‹ Les armes et le duelChapitre 182 sur 219 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COMSIDÉRATIONS GÉNÉKALICS Sl'R LA PROFESSlUN

Il n’cxiste peiil-ùtre pas de profession qui soit plus en butte aux épigrainmes ou à la calomnie que celle de maître d’armes. Vainement les immenses progrès du siècle ont déjà réhabilité ceux qu’on nommait autrefois avec une espèce de dédain, les comédiens, en leur donnant le nom d’artistes, et en les relevant, au moins en grande partie, de cette excommunication religieuse et morale dont ils étaient frappés. Le monde, juste envers ceux (pii cultivent avec succès l’art dramatique, n’a pas encore étendu sa main protectrice sur le maître d’armes. Nous en sommes restés sons ce point de vue à l’époque où Molière écrivait le Bourgeois gentilhomme; les sarcasmes lancés par le grand écrivain du dix-septième siècle sont encore pris au sérieux, et nous avons conservé les préjugés alors répandus contre une profession que l’on ne peut toutefois exercer honorablement qu’avec du savoir, de la réflexion et des sentiments de haute prohitih

Le préjugé, contre lequel on a tant combattu et sur lequel

516 Lts MAlriiEs ii'aiimes.

la raison a déjà conquis tant d’avantages, est bien difficile à détruire. Cependant anjonrd’hni, rinstruction généralenient r(“pandue éclaire chaque jour les esprits; nous en viendrons bientiM à ne plus condamner sans entendre, à ne plus rejeter toute discu.ssion ou la rendre impossible par un bon mot. l'ne attaque formulée contre utie profession recommandable, des mots satiriques contre des individualités parce qu’elles ressortent d’une corporation, doivent être raisonnés; nous devons à l’art que nous exerçons, à la glorieuse mémoire de nos devanciers, à nos confrères et à nous-mème de rechercher la valeur des accusations répétées encore autour de nous en suivant de vieux errements qui ne peuvent plusavoir cours avec notre civilisation actuelle.

Mais — en apportant dans ce tournoi des armes courtoises pour repousser loin de nous les torts que nous prêtent de vieilles traditions crroué’es — nous ne venons pas rompre une lance en faveur des charlatans, à l’esprit envieux, aux conceptions étroites, aux sentiments vulgaires, pour lesquels un succès ou un avantage obtenu par un confrère est un coiqi de poignard ; pour ces hommes dont le talent est en raison inverec de leur immense cl basse jalousie et auxcjuelson peut appliquer la sentence 6 pextis ! ôhibcs ! Haute et /Ikm / Loin de nous une pareille pensée. I.e bon grain doit être séparé de l’ivraie. Que ces gens-là cherchent ailleurs un défenseur qui leur .sera justement refusé. Une assimilation entre eux et ceux qui respectent et font respecter, par leur conduite, la profession exercée par nous, serait une injustice intolérable, il y aurait honte et aveuglement à l’accepter. Nous avons à établir, et nous établissons déjà une distinction profonde et

LKS UaItHKS d'armes.

bien Irancliéc entre les deux categories (ini mallieurciisement existent jiarini nous.

Maître ex fait d’armes ! Quelles idées singulières éveillent ces quatre inotschczunefoide de personnes, même éclairées. Maître ex fait d’armes, c’est un batteur de fer, tout à fuit illettré, aux formes incultes, à la voix rude, aux manières communes, impatient, emporté, dominateur do tavernes et de mauvais lieux, une espèce de sauvage à riiumeur querelleuse, propre à faiie fuir loin de lui tout homme bien élevé et de niceurs élégantes.

Telle est la [iremière erreur que nous avons à combattre, la tàcbe est-elle difficile? La réponse à cette question satisfera, nous l'espérons, nos lecteurs.

Oui, sans doute, ce portrait, nous l’avouons à regret, ne manque pas d’une certaine ressemblance ; beaucoup de nos confrères peuvent s’y reconnaître, mais dans touttis les professions peut-on juger du particulier au général, et la déduction est-elle rationnelle <piand elle remonte de l’individu à la masse ? Doit-on conclure sans réflexion, et n’avons-nous pas dans toutes les classes de la société des exceptions méprisables, placées en quelque sorte pour faire ombre à l’éclat jeté par toute nue corporation ?

Les finances ont des concussionnaires; le notariat, cette vieille écolo de probité, n’a-t-il pas eu des membres indignes dans ses rangs? l’armée n’a-t-elle pas dû rejeter quelques enfants sans courage et sans loyauté ? l'artiste et l’écrivain, les juges ont-ils toujours dignement rempli leur mandat? Tout corps a ses plaies, toute profession a ses parias ; celle des armes n’est pas privilégiée.

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