SCÈNE IX
LUCETTE , ARLEQUIN , en habit de dragon , avec le casque el le sal)re.
LUCETTE
Mais que vois-je? c'est Arlequm.... Oui, c'est lui.... Je ne me trompe pas. Et comment....
ARLEQUIN , se retirant.
Je vous demande pardon, mademoiselle, c'est madame votre mère que je cherchais.
LUCETTE
Arlequin, arrêtez, répondez-moi. Que \cut dire cet habit? que vous est-il arrivé? Je trend)lc de frayeur.
AULEgllX.
Ne trendjlez pas, mademoiselle, ne li'cndjiez
pas, je n'ai pas le projet de tuer monsieur Duval. Je ne veux la mort de personne que la mienne.
LUCETTE
Mais expliquez-vous donc, et tirez-moi d'inquiétude. Pourquoi cet uniforme i" vous êtes-vous engagé?
Engagé! je l'étais avec vous; c'était tout mon bonheur, c'était toute ma joie.... Vous m'avez donné mon congé; vous m'avez chassé avec ignominie; j'ai été chercher un autre capitaine, bien moins aimable, mais un peu plus sûr.
LUCETTE
Est-il possible que vous ayez l'ait cette Iblic? cAil possible?...
Mademoiselle, j'ai fait quelquefois des folies plus dangereuses, car enfin je n'ai engagé que ma ^ie à mon capitaine : ce qui peut in'arriver de pis, c'est de la perdre* et, une fois mort, on ne souffre plus. Mais quand on engage son cœur, quand on le donne, quand on le livre tout entier à celle que l'on chérit plus que soi-même, et qu'après l'avoir accepté elle le dédaigne, le déchire, le pique de cent coups d'épingle dans les endroits qu'elle connaît les plus sensibles, mademoiselle, cela fait plus de mal que de moui'ir, et cela fait mal bien plus longtemps.