‹ Les armes et le duelChapitre 13 sur 219 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ l". Définition. — Origine. — Histoire. — Duel judiciaire. — Réflexions.

Un écrivain militaire a dit ; Lorsque deux ou plusieurs nations ne peuvent s’entendre sur un point litigieux, elles en appellent aux armes ; le duel est un combat entre deux ou plusieurs personnes qui, voulant vider un différend, cherchent en dehors de la loi le moyen de se faire justice. La base sur laquelle repose rimuioralité de l’institution du duel est dans cet acte de se rendre justice soi-méiue; mais le caractère spécial du combat individuel doit être la loyauté dans l’exécution des conventions arrêtées.

Pris sous un certain point de vue, le duel n’est pas absolument anormal et incompréhensible; tous les siècles qui se sont succédé depuis l’origine de cette coutume se seraient donc constamment et grossièrement trompés! Nous trouvons dans le silence auquel, sur cette question, les législateurs les plus sages se sont résignés, une espèce de certitude que la défense de quelques droits et quelques intérêts devait rester

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cüiitii'e il lu i'es|iuii:>ubilitü de chacun ; lueii pluÿ, uuus eu avons pu conclure qu’il devenait logique et même salutaire d’abandonner l’exercice de ces droits et la vengeance à tirer de leur violation au libre arbitre des offensés, avec la condition, toutefois, de rc(iuérir l’assistance d’hommes ré- |iutés il juste titre gens de cœur et de bonne renommée.

Les preuves à l’appui de notre assertion sont loin d’être faibles et peu nombreuses ; mais au milieu de toutes celles que nous avons examinées, nous avons choisi les paroles d’un homme profond et religieux philosophe, les paroles de M. Guizot :

« Les mœurs françaises sont chevaleresques Klles sont

» élégantes, elles out substitué le duel à l’assassinat.... Quand » l’honneur d’un homme ou d’une femme a été atteint, il faut » une réparation.... Ix Barbare a, pour se venger, le guet- » apens... le Français a le duel... En vain ferez-vous une lé-

» gislation, les hommes de cœur s’en moqueront

« Le duel est salutaire, moral et nécessaire. »

(x's éloquentes paroles, reproduites naguère avec entraînement et conviction, dans une cause célèbre, par une des illustrations du barreau français (1), ont encore expliqué pour nous la continuité de l’existence du duel à travers les siècles, l’ancienneté de son origine, l’impuissance des lois à le détruire, et les efforts intelligents accomplis dans le but tout

(1; M* Berner (procès Beauvallon).

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moral de prévcuir les résultats meurtriers dont il pouvait être la source.

Aux temps anciens, le duel ii’u pas la physionomie que lui ont donnée les mœurs chevaleresques et la civilisation moderne. La vie presque toute extérieure des hommes de l’antiquité ue pouvait pas leur suggérer, sur ce que nous nommons le point d’honneur, les mêmes idées qui se sont développées parmi nous. Dans Athènes, à Sparte et dans Rome, l’injure répondait à l'injure, ou l’on gardait le silence.

Achille, le plus bouillant des Grecs, Achille, insulté parle roi d’.\rgos, se retire dans sa lente; Thémistocle se courbe devant le bâton d’un général ignorant et présonqitueux ; Démosthèiies fait condamner à une amende l’homme qui l’a frapi)é d’un souftlet; Fabius et César, auxquels on prodigue l’injure, ne se battent jamais contre ceux qui les ont injuriés.

Les idées sur le courage différent essentiellement chez les anciens et chez nous. Homère nous montre les guerriers grecs les plus vaillants fuyant devant Hector, qui vient incendier leurs vaisseaux, et ce chef intrépide se dérobant par la fuite aux poursuites d’Achille. Des retraites semblables se nommaient prudence, et Platon a défini le courage : l.v vertu de

Fum UN INÉVITABLE DANGER.

Cependant, malgré quelques points de dissemblance, on reconnaîtra, dans les luttes d’Hercule et de Thésée contre les monstres et les brigands, une analogie bien grande avec les prouesses des chevaliers ; souvent, à ces époques si éloignées de nous, on trouve des combats semblables à nos duels ; la guerre elle-même n’était qu’une passe d’armes sérieuse à la-

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quelle prenaient part de nombreux seconds groupés autour de deux guerriers principaux.

Quant à ces luttes particulières, l’histoire nous en fournit mille exemples ; sans parler ici du cundjat des Horaces et des Curiaces, que Voltaire a considéré à tort comme un duel dans le sens pré'cis attaché à ce mot, sans nous appuyer sur les rencontres do Torquatus et do Corvinus avec deux guerriers gaulois, des vingt-deux couronnes conquises par Italiens pour ses victoires sur autant d’ennemis particuliers, et sans conq)arer ii un duel les combats de Scipiou contre un Barbare en Espagne, d’Alexandre contre le Perse Spitbrobates et Porus, roi des Indes, nous pouvons assigner au duel une origine qui se perd dans la nuit des temps.

Nous avons dit plus haut, d'après les auteurs anciens, qu’ autrefois la fuite devant un ennemi n’était point regardée comme lâcheté ; voici une preuve de cette opinion :

L’armée romaine se trouve devant Capouc ; Badins, guerrier de cette cité, défie le Romain Quintus Lrispinus à la vue des deux armées. Les deux adversaires avaient été grands amis ; «u.vsi se ballirtnt-ilx de gaieté de cieur, dit Brautéme dans son naïf langage. Le Romain prétendit d'abord qu’ils avaient assez d’ennemis à comballre sans sc provoquer mutuellement. Le Capouan traita (irispinus de lâche, et, poussé par ses compagnons, celui-ci fondit sur son adversaire dont il perça l’épaule de part en part; il mettait pied à terre pour le tuer, lorsque celui-ci se déroba jiar la fuite à la mort, et l’on u'attaclia pas de honte à cette retraite précipitée.

D’après Plutarque, Netellus, provoqué par Sertorius, se mit à l'abri des chances d’un comhat singulier, en fondant

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son refus sur sa vieillesse, el sur celte raison qu'un capitaine ne (levait pas mourir comme un soldat.

Le duel entre deux Romains n’a jamais été consigné dans l’histoire ; bien loin de là , tout le monde sait que le citoyen qui en sauvait un autre était noblement récompensé pour ce service rendu à la patrie et à rimmanité. Il était donc impossible do regarder coninio un succès la mort d’un concitoyen.

Les mémoires do Gisar nous font connaître une anecdote intéressante.

Varennius et Pulüo, tous deux centurions, étaient jaloux l’un de l’autre, ce sentiment les rendit ennemis. Un jour, dans un combat contre les Gaulois, ils se trouvaient au milieu do la mêlée. Pulfio dit ù Varennius : Quelle plus belle occasion attends-tu pour montrer ton courage ? Ce jour doit décider de nos différends. A ces mots il s’élance. Varennius le suit, tous deux combattent avec une égale ardeur, se prêtent un mutuel secours et rentrent au camp couverts de glorieuses blessures et réconciliés.

Ce fait honorable que nous nous plaisons à citer a trouvé des imitateurs en Franco et en Russie. Deux officiers do M. de Turouno et deux militaires russes dans la guerre du Caucase ont montré la môme magnanimité.

A Rome, un mot plaisant répondait quelquefois à une provocation. .Marc-.\ntoine défia Octave, niais celui-ci refusa le cartel en disant qu’il existait assez de manières de mourir sans celle qu’on lui proposait.

Les combats singuliei's étaient donc fort rares dans l’empire romain. Vainement Brantôme, dans son discours sur les

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