SCÈNE I
>ilùt que je fus riche, les chagrins vinrent : je piTths ta pauvre mère et tes deux frères. Tout cela lue lit prendre mon pays en aversion : je réalisai mon bien, et je vins m'établir à Paris avec toi, qui n'avais pas alors plus de six ans. Je plaçai bien mon arpent; mes fonds sont à peu près doidilés depuis dix ans : de sorte, ma chère fille, que j'ai, ou, pour mieux dire, tu as soixante mille livres de I ente qui ne doivent rien à personne. Cela est fort joli. Mais si je venais à mourir, tu te trouverais seule, étrangère, sans finnille, sans appui, dans la ville la plus dangereuse du monde, et dans un à^e où la plus légère étourderie ferait le maliieui" du reste de tes jours. Voilà pourquoi, ma chère lille, je voudrais te voir mariée à un homme estimable, considéré, comme le marquis d'Yrville, qui ne sera occupé que de te rendre heureuse, et remplacera du moins ton pauvre père, qui se fait déjà liien vieux. Voilà mes raisons, ma chère amie; et, si tu n'as pas de répugnance [)()ur le mar([uis, je te demande connue une grâce d'assurer ton bonheur après moi.... Tu pleures! lu ne me réponds pas!
NISIDA
Ah! mon père, je ferai ce que vous voudi'ez : mais si vous ])ouviez iii'e dans mon cu'ur, si j'avais la force de vous (hre....
ARLEOriN.
Ouoi, ma fille, as-tu quelcpie secret poui- moi?
Cela ne serait pas juste ; je n'en ens jamais pour ma Nisida.
NISIDA
Jamais, jamais : je le sais bien; mais....
Est-ce ma qualité de père qui te tait peur? Oh! tu peux en sûreté me confier ce que tu voudras, je te réponds que ton père n'en saura rien.
NISIDA
Non, je ferai mon devoir; j'en aurai la force; moins vous ordonnez, plus je veux obéir. Mais j'ai deux grâces à vous demander, elles sont importantes, elles sont nécessaires au repos de ma vie : c'est de différer ce mariage et de me mettre au couvent.
Au couvent! (Ils se lèvent.)
NISIDA
Oui, mon père, j'en ai besoin; j'ai besoin de solitude et de réflexion.
Tu n'y penses pas, Nisida; toi au couvent! cela est bon pour les filles que leurs pères n'ont pas le temps d'aimer. Eh! que deviendrais-je quand je ne te verrais plus? Ma chère enfant, d'où peut te venir une résolution si cruelle pour moi? Ton cœur s'est-il donné? Aimes-tu quelqu'un?
NISIDA , se cachant le visage.
Oui.... mon père.