‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 116 sur 133 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Sans doute, je pleure, et je n'en ai que trop sujet.

MATHURINE

Que t'est-il arrivé?

Vous savez bien ce sansonnet que j'éle\ais depuis plus d'un an, et qui disait si bien : J'aime Lucctte, j'aime Lucette....

MATOURINE.

Hé bien?

Hé bien! comme mademoiselle Lucette a l'air de ne plus m'aimer, j'ai cru que c'était le moment de lui donner le sansonnet, atin qu'au moins elle se souvînt de moi quand le sansonnet lui dirait : J'aime Lucette. En conséquence, je l'ai tiré de sa cage , je lui ai attaché à la patte le plus beau ruban de ma mère, et j'ai été pour le porter à mademoiselle votre Jille.... Ah! mon Dieu! mon Dieu ! c'est bien à j)réscnt qu'il n'^ a plus d'es])é-

rancc. (llpleme.)

MATHURINE

Hé bien, as-tu vu ma tille?

Sûrement, je l'ai vue; je l'ai rencontrée avec M.Duval qui s'en allait à la danse. Pardi! ils chanliient tous deux comme deux rossignols; cela m'a

il 6 LA BONNE MÈRE.

fait un peu de peine; mais cependant je n'ai pas dit autre chose que d'ôtcr mon chapeau, et j'ai présenté le sansonnet à mademoiselle Lucette. Ah ! t'est là, c'est là que j'ai Ijicn vu que j'étais perdu.

MATHLRINE.

Explique-toi donc , car tu m'impatientes. Que l'a dit ma fille'!'

Ce qu'elle m'a ûïV! je le sais ])icn ce qu'elle m'a. dit, et je m'en souviendrai longtemps.

MATHURINE

Mais si tu veux que je le saclie, il faut aussi me le dire.

Elle m'a dit qu'elle n'aimait point tous ces animaux-là qui disaient toujom's la même chose. Ainsi, a-t-elle ajouté, vous et votre sansonnet pou-^ \ez vous aller promener, je vous donne la clef des cliamps. En chsant ces paroles, elle a làclié le ruhan, et le sansonnet s'est envolé en répétant : J'aime Lucette, j'aime Lucette.

Ce trait-là n'est pas de ma fdle. Et qu'as-lu tait?

Moi, je n'ai pas pu m'cnvoler, je suis resté ])éti'itié; et, malgré cela, mon cœur disait toujours comme le sansonnet : J'aime Lucette.

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