LES MAITRES U ARMES
de donner à un élève cette même vitesse nécessaire, indispensable, si l'on veut ; selon nous, le devoir du maître est tout entier dans utie appréciation exacte, rigoureuse, des moyens physiqnes et moraux do celui qui lui est conlié. Une harmonie constante doit régner entre son élève et lui; seul il peut juger la manière dont il doit régler la marche à suivre pour parcourir d’un pas sûr la route du progrès, seul il sait comment il faut retenir l'elTervescence ou exciter la faiblesse et l’indécision.
Molière a défini l’escrime : l’art de donner et de ne pas recevoir. Nous croyons que celte définition manque complètement d’exactitude en la présentant sous celte forme ; il faut dire, selon nous, qu’il faut d’abord chercher à ne pas recevoir, puis à donner. Or, la grande question de vie et de mort qui peut s’agiter dans un duel, demande la préservation pour nous, et ensuite l’action d’attaquer, s’il y a lieu de le faire. L’humanité, cette loi (jue toujours l’on ne doit pas méconnaître, répugne à l’acomplissement d’un meurtre ; n’est-on pas plus heureux quand en garantissant sa vie on peut ne pas attenter à celle de son adversaire? Ici, comme partout ailleurs, l’intelligence l’cmpoi leet doit l’emporter sur l’exécution. Avec la première, on pénètre l’intention do son ennemi, on devine son jeu, on paralyse ses mouvements, et quant à l’attaque, l’intelligence d'acmnl avec l’humanité, la règle et la conduit (1).
(1) Avec cette maxime» ne pas recevoir et donner, j’ai pu, dans Uutes les leçons de duel, arriver à ce résultat, dont je m'estima bien heureux, de n’avoir jamais ou un élève blessé d’une manière un peu grave.
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LES MAÎTRES u’aRMF-S.
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Émettre des considérations sur le professorat en escrime, et ne pas parler de ces hommes tpii ont jeté tant d’éclat sur ce noble exercice, l’ont cultivé et enseigné, ce serait une anomalie, ce serait plus, ck serait use isGRATiTcaE. Nous sommes heureux d’avoir eu la pensée d’écrire ce livre, alin d’avoir l’occasion de jiroclamer liaulement notre reconnaissance pour nos maîtres, et de rappeler le nom de ceux dont ils tiennent les excellents principes qu’ils ont propagés, que nous nous elTorçons de suivre et de conserver, intacts au milieu de ce torrent d’idées singulières, bizarres, absurdes ou dangereuses qui nous débordent.
11 serait ridicule à nous, étranger au monde littéraire, ou n’y tenant du moins que par nos sympathies et nos goûts, de venir faire parade d’érudition, et d’aller chercher dans de vieux souvenirs les noms de quelques anciens maîtres d’estocade. Malgré notre respect pour l’antiquité, nous croyons devoir laisser de côté les Visani del Montone, Giganti, aucpiel on doit le développcinent, Charles Itesnard et Philibert de la Touche. Tout en rendant justice aces maîtres, nous nous réservons pour nos contemporains cl leurs prédécesseurs. Nous chercherons à reproduire, sur ceux qui voudront bien nous lire, l’effet que font sur nous les noms de .M.M. de La Boëssière, rilluslrc maître de Saint-Georges, et ceux qui reçoivent de lui un éclat moins brillant peut-être, mais toujours
J’aime et je cite volontiers deux vers que Itoger de Beauvoir avait écrits au bas de mon portrait, parce qu'ils me rappellent ce succès :
C'est notre maître ù tous, que Dieu nous le conserve I Sa main donne la mort, sa main nous en préserve.
LES M.4ÎT11ES d’ARMES.
bien pur, ceux, disons-nous, de MM. Fabien, feu Goinard, Donnadieu, dont M. de Jouy, l’auteur des Ermites, a tracé lo portrait, et de La Boëssiére (ils, qui nous a prouvé qu'une réputation éclatante pouvait être un héritage facile à su|qiorter avec des talents et une haute probité.
En suivant l’ordre chronologique, notre devoir est de citer M. de La Boëssiére, dont le fils adoptif, dans une notice écrite avec le cœur et l’esprit, nous a retracé les vertus, les mœurs élégantes, les talents de riiomme qui a eu Saint-Georges pour élève, Saint-Geoi’ges, qui n’a jamais trouvé do rival heureux, et qui plaçait au plus haut degré la reconnaissance qu’il devait à sou illustre maître. F.a Boëssiére cultivait la poésie; il sacrifiait aux muses, comme on disait .à cette époque ; sa bonté, sa bienfaisance, égalaient sa modestie. Il remerciait ceux qui lui procuraient le bonheur d’obliger. Né en 1723, il a vécu en homme de bien; sa mort, arrivée en 1807, fut, comme on a dit un pocte, le soir d’un beau jour.
Saint-Georges ! à ce nom tous les fleurets s’agitent d’euxiiièmes, chacun de nous s’incline devant la grande image du chevalier noir. Cet homme, le plus extraordinaire qu’on ait peut-être jamais rencontré dans la science de l’escrime, et auquel M. de La Boëssiére fils applique, dans sa notice biographique, le mot de l’Arioste pour Zerbiii : la nature le fit et rompit le moule, cet athlète merveilleux naquit, tout le monde le sait, en 1 745, ii la Guadeloupe, et dés l’àge de treize ans fut confié ii M. de La Boëssiére, dont, pendant six années, il suivit les précieuses leçons.
Mais ce n’est point à nous à raconter cette vie ; l’histoire l’a reproduite, le roman s’en est emparé, la calomnie môme