SEIZIEME SIECLE
les à la livre et celui des arquebuses de 16 à 20 balles. Le poids du mousquet y compris la fourche était de 16 livres et celui de l'arquebuse de 10 livres.
1600. Dénominations des diverses armes à feu (grandes et petites) et leur classement approximatif d'après Tusage de cette époque.
DÉNOMINATIOK AKCIEimE :
Artillerie.
DENOMINATION NOUVELLE
ArtUlerie.
Grosses bouches à feu. Pièces principales. Perce-murs,
Bombarde. Canon à pierres. Tuyau de Basilic. Dragon. Dragon volant. Passetonnerre. Woglaire. mur. Couleuvrine. Serpentin. Bâtarde.
Pièces de campagne.
Pierrier.
Canons de campagne.
Aspic. Pessandeau. Sacre. Pélican. Demi- Couleuvrine. Obusier.
Pièces de rempart et petites pièces de campagne. Terrassier.
Double-arquebuse. Fauconneau. Faucon.
Demi-Fauconneau. Ribaudequin, Éraerillon.
Machines infamcdes.
Pot à feu. Coupe à feu.
Mortiers.
Mitrailleuses. Canon à orgue. Grêleuse.
Mortier.
Armes à feu portatives.
Bombardelle. Haquebute. Pétrinats.
Escopette.
Arquebuse. Demi-arquebuse. Mousquet.
Mousquet de chasse. Pistolet. Mousqueton.
Ces dénominations s'appliquent seulement aux différentes espèces de bouches à feu et il ne faut pas les confondre avec les noms spéciaux qu'on donnait souvent à chaque pièce en particulier et qui étaient fréquemment couvertes d'inscriptions poétiques de tous genres.
Les détails suivants ont rapport au mode de chargement par la culasse des bouches à feu.
Daniel Speckle, de Strasbourg, dit entre autres dans son traité de 1589 : < Quelques-uns veulent employer des chambres séparées pour le chargement des canons, car on peut ainsi tirer plus vite en chargeant à l'avance quelques chambres qui sont ensuite fermées par-dessus et dont le canal de lumière est bouché avec de la cire ou du suif; quand on veut tirer, on introduit dans l'âme de la pièce, d'abord le projectile et ensuite la chambre qu'on assujettit au moyen de coins, puis on fait feu. A cela, je réponds que ce procédé demande en effet moins de temps, mais il occasionne aussi une grande déperdition de gaz et, de plus, il est dangereux et peu sûr de tirer de cette manière. Ce mode de chargement n'est avantageux que dans les vaisseaux ou pour repousser un assaut, surtout si on emploie la mitraille. Pour des pièces de gros calibre le chargement est dangereux. >
Les < Sources de l'histoire des armes à feu du musée germanique > donnent la description avec dessins de sept de ces canons à vitesse, datant de 1594, et s'expriment ainsi à leur sujet :
< Les trois premières sont des pièces de bronze montées sur affût ordinaire à deux roues; les n*" 4, 6 et 7 sont en fer, élevées au-dessus de l'affût sur un support qui permet de les tourner horizontalement.
Le n'* 5 est monté sur une espèce de chevalet.
Les fermetures sont différentes; un détail qui mérite d'être relevé, c'est que ces pièces, aussi bien celles de bronze que celles de fer, sont < rayées > et qu'elles tirent des projectiles oblongs, munis de tenons. Un petit canon semblable, en fer, de la même époque, se trouve au musée national bavarois à Munich ; il a une torsion de rayures presque aussi forte que celle des canons modernes de Whitworth. >
La fermeture du canon n'* 5 a lieu au moyen d'un obturateur à ailettes, système qui a été appliqué aux armes à feu portatives ces derniers temps et spécialement par ' Terry, Vetterli et autres.
1601. C'est à la fin du XVI"* ou au commencement du XVII""' siècle qu'appartient une arme actuellement dans la collection particulière de M. Pickert, à Nuremberg, et qui est désignée sous le nom de < manivelle (Drehling) allemande. > C'est un fusilrevolveriœurt, avec platine à mèche, semblable à celui qui est déjà mentionné sous la date dôa584; mais il offre probablement plus de sûreté par la coïncidence du cylindre avec l'aîne du canon.
ANCIENNE MANIVELLE (DREHLING) ALLEMANDE (fusil-revolver).
PI. e, fig. 34.
Le nom de Revolver est une expression anglaise qui reparaît plus tard en Amérique et qui a remplacé aujourd'hui dansla langue allemande le mot de < Drehling> (manivelle). On donne ordinairement le nom de < Revolver > à un pistolet à plusieurs coups avec cylindre tournant, tandis que les armes longues, de même construction, sont appelées fusil ou carabine-revolver, etc.
1605. Un grand tir de société à l'arquebuse et au mousquet a lieu à Bâle (2-17 juin).
Outre les Confédérés, on y invite aussi les tireurs d'Autriche, du Wurtemberg, du Margrave de Bade et des villes libres de Tempire. Le premier prix était de 300 florins pour le mousquet et de 133 florms pour l'arquebuse.
1607. Les pistolets à deux coups sont en usage dans la cavalerie allemande.
1613. L'usage du mousquet devient obligatoire en Suisse pour les exercices de tir, et les armes à feu d'ancienne construction sont abolies.
Les accessoires de tir assez variés dont le mousquetaire avait besoin n'étaient pas réunis dans une seule giberne.
La poudre était déjà de deux sortes : l'une, grossière, pour la charge, et l'autre, plus fine (pulvérin), pour l'amorce; la poudre à charger était renfermée dans des flacons de bois, contenant chacun une charge et suspendus à une longue bandoulière qui passait sur l'épaule; la poudre à amorcer était contenue dans une poire à poudre également suspendue, et les balles dans une poche en cuir.
Gomme les platines à mèche étaient encore en usage, le mousquetaire était aussi pourvu d'une provision de mèches.
Le mousquetaire portait en outre la fourche ou béquille, destinée à appuyer le mousquet et il devait être muni d'une épée qui était obligatoire.
Outre le port de l'épée, on tolérait, sans le prescrire, le port d'un couteau ou d'un poignard que l'homme portait sur la hanche droite. Longueur ordinaire du mousquet l-,250'; poids 7 à 7,5 kilos; calibre 19"",8; balle IS-^G; poids de la balle 42 grammes; charge normale de poudre 23 grammes; portée 300 pas.
Un mousquet coûtait 5 couronnes d'argent.
n existe, au musée dé Paris, un canon de fusil datant de cette année et qui est damajsquiné et bronzé.
Le même musée possède un mousquet datant de
1614, dont le canon est foré en forme de trèfle.
1618. Gustave-Adolphe établit des manufactures d'armes ; il ordonne de munir les pistolets de platines à rouet et les mousquetons de platines à mèche. En
1620, il arme une partie de son infanterie de mousquets à platines à rouet; il faisait grand cas des carabines légères et en portait une lui-même.
28 ASMEB A FEU.
1624. Gustave-Adolphe introduit de nouveaux mousquets dont la balle pesait 2 Va loths et dont le calibre fut conservé jusqu'en 1811.
Les platines à rouet étaient pourvues de bassinets à couvercles mobiles, s'ouvrant d'eux-mêmes lorsqu'on abaissait le chien.
Le poids de l'arme fut réduit de 15 à 10 livres et la fourche fut supprimée; calibre 18"^,35 (balle 17~°*); portée 300 pas. Cet exemple de diminuer le poids des armes'à feu portatives et de les construire avec plus de soins fut bientôt suivi par la France, l'Allemagne et l'Angleterre, qui, peu à peu, mirent également de côté les armes défensives pour augmenter la mobilité des troupes.
Les points suivants donnent quelques indications sur la rapidité du tir des mousquets '
Les mousquetaires suédois tirent à Kinzingen (1636) avec une rapidité remarquable; les plus lents tirent sept coups en huit heures.
Puis, en 1638, à la bataille de Wittenmergen, qui dura de midi à 8 heures du soir, les mousquetaires du duc de Weimar tirèrent sept fois pendant toute la durée de l'action.
Le mousquet était déjà par lui-même une arme qui demandait pour la charger une manipulation lente et compliquée, mais la difficulté de tirer rapidement était encore augmentée par une série d'inutiles mouvements, qu'il était sévèrement défendu d'éluder; aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce qu'en résumé les résultats qu'on obtenait aient pu paraître satisfaisants.
Mais, comme effet produit, il ne pouvait cependant pas en être ainsi ; car, à la bataille de Nordlingen (1645), l'artillerie avait déjà fait feu trois fois et avait chargé la quatrième salve avant que les mousquetaires aient commencé de tirer ; les mousquets se chargeaient en 12 temps.
A l'invention de la platine à rouet succéda celle de la platine à percamiion (clieiiapaii), qui fut la transition entre le rouet et la batterie ou platme à silex.
PLATINE A PERCUSSION (CHENAPAN), espagnole.
Construction intérieure^ pi. 8, fig. 40.
Construction extérieure, pi. 8, fig. 41 .
Lorsqu'on arme le chien A, le grand ressort B se tend et le pied du chien rencontre deux crans sur le côté extérieur du corps de platine : le premier, C, relié par une charnière à la gâchette D, sert de cran de repos; le second — un prolongement du ressort de gâchette E — sert de cran de départ.
Le couvercle à angle du bassinet F s'ouvre et se ferme rapidement au moyen du ressort du couvercle G.
Une pression exercée sur la détente se communique à la gâchette et a pour eflfet de retirer les crans d'arrêt et de départ, ce qui permet au chien, pressé par son ressort, de s'abattre vivement. Le choc du chien contre le couvercle fait culbuter celui-ci
en même temps que, par la friction du silex contre la surface aciérée du couvercle, se dégagent des étincelles qui mettent le feu à Tamorce.
Cette platine a sur la platine à rouet des avantages incontestables, sa fonction est plus sûre, elle s'arme plus facilement, plus vite et sans le secours d'aucun instrument.
Les uns attribuent l'invention delà platine à percussion aux Espagnols, d'autres aux Hollandais. J. Schœn cite une platine à percussion hollandaise de 1598, oîi le couvercle du bassinet est encore à glissoire, comme dans le rouet, tandis que le grand ressort est placé à l'intérieur de la platine. On prétend que le nom de chenapan donné à cette platine se rattache au fait que des troupes hollandaises, dont les mousquets furent les premiers munis de cette platine, avaient reçu le surnom de chenapans (voleurs de volaille), mais les Italiens réclament aussi la paternité de cette invention en alléguant que fueile signifie briquet, et que c'est au mot defucUe qu'a été emprunté celui — français — de fusil. Quoi qu'il en soit, il est très-probable que le couvre-amorce de la platine à rouet a donné la première idée de la platine dite chenapan ; le couvre-amorce fut transformé en couvercle mobile dans le but de produire des étincelles au moyen de la friction de la pierre sur le couvercle, et il est très-possible que cette idée ait été conçue sur plusieurs points presque simultanément.
La platine à rouet était très en vogue, mais n'avait cependant pas été adoptée partout ; à la platine chenapan succéda bientôt la platine à batterie ou à silex, dont il existait déjà en France en
1635 un spécimen construit d'après le système de la platine chenapan et qui fut perfectionné jusqu'en
1640 de la manière suivante :
PLATINE A BATTERIE OU A SILEX, française.
Construction extérieure, pi. 8, fig. 42.
Construction intérieure, pi. 8, fig. 43.
A noix, B chien, C grand ressort, D ressort de gâchette, E gâchette, F tiroir de couvercle, G couvercle de bassinet, H ressort du couvercle.
On donna le nom de fusils aux armes munies de cette platine (en allemand FUnte, de < Flinz, > pierre à feu). Toutefois, on supprima déjà en 1648 les pièces F, G et H, et on perfectionna la platine tout en la simplifiant ; la plupart des pièces furent placées à l'intérieur du corps de platine pour les préserver de toute malpropreté.
On fabrique à Bayonne des bayonnettes pour les troupes à pied françaises, afin de pouvoir se servir du fusil comme arme blanche.
BAÏONNETTE FRANÇAISE, mod. 1640.
PI. Il, fig. 58.
Lame triangulaire à manche de bois pour planter au bout du fusil. En Espagne, on introduit ime bayonnette en forme de poignard.
BAÏONNETTE ESPAGNOLE (en forme de poignard).
PL It, fig. 66.
A double tranchant, avec poignée en bois, pour planter dans la bouche du fusil et munie d'une garde; elle devait aussi pouvoir servir d'arme de main (poignard). Celle que représente le dessin porte sur un des côtés l'inscription : « ko me saches sin rason > (ne me tire pas sans raison), et sur l'autre côté : < no me emdainez sin hokob > (ne me rengaine pas sans honneur).
On reconnut bientôt l'inconvénient de planter la bayonnette dans le canon, et l'on adopta bientôt en France une autre construction :