SCENE I
CLÉANTE, NÉRINE
NÉIUXE.
Je ne vous comprends pas, monsieur Cléanle, quand toute la maison est dans la joie , quand nous sommes tous occupés de la fête que M. Arlequin, notre maître, donne à sa fdle, mademoiselle Nisida, vous que votre esprit et vos talents peuvent si bien servir dans cette occasion, vous paraissez plus triste que jamais.
CLÉANTE
J'ai sujet de l'être, ma chère Nérine; je viens de recevoir des nouvelles Irès-affligeantes.
NÉRINE
De qui?
CLÉANTE
De mon régiment.
NÉRINE
Mais contez-moi donc tout cela. Ne suis-je plus votre confidente? Avez-vous oublié que c'est moi seule qui vous ai fait entrer dans cette maison? que sans moi vous n'auriez jamais pu parler à mademoiselle Nisida? Ce n'est pas pour vous reprocher mes ])icnfaits que je vous les rappelle; mais, puisque je n'ai rien négligé pour ^otre bonheur, j'ai le droit de partager vos peines.
CLÉANTE
.l'ai toujours présent à ma mémoire tout ce que fu fis pour moi. Sans ton amitié, sans ton adresse, je n'aurais pas revu Nisida depuis le jour où, pour la première fois, je l'aperçus à la promenade. Ce seul moment lui livra mon cœui". Tous mes efforts, toutes mes tentatives pour m'introduire ici furent , inutiles : toi seule eus pitié de moi; tu daignas \ protéger cet amour si tendre, si pur, qui ne finira qu'avec mes jours ; tu fus la première à me travestir et à me présenter pour secrétaire à ton maître, monsieur Arlequin. Depuis six mois , je jouis du bonheur inexprimable de vivre, de respirer auprès de celle que j'adore, de la voir tous les jours, de lui parler quelquefois. Elle ne se doute pas que je l'aime et que je suis digne de l'aimer. N'importe, J'étais heureux, je bénissais mon sort; une lettre que je reçois de mon colonel vient de détruire cette illusion.