OBSERVATIONS SUR LA LONGUEUR DE L’ÉPÉE
La longueur des épées a dû nécessairement varier avec les époques et la force corporelle des hommes. L’adresse et l’expérience acquises par les peuples qui se sont succédé ont amené des modifications progressives.
Les Grecs et les Romains avaient adopté pour la guerre l’épée courte ou plutôt le sabre-poignard, dont celui de nos troupes est une mauvaise imitation (1). La gymnastique, les exercices du champ de Mars , auxquels tous les citoyens se
(1) L’épée romaine mesurait 2Ï pouces et demi , sa largeur était de 15 lignes & la poignée, vers la pointe elle n'ulTrait que G lignes et Gnissait en langue de carpe. Ce glaive était épais, pesant, tranchant des deux côtés. La poignée en bec d'aigle présentait 6 pouces de long et 4 de circonférence, la traverse 4 pouces et demi de long et 4 lignes de hauteur. (Polj be. Kssai sur les milices roiijaines, Uihliothèque militaire, t. 11, page 25.)
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livraient avec ardeur, développaient activement les forces et donnaient une grande souplesse.
L’épée courte était donc une arme d’un choix judicieux visà-vis de rcnncmi (jui faisait usage de lames plus longues et plus lourdes. Protégés par leur bouclier, adapté fortement au hras gauche, les Romains paraient facilement, glissaient en quelque sorte sous le coup de l’adversaire, qui, serré de près, ne pouvait faire usage de sa longue et lourde épée.
Ces avantages de l’arme d’une faible portée devaient cesser à mesure que la stratégie et les combinaisons de la tactique remplaçaient les combats individuels dans lesquels, chez les peuples primitifs, se résumaient les batailles. Le choc des bataillons, en nécessitant les grandes piques, fit allonger les épées. Rome conquérante empruntait aux vaincus tout ce qu’elle croyait nécessaire pour arriver à la domination du monde que les oracles lui avaient promise. Lorsque Camille eut défait Brennus, il emprunta aux Gaulois et leur manière de combattre et leur arme ; mais la trempe en fut perfectionnée, car, au dire de Polybe, elle était tellement défectueuse, qu’elle se courbait à chaque coup.
Le perfectionnement des armures dut faire croître la longueur et le poids des épées. La force corporelle, plus que l’adresse, était nécessaire ; l’ennemi, couvert d'une cotte de mailles, d’un bouclier, d'un casque, les jambes et les bras protégés par des lames de fer, ne laissait aucune place à la pointe ; l’épée devint massue, et nous lisons dans un auteur contemporain des Ludovic Sforza, des Forle-Spada, de ces fameux condottieri du moyen âge, le récit d’un combat pendant une journée entière, dans lequel trois hommes péri reut...
Si
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étoufles daus leur armure. Â la bataille de Fornoue, lorsque Charles VIII, revenant en France, passa, à la tète de huit mille lances, sur le corps de ([uarante mille Italiens, au cri de .Mont- Joie et Saint-Denis, il n’y eut pas cent hommes qui perdirent la vie.
Le musée d'artillerie de Paris contient nue curieuse collection de ces gigantesques épées que l’on maniait à deux mains et qui font croire à une force surnaturelle de la part do ceux qui s’en servaient.
Nous avons démontré dans le cours de cet ouvrage combien l’on devait encourager l’art de l'escrime dans les régiments, et surtout dans les corps de troupes à cheval ; mais une des conditions premières pour arriver au but important de donner une grande couriauce au soldat dans l’arme qui le protège, est, selon tous les écrivains militaires et selon nous, qu'une longue expérience a instruit, de proportionner le poids et la longueur des armes aux forces de ceux auxquels on les conGe.
Le recrutement des différents corps chez lesquels l’usage du sabre est de première nécessité, s’opère en raison de la taille.
Les Carabiniers doivent être plus grands que les Cuirassiers, dont la stature est plus élevée que celle des Dragons ; mais souvent la force corporelle n’est pas en raison directe de la taille, et le poids do ces grandes é|técs (vulgairement appelées lattes) fatigue souvent le bras peu robuste du Carabinier ou du Cuirassier admis dans ces armes en raison de quelques centimètres de hauteur au-dessus de la stature exigée.
L’artillerie, cette arme que l’on nomme ajuste titre savante.
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et dont les oflicicrs, pour la plupart élèves do l'école Polytechnique, vetlc poule aux wufs d'or de la France, se distinguent par des connaissances si variées, l’artillerie, disons-nous, est chargée de diriger la confection des armes. C’est à son comité, composé d’olliciers généraux du plus grand mérite, et présidé parut! homme chez lequel le plus noble caractère s’allie à la science la plus vaste et à l’amour le plus profond de la patrie, pour laiiuelle il a tant fait déjà, i[uc nous soumettons humblement ces observations ( I).
Les sabres devraient être montés en raison directe des forces des hommes (pii les emploient, et nous no croyons pas que la régularité de runiforme doive passer avant l’impérieuse condition do la vie des soldats. Dans les régiments, il y a, comme partout, des hommes moins forts les uns que les autres, des mains de différente largeur. On comprend donc le besoin de varier les laines et les |X)ignées, et nous ne voyons pas d’obstacles bien diüiciles à surmonter clans la fabrication des armes sur trois numéros de dimension, comme on confectionne les habits.
En combat singulier, le choix des armes demande une bien grande attention ; il est teuqts d’en finir avec ce ridicule et barbare usage, qui veut qu’on apporte sur le terrain désarmes égales, qui ne le sont ((ne trop rarement pour les deux combattanls. Ün a toujours, je ne dirai pas compris, mais bien laissé établir jusques à aujourd’hui que des armes égales étaient de même longueur et de même poids; jusque-là, c’est très-bien ; mais comme il est fort rare que deux hommes qui
(I) M. le lieiilenant général baron Gonigaud.
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se battent aient justement la môme taille, la même vigueur, il s’ensuit naturellement que l’un des deux se sert d’uue arme qui doit lui donner un grand désavantage.
Celte injustice peut coûter la vie ; il est donc de notre devoir de la combattre.
L’homme fort et d'une grande taille se sentira toujours gêné avec une faible et courte épée ; pour ses moyens physiques, il la lui faut grande et forte. La raison lui commande, dans le combat, de tenir éloigné, d’inquiéter et d'attaquer l’ennemi qui tenterait de l’approcher. 11 doit conserver toujours une grande distance.
Le petit, nu contraire, se servira bien de cette arme, mais s'exposera beaucoup en se servant de celle qui ne peut convenir qu’à l’homme d’une grande taille. Le petit homme, avec l’épée plus courte, conserve le seul avantage qui lui est donné par la nature ; il peut combattre de près, débarrasser vivement cette épée contre l'homme qui a une grande épée et un grand bras, et alors conquérir l’avantage qui lui est disputé par le plus grand. L'homme de petite taille n’a de refuge que dans la parade et la riposte ; on pare mieux avec l’épée courte, et les ripostes peuvent avec elle se succéder plus vile.
Nous formulerons donc l’axiome suivant qui repose sur la raison et la loyauté : proportionnez l’arme a l’homme.
J’ai connu une personne qui a été tuée en duel : on avait employé le sabre. Un accident, précédemment éprouvé, lui enlevait une grande partie de ses forces, et ce n’était qu’avec une extrême difTiculté que sa garde pouvait être maintenue dans une bonne ligne. Je prévins ses témoins, M.M. le comte de la hif... et le marquis de Pur... (|u’il périrait infaillible-
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ment si on le laissait se servir d’une arme qu’il ne pouvait manier ; mais les parrains jouent souvent la vie des hommes qu’ils devraient protéger, leur mission est constamment incomprise, et ils apportent une négligence funeste là où ils devraient unir leur esprit, leur prévoyance et même leur génie.
C’est donc à eux que je m’adresse aujourd’hui, je les conjure de se souvenir que combattre à armes égales c’est donner à chacun l’épée qui convient à ses moyens physiques. Laissez donc les combattants se servir chacun de l’arme qui leur est propre, qu’ils prennent des épées de 80 à 90 centimètres; car si une arme longue a un avantage, celui-ci se trouve annihilé lorsque le tireur est serré de près par l’adversaire.
Pourquoi donc empêcher un homme, n’importe sa taille ou ses moyens physiques, de se servir d’une épée plus ou moins longue ? C’est une injustice flagrante, du moment qu’il ne s’oppose pas à ce que son adversaire choisisse celle qui lui convient.
La plupart de nos grands tireurs ont, dans nos salles, des fleurets de dilTérentes dimensions, et cela dans le but de combattre dans les assauts les différentes manières qui leur sont opposées.
Pourquoi donc dénier en duel ce qu’on trouve très-bien, très-loyal dans les assauts, lorsqu’on ne refuse pas à l’adversaire le droit d’agir comme on agit soi-même ?
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