LE MUR ET LE SALUT
Le Mttr est un exercice que l'on fait pour se préparer à l'assaut. Il consiste à parer les dégagements de l'adversaire et ensuite à lui en porter soi-même.
Une fois en garde, on se découvre et Ton s'invite réciproquement à prendre la mesure ; celui qui l*a prise est celui qui commence le mur.
Les dégagements doivent être toujours parés en tierce ou en quarte. Il faut bien se couvrir pour les faciliter.
Il est indispensable que toutes les positions du corps et de la main soient on ne peut mieux soutenues et dans les proportions qui auront été indiquées dans les leçons précédentes.
.Cet exercice et cette politesse se tiennent ensemble. A Theure où j'écris, je ne crois pas qu'il y ait six hommes en France qui fassent ces deux choses dans la perfection ; mais le ridicule de la prétention existera longtemps.
Dans le dix-huitième siècle, le salut des armes précédait ordinairement le duel. Avant de se tuer de la manière la plus barbare, la plus exquise politesse était de mise. Cet usage est
parti avec les habits brodés du temps, et aujourd'hui la plupart des bons tireurs s'en préoccupent peu. Quant aux ferrailleurs, c'est une de leurs antipathies ; ils ne veulent pas comprendre que l'exercice du mur est de toute nécessité, et que le salut, qui est fort ^acieux, est aussi une marque de politesse envers son adversaire et les personnes qui regardent l'assaut.
Nous regrettons que cet usage utile se perde ; je dis utile, parce qu'il conserve l'habitude des égards que l'on se doit toujours dans le monde, et qui quelquefois sont méconnus lorsque, dans la chaleur d'un assaut, on est emporté par un faux amour-propre.'
Le Mur consiste à tirer des dégagements sur l'adversaire qui n'a le droit de les parer qu'au simple et qui ensuite les tire sur vous dans les mêmes conditions.
Pour que cet exercice ait une valeur réelle, il faut observer les distances, ne pas négliger le doigté, donner au bras toute son extension avant que le corps et surtout les jambes aient fait le plus léger mouvement. Après ces préliminaires, le développement s'effectue, le corps se porte eu avant et vient se placer en ligne droite avec la tenue la phis régulière. Cet exercice rationnel du Mur donne au bras vitesse et rectitude et prépare le corps à l'aplomb. Le fleuret à la main, le salut doit être grave et noble. Le regard doit accompagner le geste.
La politesse veut que l'on offre à son adversaire de prendre le premier sa distance. Prendre ses dimensions est nécessaire pour s'assurer que Ton est à une portée convenable ; on devrait donc toucher son adversaire, mais l'usage s'oppose à cette démonstration. Si la défense de toucher l'adversaire
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en prenant ïia distance me paraît anormale^ je coniprenrls qne, tirant le 3fm\ radvcrsaire puisse être tonrhê, car il doit parer 6n tierce et on quarte les dégagrements (jamais par le contre);: ■ si on le touche, il est (5vîdenl qu'il ne peut parer, même par le moyen le plus simple, un coup qu*il connaît. Apir ainsi est m donc le préInde du ridicule qne Ton va se donner en aeccp- ™ tant l'assaut. On a généralement adopté, lorsque Ton voulait cesser de tirer le Mur^ de montrer un dégagement ^ d*avancer le talon gauche auprès du droit et de se retirer ensuite. Je préférerais voir employer deux appels du pied et se découvrir en tierce.
Il y â des personnes qui préfèrent en tirant le 3fur céder a l'action de la parade et laisser aller leur fleuret le long de leur bras à droite et à gauche. Ce mouvement n*est pas sans | inconvénient, car ceux qui remploient laissent aller leur poignet avec Tépée, ce qui hvre la figure et peut Être cause de \ graves accidents au visage dans le cas où, par inadvertance, l'adversaire riposterait (ce que j'ai vu). Je recommande donc la plus grande attention lorsqu'on veut se laisser aller à ce gracieux mouvement.
Le Mur n'est pas, comme on le croit, le moyen unique d'acquérir toutes les qualités physiques indispensables à l'art des armes ; mais il entretient dans ces qualités, prouve qu'on les connaît, et dispose le bras et le corps avantageusement à l'assaut qu'on va faire.