‹ Les armes et le duelChapitre 180 sur 219 · I.A BAÏONNETTE · texte numérisé non relu

I.A BAÏONNETTE

pliquée comme l’épée, n’en a pas moins îles détails qui demandent do d’étude et une étude sérieuse, saintement réflécliie, puisqu’elle tend ù épargner le sang do nos braves français (1)?

En effet, lorsque l’on n’est pas en masse, que l’on se sert de la baïonnette dans des cas isolés, no devient-il pas indispensable de savoir ronqiro en parant pour observer l’ennemi ; de marcher avec l’intention de parer, crainte de surprise ; de savoir même feinter d’un coup simple, toujours avec l’intention de parer, si nécessaire pour éviter de se tuer ensemble ; enfin, d’attaquer par tous les moyens imaginables, mais toujours basés sur des principes incontestables?

C’est donc une grande responsabilité que prennent les chefs de l’armée dans le choix qu’ils font d'hommes qui n’ont pas de nom dans les armes, ipi’ancun assaut public n’a vus briller, et ipii n’ont aucune réputation comme professeurs ; comment de semblables maîtres peuvent-ils enseigner ce qu’ils ne savent pas? Dangereuse ignorance qui peut coûter 1a vio à tant de braves !

(1) Depuis le jour où j'écrivais ces lignes, l’escrime à la balonncUe a pris place dans les exercices do notre infanterie, a étonne l’Kiiropn et contribué ù nos victoires. Je considère comme une récompense suffisante pour mon patriotisme et mes études d'inventeur, le titre de professeur d’armes de la maison de S. M. l'iimpereur et des cent-gardes. Mais ne suis-je pas fondé à réclamer l'honneur de voir mon nom attaché à mou invention, et celui plus précieux pour d'autres quo pour inoi-nième, d'étre au moins consulté quand il s’agit d’en.seigner ce quo j’ai été le premier à savoir Le ressentiment do cet oubli, plus vif autrefois qu’il n’est aujourd’bui, m’apous-séi’i détruire un travail non moins important sur la défcu.se de nos frontières. Cette étude se rattachait par certains points é l’art que je professe et m’avait longtemps préoccupé. Je voudrais avoir le courage et le temps do la recommencer, quitte à me consoler encore avec les inventeurs oubliés ou méconnus.

oOli I.A nAÏONXETTE.

Les essais du gouvernement ont dû nécessairement faire connaître l’importance de cette arme. L’étude en est-elle inutile, pourquoi alors autorisez-vous les leçons? Son utilité, au contraire, est-elle constatée, pourquoi, dans ce cas, ne demandez-vous pas la création d’un gymnase, d’une école normale en quel([ue sorte, où viendraient se former les professeurs de cette arme (|ui a si puissamment contrilmé à conquérir des empires? A-t-on oublié que Napoléon disait : Le fusil est l’arme la plus terrible qui ait jamais été inventée? Et 1e grand capitaine ne voulait pas parler do la balle souvent inofTensive qu’il lance, mais bien de l’épée qu’il porte au bout, et dont les coups assurés peuvent porter incessamment la mort dans les rangs ennemis. Formez donc des maîtres, ouvrez un cours d’études pour l’arme qui doit protéger vos frontières. Comprend-on, en effet, qu’il y ait des gymnases de musiciue, des gymnases pour sauter, monter, descendre, qu’il y ait des écoles d’équitation, de natation, et qu’il n’y ail pas un gymnase, une école où se formeraient des professeurs qui, placés ensuite dans les régiments, y enseigneraient les principes vrais et éclairés de la science de l’escrime, y démontreraient l’exercice de la lance, du sabre, de l’épce, de la baïonnette, du pistolet? Ces leçons seraient d’autant plus utiles, que si vous enseignez la baïonnette contre les lanciers, les cuirassiers, etc., etc., il faut aussi enseigner à ceux-ci comment ils se défendront de la baïonnette.

Si donc vous reconnaissez à la baïonnette une puissance réelle dans les combats, puissance terrible ([uand cette arme est aux mains des Français, dont l’agilité et l’adresse sont si remarquables dans l’attaque du eorps-ii-corps, rendez les sol-

LA BAÏONNETTE. ;j07

.lats conGants dans l’usage de cette arme; niais pour cela, encore une fois, ayez des professeurs ijui, à une pratique raisonnée, sachent donner les développements qui feront réellement de l'armée une réunion de liaïonnettes intelligentes, et surtout ne laissez plus pénétrer dans les camps ces traités, ces méthodes, où le ridicule le dispute à l’absurde.

Je no veux attaquer personne ; mais, en vérité, j’ai lu des choses si étranges dans ce que l’on a écrit sur la baïonnette, que j’en rirais, si je n’étais profondément aflligé en pensant que ces misérables enseignements auront souvent pour résultat de faire blesser ou tuer nos courageux soldats.

J’ai lu deux traités de la baïonnette ; dans l’un, j’arrivai à lu moitié du livre sans avoir rencontré un mot sur cette arme ; mais, en revanche, il y avait une profusion de commandements : en avant, à droite, à gauche, en arrière, etc.,' puis : faites un pas de cinq pouces, failes-en un autre de treize, ou dans telle circonstance un de dix-huit. En lisant cette théorie, on semblait assister à ces évolutions que font les enfants quand ils jouent au soldat. Nous recommandons cette méthode à Levassor, ce spirituel et intelligent artiste, et nous sommes [lersuadé que, répétées par lui, ces leçons auront un succès de fou rire.

N’est-ce pas en ell'et le comble du ridicule de préciser sans cesse de combien do pouces on marchera ? Ce sont de ces cho.ses qu’on dit une fois aux commençants, et les répéter avec insistance, c’est avouer que l’on n’est pas fort sur la partie intelligente de la théorie de l’arme que l’on veut enseigner.

Page 1