‹ Les armes et armuresChapitre 13 sur 20 · LES FRANKS DE CLOVIS · texte numérisé non relu

LES FRANKS DE CLOVIS

LesFranks, ceux des vainqueurs de Rome, qui ont laissé le nom le plus grand, et qui, d'ailleurs, nous intéressent doublement, nous autres Français, parce qu'ils nous ont légué leur nom et parce qu'ils ont versé quelques gouttes de leur sang germain dans* notre fond de sang gaulois, les Franks nous sont aussi mieux connus que les autres peuples barbares, tels que : Huns, Hérules, Gépides, Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, etc. Nous ne parlerons pas de ceux-ci, parce que nous n'en pourrions parler qu'en des termes généraux et vagues; et qu'en fait d'armes, il n'y a que le détail précis, particulier, qui ait de l'intérêt et de la valeur; nous nous contenterons, en conséquence, des Franks.

L'armement des Franks est simple, et tout à fait en rapport avec l'état de barbarie où ils étaient quand ils conquirent la Gaule. D'abord nous ne trouvons chez eux pour toute arme défensive que le bouclier; ni cuirasse, ni cotte de maille, pas même de casque. Ils allaient à la guerre tête nue,

le corps couvert d'un vêtement de toile, d'une courte tunique serrée au corps. Tacite dit bien qu'on en voyait quelquefois avec des cuirasses à la romaine; mais c'est là évidemment un accident. Des Franks ont pu se parer des dépouilles d'un Romain, tué sur le champ de bataille, ou volé ailleurs; mais il n'y a pas lieu de tenir compte de ces exceptions.

Donc pas de cuirasse, ni de casque , rien qu'un bouclier, rond ou ovale, en bois, garni à son milieu d'un umbo ou umbilic, espèce de calotte profonde en fer qui par devant fait une forte saillie et qui par derrière fait naturellement un creux. Sur ce creux

Fig. 17. — Bouclier frank.

Fig. 18. — Dmbo.

passe une lame de fer, dont les bords sont un peu repliés. Cette lame, clouée des deux côtés sur le bois du bouclier, servait tout à la fois à soutenir les ais, sur lesquels elle se prolongeait presque jusqu'à l'orbe en se divisant en trois branches, et à prendre le bouclier avec la main. C'est donc en même temps un manipule et une armature. La figure ci-dessus donne mieux une idée de l'umbo que ne pourrait faire une description. On comprend en la voyant que les premiers umbos découverts dans les tombeaux franks aient pu être pris pour des casques.

Les armes défensives sont : 1° la francisque. Cette arme, de l'usage le plus général parmi les Franks, et qui a dû à cela, sans doute, d'être appelée de leur nom, était une hache. Ils s'en servaient à l'occasion, certainement, comme on se sert habituellement d'une hache, pour frapper, mais leur manière à eux particulière de s'en servir, c'était de la lancer soit à la tête de l'ennemi, soit contre le bouclier, qu'elle fracassait. Les historiens ont noté l'extraordinaire habileté qu'ils montraient presque tous dans cet exercice. Il était rare, disent-ils, que la hache dun Frank manquât son but.

La francisque avait des formes diverses. On en trouve qui ont un fer étroit, allongé, légèrement courbé à l'extérieur , très-échancré à l'intérieur ; d'autres petites, allongées aussi, peu ou point échan-

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crées. Un troisième modèle présente, d'un côté du manche, un fer comme ceux dont nous venons de parler, de l'autre une sorte de ciseau, comme la tie avec laquelle on dole le bois ; c'est à peu près la bisaiguë actuelle, qu'on voit aux mains des charpentiers.

2° La lance ou framée. Le fer de cette arme avait aussi des formes diverses. Les fouilles en ont donné de longs, de courts, de triangulaires, de longs et aplatis comme des feuilles de saule, d'autres en losange, d'autres barbelés. Quelques-uns présentent à leur base des crochets ; mais toujours le fer fait corps avec une douille. Le manche de la lance entrait dans cette douille, percée de deux trous opposés, et dans ces trous on faisait passer un rivet, qui maintenait le manche, généralement en bois de chêne.

Ce que j'ai dit de la diversité des fers de lance peut s'appliquer aux fers des flèches, ou plutôt des javelots, car elles se lançaient avec la main, ce qui est le propre des javelots. Est-ce dans la lance munie de crochets ou dans la flèche barbelée qu'il faut reconnaître le fameux angon frank, dont Agathias a décrit avec soin le maniement et les effets? On ne sait et c'est encore un sujet de discussion. Quoi qu'il en soit, voici le passage d'Àgathias :

« Les armes des Franks sont fort grossières.

Ils n'ont ni cuirasse, ni botter Peu ont des cas-

ques... Ils n'ont guère de cavalerie, mais ils se ba lient à pied avec beaucoup d'adresse et de disci-

Fig. 19. — Armes des Franks.

pline. Ils ont l'épée le long de la cuisse, et le bouclier sur le côté gauche. Ils ne se servent ni d'arc, ni de fronde, ni de flèches, mais de haches à deux

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tranchants, et de javelots. Ces javelots ne sont ni fort longs, ni fort courts. On peut s'en servir contre l'ennemi en les tenant à la main, ou en les lançant. Ils sont tout couverts de fer, excepté la poignée. Au haut, en approchant de la pointe, il y a deux fers recourbés, un de chaque côté. Dans le combat ils jettent ce javelot contre l'ennemi, et il s'engage tellement dans la chair par ces deux petits crocs qu'il a aux deux côtés de sa pointe, qu'il est difficile de l'en tirer ; ce qui cause de grandes douleurs, et peu réchappent de ces blessures, quand même elles ne seroient pas d'abord mortelles. Si l'ennemi pare le coup, et que le javelot donne dans le bouclier, il y demeure embarrassé et suspendu par ces mêmes crocs ; et comme il est assez long et fort pesant, son poids le fait traîner jusqu'à terre : il ne peut être arraché du bouclier ni coupé avec le sabre, parce qu'il est couvert de fer. Au moment de cet embarras, le Frank qui a jeté le javelot s'avance en sautant, met le pied sur le bout du javelot qui touche à terre; et appuyant dessus, oblige l'ennemi malgré qu'il en ait, à pencher son bouclier, et à se découvrir. C'est alors qu'avec la hache ou avec un autre javelot, ou avec Tépée dont il frappe au visage ou à la gorge, il le tue. »

5° Le sabre ou scramasax n'était, à proprement parler, qu'un grand couteau long de m ,50 au plus, ayant m ,05 dans sa plus grande largeur, et

pesant 2 livres environ. L'arme était car axée, c'està-dire creusée de deux sillons sur chaque face près du tlos, dans lesquels on mettait du poison. C'est avec cette arme meurtrière que Frédégonde faisait, ou plutôt faisait faire les bons coups qui lui ont valu sa célébrité. Quand elle voulut se défaire de Prétextât, évéque de Rouen, « cette reine, dit Grégoire de Tours, fit faire, à cette intention, deux couteaux de fer, et ordonna de les caraxer profondément et de les injecter de poison, afin que si le coup ne tranchait pas la fibre vitale, le poison pût avec plus de rapidité ôter la vie au saint évêque. » Outre le coutelas, le Frank avait un ou plusieurs petits couteaux pendus à sa ceinture. Il est vrai que ce couteau qui ne se fermait pas, dont la lame entrait dans une gaîne, lui servait plus habituellement à des usages pacifiques, mais il n'en était pas moins pour cela une arme de combat et de voyage. Les femmes mêmes en portaient,

4° Après ces armes communes à tous les guerriers, vient l'épée, dont l'usage était, ce semble, réservé aux chefs ou aux soldats d'élite. Cette arme plus longue que le scramasax (0 m ,75 à m ,80), était plate, aiguë, tranchante des deux côtés. Elle avait un fourreau de bois ou de cuir, au lieu que le scramasax n'en avait pas probablement. La poignée de bois était souvent décorée d'incrustations

de cuivre. C'était, comme je l'ai dit, Une arme

privilégiée ; Tacite lui même l'indique « rari gla-

diis utuntur. » — 11 y en a peu qui se servent d'épée.

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