ARMES ÉTRUSQUES
Nous aurions pu ranger, parmi les armes de l'âge de bronze, celles qui nous restent des Étrusques; mais nous avons mieux aimé les placer après les armes grecques de l'époque historique, à cause de l'air de parenté qu'elles ont ensemble, Les armes qui nous sont restées des Étrusques sont en trèspetit nombre, il est vrai; cependant les musées européens, et notamment le musée d'artillerie de Paris, en possèdent quelques-unes, et de nombreuses peintures, tracées sur des vases, comblent suffisamment les lacunes.
Au premier coup d'œil qu'on jette sur ces peintures, on est frappé de la ressemblance qui existe entre l'armement grec et l'armement étrusque, en dépit de certains détails très-excentriques qui distinguent celui-ci. La cuirasse est un thorax qui, comme chez les Grecs, ne descend guère au-dessous de la ceinture. 11 est vrai que les épaulières de cette cuirasse, très-larges par en haut, rétrécies par le bas, vont se rejoindre sur la poitrine, rappelant par leur
forme el leur position ce que, dans nos gilets, on appelle le châle : c'est là une de ces excentricités dont je parlais tout à l'heure.
Autre ressemblance : les guerriers étrusques portent à la main, la plupart du temps, la toute petite épée grecque, le parazonium.
Le bouclier étrusque, encore comme chez les Grecs, a la forme d'un large bassin.
Le casque présente chez eux une assez grande
Fig. 12. — Casques étrusques.
variélé de formes. Nous ne donnerons que les deux qui se rencontrent le plus fréquemment : l'une est un timbre profond à la grecque (n° 1), parfois avec un cimier étroit, excessivement haut, recourbé et des ailettes sur le côté du timbre; l'autre est un timbre conique assez allongé, sur la pointe duquel sont placées des ailes énormes qui donnent à cette arme l'aspect le plus bizarre (voir n° 2).
ARMES DEFENSIVES
Nous savons déjà que la cuirasse romaine des premiers temps, le thorax, fait de deux pièces maintenues ensemble par des charnières, représentait avec plus ou moins de fidélité la poitrine et le ventre humains. Les pectoraux, le nombril, y étaient marqués avec précision. Cela n'empêchait pas de graver ou d'appliquer en saillie par là-dessus des figures de bôfes, d'oiseaux, des feuillages. Quand la cuirasse n'a pas ce surcroît d'ornemenis, on a peine, en regardant les monuments, à la distinguer sur le corps du guerrier qui fait l'effet d'être nu.
La cuirasse est soutenue sur chaque épaule par une courroie, laquelle tient par devant à un anneau fiché dans le pectoral, et par derrière, se boucle sur l'omoplate. Du bord de Téchancrure, par laquelle
passent le bras du guerrier et la demi-manche de la tunique, de courtes lanières de cuir tressées au bout pendent, tombant sur le biceps; du bas de la cuirasse tombent aussi deux larges bordures généralement en cuir, dentelées, dont la supérieure recouvre l'autre en partie. De dessous cette double bordure sortent des lambrequins de cuir, frisés ou. tressés, de même forme que les lanières de l'épaule, mais plus larges, et parfois plaqués de métal ; ces lambrequins s'arrêtent un peu au-dessus du genou.
La cuirasse se mettait sur la tunique , dont les demi-manches, comme je l'ai déjà dit, paraissaient sur les bras, et dont la jupe, par en bas, dépassait un peu les lambrequins, sans aller jusqu'au genou. Par-dessus la cuirasse on portait le paludamentum, manteau que les anciens drapaient de la manière la plus variée et la plus pittoresque. On le voit le plus souvent sur leurs statues, noué, par les deux bouts, sur l'épaule droite. Le cou passe dans le vide entre ces deux bouts; le bras droit est libre; le manteau couvre l'épaule gauche, tombe sur la saignée du bras gauche avec de beaux plis, et glissant le long du flanc, pend derrière jusqu'au tibia. Tel est le costume militaire romain jusqu'au* temps des premiers empereurs. %
Si l'on s'en rapporte à Polybe, le thorax aurait élé de son temps l'armure défensive des simples soldats, et la cuirasse à écailles aurait été portée >
par ceux d'entre eux qui avaient une certaine forlune. Les monuments les plus anciens, sur lesquels on ne voit figurer naturellement que des empereurs ou des chefs militaires, nous présentent le thorax tel que je viens de le décrire plus haut ; mais dès que le simple soldat apparaît dans les monuments postérieurs, c'est, eh dépit de Polybe, ou sans cuirasse, ou avec une cuirasse d'une forme bien différente. Sur les colonnes Trajane et Antonine, en tout cas, il n'est plus porté que parleschefs, depuis l'empereur jusqu'au cenlurion ; mais il a subi un certain changement ; au lieu qu'il couvrait jadis et moulait le bas-ventre, il s'arrête à présent à la taille; ce n'est plus qu'un corselet comme était la cuirasse grecque; la bordure dentelée a disparu, il ne reste plus que deux rangs de lambrequins étages, qui, en revanche, descendent beaucoup plus bas.
La cuirasse du simple soldat, telle que la présentent la colonne Trajane et la colonne Antonine, se compose de trois parties bien distinctes : le corselet et les deux épaulières. Le corselet est formé d'un vêtement de peau ou de lin sur lequel sont cousues des lames de fer circulaires. Chacun de ces cercles est fait de deux demi-cercles joints sur le dos par une charnière et se fermant sur la poitrine par des agrafes. Les épaulières, composées de quatre lames moins larges que celles du corselet,
auquel elles tiennent, du reste, parles deux bouts, se passent sur l'épaule comme des bretelles. Parfois, du bas du corselet partent quatre petites lames perpendiculaires, qui couvrent le milieu du basventre. Cette armure laissait à découvert le haut de la poitrine. Quelques indices, qui ne sont pas aussi nets qu'on le désirerait, sur la colonne Trajane, donnent à penser qu'on comblait ce vide par une espèce de pectoral en peau, ou par une plaque de fer unie. Cette cuirasse appartenait, avons-nous dit, aux simples soldats, mais seulement aux soldats d'élite, aux légionnaires.
Chacun sait qu'il y avait dans les armées romaines trois sortes de soldats : le légionnaire, le vélite (soldat armé à légère), et le cavalier. Le vélite n'avait pas de cuirasse; le cavalier se présente parfois revêtu d'une squammala, c'est-à-dire d'un vêtement de toile ou de peau sur lequel sont cousues des écailles de fer à recouvrement, ou encore d'une hamata, cuirasse où les écailles sont remplacées par des chaînettes de métal ; mais le plus souvent il semble couvert d'une simple tunique, comme le vélite. Il serait possible cependant que l'un et l'autre portassent la cuirasse de lin; ce vêtement, dont nous avons déjà parlé à propos des Égyptiens gt des Grecs, fut certainement en usage chez les Romains ; il serait figuré sur les monuments, et nous ne le distinguerions pas des autres habillements d'étoffe,
que cela n'aurait rien détonnant. En tout cas, il esl fort probable que la tunique dont se couvrait le vélile était en peau ; cela paraît ressortir de l'aspect rigide qu'elle présente. Elle esl ordinairement festonnée par le bas.
Polybe parle de botlines de mêlai (ocrese) qu'aurait portées de son temps le soldat romain ; on n'en voil pas vestige sur les monuments des temps postérieurs, si ce n'esl sur les statues des empereurs.
La colonne Trajane, à laquelle il faut toujours revenir, quand on veut prendre une idée exacte des armes romaines, nous offre deux espèces de boucliers. L'un a la forme d'un carré long convexe, comme une tuile à canal; on voit plusieurs soldais qui le tiennent élevé pour se couvrir la fêle et dans cette position, il a juste la longueur du bras gauche qui le porte. Comme il est assez étroit, il fallait évidemment suppléer par la dextérité des lnouvemenls, en le portant çà et là, l'étendue qui lui fait défaut. Nous savons d'autre part comment il était confectionné. On le faisait de deux planches assemblées à conlre-fil ; on le garnissait en haut et en bas d'une bordure de fer, en haut pour résister aux coups, en bas pour qu'on pût le poser à terre, ce qui arrivait souvent, sans qu'il fûl enlamé par l'humidité. Pour tout ornement ce bouclier porlait les insignes de la légion ; sur la
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colonne Trajane, par exemple, comme ce sont des soldats de la légion fulminante qui sont représentés, il porte une foudre pareille à celle que tout le monde a vue figurée aux mains de Jupiter. Cette espèce de bouclier est particulière aux légionnaires.
L'autre a la forme d'un ovale allongé, et il est beaucoup moins convexe. Sa décoration varie; l'ornement qui se présente le plus fréquemment, ce semble, est une vignette entrelacée autour d'une barre ou quelque chose de semblable. Ce bouclier appartenait aux véliles et aux cavaliers. Çà et là on aperçoit en outre, toujours dans le môme monument, quelques boucliers sexagonaux, mais cette armen'est pas romaine évidemment; elle est propre à quelque corps auxiliaire de barbares.
Quand on considère 1rs monuments postérieurs à la colone Trajane, on ne retrouve plus le bouclier carré, et on voit que le bouclier ovale a été adopté par les légionnaires eux-mêmes. Il semble de plus que les dimensions de ce dernier se sont
Fig. 13. — Soldats romains, d'après la colonne Trajane.
accrues, en même temps que celles de Tépée. Il est évident que les légions romaines, par suite du relâchement de la discipline, abandonnant le petit bouclier el la courte épée qui exigeaient un sang-froid et une habileté exceptionnelles, tendent à adopter l'armement barbare.
Le casque romain se distingue au premier coup d'œil du casque grec, par son peu de profondeur ; c'est une calotte de fer, renforcée par deux bandes croisées, munie dune courte gouttière par derrière, et par devant d'un bandeau étroit, ou d'une baguette en guise de visière. Des jugulaires en fer l'attachaient sous le menton, et un anneau placé à l'entre-croisement des bandes, dont j'ai parlé, tenait lieu de cimier. Tel était du moins le casque que portaient les légionnaires au temps de Trajan. En marche les soldats le suspendaient par les jugulaires à leur épaule droite. Us allaient tête nue; et dans cette posilion, le casque, au premier abord, se profile comme une gourde, la gouttière étroite figurant assez bien un goulot. Les véliles et les cavaliers portent un casque sensiblement plus évasé par le bas, plus aplati, et qui se rapproche par sa forme générale du chapeau de berger. Les chefs ont la tête nue, nulle part on ne leur voit de coiffure.
Dans les derniers temps de l'empire, le casque se présente avec des traits qui rappellent certains casques grecs, La calotte, assez profonde, est munie
d'une longue visière raballue. Au reste, c'est le moment où toute uniformité semble perdue; on trouve alors des épées très-longues et des épées très-courtes, des boucliers ronds et petits, d'autres sexagonaux, d'autres ronds et très-grands , à tel , point qu'il faut remonter jusqu'aux descriptions homériques pour retrouver leurs analogues. Il est impossible, ', à cause de la rareté des monuments écrits et figurés, de tracer des catégories ou des classes clans cette variété, à supposer qu'il y en eût réellement; impossible de savoir si telle arme a appartenu à un corps, à un règne particulier ou si bien positivement ces armes diverses ont été portées, pêle-mêle, dans un même corps, en même temps, au mépris des bonnes traditions romaines.