SCÈNE IX
la veille, et je ne ferai les réponses que sous ta dictée.
NISIDA
Mais pourquoi vous occuper de m'établir? Je suis si heureuse avec vous! Je n'ai pas un désir, je ne forme pas un souhait que vous ne l'accomplissiez. Laissez-moi dans cette douce position : je ne connais pas le bonheur d'une fenune, et celid de la plus heureuse des fdles me sufiit. Oiù, quand bien même, ce qui est impossible, vous me donneriez un époux qui vaudrait mon père, je serais fâchée de partager mon cœur ; je ne veux aimer que vous , je ne veux rien devoir qu'à vous.
Ma chère enfant, tu n'as pas besoin de m'attendrir pour faire de moi tout ce que tu voudras. D'abord, mariée ou non mariée, tu ne me quitteras jamais; j'en mourrais tout de suite, et je veux vivre encore quelques années, si cela se peut. Quant à ta répugnance pour prendre un époux, tu conviendrais peut-être qu'il est nécessaire de la surmonter, si tu savais l'iiisloire de ma fortune. Écoute-la d'a])oi-d, ensuite nous raisonnerons ensemble comme deux bons amis qui n'ont qu'un même intérêt. Je conseillerai, et lu décideras.
NISIDA
Ah! mon père.... Je vous écoute, (iis s'asseyent.)
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3Ia chère amie, j'ai toujours (Hé un honnête homme; mais je n'ai pas toujours été de ceux que l'on appelle les honnêtes gens ; car les gens riches sont convenus de s'appeler ainsi exclusivement. J'étais pauvre, moi, et j'hahitais avec ta mère la petite ville de Bergame. Tu n'étais pas encore née, lorsqu'un seigneur français, le comte de Valcourt, vint s'étahlir dans notre ville, et acheta la maison où nous avions un appartement : il nous le conserva. Il me fit anntié; je le lui rendis du meilleur de mon cœur : au bout de six mois, il ne pouvait plus se passer de moi. Ce comte de Valcourt était un fort bon homme, mais il avait épousé secrètement en France une fort mauvaise femme qui se conduisait très-mal. Un beau matin , le comte s'en alla, en laissant à cette femme la moitié de sa fortune pom' elle et pour un fils de six mois qu'elle avait, et dont le comte n'a jamais voulu entendre parler. J'ai demeuré douze ans avec ce monsieur de Valcourt dans la plus tendre intimité; il y en a onze qu'il est mort, et qu'il m'a fait héritier de tout le bien qu'il avait apporté en Italie.
NISIDA
Je n'en suis pas étonnée.
Tant que j'avais été pauvre, j'avais été heureux;