SCÈNE XVIi
jp pardc quelque chose, (ii ure un portrait.) Voici d'a- ])ord votre portrait : il n'a pas changé comme vous, il est toujours joli : il vous ressemhlait encore ce matin; mais il ne vous ressemble plus. Le voilà,
madame. (Illepose sur une table, et tire un papier plié.) Voici
le premier billet que vous m'avez écrit, que Scapin me vola, et que j'eus le bonheur de rattraper. Le voilà, madame, je vous le rends; je n'aime pas à vivre avec les menteurs, (ii tire un bouquet flétri.) Voici encore un vieux bouquet de violettes que je vous donnai le premier jour où je vous lis ma déclaration. Après l'avoir porté toute la journée, vous le jetâtes le soir; j'allai le ramasser.... Tenez, il sent encore bon.... Je n'aurais jamais cru que ces violettes-là dureraient i)lus que votre amour. Les voilà, madame, (iiiui montre le sac.) Il n'y a plus rien; regardez. Ce petit sac, qui avait été des années à se remplir, s'est vidé dans une minute. J'ai tout rendu. Ah! j'oubliais ce qui doit vous être le plus cher.... la lettres de M. Lelio, et jiuis encore un contrat que M"'= Rosalba vient de me donner; cai' c'est sûrement pour vous, ce contrat-là.
ARGENTINE
Non, il est à vous.
A moi! Qu'est-ce que cela veut dire?
ARGENTINE
Je vais vous l'expliquer, quoique ce ne soit |kis
lo moment, i\I"'' Rosal])a a voulu ino donner ce matin quinze mille francs, je lui ai demandé que ce don fut pour yous seul : c'est le contrat que vous tenez.
ARLEQUIN, jetant le contrat.
Je n'en veux point. Avez-vous imaginé que je recevrais d'une main les lettres de M. Lelio, et de l'autre des présents pour me consoler ? Avez-vous cru me dédommager, avec de l'argent, de votre cœur que vous m'avez ôté? Non, madame, non; personne n'est assez riche pour me payer ce que vous m'avez volé.
ARGENTINE
Mon cœur est toujours à vous; il n'a pas cessé | d'être à vous. Je ne peux pas en dire davantage ; mais vous devriez me deviner.
Vous deviner! cela était bon quand nous nous ' aimions : ce n'est que dans ce temps -là qu'on se devine.
ARGENTINE
Voulez-vous m'écouter un seul moment?
Oh! parlez; votre ami, M. Lelio, s'est donné la peine d'écrire ma réponse à tout ce que vous direz.
ARGENTINE
Une femme assez malheureuse pour tromper son mari n'en vient pas nu dernier crime sans lui avoir