DÉCORATION D€S ARMES ANTIQUES
La cuirasse grecque n'offrait souvent pour toule décoration que des cannelures saillantes au bas du corselet. D'autres fois, Ja décoration consistait en de larges rinceaux aux traits déliés. D'autres fois encore, le plastron est divisé par des bandeshorizontales,en plusieurs champs, que couvrent des rinceaux et des volutes en relief. Le champ supérieur est en ce cas occupé le plus souvent par une tête de Méduse.
11 semble que la cuirasse et le bouclier étaient les pièces les moins décorées de l'équipement grec, et le casque et les cnémides les plus décorées. On a, en assez grand nombre, des spécimens remarquables de cnémides. Elles sont souvent divisées en plusieurs bandeaux, en retraite les uns sur les autres, ce qui
donne à la pièce une courbure générale d'un effet très-heureux. Des figures d'hommes, d'animaux et des cornes d'abondance, d'un assez haut relief, décorent chacun de ces bandeaux.
La décoration du casque consistait généralement en des figures d'hommes ou d'animaux, en ronde bosse pour le cimier, en très-haut relief pour les côtés du timbre.
Le bouclier n'avait, ce semble, le plus souvent, que des figures ou des ornements peints. Une course circulaire de feuillage, soit laurier, soit olivier; des cercles tracés par des têtes de clous; un trépied, une couleuvre rampante ou une tète de Méduse, telles sont les figures décoratives qui, les unes pour la bordure du bouclier, les autres pour le centre, se présentent le plus ordinairement. (Fot/.Hopeet Willemin, passim.)
Cependant, il faut tenir compte de ce fait, que les poètes grecs nous ont transmis des descriptions de boucliers d'une ornementation beaucoup plus savante et plus compliquée. Le lecteur a vu plus haut celle du bouclier d'Achille. En supposant que les monuments nous offrent ce qu'il y avait de plus usuel ,
Fig. 16. — Guerrier grec.
et les poètes ce qui était exceptionnel et rare par sa magnificence, on peut concilier les deux dépositions. J'incline à penser néanmoins qu'il ne faut pas assimiler à cet égard l'antiquité à la Renaissance , qui nous a laissé une multitude de boucliers d'une ornementation superbe et recherchée ; le goût des armes luxueuses était alors bien autrement répandu, et les arts bien autrement avancés.
L'épée grecque, outre sa forme heureuse, qui est déjà une décoration, présente sur sa lame des filets dessinant des chevrons allongés (voir p. 40). Déplus, la poignée reçoit la lame entre deux bandes aplaties, découpées en demi-cercles, où la lame est maintenue par une rangée de gros clous à tête ronde, dont l'effet simple ne manque pas d'élégance. Le fourreau était carré, soutenu par des bandes de métal aux quatre angles, et en bas par une bouterolle dont la ligne terminale en demi-cercle débordait sur l'épaisseur du fourreau. Une course de rinceaux, dessinée sans doute par des incrustations métalliques, occupait le vide entre les bandes angulaires.
Les fers de javelot présentent des lignes correctes qui les dispensent de toute autre décoration. Les ailes en sont arrondies, et te douille prolongée par un filet rond et saillant, d'où résulte un aspect très-élégant (voir p. 40). Cette forme, du reste, s'est perpétuée à travers l'antiquité romaine jusqu'au
temps de la barbarie (Voy. Musée d'artillerie, salle des antiquités grecques et étrusques).
Le thorax, chez les Romains, est toujours ornementé d'après un système assez simple : ce sont généralement deux animaux ou deux figures placées symétriquement au bas du buste, qui forment l'élément principal delà décoration. Des feuillages, des figures géométriques, des objets empruntés au culte, tels qu'un autel, un brasier, viennent s'y ajouter, mais il reste toujours une assez large place nue et sans ornement; c'est là ce qui permettrait de distinguer à première vue les œuvres de l'antiquité romaine de celles de la Renaissance, qui se plaisait à couvrir entièrement la matière d'une surabondance de détails.
Au contraire de ce qui était chez les Grecs, le casque est chez les Romains la pièce la moins décorée de l'armure. Nous avons vu combien était simple et nu le casque du légionnaire. 11 serait difficile, au reste, de trouver dans les représentations des empereurs ou des héros un grand nombre de casques remarquables, par la raison péremptoire qu'on représente presque toujours ces héros et ces empereurs tête nue.
Il est cependant un corps dont les soldats portent toujours dans les monuments un casque très-orné. Ce corps est celui des prétoriens. Le bas-relief qu'on voit au musée du Louvre, encastré dans le piédestal
de la Melpomène, nous offre un de ces soldats. Son casque est décoré d'une couronne de laurier en haut-relief, contournant le timbre qui est nu d'ailleurs. Les parties les plus décorées sont la visière où sont ciselées des armes de toute espèce en amas, et la jugulaire qui porte des foudres ciselées ou repoussées.
Nous avons dit que le bouclier du légionnaire était peint; celui du cavalier, qui était en cuir bouilli, ne se prêtait pas à un autre genre de décoration. Les chefs militaires n'avaient pas de bouclier généralement. Cela explique pourquoi on trouve peu de boucliers romains richement décorés. Les prétoriens, en revanche, se présentent, presque toujours, dans les monuments, avec des boucliers ciselés.
L'épée romaine porte souvent, au pommeau ou atîx deux extrémités de ses quillons massifs et carrés, soit une tète de lion, soit un bec d'aigle.
Il faut dire ici quelques mots d'une arme défensive, dont Tuseige paraît s'être perdu de bonne hetire, en tant que véritable arme de guerre, mais qui a persisté dans la sculpture, comme attribut de la déesse Minerve ; on voit que je vetix parler de l'égide i Quand elle est figurée sur les statues de cette déesse comme cuirasse, c'est que l'artiste a perdu le senà et l'idée première de cette pièce. Sa vraie forme est celle d'une large épaulière de peau posée Sur l'épaule gauche. On sait; eti effet} que l'égide fut
faite avec la peau de la chèvre Amalthée, donnée par Jupiter à Minerve; en conséquence, dans les sculptures où l'artiste s'est montré fidèle à la tradition, Minerve, en sus de sa cuirasse, porte l'égide dans la position et avec l'aspect que nous venons de dire ; elle tient lieu alors de bouclier. Nous ne nous occuperions pas de cette pièce singulière si elle n'était qu'une invention mythologique, mais il est plus que probable que c'est un souvenir d'une arme très-ancienne, et peut-être de la première forme du bouclier. Quoi de plus naturel, en effet, qu'on *ait commencé, chez certains peuples, par se mettre à l'épaule gauche et s'enrouler autour du bras, une pièce d'étoffe forte ou de peau, pour se procurer la défense, que plus tard on songera à obtenir au moyen d'une ou de deux planches de bois?
Ce qui semble confirmer cette supposition, c'est que l'égide, dans les temps postérieurs, n'est pas restée l'attribut exclusif de Minerve. Des camées, des pierres antiques montrent qu'elle a été portée par les rois successeurs d'Alexandre, et plus tard encore, à l'imitation de ceux-ci, par des empereurs ou des héros romains, non qu'ils s'en soient servis réellement à la guerre, mais ils la conservaient sang doute parmi les pièces de leur costume d'apparat, en souvenir, je le répète, d'un antique équipement passé à l'état de tradition. Je citerai , comme
exemple du fait, un busle d'Alexandre (Fot/.Montfaucon, t. IV, pi. 19) et un Germanicus déifié, camée qui appartient à la Bibliothèque impériale (Voy- Chirac, pi. 1054).