‹ Les armes et le duelChapitre 9 sur 219 · SH LE DL'EL · texte numérisé non relu

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plus perfide; ils connaissent l’art de tendre des pièges et de dresser des enihnscades, où leurs ennemis , tombés en leur pouvoir, se voient dépouillés, et deviennent souvent victimes d'un appétit qui révolte la nature. Comment de pareils instincts peuvent-ils se rencontrer au sein de ces organisations primitives? Évidemment ce phénomène reste inexplicable, si l’on n’en fait remonter la source à ce mauvais penchant dont nous avons parlé; ainsi donc, ce préjugé féroce, qui met toutes les vertus à la pointe d’une épée, comme a dit J.-J. Rousseau, est inné dans le cœur de l’homme ; bien plus, il ne ferait que s’accroître et s’étendre, si la religion et la morale ne lui imposaient une résistance salutaire; il pourrait, en quelque sorte, paraître indestructible, si les progrès de la civilisation ne tendaient à le dominer, ou du moins à en atténuer les déplorables effets. Néanmoins, il paraîtra toujours surprenant, et il faudra regretter longtemps encore que l’intelligence, créatrice de tant de merveilles dans tout ce qu’embrasse le génie de l’honmie, se soit arrêtée en présence d'un fait qui, pourtant, n’a jamais cessé d’éveiller l’attention soutenue des moralistes, des législateurs et des gouvernants.

Le fait devant lequel la marche de nos mœurs, si progressive vers le bien, a dû s’arrèler, est le Duel; 11 subsiste encore , non pas aussi fréquent, non pas entouré des mêmes conditions de violence et de brutalité qu’autrefois, où la barbarie dominait ainsi que l’ignorance ; il reste avec une obstination qui amène une foule de réflexions pénibles, lorsque l'on songe aux difficultés qui s'opposent à sa répression. Dans certaines contrées, des citoyens ont dû s’expatrier pour venger leur injure; d’autres, retenus dans leurs foyers par

AVANT-l-nOl'OS.

(Timpérieuses nécessités, n’ont pas craint d’avoir recours à l'assassinat. La pénalité porti'o contre les diiellistes faisait naître ces deux résultats. L'absence d'une jurisiiriulence raisonnable et forte sur les combats singuliers doit, à son tour, sen'ir de bouclier à ces hommes féroces pour lesquels ces luttes sont une habitude. Sans répression, que do calamités à déplorer !

A l'époque où M. Dovalle succombait à la suite d’une rencontre au pistolet, j’écrivais au Journal de Paris, le 2 décembre 1829, les lignes suivantes, que me dictait l'étal d’incertitude dans lequel notre législation a laissé cette question si importante pour la sécurité des familles et de tout le corps social :

« N’est-il pas affreux, indigne même du siècle où nous vi- « vous, d’aller se battre à mort pour un mot inconvenant, « souvent involontaire? N’est -il pas hors du caractère « et de la loyauté d’un Français, de tirer sur un homme que « l’on peut regarder comme désarmé au moment où il reçoit « le coup fatal? Les Russes se battent généralement au pisto- « let ; mais ils n’en viennent à cette cruelle extrémité que « fortement outragés dans leur honneur ou leurs plus chères « affections. Pour nous, plus ardents, plus faciles à irriter, n nous nous faisons trop légèrement un point d’honneur de « prouver que nous ne le cédons à personne en fait de bra- « voure; mais, on doit l’avouer, ces sortes de combats n’ont « pas de milieu entre le ridicule ou l'horrible.

« Tous les médecins s’accordent à reconnaître qu’il est « plus facile de sauver la vie à l’homme blessé par l'épée « qu’à celui frappé d'une balle, et malgré toute l'horreur de

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