L ARTILLERIE
Le mot d'artillerie, dans sa première et véritable acception, désignait tous les engins en usage sur le champ de bataille, mais surtout dans les sièges de villes. Nous allons exposer brièvement les principales machines employées avant la découverte du canon.
Nous avons vu que les Assyriens faisaient usage pour démolir les murs d'un javelot énorme, que poussaient des soldats abrités sous une charpente. Cette machine, ou du moins son analogue, se retrouve chez les Romains, où elle porte le nom de terebra. Les catapultes, les béliers, mentionnés dans les histoires les plus anciennes de tous les peuples, se rencontrent aussi chez les Romains, et ensuite chez nous autres Français, qui gardâmes à cet égard
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les traditions romaines; nous ne laisserons pas, même en ne prenant l'histoire de ces engins qu'à
Fig. 5f5. — Bélier et javelots des Assyriens.
ces époques voisines, d'y trouver une certaine obscurité.
Le bélier, était une forte et longue poutre de bois, armée d'une tête de fer figurant plus ou moins exactement la tête d'un bélier et abritée sous une sorte d'auvent, au toit duquel elle était suspendue par des cordes. On poussait le bélier contre les murs en le balançant à force de bras. Souvent la besogne avait été entamée, et les voies préparées au bélier par la terebra (tarière) dont nous parlions tout à l'heure. Celle-ci était une pique à fer aigu et fort, placée, sur une espèce de camion, dans une rainure où elle jouait par un mécanisme, qu'on ne s'est jamais bien expliqué. (Voy. Histoire de la milice française, par le P. Daniel, t. 1 er , planche X.) Ce qu'on sait
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bien, c'est que c'étaient des hommes qui poussaient la tarière en avant, au moyen de volants et de câbles. La tarière avait pour office de briser la première pierre, et le bélier de pousser les pierres voisines dans ce premier vide de plus en plus agrandi.
La catapulte lançait des dards armés de fers ou portant à leur extrémité une composition incendiaire. Les plus grandes jetaient des javelots longs de trois coudées et plus qui, à une centaine de pas, étaient capables de percer plusieurs hommes. Ces catapultes se faisaient ordinairement avec le tronc d'un arbre grossièrement façonné, qu'on courbait à l'aide de cordes enroulées sur des volants : l'arbre rendu à lui-même, en se redressant, rencontrait le dard posé sur une espèce de poteau, et le jetait en avant.
La batiste, variété de la catapulte, était une machine qui lançait des pierres. On mettait une ou plusieurs grosses pierres dans une sorte de seau en bois, suspendu au bout d'une poutre qui, s'abattant par un mouvement de trébuchet , envoyait au loin le contenu du seau.
Au moyen âge et après l'invention de l'arbalète, on se servit, à la place des catapultes, pour lancer des dards d'une dimension extraordinaire, de grandes arbalètes, dont Tare avait une puissance proportionnée au trait. Cet arc se tendait au moyen de moufles et de cordes, c'était en somme une ar-
halète de tour. Le Musée d'artillerie, à Paris, possède deux de ces arcs de baliste, comme on disait au moyen âge : l'un est d'un bois dur et fibreux, qui a l'apparence du bois de palmier; l'autre est en acier.
L'artillerie ancienne n'aurait jamais conduit à la moderne, comme il est aisé d'en juger. L'une n'est en aucune manière la suite et le progrès de l'autre.
L'art des compositions incendiaires qui donna naissance à la poudre et partant au canon, est au moins aussi ancien que la balistique. De tout temps on a lancé des flèches, garnies à leur extrémité de matières combustibles , dont l'élément le plus ordinaire était la poix. Les Grecs du Bas-Empire notamment inventèrent dans ce genre une combinaison restée célèbre sous le nom de feu grégeois. On en sait aujourd'hui la recette, qui n'a rien de bien ingénieux . C'était un mélange d'huile de naphte, de goudron, de résine, d'huile végétaleet dégraisse, auxquels on adjoignait divers métaux réduits en poudre. Les Grecs, disons-nous, inventèrent le feu grégeois, mais ce furent les Arabes qui lui firent sa réputation, par la manière dont ils s'en servirent contre les barons d'Occident durant les croisades. Au reste, il est aujourd'hui prouvé que le feu grégeois faisait beaucoup plus de peur que de mal.
A l'époque de la première croisade, peut-être
même bien avant, les Chinois en cherchant de nouvelles compositions incendiaires, avaient déjà trouvé la combinaison qui devait révolutionner l'art de la guerre. 11 est à peu près acquis maintenant qu'à eux appartient l'honneur, si c'en est un toutefois, d'avoir introduit les premiers le salpêtre dans un mélange de charbon et de soufre. Ce mélange on le faisait fréquemment et depuis bien longtemps, en y ajoutant les corps les plus divers; mais on n'avait pas pensé au salpêtre qui est l'élément distinctif de la poudre, celui auquel tient son effet essentiel, la force explosive* Les Chinois n'usèrent de leur découverte que pour en faire des fusées. Les Arabes bientôt, grâce à leurs communications avec les Chinois, connurent la recette de la poudre, et d'abord ce semble, ils en composèrent des pé* tards. Mais de là à la mettre dans un tube avec un projectile, il y avait un grand pas à faire. Ce fut encore les Arabes qui le firent, et par là, ils ont plus de part à l'invention de l'artillerie que les Chinois eux-mêmes. Mais ici nous retombons dans l'obscurité qui enveloppe l'invention de la poudre ou pour mieux dire nous n'en sortons pas. Où , comment, par qui fut fait le premier canon, on l'ignore. Tout ce qu'on est parvenu à savoir, c'est qu'en 1338 il y avait à Cambrai un canon qui lançait des carreaux d'arbalètes ; qu'il y en avait plusieurs en 1339 à l'attaque du Ques-
noy; et aussi au siège d'Algésiras en 1342, etc. Les historiens contemporains mentionnent cette nouveauté sans faire de commentaires, ni d'exclamations, aussi simplement que s'il s'agissait d'une antiquaille, preuve que le canon ne fit pas de révolution à sa naissance, qu'il n'en fit même pas présager. Et cela s'explique. Le canon originel, d'un très-petit calibre, lançait des javelines, ou des petits boulets de plomb de trois livres au plus, ce que faisait aussi bien que lui la grande arbalète à tour, ou tel autre engin de guerre. Cette nouvelle machine paraissait donc devoir taire un peu pkis de bruit que les anciennes, mais non pas plus de mal. Tout ce qu'on a raconté des effets stupéfiants de l'artillerie naissante est à reléguer parmi les fables.
Les premiers canons se composèrent de tubes en fer forgé, renforcés par des anneaux, ouverts aux deux bouts, et d'une boîte en fer ouverte et séparée dans laquelle on mettait la charge de poudre. Le tube se terminait par une sorte de caisse ouverte dans laquelle on déposait la boîte à poudre. On enfonçait des coins de fer entre le fond de la caisse et la boîte, pour que celle-ci adaptée au tube ne s'en séparât pas un moment de l'explosion. Dans le même but, on passait encore par-dessus la caisse un étrier en fer. La boîte était percée dune lumière, comme celle que tout le monde a vue suites canons modernes. Dans ce canal étroit on intro-
(luisait, au moment voulu, une baguette de fer rougi au feu, et le coup partait.
Fig. f>7. — I , Canon à boite du quatorzième siècle. 2, Canon d'une seule pièce.
Le canon (avec boîte ou sans boite, et tout d'une
pièce était monté sur un chevalet, ou sur une espèce de cube en charpente, ou bien encore on mettait plusieurs canons, qui en ce cas étaient trèspetits sur un fût transversal, et le tout s'appelait un ribeaudequin.
L'idée de donner un petit canon à porter aux soldats, et de le leur faire tirer à la m^in, devait se présenter naturellement. Ainsi l'origine du fusil se confond avec celle du canon. Nous reprendrons dans un chapitre particulier l'histoire du premier au moment où il se détache de son congénère et tend visiblement à former une arme à part.
Les canons étaient d'abord petits, je viens de le dire. On ne tarda guère à en faire de gros, et même presque sans progression , d'énormes. Vers la fin du quatorzième siècle, il y a des bombardes qui lancent des boulets en pierre de deux cents livres. On traîne sur les champs de bataille, à côté des veuglaires, des crapeaudeaux , des couleuvrines et des serpentines qui jettent à peine une ou deux livres de plomb, non pas de ces bombardes aux boulets de deux cents livres, cela n'aurait pas été possible, mais d'autres qui lancent cinquante, quatrevingts livres, ce qui était déjàfort difficile; ajoutons qu'elles n'y servaient pas à grand'chose.
Ainsi voilà tout le progrès fait au quatorzième siècle; on est passé des petits canons aux gros. Ce n'était pas dans ce sens qu'il fallait marcher. Pour
ARMES MODERNES. 2i5
rendre l'artillerie iormidable, il fallait avant tout remédier à certains défauts, remplir certains desiderata que je vais indiquer: on en comprendra mieux la portée des réformes que nous exposerons ensuite.
Le canon forgé et cerclé n'offrait pas assez de résistance, et il lui arrivait souvent d'éclater, ce qui est un grave défaut. La poudre faite avec du salpêtre mal épuré, au lieu de brûler instantanément comme la nôtre, s'enflammait avec une lenteur relative; elle fusait, en un mot, ce qui diminuait beaucoup sa force de projection. Au reste, quand quelque fabricateur plus habile, trop habile même, confectionnait une poudre vive et prompte , il augmentait pour les canonniers les chances d'être tués par l'éclatement du canon. C'était, comme on voit, un cercle vicieux.
On sait que le canon reçoit de terribles secousses des gaz qui se développent brusquement dans son intérieur, par l'inflammation de la poudre et de l'air qui rentre ensuite, non moins violemment, après le départ des gaz; c'est ce qu'on appelle le recul. Les canons sont faits aujourd'hui de telle manière, qu'ils cèdent au recul. On comprend bien l'avantage d'un pareil système; un corps qui prêle, qui cède au choc, ne subit pas les mêmes effets désorganisateurs qu'un corps qui y résiste. Les gens du quatorzième siècle construisaient leurs ca-
nons de manière à ce qu'ils résistassent au recul. Si leurs machines ne se détraquaient pas trèspromptement, c'est uniquement par ce que la poudre avait peu de force, et qu'on ne lui donnait 5 chasser que des projectiles de peu de poids ; avec notre poudre et nos boulets, les liens qu'on voit ici se seraient rompus, et l'agencement des planches aurait été détruit en peu de temps, sinon tout de suite.
On lirait, il est vrai, des boulets de deux cents livres, ce qui semble contredire la précédente assertion, mais alors ce qui sauvait de la destruction la machine, très-massive et très-compliquée (une espèce de travail comme on en voit aux portes des maréchaux ferrants), qui portait la bombarde, c'était l'explosion successive de la poudre donnant peu de force à la fois, et chassant par conséquent le projectile avec mollesse.
D'autres inconvénients résultaient de la nature des projectiles. Les boulets de pierre, qu'on employait surtout dans les sièges, s'écrasaient naturellement; ils étaient incapables de renverser une muraille un peu solide. Les petits boulets de plomb n'avaient pas, comme on pense, une grande efficacité non plus dans le même cas. Ils étaient, il est vrai, d'un meilleur usage sur les champs de bataille contre les troupes ; mais comme ils ne s'adaptaient pas exactement au canon, qu'ils n'en
remplissaient pas bien le calibre, ils manquaient de portée et de justesse.
Le tir était très-lent, surtout pour les grosses bombardes, et cela s'explique. 11* fallait charger de poudre la chambre, séparée du corps du canon, de ce qu'on nomme la volée, la rapprocher ensuite de celle-ci, l'y ajuster, l'y consolider, en faisant couler dessus Pétrier en fer, enfin mettre le feu ; ce qui bientôt ne se fit plus par le moyen du fil de fer rouge, dont j'ai parlé; moyen expéditif, mais dangereux, les canons éclatant si souvent. Pour faire partir le coup, on prit donc l'habitude de remplir la lumière d'une grande quantité de poudre d'amorce plus vive, plus prompte que l'autre, et d'aligner sur le canon une traînée de poudre ordinaire. On mettait le feu au bout, et avant que le canon partit, les artilleurs avaient le temps de s'éloigner. Plus le canon était gros, plus la traînée était longue, afin que les canonniers pussent s'éloigner davantage.
A propos des dangers auxquels le canonnier était exposé, je trouve dans un ouvrage du quinzième siècle, très-important pour l'histoire de notre arme, ce passage curieux en ce qu'il porte l'empreinte du caractère superstitieux de l'époque. Le chapitre qui contient ce passage est intitulé : Des conditions, mœurs et sciences que doibt avoir ung chascun audit art de canonnerye.
« Chacun audit art de canonnerie doibt et luy ap-
partient avoir les conditions, mœurs et sciences cyaprès déclarées. Premier doibt honorer, craindre et aimer Dieu et l'avoir toujours devant les yeulx en crainte de l'offenser plus que autres gens de guerre quelconques. Car toutes les foys qui tire d'une bombarde, canon ou autre baston de canonnerie ou qu'il besoigne en faict de poudre, leur grand force et vertu font aulcunes foys rompre le baston duquel il tire ; et supposé qu'il ne rompe, j'a toutefois est-il en danger d'estre bruslé de la pouldre, s'il n'est bien advisé, et discret pour s'en sauver et garder, desquelles pouldrcs la vapeur seulement est vray venin contre l'homme, ainsi que dict sera cy-après ; et sont les ennemys plus en grief sur luy que sur autres pour le voulloir destruire et occire à l'occasion des grands maux et déplaisirs et dommages qu'il leur faict de son dict métier. » (Le livre du secret de Part de l'artillerie et canonnerie, p. 159.}
Les canons étaient montés de telle sorte qu'on ne pouvait que bien difficilement changer la direction des petites pièces, et pas du tout celle des grosses ; cela seul eut suffi pour les rendre inutiles bien souvent. On trouva assez vite le moyen de varier leur inclinaison, de hausser, de baisser leur tir. Quant à changer leur plan, à. varier leur tir horizontalement, cela ne devait venir qu'au quinzième siècle.
Donnons une idée du mécanisme inventé, au quatorzième siècle, pour varier l'inclinaison. Le ca-
non est couché sur deux pièces de bois, dont l'inférieure est fixe, et dont la supérieure, celle à laquelle le canon est attaché, tient en avant à l'inférieure par un gros clou, autour duquel elle peut bouger. A l'arrière elle est libre. On peut donc l'élever, et le canon avec elle. Des pièces de bois, en forme d'arc, qu'on voit de chaque côté, et où on remarque des trous, permettent de la maintenir élevée. Il n'y a pour cela qu'à passer une assez forte cheville dans les trous, d'un arc à l'autre. Le canon portant sur la cheville restera élevé par derrière, et abaissé par devant, au degré d'inclinaison que l'on voudra. Seulement plus que jamais il faudra éviter de donner au canon une forte charge ; le recul briserait tout. Aujourd'hui, les canons se meuvent aisément sur le champ de bataille; on les transporte rapidement d'un point à un autre, et le rôle capital que cette arme joue dans la guerre, dépend peut-être de cette mobilité, plus que de toute autre condition. Il est certain que Gustave-Adolphe, qui le premier sut user largement de cette tactique, par cela seul fît presque une révolution dans l'art militaire. Au quatorzième siècle, on avait déjà assez de mal pour amener le canon sur le théâtre de la guerre, la grosse bombarde surtout. On chargeait celle-ci sur un train ad hoc; puis le travail qui devait la porter sur un autre. Et quand tout cela était parvenu fort péniblement, et après avoir couru souvent le risque de res-
ter en chemin, jusque devant les ennemis, il fallait descendre la bombarde, descendre le travail, poser celle-là sur celui-ci, opération qui s'accomplissait au moyen d'une troisième machine fort lourde, composée d'un grand chevalet, de grosses cordes, de poulies, etc., ce qu'en un mot on appelle une chèvre. On juge si l'on pouvait penser ensuite à changer devant l'ennemi, la situation de la bombarde. En bataille, elle était donc à peu près itioffensive, parce qu'on pouvait se mettre aisément en dehors de la ligne de ses boulets. Dans lés sièges, elle était plus efficace; aussi restreignit-on bientôt son usage à cette seule opération.
Les premières modifications, les premiers perfectionnements (dans les dernières années du quatorzième siècle) eurent pour objet les projectiles. On fît pour les sièges des boulets en pierre, cerclés de fer. Ceux-ci avaient déjà plus (Faction contre les murailles que les simples boulets de pierre. Quant à fondre des boulets, il n'y fallait pas penser, c'était encore impossible. Cette opération, qui semble si simple, dépassait la science des métallurgistes de l'époque. En revanche, on inventa le tir à mitraille, le tir à boulets incendiaires; on essaya du tir parabolique (c'est celui des bombes) et même du tir à projectiles creux et éclatants.
Ces tentatives n'eurent pas toutes un succès égal. Les boulets à mitraille, formés de pierres ou de fers
maintenus par un ciment, qui se brisait dans la décharge ; les boulets incendiaires, à noyau de pierre avec une enveloppe de matières combustibles, remplissaient à peu près l'usage qu'on en attendait; mais les pierres rougies au feu qu'on voulut employer à la façon de nos boulets ronges, en mettant trop tôt le feu au canon, le rendirent si dangereux pour ses propres servants, qu'il fallut y renoncer; les projectiles creux et remplis de poudre éclatèrent entre les mains des canonniers ou n'éclatèrent pas du tout.
On ne tarda pas à s'occuper du canon, et d'abord on fit une innovation très-importante; on coula des canons en bronze. Ceux-ci furent plus solides, à l'épreuve de charges plus fortes, de boulets plus pesants. Jamais cependant on n'était tout à fait sûrs qu'ils n'éclateraient pas, parce qu'on n'avait pas trouvé, comme de nos jour?, la proportion la plus convenable pour mélanger le cuivre et l'étain ; et l'on ne savait pas faire des épreuves méthodiques pour parvenir à trouver cette proportion; on mélangeait au hasard ; on tâtonnait, et parfois le résultat était fâcheux. Cependant les pièces en bronze coulé prévalurent de plus en plus sur les pièces en fer forgé, bien qu'on trouve encore de celles-ci à une époque très-postérieure.
Après cela vint le tour de la poudre; on apprit à épurer le salpêtre ; on put charger avec de la
poudre plus vive des canons plus résistants, et la force des projectiles devint communément plus grande.
Vers le milieu de ce siècle, on perfectionna la machine portant le canon, l'affût en un mot. Il serait trop long de décrire les diverses formes qu'on lui donna, selon les contrées; il suffit de dire qu'ils eurent cela de commun, d'être munis de roues, en sorte qu'on put atteler directement les chevaux au canon, sans recourir pour les transporter à un second véhicule. On voit, dans les monuments du temps, des affûts comparables à des petites charrettes, dont la pièce faisait partie intégrante (l'artillerie des Suisses) ; d'autres avec des flasques assez semblables aux nôtres. Chacun sait qu'on nomme flasques les pièces latérales de l'affût, qui, des flancs du canon, descendent en arrière jusqu'au sol, selon une ligne plus ou moins infléchie.
On inventa en même temps quelque chose comme notre vis de pointage, pour hausser et baisser le tir, ou bien l'on se servit, pour la même fin, de coins de bois, espèce de cojussinets qu'on plaçait sous la tête de la pièce, en nombre plus ou moins grand, selon qu'on voulait baisser plus ou moins son extrémité. On fit une machine plus ingénieuse, mais aussi plus compliquée pour obtenir un effet important, dont j'ai déjà parlé, celui de changer le tir en sens horizontal. Dans cette
machine, la poutrelle qui soutient le canon, outre qu'elle peut se hausser et se baisser, au moyen des chevilles passant dans les deux arcs (voy. p. 251 ), est engagée par son extrémité dans une poutre à rainure, où elle joue, envoyant l'extrémité qui porte la pièce du côté droit, quand l'extrémité engagée va à gauche et réciproquement.
Le mécanisme est aisé à saisir, et ce n'est pas de ce côté-là que la construction pèche ; son défaut qui annule tous les avantages possibles, c'est qu'elle immobilise le canon, parce qu'elle n'a pas de roues.
Ce fut sous le règne de Louis XI qu'eurent lieu les progrès les plus sérieux. On commença alors à couler des boulets de fer, ce que l'état des arts métallurgiques n'avait pas permis jusque-là. Au début, il est vrai, on tomba dans une faute qui atténuait singulièrement les avantages de la nouvelle invention.
On eut l'ambition de couler et de faire partir, contre les places, des boulets de fer aussi gros qu'étaient ceux de pierre dont on se servait auparavant* Il en résulta que les canons éclatèrent de plus belle, ou que, chargés de poudre lente en vue d'obvier à cet inconvénient, ils n'envoyèrent que des projectiles d'un effet très-faible ; mais bientôt on se ravisa. On comprit qu'il n'était pas nécessaire de donner aux boulets de fer ces dimensions énormes, et
que la vitesse pouvait remplacer avantageusement le poids. A partir de ce moment, on peut dire que la féodalité est vaincue, et que les maîtres orgueilleux des châteaux, qui trop longtemps vexèrent le menu peuple, vont être contraints de capituler.
Presque en même temps, le problème du canon résistant à l'effet du recul était résolu définitivement (car déjà depuis quelque temps on était sur la voie). Tout le monde a remarqué cet appendice cylindrique qui se voit de chaque côté du canon, vers le tiers de la pièce, et qui fait corps avec elle. Cet appendice s'appelle le tourillon. Placé où il est, c'est lui qui reçoit presque tout l'effort du recul, et le répand pour ainsi dire sur les flasques dans lesquelles il est encastré solidement. Cette disposition, combinée avec le mouvement en arrière que les formes des fiasques permettent au canon, ôte à la force du recul tous ses effets désorganisa teurs*
Ces nouvelles inventions apparurent pour la pie* mière fois parfaitement réalisées dans une artille^ rie considérable, quand Charles V1I1 passa les Alpes pour aller conquérir le royaume de Naples. Paul Jove, dans l'histoire de son temps* nous a transmis la profonde impression que causa en Italie l'aspect formidable de cette artillerie, qui ne devait pourtant pas produire de grands effets.
Du règne de Charles VIII jusqu a nos jours, du moins jusqu'à l'invention des canons rayés, il no
s'est pas produit d'innovation comparable, pour les conséquences, à celles que nous venons de voir, si ce n'est peut-être l'invention du mortier, dont nous parlerons tout à l'heure. Sous François I er et sous Henri II cependant, il est bon de noter qu'en France, au lieu de cette multitude de canons de tout calibre qu'on traînait sur les champs de bataille, et* qui ne permettait pas d'introduire la précision et la certitude dans le calcul des effets de l'artillerie, on eut l'excellente idée d'adopter exclusivement un petit nombre de calibres.
Voici, pour la curiosité, les six canons réglementaires, auxquels Henri II réduisit toute l'artillerie française :
Le canon. Le poids du projectile était de 35 livre» 4 onces à 34 livres*
La grande couleuvrine. Le poids du projeclile était de 15 livres 2 onces à 15 livres 4 onces*
La couleuvrine bâtarde. Le poids du projectile était de 7 livres 2 onces à 7 livres 3 onces.
La couleuvrine moyenne. Le poids du projectile était de 2 livres.
Le faucon. Poids du projectile : 1 livre 1 once.
Le fauconneau. Poids du projectile : 14 onces.
Le bronze des bouches à feu fut en même temps fixé à 100 parties de cuivre et 10 d'étain.
C'est dans la seconde moitié du seizième siècle* que fut inventé, en Allemagne, le mortier, c'est-à^
dire une bouche à feu tirant dans une direction plus ou moins voisine de la verticale, de gros projectiles creux destinés à éclater à leur point d'arrivée; ces projectiles, tout le monde le sait, s'appellent bombes. Les bombes, c'est encore connu, sont creusées à l'intérieur d'une chambre de forme ronde, on remplit cette chambre de poudre tassée avec soin ; un trou, qu'on nommait autrefois la lumière, et qu'on appelle aujourd'hui l'œt/, est destiné à recevoir une mèche, une fusée ou une amorce quelconque, qui mette feu à la poudre de l'intérieur. Aujourd'hui on se sert pour cela d'un petit cylindre de bois qu'on en fonce dans l'œil de la bombe, et qui y adhère solidement ; ce cylindre est percé d'un petit canal qu'on remplit de pulverin ou de poudre d'amorce, c'est-à-dire d'une poudre qui fuse au lieu de s'enflammer brusquement comme la poudre ordinaire. On place la bombe dans le mortier, de façon que l'œil soit tourné du côté de la bouche du mortier; autrefois on ne croyait pas qu'une bombe ainsi placée pût prendre feu.
Dès les premières années où cette invention fut connue, on tira des mortiers à un seul feu, et à deux feux, c'est-à-dire qu'on eut des bombes auxquelles l'explosion même du mortier mettait le feu, et d'autres qu'on allumait d'une main, tandis qu'on mettait le feu au mortier de l'autre. Seulement, comme dans les mortiers à un feu, on tour-
nait l'œil de la bombe, muni d'une fusée en métal et amorcé diversement, soit par du pulvérin, soit par une mèche, vers l'intérieur du mortier, faute de croire, comme je l'ai déjà dit, que la bombe pût s'enflammer autrement, il arrivait que l'explosion enfonçait la fusée et mettait instantanément le feu à la poudre de la bombe, ce qui la faisait éclater dans Tintérieur du mortier, avec les dommages qu on peut s'imaginer pour les artilleurs ; le tir du mortier à un feu fut en conséquence bientôt abandonné.
Jusque vers le milieu du dix-septième siècle, on ne se servit que du tir à deux feux. Ce tir était trèslent ; on mettait d'abord sur la poudre du mortier une planchette de bois arrondie comme l'âme, c'està-dire le vide de la pièce, puis par-dessus du gazon, puis de la terre, puis la bombe, qu'on enterrait encore à moitié ; on pense si tout cela demandait du temps.
L'usage du mortier mit un certain nombre d'années à s'introduire en France, ce ne fut qu'en 1634 qu'on commença à s'enjservir régulièrement, après une expérience concluante, faite sous les yeux de nos officiers par un ingénieur originaire d'Angleterre, Malthus, au siège de Lamotte, en Lorraine. -
Une autre difficulté qu'on rencontra au début dans l'usage de cette arme, fut de parer aux effets désastreux du recul, surtout pour les mortiers tirés
dans la direction la plus voisine de la verticale, c'est-à-dire sous un angle de 45 degrés. Une pièce dressée dans cette direction ne peut pas céder au recul, ne peut pas reculer. Par la manière dont l'affût était construit à cette époqtfe, il arrivait que les tourillons, sous la force trop violente du recul, faisaient sauter les plates-bandes qui les maintenaient sur l'affût. On obvia à ce grave inconvénient, en faisant porter l'extrémité du mortier sur un heurtoir solide, qui recevait la plus grande partie du choc. Vers la fin du dix-septième siècle, les deux problèmes, qui avaient rendu d'abord l'emploi du mortier difficile ou périlleux, étant définitivement résolus, on commença à s'en servir régulièrement. Depuis, on n'a fait à cette arme que des changements insignifiants.
Vers la même époque, où le mortier fut inventé, on commença à tirer, en Angleterre, des projectiles creux et éclatant dans une bouche à feu horizontale, comme le canon ordinaire; c'était l'obusier. En France, la même difficulté qu'on trouvait à tirer des mortiers à un seul feu, fit qu'on hésita longtemps à se servir de Tobusier, dans lequel il faut que la charge mette nécessairement le feu à l'obus, et ce ne fut que lorsque le problème fut résolu pour les bombes que l'usage de l'obusier fut adopté ; depuis ce temps il s'est de plus en plus répandu, et aujourd'hui on peut prévoir que, si rien ne vient
changer le cours des pratiques militaires, il y aura bientôt dans les armées plus de pièces tirant des projectiles creux, c'est-à-dire d'obusiers, que de canons à projectiles pleins.
Le dix-huitième siècle vit s'accomplir deux innovations importantes, que je me bornerai à signaler, parce qu'elles portent, non sur les armes en ellesmêmes, mais sur l'organisation du corps des artilleurs et sur le matériel. Le lieutenant général de Vallière, réduisit à cinq le nombre des calibres, qui, depuis Henri II, et grâce au désarroi causé par les guerres religieuses, étaient redevenus presque aussi variés et aussi déréglés qu'au moyen âge. Le premier, il établit des règles fixes pour la fonte Ses bouches à feu et pour la construction de leurs affûts. Le lieutenant général de Gribeauval divisa le matériel et les troupes d'artillerie en quatre services différents, destinés à des usages spéciaux; il forma Y artillerie de campagne, l'artillerie de siège, l'artillerie de place et l'artillerie de côte. Les pièces, les affûts, les voitures, les attelages, tout fut, dans chacune de ces artilleries, combiné différemment et savamment, en vue des effets particuliers qu'on en attendait. Ce système, adopté en 1765, a fait toutes les guerres de la République et de l'Empire; il n'a cessé d'être en usage qu'en 1825, et les hommes compétents lui attribuent une partie des succès qui ont illustré l'armée française.
Pour achever le tableau des progrès da l'artillerie jusqu'en 1789, il faudrait parler ici des découvertes dont l'ensemble constitue une science nouvelle, complètement inconnue aux anciens : la balistique ; mais ce serait la matière d'un livre qui est tout à fait hors de notre compétence. 11 nous suffira, pour montrer le caractère profondément scientifique des armes modernes, de signaler, en quelques mots, les problèmes dont la solution plus ou moins définitive compose la balistique, et de citer les grands noms qu'on rencontre dans l'histoire de ces découvertes.
Galilée, à la suite de ses travaux sur la pesanteur, découvrit, le premier, par le calcul, que le projectile sortant du canon devait décrire une courbe parabolique, à supposer qu'il se meuve dans le vide. Pendant longtemps, les artilleurs vécurent sur ce principe, sans imaginer que la résistance de l'air fût capable, en aucune manière, de modifier la marche des projectiles. Robins, en Angleterre, et après lui Newton, démontrèrent les effets compliqués, que la résistance de ce fluide produisait, et qu'on attribuait communément à la force variable de la poudre, quand on avait lieu de les remarquer.
Blondel et Bélidor, en France, trouvèrent et enseignèrent aux artilleurs de leur temps le moyen de calculer les diverses portées qu'on pouvait donner
à un même canon, selon les charges. Robins, dont nous venons de parler, inventa, en outre, un instrument de l'usage le plus fréquent et le plus essentiel, dans la pratique de l'artillerie, le pendule balistique. Cet appareil, qui sert à . reconnaître la vitesse des projectiles, et, partant, à éprouver la force des diverses poudres, est construit d'après les lois très-complexes qui règlent la transmission des chocs. Il se compose essentiellement d'une espèce de manrfhon en fonte, où le boulet s'engage et s'amortit, et d'un pendule, proprement dit, disposé de manière à recevoir et à traduire, par ses oscillations, le mouvement du boulet.
Le nom de RobiAs m'amène naturellement à la plus grande innovation des temps modernes, en fait d'artillerie, au canon rayé, car Robins a prévu et présagé la révolution qui résulterait un jour de son invention. Je me trompe, cette arme était déjà inventée, et on rayait des canons de son temps, tout aussi bien que des fusils; mais on se servait de boulets de plomb, et on ne voyait pas moyen de pouvoir se servir d'un autjre métal, capable comme le plomb de se forcer, de s'engager dans les rayures. La nécessité d'employer exclusivement des projectiles en plomb réduisait l'application de la rayure à de toutes petites pièces. Robins prédit que le canon rayé n'aurait que peu d'usage, tant que ce problème ne serait pas résolu ; mais il crut fer-
mement qu'il le serait et que le peuple chez qui on aurait fail cette découverte en obtiendrait, au moins pour un temps, la suprématie militaire.
C'est chez nous que le problème a été résolu, et on sait quelles conséquences avantageuses il en est résulté pour nous dans la guerre d'Italie. Comme Robins l'avait prédit, on a trouvé un moyen de se servir du boulet de fonte et de l'engager dans les rayures; mais c'est par des appendices, la ïonte en elle-même, comme chacun sait, ne s'y prêterait pas; là a été l'invention.
Le boulet du canon rayé est donc en fonte, cylindro-conique, à peu près comme la balle du fusil actuel, creux à la manière des obus; il est taraudé, c'est-à-dire percé de trous, et dans ces trous sont vissés des boulons en étain. Ce sont ces boulons qui, dilatés par la chaleur des gaz au moment de l'explosion, s'engagent et se forcent dans les rayures. Ce boulet, qui pèse 8 livres, et que lance un canon relalivement petit, a une portée maxima de 4,500 mètres, un peu plus d'une lieue moderne. Son tir est juste jusqu'à 1 ,800 mètres, et si à cette distance le boulet va toucher le sol, il fournit encore un bond de 7 à 800 mètres.
D'après cela, qu'on mesure le chemin parcouru (dans une voie, hélas ! déplorable) entre le canon
rayé et la javeline des héros d'Homère, — sans vouloir remonter plus haut.
Depuis la guerre d'Italie, qui démontra péremptoirement la puissance de l'invention nouvelle, il s'est produit chez tous les peuples une effrayante émulation, à qui aurait le canon le plus terrible et le plus destructeur. Tout ce qu'on a inventé ou prétendu inventer ici et là, n'est en somme que le canon rayé, avec des modifications ou des accessions plus ou moins heureuses. Ainsi, pour ne parler que du plus célèbre, de celui qui a fait le plus de bruit, le canon Amstrong, est un canon ray é d'un calibre plu s fortque le nôtre. Il se charge par la culasse, et les Anglais vantent la perfection de son obturateur, c'est-à-dire de la pièce qui referme la pièce par derrière, quand on a introduit la charge, et qui empêche les gaz de s'échapper, lors de l'explosion; mais l'obturateur n'est pas tout, surtout un jour de bataille. Nos officiers qui ont vu le canon Amstrong à l'œuvre, durant la guerre de Cochinchine, s'accordent à dire que si notre canon a moins de portée, il a plus de mobilité, ce qui compense, et au delà, le désavantage. Celui-ci peut aller presque partout ; et souvent en Italie, les Autrichiens furent mitraillés au moment où ils s'y attendaient le moins, par des coups partis d'endroits où il paraissait impossible d'amener jamais un canon.
Au reste, c'est précisément la question qu'on débat d'un monde à l'autre, entre gens du métier, dans ce moment-ci, savoir lequel vaut mieux et l'emportera à la fin du canon à petit calibre, mais mobile et maniable, ou du canon énorme, compliqué, mais à projectiles effroyables et à très-longues portées. Nous aufres, Français, nous tenons pour les petits canons, aussi simples que possible. Les Américains, au contraire, rêvent des canons mastodontes se chargeant par la culasse, munis de plusieurs volées, en un mot des canons revolvers, où la force de la vapeur lancerait des rochers de fonte. En attendant qu'ils aient réalisé leur idéal, ils se servent (il est vrai que c'est sur mer ; sur terre il faut se réduire à de bien moindres proportions) de canons qui ont 15 pouces d'ouverture et dont les boulets pèsent 400 livres. Dieu me garde de vouloir préjuger la question, mais je me rappelle involontairement les bombardes du quatorzième siècle qui n'eurent qu'un temps.
Le canon, comme tout autre arme, a reçu de la décoration. Je ne parle pas des canons de fantaisie, jouets d'enfants par leurs dimensions, comme on peut en voir au musée de Cluny ou ailleurs, mais
des véritables canons servant à la guerre. Il était rare que, pour ceux-là, l'ornementation s'étendit sur toute leur longueur ; d'habitude on la restreignait à certaines parties. On tournait les anses en corps d'animal, en dauphin, par exemple. Les boutons de culasse se prêtent surtout à ce genre de décorations; on les sculptait en tête de méduse, en tête de lion, en lézard, etc. C'est sur cette pièce que l'artiste mettait d'ordinaire la meilleure et la plus priginale de ses conceptions.
Les armes du souverain fournissaient dans chaque royaume un motif de décoration tout trouvé. On les mettait le plus souvent sur les renforts; quelquefois, mais plus rarement, sur la volée. (Voy., pour ces raots,p.266.) Celle-ci appelait plutôt quelques, sujets gravés, étendus en longueur. Citons comme spécimens quelques-unes des belles pièces que possède le *Wusée d'artillerie.
N° 29. Un canon du règne de Louis XII, qui porte sur son renfort le porc-épic couronné lançant ses plumes, emblème dudit roi. La volée est décorée de fleurs de lis.
N 08 33, 34, 35 et 36. Canons du temps de François I er . Ils portent la salamandre couronnée, devise de François 1 er , et sont semés dT et de fleurs de lis,
N° 39, du même temps, a un aspect plus original. La partie postérieure est séparée par un cordon saillant de la volée tordue en spirale. Le seizième
Bouton de culasse.
Fig. 58. — Canon espagnol sous Phillippe V.
siècle, du reste, aima à contournerainsi ses bouches à feu ou à les tailler à pans.
N° 44. Le bouton de culasse présente une tête de loup muselée.
N° 47. Pièce d'Henri II, taillée à huit pans, et pour décoration une H couronnée, le chiffre de Diane de Poitiers, avec son croissant entouré d'arcs et de lacs d'amour.
N° 49. La volée figure une tête de dragon d'où sort la bouche de la pièce. C'est un canon de Charles-Quint.
N° 60. La volée se termine en lête de dragon couverte d'écaillés. Elle est d'origine allemande.
N° 20. Celui-ci est un des plus beaux spécimens qu'on puisse voir de l'art décoratif appliqué au canon ; il est en fer forgé. Les anses sont ciselées en dauphin.
Sur le renfort s'étalent en relief les armes du roi d'Espagne Philippe V. L'origine de la volée
est marquée par un petit mascaron du plus beau style, d'où part un bandeau qui suit la volée et se termine par un médaillon. Le bourrelet porte un lambrequin d'une richesse et d'une simplicité admirables. Tous ces ornements sont ciselés en relief avec une netteté et une délicatesse étonnantes.