‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 13 sur 197 · L'HISTOIRE DE L'ESCRIME · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE DE L'ESCRIME

Il nous semble rationnel de placer ici le tableau général de l'histoire de l'escrime, qui doit, selon nous, servir d'introduction naturelle aux développements que nous comptons donner sur la profession des armes et sur les devoirs qu'elle impose.

Dans son traité de Y Art des armes j M. de La Boëssière dit :

a L'épée est l'arme la plus ancienne que l'on connaisse

Cest cette arme qui a fondé les empires, qui en a soutenu la gloire.... C'est par elle que les Perses, que les Mèdes établirent leur puissance... Les Grecs, qui les suivirent, lui durent leurs succès, etc. »

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Que M. de La Boëssière commence un traité de Y Art des armes par l'éloge de Tépée, rien de plus naturel ; c'est un hommage légitime rendu à l'arme à laquelle il dut sa haute réputation. Mais un éloge doit avoir des bornes; si on les passe, on se fera inévitablement accuser d'avoir méconnu la vérité.

Ainsi M. de La Boëssière dit : c< Vépée est Parme la pluii ancienne que Von connaisse. » Or, aucun historien, aucun monument ne le prouve ; et tout nous porte à croire qu'avant d'avoir des épées, les hommes eurent pour armes offensives des massues, des lances, des javelots, des arcs, des flèches, etc.. 11 ajoute : « Cest par elle que les Perses, tes Mèdes établirent leur puissance. » Et jamais Hérodote, ni Xénophon, ni Ctésias, ni Diodore de Sicile, n'ont écrit que les Perses et les Mèdes établirent leur empire seulement par l'épée. On peut dire tout au plus qu'elle contribua à cet établisment. Et plus loin : aies Grecs qui les suivirent lui durent leurs succès. » Eh bien, voici comment se composait l'infanterie athénienne : les Opliles ou pesamment armés ; les armés à la légère ; les Peltastes, qui tenaient le milieu entre les premiers et les seconds ; les Oplites seuls avaient des épées. Quant à la cavalerie, elle préférait, si nous en croyons Xénophon (1), le sabre à l'épée.

Pour moi, je considère toute arme blanche qui reste fixée dans la main, comme appartenant à l'escrime, par exemple, la lance, la pique, le petit ou le grand sabre, la baïonnette, etc.. 11 est impossible, en effet, qu'en tenant celte arme à la main,

(i) De Re equestri, p. 944.

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on n'ait pas en même temps Ticlée do chercher à s'en servir plus adroitement que son adversaire.

Quoi qu'il en soit, il reste prouvé pour moi, après toutes les recherches que j'ai pu faire, que Tescrime remonte à la plus haute antiquité. Il est question de cet art dans l'histoire des Indiens; et il est encore, dit-on, en si haute estime dans les Indes, qu'on n'en permet l'exercice qu'aux princes et aux nobles. Ces grands personnages portent sur leurs armes une marque distinctive, appelée, dans leur langue, Esaru^ qui leur est donnée par les rois eux-mêmes, avec de grandes cérémonies, à peu près semblables à celles employées lorsque Ton conférait nos ordres de chevalerie.

Les naturels du Mexique, à l'époque de l'invasion des Es-« pagnols, avaient des épées de bois, dont ils se servaient avec une adresse qui aurait fait honneur à bien dos peuples européens. Nous pourrions multiplier ces exemples ; nous sommes en droit de nous étonner que Platon veuille prouver que là où il y a adresse pour triompher de son ennemi, il n'y a pas vertu ; si ce principe était admis, chacun le comprend sans peine, il en résulterait, pour ce qui concerne notre époque, par exemple, qu'un général n'aurait aucune espèce de mérite par cela seul qu'il aurait, je suppose, exercé son artille* rie à bien pointer. Napoléon comprenait que la bravoure ne suffit pas lorsqu'elle est opposée à la bravoure, et qu'il faut y joindre l'adresse, et quoiqu'il commandât aux troupes les plus braves de son temps, il n'aurait jamais renoncé aux ressources que l'on peut trouver dans l'habileté en ce qui concerne la tactique et le maniement des armes.

Ce qui a porté Platon à condamner l'escrime, c'est qu'il

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n'a connu, dit-il, parmi les maîtres qui professaient ce noble exercice ou parmi leurs disciples, personne qui fût devenu un grand homme de guerre. J'ignore jusqu'à quel point l'observation de l'illustre philosophe pouvait être fondée, mais je sais bien que le jugement porté par lui n'a pas été ratifié par la postérité. Alexandre le Grand, Eumène, Ptolémée, Marcius, Ânnihal, Sylla, Fabius, Marins, Sertorius, Caton, Brutus, César, Pompée, Trajan, Adrien, une foule de souverains ou de généraux de l'antiquité à la plupart desquels nous avonsdéjà attribué la part de gloire qui leur revient à ce sujet, démentent l'assertion de Platon.

Dans un autre endroit, Platon prétend aussi que la valeur n'est pas le fruit de la nature seule, mais qu'elle est surtout l'eifet de l'éducation ; Plutarque se range à cet avis. D'après cela, il me semble que Platon n'aurait pas dû avancer que l'escrime est un art inutile. En effet, comment croire que la valeur, qui s'acquiert surtout par l'éducation, doive se passer absolument de rescrime? Évidemment, s'il n'y a pas là un jugement téméraire, il y a pour le moins une contradic' tion.

Dans tous les cas, en consultant les ouvrages des auteurs anciens, on y voit les Athéniens les premiers établir des règles au sujet de l'escrime ; n'oublions pas surtout qu'ils se servaient de la pointe. Leur arme de prédilection était Tépée, ils avaient des maîtres d'armes, et cet art que Platon désapprouve, était regardé comme indispensable à l'éducation des jeunes citoyens. A leur exemple, tous les autres peuples grecs, et surtout les Macédoniens, quand ils combattaient corps à corps, se servaient de l'épée, c'est-à-dire de la pointe.

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Nous avons dit qu'Alexandre affectionnait cette arme, qu'il la maniait avec habileté.

Les lames d'épée des Spartiates n'avaient guère que quatorze ou quinze pouces de longueur , d'où l'on doit conclure qu'ils ne frappaient qu'avec la pointe. D'ailleurs nous en trouvons une preuve dans ce passage de Plularque : c< Agis » répondait à un Athénien qui se moquait des courtes épées » des Lacédémoniens, en disant que les bateleurs les ava-* » laient sur les théâtres : Cependant avec ces épées si courtes, » nous ne laissons pas de percer nos ennemis (1). » Et nous nous rappelons les paroles du roi Âgésilas à un de ses officiers qui se plaignait du peu de longueur de son glaive : c< Tu feras un pas de plus. »

Les Romains, qui cultivèrent spécialement l'escrime, étaient encouragés dans cette étude par leurs généraux ou par leurs empereurs. Trajan et Adrien daignaient instruire euxmêmes les soldats les moins expérimentés ; ils récompensaient les plus habiles, et quelquefois leur disputaient le prix de la force ou de l'adresse (2).

L'histoire romaine nous offre une foule de traits où l'épée et rescrime jouent un rôle important.

Lorsqu'après avoir renversé quarante mille Romains qui défendaient le passage de l'Allia, Brennus au pied du Capitole jetait son épée dans la balance où les descendants de Romulus entassaient l'or qui devait racheter leur patrie, Camille, s'il faut en croire Tite-Live, vint annoncer au chef gaulois que

(1) Plutarque, Vie de Lycurgue.

{2) Panégyrique de Trajan (Pline le jeune). Vie d*A(lnen.

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ce n'était pas avec l'or, mais bien avec du fer, que la ville éternelle payait sa rançon ; démarche hardie, car les Gaulois, il le savait, maniaient avec une rare dextérité la longue épée dont ils étaient les inventeurs. Camille coniprit l'importance de cette anne, et étudia non-seulement Tescrime des Gaulois, mais encore celle qu'on pouvait employer contre eux.

Le consul Publius Rutilius (vers l'an 645 de Rome) se distingua parmi ceux qui instruisirent le soldat « à manier les » armes par adresse et science, qui conjoignit l'art à la vertu : » non pourTusage de la querelle privée, ce fut pour la guerre » et querelle du peuple romain. » Celte nation s'exerçait à Tescrime avec un enthousiasme guerrier. Végèce nous dit que les victoires des Romains sont dues à ce qu'ils se servaient plutôt de la pointe que du tranchant de leur arme.

Nous trouvons dans l'histoire le récit des nombreuses preuves d'adresse données par Marcellus. C'est lui qui tua. dans un combat sincrulier, Viridonmre, roi des Gaulois ; cette victoire lui ptîrmit de consacrer dos dépouilles opimes, alors que ce droit était réservé exclusivement aux généraux qui avaient tué de leur propre main le chef de Tarmée ennemie ; et les annales do Rome no nous montrent que trois exemples de ce fait.

Les trois généraux qui consacrèrent ces sortes de dépouilles furent Romulus, pour avoir tué Acron ; Cornélius Cossus, pour avoir tué Tolumnius, roi des Toscans ; enfui (^laudius Marcellus.

Les Cimbres portaient chacun deux javelots qu'ils lançaient de loin ; et quand ils avaient joint l'ennemi, ils l'attaquaient avec leurs grandes et fortes épéos. Marins avait eu raison,

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par conséquent de tenir si fort a rexercice des armes.

Un fait raconté par Plutarque nous prouve qu'il est plus avantageux pour sa défense de se servir de Tépée que de toute autre espèce d'arme : « Tous les soldats de Darguntus^ dit cet historien, furent tués, excepté une vingtaine, qui, répée à la main, se jetèrent en désespérés au travers des eonemis pour s'y faire jour. Les Barbares furent si étonnés de cette audace, que, saisis d'admiration, ils ouvrirent leurs rang» et leur donnèrent passage.

Pompée, attaqué dans une bataille par un cavalier qui le gerrait de près, lui abattit le poignet d'un coup d'épée. Scipion eût été probablement de la même force ; car il avait étudié l'escrime avec soin, et en était grand partisan. Nous lisons à ce sujet dans Montaigne : « Le jeune Scipion dit à un » jeune homme qui lui faisait montre de son beau bou- 0 clier : 11 est vraiment beau, mon Qls ; mais un soldat romain d doit avoir plus de fiance en sa main dextre qu'en la gau-*- » che. » Végèce nous apprend que l'on exerçait les nouveaux soldats avec des boucliers d'osier et des pieux, au lieu d'épées, dont le poids était double de celui des armes ordinaires. Ainsi armés, ils s'escrimaient matin et soir contre un poteau, feignant de porter des coups tantôt sur la tète, tantôt sur la figure, menaçant les flancs ou les jambes, avançant, reculant, «'élançant, bondissant , et , comme si ce poteau eût été un véritable adversaire, ils fondaient sur lui avec impétuosité, ou ranveloppaient avec toutes les feintes que l'art leur suggérait. Seulement ils avaient soin de porter toujours les coups do manière à se couvrir le corps.

Végèce ajoute que les soldats apprenaient à se servir non

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du tranchant, mais de la pointe de Tépée ; « car non-seulement, dit-il, les Romains ont constamment vaincu ceux qui emploient le premier moyen , mais encore ils s'en sont toujours moqués. » Puis il achève de faire Téloge de Tépée , et après avoir démontré sa supériorité sur la contre-pointe , il termine en disant : « Taudis qu'on porte un coup de tranchant, le bras droit et le flanc sont à découvert , au lieu que le corps est garanti par un coup de pointe , et que l'adversaire e^t blessé avant qu*il ait le temps de s'en apercevoir. »

N'oublions pas, avant d'en finir avec l'histoire romaine, de mentionner un fait qui Ta marquée au sceau d'une originalité frappante. Nous voulons parler des combats de gladiateurs, dans lesquels l'escrime ne pouvait nécessairement qu'encourager la valeur de ces êtres infortunés , voués souvent dès leur naissance au plus misérable, au plus abject des métiers, étrangers à la société, qui ne les comptait pour rien, et que l'état ou des particuliers entretenaient à grands frais pour les faire battre entre eux ou contre des bêtes féroces.

Les gladiateurs , logés dans des maisons vastes et bien aérées appelées ludi, étaient l'objet des attentions les plus minutieuses. Bien nourris et bien vêtus , mais sans cesse exercés ; quelquefois ils étaient prêtés ou loués par leurs propriétaires pour des sommes énormes. Un gladiateur, coté, tarifé, garanti, était souvent une bonne fortune pour celui qui savait utiliser son adresse et sa vigueur.

Les Thraces combattaient avec le glaive et le bouclier ; les Mirmillons et les Reliaires, l'un avec le bouclier et une épée recourbée, l'autre avec un filet et un trident acéré ; le Mirmillon, ainsi nommé d'un mot de la langue qui signifiait

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poisson, parce que son casque était surmonté d'une figure de poisson, était vêtu d'une tunique courte à la manière des Gaulois. Il lui fallait une légèreté surprenante pour éviter ce filet redoutable que le retiaire lançait avec tant d'adresse, et sous les réseaux duquel il pouvait envelopper son ennemi. De temps en temps on l'entendait crier : c< Arrête y Gaulois; ce n'est pas à toi que j'en veux, mais bien à ton poisson. » Mais si le retiaire parvenait à joindre le mirmillon et à l'emprisonner dans ses mailles fatales , il perçait de son trident et immolait facilement son adversaire, qui se débattait en vain. Od voyait encore bien d'autres variétés de gladiateurs ; on avait les Homoplaques , armés de toutes pièces ; les Dima-chèresy avec un poignard à chaque main : les Essédaires^ montés sur des chars ; les Andabates , à cheval et les yeux bandés ; les Laquéaires^ armés seulement d'un nœud coulant dont ils s'eiTorçaient d'étrangler leur adversaire ; les Bestiaires, destinés à combattre contre les bètes féroces. Une fois lâchés par la i^orledw podium, au milieu de l'arène, ainsi nonunée parce qu'elle était couverte d'un sable fin appelé arena, ces hommes ne s'appartenaient plus ; ils étaient tout entiers au peuple, qui exerçait sur eux le droit de vie ou de mort.

Aux jeux de Pompée, on vit deux chasses en cinq jours ; dans la première on tua cinq cents lions et un très-grand nombre d'autres animaux; dans la dernière, les éléphants parurent ; ils semblèrent se plain(}re , et implorèrent la pitié des spectateurs par des cris lamentables. Le peuple en fut touché au point de verser des larmes et de maudire un instant son idole ; mais ce même peuple ne pleurait point pour un

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esclaye déchiré par une bète féroce , ni pour un gladiateur yaincu ; au contraire, au moment où le malheureut sentait le fer pénétrer dans son flanc^ l'assemblée s'écriait aye6 une joie barbare : « // en tient. 30 Alors , si le blessé demandait grâcCi tous les assistants , élerant la main arec le pouce étendu, faisaient retentir le cri sinistre : Reçois le fer : recipe ferrum. Puis survenaient des esclaves qui saisissaient avec des crocs le cadavre du malheureux, et le traînaient dans les caves où l'on cachait le corps de ceux qui avaient péri de ia même manière. Il arrivait rarement que^ saisi d'unes compas^ sion inusitée, le peuple levât la main avec le pouce plié, efi signe de salut.

Le serment des escrimeurs à outrance, rapporté parMoiH taigne, contenait ces promesses jurées solennellement : «Nous jurons de nous laisser enchaîner , brusler, battre et tuer de glaive, et de souffrir tout ce que les gladiateurs légitimes souffrent de leur maître , engageant très-religieusement le corps et râmc k son scrviccî. »

c< C'était en vérité , ajoute l'auteur des Essais , un merveilleux exemple, de très-grand fruit pour l'instruction du peuple à Rome, de voir tous les jours, en sa présence, cent, deux cents, voire mille couples d'hommes armés les uns contre les autres, se hacher en pièces , avec une si extrême fermeté de courage, qu'on ne leur vist lascher une parole de foiblesse ou commisération , jamais tourner le dos , ny faire seulement un mouvement lasche pour gauchir un coup, etc. . . »

Après tout ce que nous avons dit, on ne saurait trop s'étonner que cet art , si cultivé par les Romains au temps de la républkiue et sous les empereurs , c^t art, auquel ils avaient

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dû la plupart de leurs nombreux triomphes, ait été négligé entièrement dans la décadence de Tempire , et tout à fait oublié après la destruction de cette immense puissance. Aussi faulr-il renoncer à en retrouver les vestiges chez les peuples nouveaux qui se constituèrent au commencement du moyeu âge-

Je crois que Tescrime ne fut pas assez en honneur pendant l'anarchie du monde féodal et pendant les siècles où régna la chevalerie. Les pages, varlels ou damoiseaux ne s'exerçaient guère qu'à lancer la pierre ou le javelot, et les jeux militaires des écuyers consistaient à courir avec la lance ou à jouter contre la quintaine dans les joutes, castilles, pas d'armes^ combats à la foule, tournois et autres amusements de la chevalerie. On employait ordinairement la lance, et »i Ton se servait de l'épée, c'était pour en frapper de toute sa force son adversaire, aOn de briser son heaume ou son armure, et le mettre par là hors de conjbat.

L'histoire des croisades nous présente un assez grand nombre de faits d'armes sur lesquels il est bon de s'étendre.

Tout le monde connaît les exploits de Tancrède, ceux du duc de Normandie, qui, d'un seul coup de sabre fendit la tête de sou ennemi jusqu'à l'épaule, et retendit à ses pieds. Quelques historiens des croisades prétendent encore que Godefroy de Bouillon pourfendait un homme, et le môme fait est attribué à l'empereur Conrad au siège de Damas. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir toute l'exagération de ces récits. Le roi d'Angleterre^ avec une troupe de braves, affronta, en Orient, sept mille cavaliers musulmans, se jeta au milieu d'eux, et d'un coup de sabre renversa le chef des Sarrasins,

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qui restèrent immobiles de surprise et d'effroi. Eh bien! tous ces exemples dous prouvent que ces hommes de guerre préféraient la force à toute autre qualité. Quant à l'adresse, ils la réservaient de préférence pour le maniement de la lance, avec laquelle ils visaient fort habilement au défaut de la cuirasse ou de la visière.

Au commencement du seizième siècle, Tari des armes était cultivé par les Italiens, sous les dénominations d'espadon, d'estocade, et à'estramaçon, tandis qu'un faux point d'hon* neur, créé par les préjugés chevaleresques, le bannissait de la cour belliqueuse de François V% et le faisait regarder comme un art méprisable. Aussi Montaigne nous dit^il (1) que, dans sa jeunesse, la noblesse fuyait la réputation de bon escrimeur, et il semble lui-même approuvée oe seatiment quand il écrit que l'honneur des combats consiste en la jalousie du courage et non de la science.

Cette opinion de l'ancienne noblesse ne me paraît pas le moins du monde raisonnable. Les nobles s'exerçaient à une foule de luttes, tournois, barrières, etc., et l'habitude de ces sortes d'exercices leur donnait de grands avantages sur ceux qui n'étaient pas accoutumés aux mêmes travaux. Pourquoi donc alors avoir négligé l'escrime? Il me serait peut-être facile d'en deviner le motif. Pour bien faire des arn>es, il faut exercer son esprit ; mais la noblesse ignorante et grossière du moyen âge dédaignait tout ce qui ressemblait à une application, à une étude. Et il n'est pas étonnant que ces gentilshommes, dont un fort petit nombre savait lire, refusassent

(1) Liv. Il, chap. 26.

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d'étudier un art dont la pratique demande l'exercice du jugement, du tact, et de toutes nos facultés intellectuelles.

Le préjugé dont Montaigne subit l'influence ne fut entièrement déraciné que vers le milieu du dix-septième siècle. Déjà sous Charles IX quelques salles d'armes avaient été établies en France. D'Aubigné (1) raconte une discussion assez vive qu'il eut avec M. de Ségur dans la salle où la jeunesse qui composait la cour du roi de Navarre faisait des armes. Henri III était un des meilleurs tireurs de son temps, et ses mignons, ainsi que les gentilshommes de l'époque, pratiquaient l'escrime avec habileté. C'est surtout à Henri lY, qui, aux journées de Centras, d'Arqués et d'Ivry, se précipita, l'épée à la main au milijQi des lances ennemies, que l'on doit d'avoir vu rétablir dam scAf ancien étal une arme depuis longtemps dédaignée. Enfin Louis XIV, en relevant, par de sages concessions, la profession de maître d'armes, fit de l'escrime une science réellement digne, honorable, qui dès lors devint une des parties importantes de l'art militaire.

Nous avons dit à quel propos Frédéric le Grand réforma sa cavalerie et quel genre d'escrime il lui fit adopter (2); cependant la cavalerie prussienne, qui, grâce à ses soins assidus et à une instruction sérieuse, devint l'une des meilleures de l'Europe, n'égala jamais la cavalerie française ; et si à la bataille de Rosbacb (6 novembre 1757), où Frédéric défit, par une ruse de guerre, les armées française et impériale, le marquis

(1) Mémoires de Théodose Agrippa d*Aubigné.

(2) Dans mon voyage à Beriin j'ai pu m'assurer que Tart des armes, sans y être précisément bien enseigné, y était cependant beaucoup cultivé.

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de Castries, à la tète de notre cavalerie, enfonça et dispersa les escadrons prussiens, on ne doit attribuer ce succès qu'à la supériorité des cavaliers français à l'arme blanche (1).

Frédéric le Grand, qui, en fait de didactique et de guerre^ était pour le moins aussi compétent que Platon et Montaigne, répétait souvent :

La valeur sans adresse est tôt ou tard trompée. Exercez votre bras à manier Tépée.

Dans les premières guerres de la révolution, la plupart des hommes dont se composaient les troupes républicaines ignoraient les notions les plus simples de l'escrime; mais les chefe de corps étaient trop éclairés pour ne point sentir la nécessité de dresser la cavalerie au maniement de l'arme blanche, et bientôt il s'établit dans chaque régiment des salles d'armes où, à l'exemple des Romains, on enseigna aux soldats à se servir delà pointe. Cet usage fut constamment suivi sous Napoléon, qui n'eut jamais à se repentir d'avoir compté sur la bravoure et l'adresse de ses troupes. C'est ainsi que la cavalerie du brave Latour-Maubourg se couvrit de gloire sous les murs de Dresde, dans la fameuse journée du 27 août 1813; nous lui dûmes la victoire (2).

Pendant les guerres de l'empire, les bulletins de nos armées, les militaires les mieux instruits, les hommes les plus compétents, ne cessèrent d'exalter la supériorité de notre cavalerie sur celle de nos ennemis; les revers qui suivirent

(1) Los souverains du Nord imitèrent son exemple, ot se hâtèrent de répandre dans leur cavalerie la connaissance de la contrepointe.

(2) Fain, Manuscrit de 1813. — Norvins, Portefeuille de 18l3. — Koch, Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1814.

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dos Yictoires ne inodiflèrent en rien ce jugeitient (1); d'où pouvait donc provenir celte incontestable supériorité? De Tamoor de la patrie? Mais, pendant presque toute la durée de retnpire^ nos armées étaient conquérantes et n'avaient point tour pays à défendre. De la confiance qu^on avait dans le gé&ie d'un homme extraordinaire? Cette considération pdu^ vilt beaucoup, sans doute, mais au milieu de la mêlée, ni celtil qui attaque montre de la résolution, celui qui se défend puisé dans son désir de se soustraire à la mort une singulière énergie, et, comme à Rosbacb, cette supériorité de la cavalerie frtiDçaise résultait de son adresse à l'arme blanche.

Notre marine actuelle doit à son habileté à se servii' de Tanne blanche la ^flupart des nombreux succès qu'elle obtient. L'empereur Alexandre répondit à un matlre d'arnles français qui était allé lui offrir ses services : « La bravoure roMe n'a pas besoin de cela. »

Quelque temps après, il eut la bonne foi de reconnaître la hardiesse de ses paroles. Aussi il écrivit de l'armée qu'on eût à réunir tous les maîtres d'armes français qui pouvaient être à Saiut-Pétersbourg, et qu'on leur donnât des élèves pris dans tous les régiments de la garde. Bien plus, il permit que ceux qui étaient attachés à un corps quelconque, soit à celui des cadets à Pétersbourg, soit à un régiment de la garde ou de l'armée, pussent recevoir des grades comme s'ils avaient eu un service effectif. J'ai connu, en Russie, des

(I) Je pus Térifier plus tard, par moi-même, toute la Téracité de cette assertion. Dans un voyage accompli il y a déjà quelques années, je parvins à me convaincre que Tescrimc était (à cette époque du moins) encore en enfance chez les nations du Nord.

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maîtres d'armes qui étaient capitaines, majors, colonels et décorés de plusieurs ordres.

Les Hongrois et les Polonais sont habiles dans le maniement des armes ; les Polonais surtout, dont la bravoure bouillante nous rappelle la furia francese, passent pour être fort adroits à manier la lance ot le sabre. Les journa^ux français ont rapporté, à ce sujet , à diverses époques, des faits vraîr ment extraordinaires.

EnGn, la science de l'escrime est aujourd'hui si uniiersetr lement répandue qu'il serait superflu d'avoir recours à des faits pour démontrer cette vérité. Disons, toutefois, que l'étude de cet art fait partie de l'éducation des princes, et que tous les souverains de l'Europe en font apprendre à leurs enfants les utiles préceptes.

L'escrime a donc un avantage réel, et nous n'hésitons pas à écrire le chapitre suivant pour établir sa supériorité, comme moyen intellectuel et hygiénique, sur les autres exercices du corps.

DE UAVANTAGE DE UESCRIME

L*exercice est une dei meilleures proTisions de sauté.

(Bacon.)

Ce n'est pas assez de lui roidir Tàme^ il faut aussi roidir les muscles.

(Montaigne.)

(( Vouk'7-vous donc cultiver riutelligence de votre élève, cultives lei » forces qu'elle doit gouverner. Exercez continuellement son corps, » rendez-le robuste et sain pour le rendre sage et raisonnable ; qu^il » agisse, qu'il coure, qu'il crlci qu'il soit toujours en mouvement, » qu'il &uit homme par la vigueur, et bientôt il le sera par la raison.

(Rousseau.)

« Les exercices du corps en plein air rapprochent l'homme de sa consti- » tution primitive, et donnent moins de prise aux causes qui tendent » ù lui créer cette incommode seusibilité, mère commune de toutes » les névroses. >>

(Brgcssais.

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