SCÈNE IX
l'aîné.
Oui, mon papa : j'en ai appris une bien belle.
Je crois que tu mens, car tu rougis.
l'aîné.
Non, mon papa; et je vais vous la raconter si
vous voulez.
arlequin.
A la bonne heure. Tant que vous serez des enfants, mon métier est de vous amuser; mais quand la vieillesse m'aura rendu enfant aussi, il faudra que vous m'amusiez à votre tour. Voilà pourquoi vous devez vous y accoutmiier de bonne heure. Voyons cette histoire.
l'aîné.
Écoutez bien, mon frère. Il y avait une fois deux petits garçons, jolis, jolis comme....
Comme vous deux.
l'aîné.
Encore plus jolis que nous.
C'est un peu fort.
l'aîné.
Ces deux petits garçons avaient une bonne mère, mais ils n'avaient pas un ])on père, et ce n'était pas comme nous. (Arlequin lo baise.) La mère de ces deux petits garçons élnil très-pauvre. Un jour (pi'ils
50 LE BON MÉNAGE. -m
étaient allés rainassor du hois pour leur mèro, ils trouvèrent une vieille lenime qui était tombée dans un fossé, et qui ne pouvait pas s'en retirer. Sur le hord du fossé était ime belle poule blanche qui cloquelait, cloquetait, connue pour demander du secours pour la vieille : les deux petits garçons se jettent dans le fossé, et en retirent la bonne femme. Aussitôt la poule blanche s'en va pondre dans les chapeaux des deux petits garçons un bel œuf d'or. La vieille, qui était une fée, leur dit : Mes enfants, pour vous récompenser de ce que vous venez de faire, ma poule vous a déjà donné un œuf d'or : mais moi, je veux vous donner ma poule, à une condition cependant; c'est que celui de vous deux qui l'aura ne pouri'a pas donner de ses œufs à l'autre. L'aîné lui j'épondit : Madame, je ne veux point d'un trésor que je ne peux partager avec mon frère. Le cadet dit : Ni moi non plus, madame. 3Iais il y a manière de nous arranger : donnez la poule à ma mère ; comme cela, nous l'aurons tous
deux. Alors la bonne fée.... (I.'on entend frapper.) LE CADET.
Mon papa, on frappe.
Je vais ouvrir. Allez dans votre chambre.
(Les enfants s'en vont.)