‹ Les armes et le duelChapitre 119 sur 219 · OBSERVATIONS SUR LE JEU DU GAUCHER · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LE JEU DU GAUCHER

L’avantage des gauchers sur les droitiers n’est jamais mis en doute ; il est reconnu de tous. Les gauchers seuls ont in- ' térèt à contester celte supériorité. Ils refusent d’avouer les immenses avantages que leur présente la rencontre continuelle du corps du droitier, alors que celui-ci trouve sans cesse un vide là où il avait devant lui un adversaire dans une situation homogène. A force égale, l’homme qui se sert de la main droite voit inutiles les deux tiers de ses attaques ou de ses ripostes. Pour ne pas être exclusif, nous réduisons à moitié l’avantage du gaucher sur son adversaire employant la main droite.

Un autre inconvénient pour les droitiers, c’est que le gaucher, cherchant toujours à prendre Tépée en quarte, fait des battements dans cette ligne ou des parades sèches qui dérangent l’épée de la main du droitier, par la raison que c’est le côté des doigts où l’épée peut sortir. Le droitier est donc toujours dans la crainte de ne pouvoir soutenir le choc ou même d’ètre désarmé.

Enfin, cette étemelle preuve incontestable contre laquelle ils n’out jamais rieu pu dire, c’est qu’ils ne font des armes qu’avec des droitiers, tandis que ceux-ci font quelquefois des

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assauts pendant une année entière sans rencontrer un gaucher.

Le gaucher, par sa nature, ne se trouve que bien peu gêné loi'S([u’il est pris dans la ligne de quarte. Pour 1e droitier, celle position est insupportable, elle gène ses inouvenieiits, paralyse ses attaques et prend sur son moral. Le gaucher, counaissanl l’avantage qu'il retire de cette position, la recherche sans cesse avec le plus grand soin ; enfin, c’est toujours là une ligne qu’on se disjiute le plus possible, car si le droitier la tient, c’est que le gaucher ne l’a pas.

On a depuis longtemps prouvé que tout ce qui est connu en escrime peut se faire do droilier ii yaucher ou réciproqueuiüut ; ce sont de ces banalités (pi’on est forcé de répéter. Cependant chacun voulant combattre avec le plus d’avantages, il s’ensuit, comme je l’ai dit plus haut, que le gaucher veut tenir l’épée eu quarte, riposte dillicile à parer, car le droitier, à partir de la position de quarte sur les armes où il se trouve engagé, doit avoir l’habitude île parer seconi/e pour le dessous. Cette parade est dillicile contre le gaucher, dont on craint en mémo temps la riposte droite, alternative assez désespérante, car on ne peut prendre le demi-cercle en cette circonstance ; ce serait trop long, trop gênant et trop faux.

Toutes les oppositions changent pour le droitier, exemple : Étant engagé do quarte, de droitier à droitier, je trouipe le contre en doublant, je termine en quarte sur les armes. Si le gaucher me tient engagé eu quarte et que je lui trompe ce contre eu doublant, je termine, ayaut ma maiu eu quarte daus les armes.

Il y a encore le coupé sur les armes qu’il recherche beau-

RÉFLEXIONS SLH LES ARMES

coup, par la raison (}ue s’il parc tierce sur une attaque, et riposte droit, l’adversaire se porte toujours avec trop d’etiiportemeut dans la ligue de quarte et livre un passage facile.

Comme corollaire de la proposition énoncée [dus haut, sur la faculté donnée aux deux mains pour opérer les mômes mouvements, nous retrouvons le droitier recherchant les mômes positions que celui qui tire de lu main gauche, et réussissant également bien.

De ce que tous deux se donnent à la position de quarte, il s’ensuit naturellement que la parade de tierce leur est moins familière. Lorsqu’ils l’emploient, ils doivent l’un ou l’autre riposter la main de tierce en pronation, et cela dans le but de placer le fort sur le faible ennemi. S’ils oublient ce principe, ils tombent en ripostant dans la force de la parade de quarte, et c’est encore là un des motifs ipii les empêchent de préférer la parade de tierce.

Loreque l’on a paré quarte ou tierce, la ligne basse ne vaut pas mieux sur eux (pie la ligne haute, surtout si celui ipii a été paré a la main basse dans son attaque. S'il altaipie dessous, n’ayant que la pointe basse et la main haute, il est mieux de lui riposter dans la ligne basse ; pas plus sur eux que sur d'autres, il ne faut riposter en cuvant.

Comme nous l’avons dit d’abord, une grande partie de leur force consiste dans cette habitude de n’ôlre jamais gônés dans leurs mouvements et d’agir toujours contre celui qui est gôné dans les siens, avantage incalculable.

J'ai travaillé de la main gauche dans le but de donner leçon à mes élèves avec cette main, ce que je regardais comme indispensable ; je n’ai jamais pris un prévôt sans exiger qu’il don-

RÉFLEXIO^S SUH LES ARMES.

nât leçon des deux mains. J’ai cru devoir faire davantage : dans les nombreuses leçons que j’ai données à mon neveu, depuis quinze ans, dans l’espoir de le faire arriver au premier rang, un quart de ces leçons ont été données à sa main gauche, moins avec l’intention do le faire briller dans les assauts comme gaucher qu’avec celle de le mettre à même de donner leçon de cette main. De cette manière, on ne se trouve pas si embarrassé si l’on a affaire à un gaucher.

Je ne comprendrais pas un maître d’escrime ne recherchant pas ce genre de travail, et j’ai toujours regardé comme fort heureux ceux que la nature a créés ambidextres.

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