‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 123 sur 197 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'escrime est une science dans laquelle l'intelligence et la vitesse d'action doivent marcher du môme pas. Mais à l'intelligence se rattachent nécessairement la conception, le savoir, la prudence et les ruses.

Ces dernières sont le mobile de l'assaut; elles doivent être combinées dans le but d'arriver à la solution d'un problème dont on a d'avance saisi toutes les données.

La ruse, qui prépare le piège, demande du talent ; mais elle exige encore plus de prudence et de retenue ; car au moment où Ton doit saisir l'instant favorable pour frapper l'adversaire, on doit être toujours entièrement maître de soi.

Il faut une grande pénétration et une longue expérience pour amener son antagoniste à tomber dans un piège et garder assez de sang-froid pour exécuter avec précision les coups que Ton a médités. Mais une remarque importante à faire est celle qui conduit à observer d'où dépend le succès d'une ruse et à se prémunir contre la déDance'qu'une tentative heureuse de votre part a dû inspirer à votre adversaire.

En garde, comme ruse, il est bien de prendre l'attitude do l'homme qui veut se rendre assaillant, tandis qu'au contraire on veut par prudence parer en rompant si Ton est attaqué. Par ce moyen, on peut effrayer l'adversaire sans se compromettre.

39i Rli'FLKXIONS SUR LES ARMES*

Ne fût-ce que pour embarrasser, il faut être assez adroit pour s'emparer de Tépée de celui qui ne veut pas la donner, et retirer la sienne à qui veut s'en emparer.

Une des plus grandes finesses est de toucher l'adversaire par les moyens les plus simples ; ainsi c'est donc à sa garde qu'il faut faire la plus scrupuleuse attention, y pénétrer par la hauteur, dans le défaut de tenue, ou s'il se découvre.

Celui {[i\\ présente le coup droit veut le parer, et il y a des hommes assez confiants dans leur parade pour oser braver ce coup en se découvrant prétentieusement; alors ou peut ruser ainsi. Faire semblant de vouloir profiter de l'avantage offert, puis retirer doucement la main avec l'attitude d'un homme découragé qui renonce à son projet; le bras en se retirant ainsi annonce, par la position qu'il prend, qu'il a besoin de repos et abandonne l'attaque ; puis, dans cette situation, on s'apprête moralement en remarquant la ligne que l'on va paiTonrir et en se prépiinuit pliysitiiKMiionf r[ en a^souplissiinl les iiiuscli's ii riiislaiil favoiahle; alors on laiiCM* le coup droit à l'adversaire dans le moment nicmc où il croit (jue Ton renonce à tout projiît hostile.

Souvent on nienacj^ en liL-no droite avec intention dn se faire porter des coups sur lesquels on projette do tirer droit; exemple : Je menace droit dans les aimes, et j'ai Tintention de diinncr l'idce à mon adversaire de uk? tirer llanconnailo ; îV'ponil-il à celte préparation, je tire droit en octave, ou je pivot(î sur Tcpce ennemie sans la ipiitter, et termine ))ar un coup droit dans l(\s aimes.

On peut procéder de la même manière dans la ligne de tierce lorsqu'un tireur opère le liemenl d'épée qui se termine

dans la ligne haute du demi-cercle. On cède alors en tournant et pivotant avec lui, et Ton se retrouve en tierce, d'où Ton peut riposter droit, soit la main do tierce, soit la main de quarte sur les armes.

11 est possible d'éviter de se porter jusqu'à la ligne de tierce en s' arrêtant dans celle du dessous, tournant vivement le poignet et prenant la position du demi-cercle, ligne dans laquelle on termine par uii coup droit.

Un assez bon moyen, étant en garde de tierce ou de quarte, est de retirer la pointe de l'épée dans un sens presque vertical, et cela sans quitter la garde et la tenue, puis tirer droit : par ce moyen vous pouvez lancer avec une grande vitesse votre épée dans la ligne directe. Ce mouvement a l'avantage de faire croire au coupé que l'on peut exécuter si l'adversaire fermait la ligne droite.

La ruse marche de pair avec la prudence ; on reprendra donc l'épée où on l'a laissée en faisant tel ou tel coup, à moins qu'il n'y ait une forte pression sur votre lame, ce qui nécessite alors le changement d'épée.

Il y a des tireurs qui ne peuvent pas se tenir fermes et longtemps sur leurs jambes ; on comprend qu'il faut les harceler toutes les fois qu'ils veulent se redresser pour reprendre du repos.

Un homme qui n'a pas le poignet fort, doit toujours céder à l'épée lorsqu'il sent la moindre pression. L'homme vigoureux s'efforce toujours de comprimer sous sa tenue imposante l'homme qui n'est pas assez adroit pour lui échapper.

On engage l'épée plusieurs fois de suite aBn de donner ridée à l'adversaire de tromper, et lorsqu'il tombe dans ce

pié^c, on Hiit th bonnes pamdes et ripostes, car on upit prévu.

Cest une assez bonne ruse que do forcer rongîigemcut flans le dessein de faire tirer sur soi. Ce procédé s'emploie encore arec avanlage lorsque > tî*>né par cette pressiouj Venneini sb voit forcé de changer l'epée ; ce mouvenjent que voiis avex fail naUre vous datnie la facilité de Ironiper avec pins de jnstesse et de rapidité*

11 faut toujours faire craindre le cùté opposti à celui ôû Ton veut tirer.

Il faut savi>ir feindre tous les coupSj témoignant rinteutiou d'allaquer lorsquViu est l)ien décidé à parer.

Ou doit simuler des coups simples ou des feintes, retirer le bras au delà de la garde qu*on occupe ordinairement, et repartir de suite par un coup vif et déterminé. L'adversaire, trompé par ce send^laut de retraite, doit être victime de ce stratagème.

Pour mieux cacher son dessein, il faut toujours attaquer lorsque l'adversaire s'y attend le moins. 11 est donc trèshabile, très-prudent de menacer de tel coup que ce puisse (Mre, et de simuler, en se retirant, l'intention de parer lorsque Ton veut, abandonnant les parades, partir d'une attaque franche sur celui qui se croit en sécurité.

Il ne faut jamais donner l'épée aux hommes qui sur une feinte exécutent plusieurs parades ; il est plus adroit de les menacer et de retirer vivement Tépée, afin de les précipiter dans leur série de parades, et lorsqu'ils sont disposés à s'arrêter, on attaque vivement par un coup simple. , Les ruses exigent que les attaques à l'épée soient faites de

pied ferme avec grande retenue do corps, principalement lorsqu'on les fait avec intention de parer et riposter, et quand l'adversaire croit vous surprendre en les trompant.

Si Ton a renoncé à employer les attaques à l'épée comme pareur, et si l'on- veut s'en servir comme assaillant, il faut annoncer d'abord une tout autre intention, afin de masquer son plan d'attaque ; cette remarque est d'autant plus judicieuse que la plupart des attaques à l'épée emportent la main hors des lignes.

Les ruses sont bien nécessaires à l'homme de moyenne taille, qui, sans cesse en s'approchant, est forcé d'entrer dans le danger.

11 faut qu'il gagne la mesure en cachant autant que possible les moyens qu'il emploie à cet effet ; ainsi, il doit rapprocher son pied gauche toutes les fois qu'il forme ses parades, ce qui fait qu'au moment de la retraite de l'adversaire il l'atteint à une plus grande distance.

Devant toujours être inquiété ou attaqué sur les demi-temps qu'il forme étant un peu hors de mesure, il doit être assez rusé pour ne les employer presque toujours qu'avec Tintenlion de parer.

Après s'être bien emparé de l'épée, ses attaques doivent être simples, vigoureuses ; il doit préférer le jeu de près et les suites de coups.

RIPOSTES

De pied ferme, après une riposte droite dans la ligne de quarte, si l'on est paré, il faut passer un coupé ; mais il y a

398 HÉ^LË.\Ju^b su fi m;b ahmM«

des gens qui sur ce passage tle Têpée lireiU un coup de ti'înpSiJ il y a même tles maladroits tjni portenl au hasard un coup dessus nu dessouH, Il faul dnnc faire la secoaile ri poste du coupé eu se cnuvraiit sur les armes ; si l'assaillaul veut y pénétrer, au s'upposu davaidage ou l'on pare prime. Comaie daus la sitiiatîou du coupé ou a dû sentir TtSpée, ou s'est aperçu si elle est passée dans la ligne du dessous, alors o» pare seconde.

Après la parade du demi-cercle ayant riposté droite sans me fendre si je suis pare, il me faut passer dans celle do seconde. Mais il arrive souvent i|uo dans l'adîoo du dégagi!» ment, l^ulversaire fait la faute de porter un coup droit sur les armes, ee qui prouve qu'il est plus adroit, pour éviter le coup pour coup, de simuler le coup de seconde et de revenir spoutanémeiil [uircr quarte sur les armes ou prime,

Pour effrayer Tad versai re, ou peut, comme ruse dans Vaction de la riposte de la main, îijouter un mcovemenl de télé en avant qui inquiète beaucoup l'assaillant dans sa retraite et lui fait par cela quitter les ligues qui doivent le protéger.

Les absences d'épée sont protectrices des ruses, car si vous avez par vos feintes fait croire que vous vouliez attaquer par Une-Deux trompé tierce et le contre de tierce, il est évident que vous pouvez, en simplifiant, toucher Tennemi par le seul effet d'une absence d'épée tiré droit dans la ligne de quat^.

On peut, sans quitter l'épée de tierce, faire croire à l'adversaire que l'on veut tirer dans la ligue basse, et cela en tournant les ongles en dessous.

L'exécution de ce mouvement présente deux hypothèses : l'adversaire trompé peut aller chercher la parade de seconde^

alors le coup rentre dans les feintes ordinaires ; mais conserve-t-il sa première tenue d'épûe, le coup s'exécute en pivotant rapidement sur le fer ennemi.

j; ASSAUT.

C'est dans l'assaut que toutes les ruses sont mises en usage, souvent même elles commencent avant lui. J'ai connu des amateurs qui ne se sont que bien rarement mis en garde sans annoncer qu'ils étaient malados et (ju'ils voulaient faire des armes seulement dans l'espoir que Texercice leur ferait du bien. Il faut se défier de ce premier piège de l'assaut, et ne pas ménager cet honmie souffrant, car il ne manquerait certainement pas d'aller dire qu'il vous abattu.

11 faut être assez prévoyant à la première vue de son adversaire pour se fiiire, avant de se mettre en garde, une idée de l'assaut qu'on aura à soutenir.

Toutes les fois que l'ennemi vous laisse le moindre temps de réflexion, il faut en profiter pour tracer vite votre plan de défense et d'attaque.

Non-seulement il faut savoir profiter de toutes les circonstances favorables dans un assaut, mais encore il faut amener ou faire naître les coups, les positions, les parades, les marches, et cela avec buit d'art et de ruses que l'adversaire ne puisse s'en douter.

Sur une attaque, se sauver en désordre, l'adversaire veut vous poursuivre, vous l'arrêtez dans sa marche ; ceci est assez

lion ponr les imiocenlSy mais il taut i^lre [Am nisé avev 1I4 vieilles expériences.

Il faut De rooiprej ne simuler de la cminte qu'en rai&on des mouvements i\u\m n faits pour vous inquîelcr ; car si vous faites plus, vous éveillez la défiatiee* MoUvez doue sur les îutjuiéUidcs que Ton veut vous donner le désordre que vous voulez feindre ; alors reuuenii, croyant vos retraites tonnnaudées par la peur, pourra sa livrer iinprudemuient.

Une bonne ruse est de montrer un piège, persuadé qu on n'y tombera pas ; alors ou attend l'adversaire dans nue autre ligne où il y a bonne chance de succès.

EEMISRS Ll TEMPS-

Les remises sont toujours faites avec plus de ruse lorsque, restant fendu, Ton exécute une retraite de corps pour persuader qu'on se retire, alors que Ton ne veut que remettre l'épée.

Nous avons dit qu'il est toujours mieux de varier ses parades ; cependant, lorsqu'on veut prendre le temps, il faut en adopter une et la répéter pour forcer le jugement de l'homme qui vous est opposé en le décidant à vous tromper ; c'est alors que vous lui prenez le temps.

Le temps du temps demande bien de l'adresse ; exempte de ce coup : engagé de quarte sur les armes, je double dessous et trompe le demi-cercle ; mon adversaire me prenant le temps en octave, je marque, avant de terminer par l'effet de

RÉFLEXIONS SUK LES ARMES. iOI

ma retenue de corps, un temps qui a pour but de prendre une meilleure position que celle de l'adversaire ; c'est-à-dire, je baisse ma main plus que la sienne, je lève ma pointe, je prends plus de tenue, et par ce moyen je l'arrête mon fort sur son faible.

Pour nous résumer, nous dirons que dans une embûche préparée même avec soin, il faut se défier de la vitesse ; elle conduit souvent l'épée d'une manière assez prompte pour devancer la parade. Enfin ruser, c'est en partie simuler la crainte pour attirer l'ennemi dans un piège.

Page 1