinax, p. 307.

A. lutea, Desf., Ann. Mus. 10, p. 295, t. 19.

Pour bien des botanistes encore cette espèce n’est qu’une forme del’ A.rotunda, mais elle semble pourtant bien distincte et, malgré la forme du tubercule, Boissier la considère comme plus voisine du longa que du rotunda. Les tubercules sont petits, arrondis, munis d’un bouquet de raciñes assez longues.

Les feuilles sont différentes par la forme et la nervation de celles du rotunda. Elles sont en effet nettement pétiolées, largement cordées en bas, à lobes arrondis et écartés, ce qui donne à la feuille une forme plus élargie d'en bas. La base même se prolonge en coin sur le pétiole. Le sommet est un peu échancré. Fleurs longues, à utricule ovoide, de couleur claire, plus foncée à l'extrémité du labelle, marquées de stries longitudinales brunes, rappelant en petit celles de l'A. Fontanest.

La plante habite surtout l'Italie, le Suisse méridionale, la Sardaigne, la Grèce, l'Orient, laDalmatie. En France, on ne la signale qu’à Nice. L'un des exemplaires de l’herbier de lInstitut botanique de Montpellier, vient du Tyrol méridional

Je n'ai rien de spécial à dire sur les propriétés de cette plante qui doivent être celles de l’A. rotunda ; on a dû souvent confondre pour l'usage médical les tubercules des deux espèces, là où elles sont spontanées l’une et l’autre.

D otnnda L;.,: Spec. pl., éd.1,7, p. 962: éd. IL, 2, p. 1364; — Willd. Sp., IV, pars I, p. 162; — Jean Bauhin, Hist. plant.,t. III, p. 559; — Lamk., Dict, t. I, p. 258; — Desfont., Flora. Atl. p., 385 ; —Nees d'Esenb., PL. offic., tab. 145, (le tuberc. y est bien représenté); — Reichenb., Icon. fl. germ., t. 1342, pl. 671 (médiocre, couleurs trop vives); — Plenk, Icon. pl. medic. t. 648 (médiocre); — Duchartre, Prodr., XV, pars [, p. 487; — Boiss., Flor. or., IV, p. 1077.

A. prima Caesalpin (ex C. Bauhin).

A. rotunda prima Clus., Hisp., p. 317.

A. rotunda, flore ex purpura nigro C. Bauh., Pin., p. 307, — Tournef., Institut., p. 162; — Moris., PL. hist., p. 509, tab. 10, His.-1.

Duchartre admetune variété BG. grandiflora, qui habite l’AIgérie.

Noms vulgaires : Aristoloche femelle des anciens. — Aristoloche ronde. — Sarrasine ronde. — Ratelou, — Faouterno, — Faouterno sarrasino,— Panterna (languedocien).— Round, Birthwort (angl.). — Runde Osterluzei (allem.). — Aristoloquia redonda (Esp.). — Zarawand-i-Gird, — (Perse et Bombay); — Nukhud-i-Alvandi (Ispahan). — Mudahraig ‘ etc, etc”.

L'histoire del’Aristoloche ronde ne se sépare guère de celle de la longue. Elles ont été distinguées en même temps (si celle des anciens sont bien les nôtres); malgré des différences d'opinion parfois bien subtiles elles ont la même action réelle ; on leur a attribué les mêmes vertus imaginaires ; elles ont été l’objet des mêmes enthousiasmes et des mêmes dédains. Il n’est point certain que notre A. rotunda, réponde à l’Aristoloche ronde des anciens ; Fuchs cherche à démontrer que celle de Dioscoride est diflérente et que la notre n'est point « la vraye et naïsve Aristolochie » ; mais Fuchs ne semble pas avoir tranché la question, car sa description n’est point d'une clarté parfaite. C’est ainsi par exemple qu'il attribue à notre espèce une «racine ronde semblable à un navet », etc., ele.

Il faut ajouter, que nombre d'auteurs anciens décrivent et figurent le Corydalis cava comme une Aristoloche. Ainsi l’Aristoloche ronde, dessinée par Fuchs * et vendue de son temps dans les boutiques; l’A. fabacea radix capnos altera, etle Radix cava herbariorum sive Aristolochia flore purpureo de Sweerts * etc., sont des Corydals.

! D’après Dymock.

2? Jean Bauhin, Hist. p. 556, dit que les latins l'appellent aussi: Malum terræ, et que les barbares lui donnent des noms très divers : la plupart de ces noms s'appliquent à plusieurs espèces, et en particulier à la longue : Adrarhisa pour l'épaisseur de la racine; Melocarpon pour les fruits ; Pixionos pour la couleur jaune intérieure ; Zonilis pour la couleur des fleurs, etc, etc,

3 L'histoire des plantes réduite, en très bon ordre, Lyon, 1575, Chap. 31,

# Florilegium, 1612, 1, tab. 7

= 290 — Il existe d'ailleurs des plantes voisines dont les uns ont fait

de véritables espèces, tandis que d’autres les considéraient comme des variétés: ainsi l'A. pallida Willd., etc.

Notre A.rotunda du Midi de la France est une plante dont le tubercule souterrain, vivace; peut parfois devenir très volumineux. Ce tubercule à été décrit, page 134. Il est donc inutile d’en reparler ici, sinon pour rappeler que c'est lui qu'on employait pour l'usage médical. Il faut ajouter aussi que sur le frais 1l porte de petites racines qui manquent dans les échantillons de droguiers.

La couleur intérieure sur le frais est blanc jaunâtre.

Tiges ordinairement faibles, flexueuses, anguleuses, souvent quadrangulaires, hautes d'environ 30 à 50 centimètres. plus ou moins nombreuses sur le tubercule, souvent simples ou peu ramifiées.

Quelques formes sont plus trapueset plus ramassées (Herb. Fac. de méd. de Montpellier).

Les feuilles permettent de distinguer tout de suite cette espèce de la longue. Elles sont en effet presque sessiles, tandis que celles de la longue sont pétiolées. Elles sont ovales-cordées, creusées à la base d’un sinus assez profond et étroit, les auricules rapprochées autour de la tige ; le sommet est arrondi ou très légèrement échancré.. La nervation pédalée et réticulée, la face supérieure d’un beau vert, la face inférieure vert clair, à peu près glabre.

Fleur axillaire, solitaire, à pédoncule court ; calice droit, renflé en utricule ovoïde verdâtre, au dessus d’un petit ovaire vert clair. Tube jaune verdâtre, avec des stries longitudinales brunes; limbe allongé, ovale, aussi long que le tube légèrement échancré au sommet, brun sur la face externe, brun vers le bas, vert olive en haut, sur la face interne, replié

SASÈUE d'ordinaire sur l’orifice du tube, avec seulement quelques poils sur le bord.

Dans l’intérieur du tube où les stries brunes sont plus nettes, on voit des poils blancs dirigés vers le bas, et retenant quelques insectes qui, dans les fleurs que j'ai ouvertes, étaient de petits diptères et surtout des pucerons. — Une fois sé-

chées, ces fleurs deviennent ordinairement très foncées. Le fruit est globuleux: il s'ouvre de bas en haut comme chez la plupart des Aristoloches.

L'odeur est caractérisée, moins que celle du Clematilis. Toute la plante est âcre et amère.

Les anciens hotanistes distinguaient deux Aristoloches rondes dont Linné a fait deux variétés de son À. rotunda et qui sont aujourd'hui considérées comme deux espèces, l'A.

rotunda et A. pallida.

L'espèce est méditerranéenne et répandue assez abondamment dans la région littorale de l'Afrique du nord et de l'Europe méridionale. On la trouve aussi dans les Iles de la Méditerranée, en Grèce, en Macédoine ; Boissier l'indique dans les lieux secs et incultes. On la trouve dans les champs, les prairies; souvent indiquée dans les vignes par diverses flcres. Dans les environs de Montpellier, elle semble rechercher plutôt les lieux humides et elle abonde surtout dans le sous bois du parc de Lavérune. Mais elle paraît en somme assez indifférente au milieu et au sol.

Près de Villeneuve elle est mêlée à la longue, ainsi que Lobel l'indique déjà. Le Languedoc et la Provence et surtout Nimes sort encore comme autrefois ‘ les points où se fournissent les drosueries et les herboristeries.

PRoPRIETÉS. — L’Aristoloche longue et la ronde ont des pro-

4 Dodoens dit qu'on vendait la ronde à Anvers provenant de l'Italie et de Montpellier. (Jean Bauhin, loc. cit.)

priétés très analogues, comme on le pense, et l’une peut remplacer l’autre très certainement. Mais les anciens qui aimaient fort les distinctions subtiles, ont très diversement apprécié les deux espèces en les comparant l’une à l’autre. Les uns préfèrent la ronde; Hippocrate la mettait déjà au-dessus de la longue; Galien Ja préférait à toutes les autres espèces; Massih la déclare plus subtile que la longue; Schræder, Fernel, Cartheuser, etc., lui donnent aussi la préférence. Plus rares sont les partisans de la longue. Pour les uns, les propriétés sont assez semblab'es. D’autres indiquent comment on peut remplacer l’une par l'autre dans certaines conditions". D'autres enfin établissent des distinctions suivant les cas*°. Geoffroy *, par exemple, déclare la ronde plus atténuante que la longue du consentement de tout le monde, et au contraire la longue plus détersive que la ronde. Il est inutile de multi-

1 On remplace la longue par trois fois son poids de ronde et moitié de poivre. La ronde se remplace par son poids de longue et trois fois son poids de macis (Abd-er-Rezzag, Révélat. des énigmes, p. 120).

Le livre des Succédanés dit qu'on remplace la ronde par son poids de zérumbet, trois fois moins de macis et moitié d’Aristoloche longue ([bn-el- Beïthar).

2 Fuchs, en énumérant les propriétés des Aristoloches suivant Galien, dit : M: la ronde est la plus subtile et la plus efficace de toutes. .... Bien il est vrai que la longue est subtile et tenule moins que la ronde. Si est ce que pour ce, elle n'est sans efficace : mais a chaude et abstersive vertu, combien qu'elle digère et nettoie moins que la ronde ; elle n'est moins chaude, mais peut-être plus. Parquoi là où un moyen abstersif est requis, la longue sera plus propre, comme es escorcheures ou ulcérations de la chair et fomentations de la matrice: Mais quand il convient plus fort subtiliser les grosses et épaisses humeurs, lors vaut-il mieux user de la ronde. Pour cette cause, la ronde guérit plutot les douleurs engendrées d'obstruction ou ventosité d'humeurs crues: et tire les espines, et guérit les pourritures, et repurge les ulcères puants et qui jettent: elle blanchit les dents et les gencives ; elle aide aux asthmatiques et a ceux qui ont courte haleine et qui continuellement sanglottent, aux épileptiques et podagres bue avec eau froide. Elle est propre aux ruptures et convulsions, » (Léonart Fuchs, Hist. des pl., p. 68-70.)

3 Geoffroy, Mat. medicale, Paris. 1757.

plier les exemples de ces opinions diverses qui n'ont qu'un intérêt historique. Je rappellerai seulement que les anciens médecins considéraient, d’après Pline, la longue comme le mâle et la ronde comme la femelle ‘. Il faut peut-être attribuer à cette croyance, qui se retrouve chez les auteurs persans, l’idée que la longue faisaitavoir aux femmes un enfant mâle. .

D'une façon générale, elle était donc usitée comme la longue et d'ordinaire préférée. C’est un tonique stimulant, actif; on l’emploie jusqu’au Mexique et jusque dans l'Inde où les médecins mulsumans la disent résolutive, stimulante, pectorale, stomachique, céphalique, et la donnent dans la jaunisse et la goutte*.

Aujourd’hui nos paysans s’en servent parfois contre les coliques.

Comme emménagosue, elle passait pour fort active, et sa. forme, qu'on a parfois comparée à l’utérus ou au placenta, pouvait au moyen âge avoir engagé à l'employer dans diverses maladies de la matrice. Guy de la Brosse, en combattant la théorie des signatures, considère l’Aristoloche comme plus nuisible qu’utile*. Elle est surtout comparable à la longue à cet égard.

La principale application de l’Aristoloche ronde était sans contredit l’arthritisme et la goutte*. Galien, Mesué, Rhazès

‘ Il en est un mâle et c’est l’Aristoloche longue, et une femelle et c'est la ronde (Abd-er-Rezzag, p.119.)

? Dymock, Lond. pharm. Journ., 1879.

3 « Quelle rencontre que les plantes qui ressemblent à l'œil sont remèdes à ses indispositions, comme aussi celles du cœur au cœur, et que celles qui ont rapport à la matrice comme le pain de pourceau ou l’Aristoloche ronde luy nuisent plustost que de luy ayder. »

4 G. Klaunig.— Arthritidis curatio per Aristolochiam rotundam veram quæ. novum est medicamentum antiarthriticum cum addendis Ern, Gott. Sturmii, Ephem. acad. nat. curios., cent. 5,6, 7,8 (Ex Reuss, Repert., comment.)

l’ont trouvée efficace. Kolreuther dit qu'elle éloigne le paroxysme. Elle était l'élément le plus actif d’un remède ardemment prôné et combattu, la poudre du duc de Portland, contre la goutte. Le nom de cette poudre vient de ce que le duc de Portland qui souffrait d’un arthritisme héréditaire en avait ressenti de très bons effets. Mais cette poudre date de bien plus loin, car les Grecs et les Arabes employaient déjà des formules analogues‘. En France, cette préparation portait le nom de poudre du prince de la Mirandole. Cette poudre produisait parfois, dit-on, de terribles effets, dont Cullen.et Cadogan ont tracé le sombre tableau. La réputation immense de cette poudre n’est plus, bien entendu, qu'un souvenir historique*.

Pline donne l’Aristoloche ronde comme efficace contre les morsures de serpents. Elle agit donc ici comme les autres espèces, et l'on peut comparer aussi son action .détersive, et ses propriétés générales à celles de l’Aristoloche longue *.

1 Murray, Apparat. medicam., 1, p.505.

? La poudre du prince de la Mirandole contenait : petite centaurée 4 p., racine de gentiane 2, racine d’aristoloche ronde 2, feuille de germandrée 2, feuilles d'ivette 2. — Tournefort, d'après Murray, y ajoutait de la racine de grande centaurée. La dose était: 4 gr. par jour pendant trois mois, 3 gr., par jour pendant trois autres mois, 2 gr. par jour pendant les six mois suivants, enfin 2 gr. tous les deux jours pendant deux ans ! (Cazin, Trailé prat. de l'emploi des pl. médic., 1886, p. 80.

3 Voici ce qu'en dit Fuchs (propriétés d'après Dioscoride). « La ronde.... bue avec eau froide, alège la courte haleine, hocquets, frissons ou rigueurs, maux de ratelle, spasmes ou convulsions, rompures et douleurs de costez. Elle tire hors les épines, flèches ou ferrements ; elle tire hors les escailles des os appliquées dessus en forme d'emplâtre. Elle scarifie les ulcères pourris, et purge et nettoie les plaies boueuses et pleines d’ordure. Elle remolit les creux et cavités des ulcères avec miel et poudre de flambe. Elle nettoie les gencives et les dents.» (Fuchs, loc. cit.)

La longue et la ronde..... contiennent beaucoup de sel essentiel, d'huile et de phlegme. Elles sont détersives et emménagogues ; elles résistentau venin et à la gangrène. (Lémery, Dict., 77.)

Les recommandations pour le choix et la récolte de l’Aristoloche ronde, sont les mêmes que pour l’espèce précédente. On se sert aussi des mêmes formes pharmaceutiques. Mais, de plus, l'Aristoloche ronde faisait partie intégrante de nombreux médicaments oubliés aujourd'hui, l'Orviétan, la Thériaque céleste, l'Eau générale, la poudre Diaprassii de Nicolas Alexandrin, le Dialacca magna de Mesué, les Trochisques de Câpres, l’Huile de scorpions composée de Mesué, et celle de Matthiole, l'Onguent de Nicotiane de Joubert, l'Onguent des apôtres d’Avicenne, l’'Emplâtre vulnéraire de Paracelse, etc., etc. ”. A

On a parfois substitué à l'Aristoloche ronde les tubercules de Corydalis qui sont durs, bruns en dehors, jaunes verdàtre en dedans, d’une odeur fade et nauséeuse, d'une saveur âcre et amère. À Bombay, où la drogue est rare, la plupartdes marchands lui substituent le bulbe d'un Arum amylacé et inerte ?.

A. contorta Bunge, Enumerat. plantar. Chinæ. bor., in act. Acad. sc. petrop., 1831, p. 58 (ex Duch.);, — Maximovicz, Prim. FL. amur.(ex Duch.); — Duch. Prodr.t. XV, p. 488,

C'est une des espèces qui remontent haut vers le Nord, puisqu'elle est indigène du nord de la Chine et dusud du fleuve Amour. Elle y habite les lieux montueux. L'abbé Armand David l'a recueillie aux environs de Pékin.

C’est une espèce volubile, à tubercule renflé, allongé, d’aspect spécial; les tiges sont rameuses, anguleuses, et les feuilles deltoiïdes cordées ; fleurs petites, jaunes.

On en emploie letubercule et les fruits, et ces, médicaments doivent même jouir, en Chine, d’une certaine réputation, car

Chomel, Loc. cil., p. 232.

? Dymock, Lond. pharm. Jour., 1879.

on les rencontre dans presque tous les catalogues de douanes chinoises.

Je n'ai vu nulle part le fruit qu'on dit être employé contre les affections pulmonaires, ainsi que celui de l'A. Kaempferi.

Le tubercule, évidemment bien plus usité, serait purgatif, hématique, anthelminthique ‘. On le donne aussi contre la rage. On l’exporte de Chefoo et de Hankow. Il est remarquable par la disposition des faisceaux ligneux sur la section transversale ; il a déjà été décrit. (Voy. p. 129.)

A. Clematitis L., Spec. pl., éd. I, t. 2, p. 962 ; éd. IT, t. 2, p. 1364; Mater. medica, 415, — Blackw., Herb., IIT, tab. 255 ; — Miller Fig., t. 51, fig. 1; — Baull., Herb. de la Fr.,1,t. 39; — Reichenb., Icon. fl. germ., t. 669, fig. 1340 (médioc.) ; — — Nees d'Es., Beschr. off. Pfl., tab. 147; — Plenck, Icon pl. med., tab. 650 ;— Lamk., Encycl., I,p. 258 ; — D. C., Flore fi, TT, p. 349 (ex Duch.) ;— Gren. et Godr. F1. de Fr., M p.22; — Duch., Prodr., XV, p. 489.

A. Clematitis recta, C. Bauh., Pinax, p. 307;.—Tournef, ne p.162; — Morison, p. 509, tab. 17, fig. 5.

A. Clematilis vulgaris Clus. Hisp., p. 321-322? (ex Duch.); — Lobel Icon., p. 607, fig. ? (ex. Duch.);, — J. Bauh., Hist. Plant., III, p. 560.

A. Sarracenica Dod., Stirp. hist. Pempt., p. 323.

A. Clematitis allera radice tenui Caes. (ex J. Bauhin), etc., etc.

L’A. tenuis des anciennes officines semble avoir été, tantôt le Aistolochia, tantôt le Clemalitis.

Noms vulgaires : ils abondent : Aristoloche des vignes.—. Brighbog.— Pomerasse.— Poison de terre. — Guillebaude ?.—

1 Voy. Catal. des Douanes chinoises, Exposit. de Paris, 1878, pp. 56, 66, 73, 86. '

? Duchesne, Répert. des pl. util. el venén,

Ratelaire. — Rateline. — Ratalie. — Sarrazine, etc., etc., et dans nos divers dialectes patois : Faouterna. — Faouterio.— Fouterlo. — Congourelo. — Couscasso. — Cujanelo. — Erbo de la godo ‘, etc., etc. — Osterluzeikraut. — Hinschkraut.

Le nom de Clematitis lui vient de son aspect sarmenteux.

L’A. Clematitis Serpens de C. Baukin, Tournefort, etc., n'est autre que l'A. Bætica (voy. cette espèce).

C'est Dioscoride qui l’a le premier distinguée des autres.

L’A.Clematilis est une plante vulgaire dont les tiges aériennes hautes de 30 à 50 cent. dressées, anguleuses, striées, renflées aux nœuds, sont annuelles et naissent sur des rhizomes vivaces, de la grosseur d’une plume à écrire ; couleur jaunâtre ou brunâtre, avec des radicules assez nombreuses, jaunâtres, déliées. Les feuilles sont cordées, de forme triangulaire, queiquefois arrondies en avant, mais rarement, trè& largement cordées à la base, ordinairement obtuses au sommet. Face supérieure, verte; face inférieure glauque, avec des nervures saillantes, rameuses, nettement réticulées. Pétiole assez long.

Les fleurs disposées en faisceaux axillaires formant une cyme contractée, sont très zygomorphes, assez petites, de couleur jaune, un peu verdâtre, surtout en bas. La plante est connue de tous, et la description des organes végétatifs suffira. L’A. Clematitis a une odeur forte et extrêmement désagréable et un goût âcre et amer, tout à fait insupportable.

La fécondation présente des phénomènes curieux, dont il a été question à la page 26.

L'A. Clematilis est très largement répandue en Europe, où elle s est peut être diffusée peu à peu, en partant de l'Orient. En tout cas elle semble tout à fait aborigène dans la Rus-

1 Azaïs, Catal. bot.

RL vote

sie et le Caucase ‘. Elle remonte haut vers le Nord, jusqu'en Angleterre ?, voire même au sud de la Norwège *, et s'étend dans toute l’Europe moyenne et méridionale. En France, on peut la trouver partout, mais elle est particulièrement abondante dans le Midi où, sur certains points elle pullule, et devient une des plus mauvaises herbes des cultures‘. Orient, Italie, Espagne, etc. Le Muséum en possède un exemplaire venant de Ténérife.

La plante vient un peu dans tous les. terrains ; elle passe pour aimer les terres fortes, humides, mais dans nos pays elle ne pousse que trop abondamment dans des terrains sablonneux et arides. Elle vient particulièrement dans les vignes cultivées avec soin. On la trouve aussi dans bien des lieux incultes et pierreux, dans les haies, etc.

D’après Plée, les cultivateurs prétendent, à tort ou à raison, qu’elle gâte les vins lorsqu'elle abonde dans les vignes. C’est d’ailleurs ce que dit aussi Magnol*. L'opinion inverse, probablement aussi peu fondée que la première, existe actuellement chez beaucoup de nos vignerons.

Aujourd'hui, on ne trouve guère les rhizomes de l’Aristoloche Clématite dans les pharmacies qu’à titre de curiosité. D'ordinaire même on n’en trouve pas du tout. La drogue est

1 Voy. D.C., Géogr. bot.,p. 684.

? Où elle aurait peut-être été introduite à la suite des Croisades : au moins le nom de Saracen's Birlhwort le fait soupconner à Bromfield. Mais Ray et Dillenius ne l'ont pas dans leur Svnopsis. (D.C. ibid.)

3 On l’a trouvée à Laurwig par 59°3"(Schubeler : die Pflanyenwelt Norwegens,

* Matthiole (Commentaires sur Dioscoride, trad. du Pinet, 1601, p.250), dit pourtant : «il y a 3 espèces d'Aristolochie : c’est assavoir la ronde, la longue et la Clématite, Quand à la dernière, elle est fort rare et peu de gens la cognoissent».

ÿ Vineis nostris maxime infensa est propter tetrum odorem quem vino communicat. (Magnol, Bot. monsp., p. 28).

étiquetée : Rhizoma Aristolochiæ tenuis, ou Radix Aristolochiæ CUlematitis. Ce n’est d'ailleurs pas d'aujourd'hui qu’elle est peu employée, car déjà l’on peut lire dans Pomet: « Nous vendons ordinairement de trois sortes d’Aristoloche, scavoir la longue, la ronde et la léère. Il y en a une quatrième, qui est la Clématite, mais nous n’en faisons aucun négoce, c'est pour ce sujet que je n’en parlerai point » ". Quant au fruit que quelques anciens ont parfois employé, il est complètement oublié aujourd'hui. Quoiqu'en dise Pomet pourtant, l’Aristoloche Clématite a eu longtemps une réputation qui, pour avoir peut-être été moindre que celle des autres espèces, vaut cependant qu'on la mentionne.

En Angleterre, les moines et les empiriques la cultivaient beaucoup *? pour l'usage médical. Dans bien des villes on l'importait de Montpellier, où on la récoltait par le simple arrachage et d’où on l’expédiait après dessiccation.

La drogue se présente sous forme de fragments de rhizomes secs, très durs, très cassants, tortueux, de 1/2cent. de diamètre au plus, ordinairement 2-4 mm., sur une longueur très variée. Ils sont noueux et portent de fines radicelles aux nœuds ; des sillons longitudinaux fins marquent la surface des entre-nœuds. La couleur extérieure est brun chocolat très uniforme. La surface de section a une couleur un peu variée du jaunâtre au rougeûtre ; la zone corticale extérieure est mince, brune; au-dessous, même à l'œil nu, on voit d’ordinaire une zone de faisceaux ligneux séparés par des rayons médullaires. Il existe une moelle centrale. Les pores du bois ne sont pas visibles. La description de la drogue fraîche a été faite, p.58.

‘ Bulliard, àson tour, dit qu’ «elle est tombée dans un tel discrédit qu'on n'ose ‘plus maintenant l'employer à l'usage interne, et qu'on l'emploie même rarement à l'extérieur. ........ il y en a qui pensent que jusqu'à l'odeur qui

s’en exhale est,pernicieuse. (Hist. des pl. vén.) 2 D. C. Géogr. bot., p. 685. .

er

S-DHM EE

L'odeur, dit Geiger, persiste après dessiccation. Générale-

. ment la section ou le grattage sont nécessaires pour la développer. Le goût est très àpre, non nauséeux, pas du tout aromatique.

Les opinions sur l’activité de cette espèce ont beaucoup varié, et ces divergences tiennent peut-être à des différences dans le lieu ou l’époque de la récolte, ou dans l'ancienneté de la drogue. Il semble bien pourtant, lorsqu'on froisse cette plante fraiche et qu’on en respire l’odeur, qu’elle doive être au moins aussi active que les autres, car l'oléo-résine n'y manque point.

Lobel ‘ dit que ses propriétés sont bien inférieures à celles des autres, et gourmande d'importance les ignorants qui s’en servent et les confondentavecla longue. Pendant le moyen âge, on la considère comme moins active que les autres. Par contre, Fuchs et Dodoens pensent qu'on peut s'en servir à la place des autres, et Jean Bauhin croit que c’est elle qu'Andromachus et Galien employaient pour la thériaque sous le nom d'A. tenuis?; Nicolas Grimm l'estime beaucoup * ; Gilibert *, l’a trouvée aussi active que les exotiques, et Bodard, l'ayant expérimentée plusieurs années en Toscane, lui a trouvé une grande énergie, surtout pour ranimer les fonctions utérines.

Quant aux maladies pour lesquelles on la employée, elles sont très diverses et je n'en ferai pas l’énumération complète. Voici seulement les principales :

MALADIES UTEÉRINES. — Elle est emménagogue comme les autres ; cette propriété a été constatée par bien des auteurs,

Adversaria, 265.

2? Tournefort, Hist. pl. Par. 176.

FX. Clematilis vera est et legitima, prœstantissimi in variüis morbis usus. (Grimm, d'après Reuss. Repert. commentat.) - 4 Démonstr. de bot. I, p.477.

5 D’après Cazin, Tr. prat. des pl. med. :

Gilibert entre autres, et plus récemment Vincenzo Colapiétro en 1834‘. Ce n'est point là du reste l'usage principal dela plante. On emploie dans ce cas, soit la poudre dans du vin, soit l’infusion de racines édulcorée avec du miel. Très usité dans la petite Russie.

GOUTTE ET RHUMATISME. — Elle entrait peut-être dans la poudre du duc de Portland (voy. A. Pistolochia). C’est surtouten Angleterre eten Écosse qu’on en fait usage. Alston dit qu'on la préfère aux autres, et Helde recommande la poudre, l'extrait et lateinture pour prévenir les accès de goutte et calmer le spasme que les goutteux éprouvent souvent dans les jambes avant le paroxysme *. En Russie, Pallas* indique que l’on emploie la décoction de la plante en cataplasmes sur

les parties douloureuses.

FIÈVRES INTERMITTENTES.— Les paysans russes, toujours d’après Pallas, considèrent le fruit vert qu'ils appelent Pchinovnik comme un spécifique contre les fièvres, et le mangent cru (ce qui doit nécessiter une grande confiance dans le remède!!}. La chose est d’ailleurs confirmée par d’autres. Sljunin * dit que les Tartares se servent de la décoction. Du reste Tournefort donne la plante comme excellente contre les fièvres ; à Montpellier même on a employé le suc comme antipériodique, et Magnol * condamne cet emploi.

Outre ces usages principaux, la plante était encore usitée comme :

Purgative. Elle est même éméto-cathartique. Paul d’Ægine l'employait déjà à la dose d’un gros (4 gr.) dans du vin doux.

! Osserv. med. di Napoli, 1834 (d’après Demitsch). 2? D'après Cazin, loc. cit.

3 Voyages, p. 54.

+ D’après Demitsch.

5 Incanse sumunt aliqui seminis 3 j cum jusculo ad febres intermittentes

curandas quod nimias vomitiones excitat. (Bot. Monspel., p. 28.)

Ætius donnait 2? gros du fruit dans les affections bilieuses surtout".

Vulnéraire. « Tout le monde sait », dit Tournefort?, « que l'on se sert de la racine de cette plante dans les tentures vulnéraires » ; cet usage existe encore dans bien des pays *.

Détersive. Elle détergerait les ulcères de mauvaise nature ; on place les feuilles fraiches sur les furoncules et les plaies, et les Kalmoucks emploient un extrait de la plante en usage externe contre les maladies de la peau.

Enfin, si l’on ajoute encore que cette plante a été souvent préconisée dans la consomption, les hémoptysies, les paralysies, l’anorexie par atonie *, les.pâles couleurs, l'asthme, l'hystérie*; qu’elle à passé pour guérir les caries et nécroses *, et les hémorrhoïdes non fluentes * et qu’enfin on l’a recommandée pour uettoyer les dentsetles gencives et même (je ne sais par quelle aberration sensorielle!) comme parfum, on se rendra compte que, si la plante est presque sans usage aujourd’hui, elle en avait du moins autrefois sa large part !

Elle est parfois usitée aujourd'hui en médecine vétérinaire.

Sans vouloir ajouter trop d'importance à des actions plus ou moins chimériques sur telle ou telle maladie, il n’en est pas moins vrai que c'est là une plante fort active et dont, par

1 Cazin, loc. cit.

2 Hist. plant. Paris.

8 Toutes les blessures provenant d'instruments incisifs sont traités par l’application d'uue feuille d’Aristoloche sur la plaie. Grande réputation (Kirschleger, Flor. d'Alsac., Il, p. 40).

# Gilibert.

5 Tournefort, loc. cit.

6 Baillon, Rev. des Arist. médic.

7 Augustinowitsch, d'après Demitsch, loc. cit.

8 « Quant aux deux autres, celle qui est appelée Clematitis est la plus odoriférante. Et pour ce, ceux qui font les onguents et senteurs en usent parfois. Mais elle est trop débile pour remèdes de maladies. » (Fuchs, ist, plant Aristoloches ; propriétés suivant Galien.)

conséquent, il serait possible de tirer parti. Elle mérite, en tout cas, qu'on en étudie les effets, car si elle n’est pas utile elle peut du moins être très nuisible ; à haute dose elle est certainement toxique. Contusée dans l’eau, la racine empoisonne le poisson. Il résulte des expériences d’Orfila : 1° que la substance active est absorbée et produit une action stupéfiante sur le système nerveux; 2° que la Clématite produit une légère inflammation des tissus sur lesquels on l’applique. Comme les autres Aristoloches elle cause, à dose trop forte, des superpurgations avec douleurs d'entrailles très vives, des vomissements et même des pertes et des avortements (Bulliard).

Il est certain que l’homme ne s’intoxiquera guère par ce moyen, sauf le cas, bien rare, de médication à dose exagérée. Mais les animaux peuvent en souffrir. Ils n’y touchent guère au pâturage, mais à l'étable, mêlée au foin, ils en mangent et peuvent s'empoisonner. Il y a dans ce cas stupeur et ébriété, somnolence comateuse avec soubresauts; constipation, po- Jyurie, et spasme génital. Convalescence longue (Jeannin)*.

On ne peut guère confondre la drogue avec d’autres, car le Rhizome est bien différent du faisceau de racines du Pistolochia et des tubercules de nos deux autres Aristoloches. Dans les pays où pousse en même temps l'A. Bætica, la distinction des rhizomes isolés sera plus difficile. Mais cette distinction a si peu d'importance !

Je ne crois pas qu’on puisse facilement substituer un autre rhizome à celui de l'Aristoloche Clématite, dont l’odeur est sicaractéristique dès l’abord, et qui d’ailleurs est si abondante et si facile à recueillir sur certains points, qu’on n'aurait vraiment aucun intérêt à cette substitution. Cependant Tournefort dit que la racine des Melithis Melissophyllum , la

! Cornevin, Les plantes vénéneuses, p. 158,

Mélisse des bois, ressemble à celle d’Aristoloche et que les droguistes du temps la vendaient parfois pour elle.

| Pas plus que pour les autres espèces, je ne traiterai ici le côté chimique de la question. Il me suffira de dire que l'analyse a montré dans cette plante une essence que l’on obtient par distillation avec l’eau, et un acide aristolochique que l'on reüre aussi par distillation de la racine et qui forme un sel de baryum cristallisable *.

Les formes sous lesquelles l'A. Clematitis a pu être admi-

nistrée sont assez variées.

Poudre. — A la dose de 4 gr. mélangé avec du miel, du vin, ou sous forme de pilules.

Décoction ou infusion. — 12-15 gr. par litre: Tournefort? dit que sa grande amertume empêche de l’employer sous cette forme et qu'il vaut mieux employer la poudre.

Extrail alcoolique. — 1 gr. de racine pour 6 d'alcool; on en donne 2-4 or.

Teinture alcoolique. — 1 gr. de racine pour 5 d’alcool. Dose? or...

On a vu plus haut que les feuilles pouvaient être employées topiquement, que les fruits étaient parfois consommés directement, etc., etc.

Enfin cette plante entrait autrefois dans un certain nombre de médicaments complexes, ainsi dans l'Emplâtre Diabotanum de Blondel, avec la longue et la ronde ; les feuilles étaient un

des éléments de l’eau vulnéraire appelée Eau d'arquebusade *.

1 Walz, Jahrb. für Pharm., XXIV,p. 65, et XXVI, p.651 (d’après une note de M. Soubeiran).

? Hist. plant., Paris.

* Ces doses sont dennées d’après Cazin.

+ Chomel, Hist. abr. des pl. usuelles, 230 à 232.

Are

À. aitissima Desfontaines, Flor. atlantica, IT, p. 324, tab. 249 ; — Willd.. Spec. plant., IV, pars I, p. 158; — Duch., Prodr., XV, p. 489; — Boiss., Flor. orient., IV, p. 1055:

Habite l'Alsérie, la Sicile, la Grèce, Chypre, la Syrie, le Liban, etc. Les échantillons de l’herbier de l’Institut de botanique de Montpellier viennent d'Algérie (Durando) et de Sicile (Todaro). — Elle est abondante aux environs d'Alger, où on la fait pousser sur des tonnelles pour donner de l'ombre, en même temps que les Boussingaultia, Passiflores, etc. Les feuilles en sont cordées à la base, plus ou moins aigués au sommet. — Elle grimpe ordinairement dans les haies et buissons.

Je ne cite celte espèce que pour son abondance dans la région méditerranéenne. Je ne pense pas qu’elle ait un usage médical quelconque.

A. sempervirens Linné, Spec. pl., éd. I, ?, p. 961 ; éd, II, 2 p. 1363, — Willdenow, Spec., IV, pars I, p. 158; — Lamarck, Encycl., I, p. 257; — Duchartre, Prodr., XW, p. 489 ; — Boissier, Flor. orient., IV, p. 1075.

Pistolochia allera sempervirens Clusius, Rar. plant. Hist, CCLIX, cum icone.

Pistolochia Cretica C. Bauhin, Pin., p. 307;—Morison, PL. hist. Univers:, 1: 4M4,/p:1910:

Pistolochia Cr elica sempervirens Parkinson, Théatr. 292.

A. Pistolochia allera J. Bauhin, Hist. pl., p. 563; —Tournefort, Inst., p. 162,

A. Cretica seu Virginiana, Gerardi historiæ emaculator (Johnson), (ex Plukenet).

A. undata Mœnch (ex Steudel, Nomenclat.).

A. Pistolochia dicta Crelica, Smilacis folio sempervirens Hort. Leyd. p. 59, (ex. Plukenet).

C’estune espèce méditerranéenne, surtoutde Crète et d’Arabie. Elle est grimpante, à tiges plus grêles, plus faibles que l’altissima, rameuses, glabres, flexibles, cannelées, portant des feuilles persistantes assez petites, cordées, aiguës ordinairement (il en est d’obtuses et même d’échancrées), auriculées, d'un vert intense et luisant, ressemblant, sauf les aiguillons, à des feuilles de Smilax. Les racines forment un faisceau de fibres déliées, chevelues, odorantes. La fleur, arquéee comme celle du Bætica; est solitaire, axillaire, brun jaunâtre à stries foncées, à long pédicule.

Elle a été envoyée à Clusius par J. Plateau. en 1600,

L’A. sempervirens jouit en Arabie d’une grande réputation comme alexitère. Les jongleurs égyptiens s’en servent dit-on. Niebuhr, Forskahl ont rapporté de leurs voyages des faits merveilleux de guérison par cette plante appliquée intus et extra, en décoction de racines et en cataplasmes de feuilles mâchées. La décoction, prise régulièrement pendant quarante jours met, dit Forskahl ‘, à abri des accidents mortels que peuvent causer les serpents venimeux:

Il faut faire ici une large part à l'imagination et à l’exagération ; la plante est assez odorante à l’état frais, quand on la froisse, fort peu àâcre, bien moins désagréable que d’autres espèces. Eile doit pourtant posséder aussi les propriétés excitantes et diaphorétiques qui ont fait estimer les autres Aristoloches.

Les plaies sont aussi, dit-on, heureusement modifiées par l'application des feuilles broyées.

nn mætica L., Spec. pl, éd. I, 2, p. 961; éd. II, 2, 1363 ;— Duchartre, Prodr., XV, p. 490.

1 Forskahl (Pierre), Flora ægyptiaco-arabica, p. 156.— Duchesne, Repert. de pl. ulil. etven. p. 49-50.— Ainslie.— Wood et Bache, U.-S, Dispensatory, p. 1302.

SRE

A. Clematitis Serpens C. Bauhin, Pin., p. 307; — Tournefort, Instit., p. 162; — Morison, Hist. pl., III, 509 ,

A. Clematitis non vulgaris J. Bauhin, Hist. plant., t. III,

A. Clematitis altera Clusius, Hispan., p. 323, cum icone.

A. glauca Desf., Flor. atlant., II, p. 324, tab. 250.

A. subglauca Lamk., Dict., p.257.

A. longa Woodwille, Medic. bot., II, t. 107 (nec L.).

Plante méditerranéenne, de l'Algérie, du Portugal, du sud de l'Espagne, Malaga, Grenade, etc.

Dans les haies, les buissons, les champs d’oliviers.

Elle est volubile, sarmenteuse. La racine est longue, menue, plus ou moins enfoncée. Les feuilles que Lamarck compare à celles du Cynanchum Monspeliense sont de forme et de taille variée, depuis 1 1/2 jusqu'à 7 centim. de long, ordinairement arrondies au sommet, rarement un peu aiguës et très cordées à la base ; glauques. Les fleurs de couleur pourpre foncé sont arquées, avec un large orifice infundibuliforme coupé obliquement. La courbure en U est moins marquée dans le jeune âge.

J'en ai reçu d'Oran un échantillon frais que je dois à l’obligeance de M. Doumergue. On y voyait des tiges souterraines dressées, tantôt ramifiées au niveau du sol, tantôt en continuité avec les parties aériennes. Ces tiges souterraines avaient 2-4 mm.de diamètre. Elles étaient cylindriques, parfois sillonnées, brunes, avec des nœuds assez rapprochés, portant des racines adventives.

Les propriétés sont celles des autres Aristoloches de nos pays. J'ignore si cette espèce est employée par la médecine populaire dans les pays où elle est spontanée.

A. recurvilabra Hance, Pharm. Journ., 15 mars 1873 Ha Journ. of Botany, 1873, p. 72.

Noms vulgaires : Tu-ching-muh-hsiang (Hance). — Tsinmou-hiang.— Ch'ing-mu-hsing.— Cin-mu-sian (Tatarinow). — Tsing-muh-heang (F.P. Smith)’.

Cette plante intéressante, objet d’un assez grand commerce en Chine et confondue dans le Pen-Tsao avec l'A. Kaempferi, a été décrite par Hance. Avant lui, Tatarinow semble être le premier qui ait rapporté à une Aristoloche le produit nommé Putchuck vert. Plus tard, Porter Smith en remarqua le puissant pouvoir purgatif, anthelminthique et émétique, et dans ses Contributions à la matière médicale chinoise, rapporta à tort la plante à A. contorta Bunge. Bowra, dans le Trade Report for Ning-Po de 1868, montra que dans les environs de ce port, d'où la drogue est fort exportée, la plante qui la produit est rampante et commune. Il en adressa quelques pieds vivants à Hance qui put en faire fleurir et fructifier un. Hance reconnut alors l'espèce comme nouvelle et lui donna le nom d’A. recurvilabra. Il la rapprocha des espèces méditerranécnnes (altissima, Pistolochia et surtout Bætica et parvifolia). En Asie, on ne peut la comparer qu'aux A. debilis Sieb. et Zucc., et Sinarum Lindi.

Le drogue que fournit cette plante est connue sous le nom de Putschuck vert, nom qui vient de sa ressemblance avec le rhizome de l’Aucklandia Costus ou Putschuck. Cette drogue se présente en fragments de rhizomes fragile, du diamètre du pouce à celui d’une plume de corbeau, gris cendré en dehors, blanc en dedans. Fraiche, elle a une odeur camphrée et poivrée et une saveur fortement camphrée et amère. Le rhizome sec perd presque entièrement son odeur, mais conserve en grande partie son bon goût.

Ex J.-L. Soubeiran, Mat. médic. Chin., p. 159,

Les racines sont Jaunes, minces, odorantes. ”

Les tiges, feuilles et fruits, ressemblent à ceux du Ma-taoing (A. Kaempferi). Les fleurs sont tubuleuses, puis élargies et recourbées en corne *.

La plante croît dans la province de Mu-Peh.

Les racines sont employées pour guérir les brûlures et les indigestions. Les rhizomes sont purgatifs, hématiques et anthelmintiques. On les estime beaucoup dans le rhumatisme. On les donne même contre la rage. C’est un remède fort usité, car on en exporte tous les ans de Ning-Po pour plus de 650,000 francs.

A. Maurorum Linné, Spec. pl., éd. IT, t. 2, p. 1363 ;, — Willd., Spec., t. IV, pars I, p. 161; — Duch’,'Prodn 2 p. 492; — Boiss., Flor., orient. IV, p. 1080.

A. Maurorum C. Bauhin, Pinax, p. 307.

A.Rhazut et Rumigi Rauwolff, Eigentl. Beschreib. d. Reis., p. 121, tab. 23, n° 121 cum icone (ex Duch.) ;, — Jean Bauhin, Hist., tome ITI;-p: 503:

A. peregrina Rauwolfii Clusius, Hist., p. 72.

A. peregrina foliis auriculatis Morison, Hist., tab. 17, figure 11

A. longa foliis augustis acuminatis Morison, Hist., 3, page 510.

A. orientalis foliis lanceolatis Tournefort, Instit., p. 162.

A. Aucheri Jaub. et Sp., IiL., I, t. 99 (ex Boissier);rète:

C'est une plante légèrement pubescente, à tiges menues, peu rameuses, sillonnées, feuillées vers le haut, dénudées en bas. Les feuilles, de longueur variée, sônt surtout très curieuses, distiques, allongées, longuement hastées elles portent à la base deux auricules divergentes, arrondies, subspa-

1 Les détails ci-dessus sont à peu près tous empruntés à Hance (Loc. cit },.

tulées, séparées par un large sinus. La base se prolonge en - coin sur le pétiole : le sommet est plus ou moins aigu,

Les fleurs naissent des dernières squames ou des premières feuilles. Elles sont fauves, tachées de jaune.

Duchartre en distingue une variété B. AUCHERI, et Boissier une variété B. LATIFOIIA qui est l'A. Bottæ de Jaubert et Spach.

Orient, surtout Alep et Mossoul ; Perse, Assyrie, etc.

On attribue à la plante de l’amertume et une odeur d’excréments. Inconnue jusqu'à Rauwolff,je ne crois pas qu'elle ait jamais eu grand usage, bien que J. Bauhin la dise « sèche et chaude. »

A. Pontica Lamarck Dictionn., I, p. 255; — Duch., Prodr., XV, p. 493.

A. orientalis humilis amplissimo folio Tournef., Coroll., pa9. |

A. rotunda flore maximo Buxb. Cent. I, p. 28 tabl. 45,

(ex Duch.).

* C'est une espèce à tubercule arrondi, noueux, garni de quelques fibres menues, et à tige simple, dressée, herbacée, hirsute, petite par rapport aux feuilles qu’elle porte et qui sont simples, cordées, arrondies. La fleur est assez grande.

La plante habite en Asie, la région de la Caspienne et de la Mer Noire.

Les tubercules doivent avoir une action analogue à celle du longa et du rotunda. Peut-être est-ce d'elle que parle Jean Bauhin' quand, en traitant des Aristoloches, il dit que la Pontique a grande réputation, et, que d'après Sylvius, la Pontique et la Crétique sont les meilleures.

4 J. Bauhin ll, p. 557 et 562

A. Cretica Lamarck, Dict., I, p. 255; — Duch., Prodr. XV, p.493; — Boiss., Flor. orient. IV, p. 1081.

À, Cretica flore maximo fructu angulalo Tournef., Coroll., p. 8 (ex Duch.);, — Desfont., Ann. du Mus., X, page 294, tab. 18.

Elle présente un intérêt surtout historique, puisqu'on

dit que c’est elle qu'Hippocrate et Théophraste ont em-

ployée®.

Elle a une racine grosse, comme le pouce, longue d’un demi-pied, rameuse, roussâtre en dehors, jaune en dedans et d’une amertume insupportable ?. Cette racine doit avoir les mêmes propriétés que notre A. longue, mais je ne sais rien de spécial sur elle.

Quelques tiges courtes, rameuses, velues, portent des feuilles pétiolées, cordées, vert pâle, blanchâtres en dessous, velues.

La fleur est grande : la figure de Desfontaines la ,représente rose saumoné en dehors, violette en dedans, avec des poils sur les deux faces. Elle 7 à 8 centimètres de long, sur 2 à 4 de large : l'ouverture est large et béante, l’utricule oblong.

A. hirta L., Spec. plant., édit. I, 2 p. 961, (ex Puch} éd. II,2, p. 1365 ; — Willd. Spec., t. IV, pars Ip Lamarck, Dict., I, p. 256; — Duch., Prod., XN, pr Boiss., Fl-Orient., IN,-n:1079

A. longa subhirsuta folio oblongo, flore maximo Tournefort. Voy-duLev.;1,-p. 147.

Cette espèce, qui habite l’Archipel, la Syrie, l’Anatolie, Smyrne, etc., est une tuberculeuse du groupe du longa. « La racine a 1-2 pieds de long ; épaisse de 2? pouces, elle est

! Sprengel, Histor. rei herbar, t. I, p.47 ? Lamarck, Dict. I, p. 155

rx sd À " 2 L En.

DR

— 251 — ligneuse, jaunâtre, marbrée par rayons de blanc et de roussâtre, couverte d’une écorce charnue légèrement purpurine. Elle est d’une amertume insupportable. » (Lamarck, Dict.). Le tubercule de l’herbier du Muséum est bien moins gros. Les propriétés doivent être celles du longa. Je ne sais si elle est enusage dans son pays.

A.macrophylla Duch., Tentam. in Ann.sc.nat., sér. 4,2, p. 68; — Prodr., XV, p. 495.

C’est une espèce de la Guyane française, recueillie près de Cayenne en 1839 par Leprieur. Elle à des rameaux allongés, grêles et volubiles, et de grandes feuilles oblongues lancéolées, longues, cordées à la base, acuminées, à pointe obtuse, vertes et glabres au-dessus, fauve velouté en dessous.

Peu d'importance médicale.

A. macrocarpa Duch., Prodr., XV, p. 497.

Cette espèce est très remarquable. La tige, qui atteint 2 cent. 1/2 de diamètre, est ligneuse, volubile, à écorce subéreuse, d’abord cylindrique, elle est ensuite comprimée et présente deux sillons d’où naissent les feuilles distiques.

Les feuilles sont amples, ovales, oblongues, arrondies à la base, à nervures saillantes en dessous. La capsule est gigantesque et atteint 53 cent. de long sur 3 ou 3 1/2 de diamètre. D’après Aubry-Lecomte, qui a recueilli la plante au Gabon en 1854, cette capsule est parlumée. Le bois, sans zones, a la structure typique des Aristoloches.

Les indigènes du Gabon lui donnent le nom d’Ogadoïka. Je ne sais s’ils en retirent quelque produit ou s'ils en usent comme médicament. Description d'après Duchartre.

A. Turbacensis Bonpland, in H. B. K., Voy. ; — Nov. gen. et spec., II, p. 149; — Duch., Prodr., XV, p. 497.

Vulgairement Capitana de Corazon.

Pour Duchartre cette espèce est insuffisamment connue. La tige en est grimpante, les feuilles cordées, ovales ou subréniformes, réticulées en dessous. Près de Turbaco.

La souche est employée par les Mexicains contre la morsure des serpents venimeux. On la donne en décoction.

A. arborescens. L. Spec., éd. IT, t. 2, p. 1362; — Duch., Prod, XN°-:p.1 498:

Peu de chose à dire sur cette plante, dont Duchartre n’a pu indiquer exactement ni la place, nila synonymie. Pour certains auteurs, il faut la rapporter à l'A. grandiflora. En tout cas Descourtilz donne sous le nom d’arborescens un dessin et une description qui se rapportent au grandiflora.

C'est une plante américaine à tige dressée, à racine emménagogue et dont le suc serait, dit-on, toxique.

Linné ‘ la rapporte, avec doute, à l'A. polyrhizos auriculatis foliis, virginiana de Plukenet, c'est-à-dire à la troisième sorte de Serpentaire de Virginie. On ne peut s'expliquer ce rapprochement, que le seul nom d'arborescens rend tout à fait inadmissible.

À. fastidiosa. — Espèce indiquée dans le Dictionnaire de d’Almeida, sous le nom vulgaire de Capivara. Mais les propriétés n’en sont pas indiquées. L’aspect en est étrange, diton. Plante brésilienne.

A. Paraensis. — D’Almeida * parle sous ce nom d’une

! Linné, Spec. plant., éd., II, t. 2, p. 1362. 2 Diccionn., p. 380.

LRO

plante grimpante à feuilles trilobées cordiformes, à fleur ressemblant à une petite jarre, et à fruit formant une capsule octosone (?). Il lui donne le nom vulgaire de Raiz do sol. Je ne sais quelle éSt cette plante, dont le nom latin indique l’origine, mais qui est donnée sans nom d’auteur, et qu'on ne trouve guère citée ailleurs.

A. Goldieana J. D. Hooker, Trans. Linn. soc.,vol. XXV, p. 185, t. XIV {ex Flore des Serres) ; —Flore des Serres, t. 17, Do 1.

L'espèce appartient à l'Afrique occidentale. Thomson l'a découverte aux sources de la rivière Calabar ; elle a été retrouvée à Sierra-Leone et à Fernando-Po.

Je ne cite l’espèce que pour la grandeur énorme de ses fleurs nauséabondes et à cause de la rareté des Aristoloches à grandes fleurs en Afrique. Mais elle n’a, que je sache, aucun usage. Elle est cultivée dans les serres et y fleurit. Le nombre de ses étamines (24) la rend intéressante au point de vue botanique.

C’est un arbrisseau grimpant. Comme il est parfois cultivé, il serait possible et intéressant d'en étudier les propriétés, comparativement aux autres espèces américaines.

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