SCÈNE VTI
VOUS ôlrc utile; vous m'avez promis de causer aver moi : voilà deux motifs bien puissants pour me rappeler près de vous.
MATHURINE
Oui : mais vous étiez avec ma fdle, et je m'étonne que vous vous soyez souvenu de moi.
DUVAL
Il est certain qu'en regardant mademoiselle Lucette, il est permis de tout oublier : elle vous ressemble beaucoup.
MATHURINE
Ab! monsieur Duval, vous lui volez cette douceur-là. Pour ne plus vous obliger à mentir, parlons d'autre cbose. Où est ce titre avec lequel je pourrais réclamer les biens de famille d'Arlequin.
DUVAL
Le voici, madame. (Elle veulle prendre, Duval s'y oppose.)
Mais je ne peux vous le laisser qu'autant que vous en ferez usage, et que mon oncle sera chargé du procès. Telle est sa volonté, que je n'ai pu faire changer. Si, par exemi)le, vous veniez à marier mademoiselle votre fîUe, et que vous fussiez ])ien aise d'augmenter sa dot en lui abandonnant ce titre, alors mon oncle se ferait im plaisir de vous le céder.
MATHURINE
On ne peut pas être plus obhgcanl. ^fais, monsieur Duval, ce litre est i)crsonnel à moi; c'est à
moi seule qu'il appartient : il ne pourrait servir à ma fille que clans le cas où je la ferais mon héritière en la mariant.
DU VAL
Cela va sans dire : mais personne ne doute de vos intentions à ce sujet. On vous connaît trop bien, madame Mathurine, pour n'être pas sûr que vous donnerez tout à mademoiselle Lucette, que vous lui laisserez choisir l'époux qui lui plaira, et qu'enlin vous n'avez amassé vos richesses que pour avoir le plaisir de lui en faire une dot.
MATHl'RINE.
Il est certain que, sans moi, ma fille n'aurait pas grand' chose. Son père était pauvre quand je l'épousai, je fis sa fortune : plaisir bien doux, monsieur Duval, plaisir que je n'ai éprouvé qu'une fois, et qui est le plus grand, sans doute, que la richesse puisse donner!
DUVAL
Vous retrouverez ce plaisir, madame Mathurine, vous le retrouverez, quand vous direz à l'époux qu'aura choisi mademoiselle Lucette : Mon ami, tu es aimable, et ma fille faime; c'est son métier : mais tu es pauvre, et je te donne toute ma fortune; voilà le mien. En prononçant ces paroles, vous remettrez dans ses mains vos contrats, vos baux, vos bdlets, votre argent; vous jouirez de sa surprise, de sa reconnaissance. Ah! quel moment,