‹ Les armes et le duelChapitre 99 sur 219 · DÉGAGEMENT · texte numérisé non relu

DÉGAGEMENT

Beaucoup de tireurs ont dû leur réputation au dégagement. Doués d’une vitesse extraordinaire, ils prévenaient toutes les parades. Un de mes plus intimes amis annonçait d’avance le dégagement, l’exécutait, et touchait sans se fendre. Son bras était retiré avant que son adversaire eût pu l’arrêter ou même rencontrer son for. L’inimitable Saint-Georges, au nom glorieux duquel nous voyons quelquefois certaines célébrités grimacer une espèce de sourire, Saint-Georges, notre maître, exécutait ce même coup cité plus haut; mais plus habile encore, il passait ce même dégagement en se fendant à partir de la plus grande distance et sans faire précéder ce coup du plus imperceptible mouvement.

Le dégagement réussit encore sur un adversaire qui, sans intention de toucher, montre un dégagement comme feinte et pour vous inquiéter ; dégagez en ce moment, mais avec une meilleure opposition et plus de tenue, et vous réussirez; car voulant vous troubler par son attaque feinte, il n’est pas du tout en disposition de parade. Le dégagement, précédé d’un appel du pied, a le double avantage d’inquiéter l’adversaire et de préparer l’élan nécessaire au développement.

Le dégagement est surtout infaillible sur un adversaire qui, à partir de l’engs^ement de quarte, pare seconde, ou qui de l’engagement de tierce pare demi-cercle, surtout si l’on dégage un peu plus haut.

Il est une faute dans laquelle quelques-uns de mes con-

RÉFLEXIONS SUR LES ARMES. 325

frères tombent souvent, et qui peut mettre en danger la vio de leur élève, qui n’ayant pas de point de comparaison établi entre son professeur et un autre maître, donne toute confiance aux principes qu'on lui a inculqués. Celte faute consiste en ce que souvent à partir de quarte on fait parer seconde, et à partir de tierce on fait parer le demi-cercle. — Ces deux parades, faites ainsi, sont un contre-sens matériel, c’est-à-dire non discutable. En effet, en calculant les armes à vitesse égale, — on ne peut discuter qu’à cette condition, — l’homme qui attaque a toujours une avance sur le pareur ; or, le fer de l'assaillant, partant de la ligne de tierce et dégageant dessous, arrivera toujours avant le demi-cercle partant aussi de la môme ligne. La faute se trouvera identiquement la môme à propos de seconde ayant pour point de départ la position de quarte. Cette erreur, que la pensée corrige lorsqu’elle se Cxe sur elle, existe depuis l’invention de l’escrinie. Je n’ai pas pu trouver non plus, pourquoi cette idée fausse est restée vivante depuis si longtemps.

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