‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 48 sur 133 · SCÈNE I. 7o · texte numérisé non relu

SCÈNE I. 7o

NÉRINE

Que VOUS écrit ce colonel?

CLÉÂNTE.

Tu sais que de})uis Irois mois j'ai reçu l'ordre do retourner au régiment; je n'ai pu m'y résoudre; et mon colonel, qui s'intéresse véritablement à moi, a découvert, je ne sais comment, que j'étais dans la maison de M. Arlequin sur le pied d'un secrétaire, d'un domestique, tranchons le mot, et que j'oubliais tous mes devoirs pour un fol amour (fui ne peut être heureux. Il vient de m'ccrire, avec toide la sévérité d'un chef et toute la vivacité d'un ami, que, si je n'ai pas rejoint dans huit jours, il fera nommer à ma compagnie.

NÉRINE

Hé bien , qu'il y nomme. Votre compagnie la plus chère, c'est nous; et votre premier colonel, c'est mademoiselle Nisida. Je ne m'y connais pas, juoi, mais U me seiiihl(> (pi'il vaut bien autant élrcî le mari d'une demoiselle jeune, charmante, riclie, aimable, que d'être capitaine de cavalerie.

CLÉANTE

Tu parles toujours de mariage, Nérine; et tu ne veux pas comprendre (pi'il est pres([ue inq)ossibl(^ que j'épouse mademoiselle Nisida.

NÉRINE

La raison, s'il vous plail'i' On épouse tout le monde, excepté sa sœur.

CLÉANTE

Je te l'ai dit cent fois. Nisida est jeune, belle, aimable, fille unique d'un père très-riche; et moi, militaire obscur, sans fortune, presque sans nom (car le sort qui m'a poursuivi dès le berceau me défend d'oser porter le nom de mon père); moi, destiné à vieillir dans un régiment, ou à trouvei' la mort à la guerre, j'ose aimer Nisida, je me travestis, je me dégrade, je vais perdre pour elle le seul Ijicn que je possède , le seul qui me fait vivre, mon état ; et quand il ne me restera plus rien dans le monde que mon amour, comment oser le déclarer à celle qui pourrait croire que c'est sa fortune que j'aime.

NÉRINE

J'approuve cette délicatesse , sans voir les choses comme vous les voyez. Mademoiselle Nisida est assurément tout ce que vous avez dit; mais vous, monsieur Cléante , vous n'êtes pas si fort au-dessous d'elle. D'abord , pour les qualités et les agréments, sans vous flatter, vous vous ressemblez beaucoup. Je sais que ce petit article, qui fait tout dans le mariage, est compté pour rien dans le contrat ; mais monsieur Arlequin , le père de mademoiselle Nisida, convient lui-même qu'il n'est qu'un simple Jjourgeois d'une petite ville d'Italie S

1. C'est de Bergame que la famille des Arlequin est originaire. Voici comment Florian raconte l'origine de ce personnage : « Un

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