SUR L'ESPRIT ET LA SANTÉ
Avant d'aborder les considérations à développer dans ce chapitre, nous pensons n'avoir pas besoin de répéter combien tous tes exercices corporels sont utiles pour entretenir et augmenter les forces et la santé. Tout le monde sait quelle influence délétère exerce sur nos organes et notre constitution une vie inactive et déréglée. Ce serait une superfétation de chercher à démontrer les avantages obtenus par la pra^tique de la gymnastique. 11 n'est personne qui ne soit aujourd'hui parfaitement convaincu de l'importance de cet art, auquel le gouvernement et les familles prodiguent chaque jour les encouragements les plus flatteurs.
Une des choses ou plutôt un des contre-sens qui ont le plus frappé tous ceux pour lesquels l'hygiène a été l'objet d'une
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étude coDscieucieuse et réfléchie a été le mode suivi dans les soins donnés aux enfants dès leur bas âge, et la manière antinaturelle dont on a dirigé l'instruction de la jeunesse.
Nous ne venons pas ici reproduire les lignes de Rousseau dans Y Emile ; nous ne nous élèverons plus contre les liens dont on garrottait et Ton garrotte encore en certaines localités les enfants. Faire le procès au régime universitaire ne peut pas non plus entrer dans notre plan ; mais, en vérité, puisque maintenant la science et les lettres assurent seules la prééminence, puisqu'il faut acquérir l'une ou cultiver les autres de bonne heure, aGn de se créer une position, aujourd'hui si difficile à conquérir, ne pourrait-on donc pas combiner l'instruction des enfants des deux sexes de manière à ne pas négliger le corps aux dépens de l'esprit, qui souvent perd une partie de ses facultés par l'oubli des exercices physiques?
Un immense progrès a été fait déjà ; Ton a compris, en partie du moins, les résultats que pouvait avoir le passage brusque de l'enfant sortant de la maison paternelle ou des écoles dans lesquelles ses études premières étaient en rapport avec ses forces, pour entrer dans la voie régulière d'un collège ou d'une institution. On a vu que l'enfant auquel on avait permis, aQn de développer ses forces, de se livrer aux amusements comportés par son âge, devait, aux dépens de sa santé, se voir assujetti aux règles nécessairement sévères d'un établissement de l'université. La gymnastique a été introduite, mais pas assez largement. Le temps des études littéraires n'est pas en harmonie avec celui des exercices corporels, et nous avons entendu bien souvent des praticiens distingués, des hommes d'une réputation européenne, entre
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autres le docteur Lallemaud, membre de l'Institut, se plaindre devant nous de ce régime anti-hygiénique suivi dans les institutions.
On a fait de la gymnastique, et nous entendons par ce mot escrime, natation, équitation, voltige, etc., un enseignement complémentaire, une espèce de luxe d'éducation. C'est un tort grave aux yeux des savants consultés par nous, et nous leur avons toujours entendu dire : Mens sana in corpore iono; paroles, disaient-ils, qu'on pourrait traduire : Esprit vif dans un corps agile.
Nous ferions un immense volume si nous voulions consigner les doléances de tous ceux qui ont négligé les travaux gymnastiques pour se donner une vie inaciive, alors que les maux de toutes sortes viennent s'asseoir à leur chevet, ou qui, après avoir suivi quelque temps une bonne direction, ont abandonné les exercices corporels. Les conseils utiles ont été méconnus, et l'on se ressouvient avec douleur de la maxime du médecin de Stockholm, qui présentait comme préservatif de presque toutes les maladies rEXBRCicB et 1' activité (1).
Un homme célèbre, a dit avec raison : Les travaux rus-tiques sont les premiers cuisiniers du monde (2). Mais ce
(i] Tous les médecinB partagent cette opinion; mais ils ne disent pas atset aux personnes qui souffrent, de la goutte par exemple, que Ton n*a jamais vu cette maladie cruelle atteindre un professeur ou un amateur d*e8crime qui a toujours continué les exercices de cet art.
(2) Alexandre répondit à la reine Ada, qui lui envoyait des présents et des serviteurs choisis dans sa propre maison, qu*il n*avait que faire de toat cela et qu*îl avait des cuisiniers beaucoup plus excellents, qui lui avaient été donnés par son gouverneur, l'un pour le dîner, c'était de beaucoup marcber avant le point du jour, et l'autre qui lui apprêtait un meilleur souper, c'était un dtner fort sobre.
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mot, qui ne s'applique qu'à ua seul d« nos oignes, peut avoir, selon nous, une plus grande étendue. L'activité, Texercice, ces deux préservatifs contre une foule de maux^ ont pour résultat de fortiûer simultanément toutes les parties de notre système ; et sans rappeler les mille exemples cités par les auteurs sur les prodiges de force et d'agilité dus aux ej^ercices de la gymnastique, sans mentionner l'homme aban* donné dans une tle déserte, qui prenait les chèvres à la course, nous renfermant dans notre monde, nous rappellerons M. de La Boëssière, le célèbre professeur de Saint- Georges, donnant encore des leçons d'escrime à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.
Nous lisons dans Montaigne : c< Ce n'est pas. raison de
nourrir un enfant au giron de ses parents
Ils ne le sauroient souffrir revenir suant et
poudreux de son exercice, boire chaud, boire froid, ny le voir sur un cheval rebours, ny contre un rude tireur de floret au poing, ou à la première harquebusade. Car, il n'y a remède, qui en veut faire un homme, sans doute il ne faut
espargner en ceste jeunesse
Ce n'est pas assez de roidir l'âme, il faut
aussi roidir les muscles ; elle est trop pressée si elle n'est secondée ; et a trop à faire de seule fournir à deux offices. »
Plus loin, le même auteur parle en ces termes des exercices salutaires auxquels se livrait son père : a J'ay veu encore des cannes farcies de plomb, desquelles on dit qu'ils s'exerçoit les bras pour se préparer à ruer la barre, ou la pierre, ou à l'escrime ; et des souliers aux semelles plombées, pour s'alléger au courir et à sauter. Du prim-saut il a laissé
DE («'iVAIfTAGE DE l'eSGRIME. 171
en mémoire des petits miracles. Je Tay veu par delà soixante ans se mocquer de nos allégresses ; se jeter avec sa robe fourrée sur un cheval \ faire le tour de la table sur ses pouces, ne monter guère eu sa chambre sans s'eslancer trois ou quatre degrez à la fois. »
* HAtons^nous d'ajouter maintenant que l'exercice en général, et celui de l'escrime en particulier, est, pour les gens de guerre, d'une incontestable utilité.
Notre gouvernement l'a compris, tous les ministres qui se sont succédé au département de la guerre ont encouragé les gymnases militaires. Au moment où nous écrivons ces lignes, nous trouvons, dans un journal spécial (i), le compte-rendu d'une solennité qui prouve le haut intérêt attaché par M. Moline de Saint-Yon aux écoles dont le colonel Amoros fut le fondateur en France. Nous reproduisons l'article de ce journal qui vient à l'appui de notre assertion.
— Le H juin, a eu lieu au gymnase normal du colonel Amoros la distribution des prix aux élèves militaires qui se sont distingués le plus dans ce dernier semestre, ainsi qu'aux élèves civils.
— La salle était remplie de spectateurs choisis, rassemblés peur cette intéressante solennité, et d'élèves du Gymnase.
— Les trois officiers qui ont suivi le cours, MM. Allègre, Aster, Huron et dix sous-ofQciers à qui des prix avaient été précédemment décernés, assistaient à cette séance qui a été ouverte par un discours prononcé par l'un de MM. les officiers commandant les détachements, discours aussi remar-
(1) Moniteur de Tarmée du 15 juillet 1S46.
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quable par son style simple et élevé que par les justes appréciations et par l'intérêt des faits.
— M. Roosmalen, le savant professeur dont l'éloquence est connue, lui a succédé, et, dans une allocution plus développée, a exposé les avantages de la méthode Amorosienne, et a rendu à son auteur une justice à laquelle les applaudis-* sements de la salle entière se sont associés.
— Les prix ont ensuite été distribués. Mention seulement a été faite, avant l'appel des élèves civils couronnés, des prix décernés aux militaires. Les sergents Eymard et Gariot ont été déclarés les plus habiles et les plus forts ; les sous-officiers Setz, Bustin, Geay, Mougenot, Amphytéjus et Armand les ont suivis de près dans le développement de leurs facultés, ce qu'ils ont prouvé en faisant un grand nombre d'exercices difficiles, en donnant plusieurs assauts et en franchissant divers obstacles avec une admirable énergie.
— Les mouvements élémentaires accompagnés de chants et des luttes ou des applications de différents genres de forces ont été également exécutés et ont inspiré un vif intérêt ; les militaires surtout brillaient par la régularité et l'ardeur qu'ils mettaient à les accomplir. L'impression que ces diverses preuves de Thabileté de tous ces élèves a produite a été manifestée par des applaudissements réitérés, et chacun est sorti convaincu des semces que de pareils hommes peuvent rendre à l'armée et à l'humanité en général.
— Parmi les élèves civils qui ont obtenu des prix, nous avons remarqué les noms de Trévise, Foy,Colbert,Grammont, Pelet, Noailles, Vielcastel, Beaumont, etc., etc., qui prouvent que la méthode Amorosienne est justement appréciée dans les
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plus hautes classes ainsi que dans les classes moyennes. C'est la consécration de cette méthode féconde en bienfaits et dont l'art de la guerre doit spécialement retirer de grands avantages.
Les filles de Sparte, si nous en croyons Thistoire, s'exerçaient comme les garçons aux jeux militaires, non pour aller à la guerre, mais pour porter un jour des enfants capables d'en soutenir les fatigues. Une fois mariées, les filles lacédémoniennes cessaient de se livrer à ces mâles occupations.
Tous les auteurs anciens s'accordent à reconnaître que les peuples qui se sont adonnés aux exercices gymnastiques ont été les plus aptes à supporter toutes les privations que la guerre entraîne avec elle. C'est ainsi qu'on explique les prodiges accomplis par les Grecs dans l'immortelle retraite des dix mille. Les Romains avaient aussi compris cette vérité et la mettaient en pratique. Ainsi, nous voyons que les généraux de l'antiquité, auxquels la postérité a décerné le titre de grands capitaines, propagèrent dans les armées qu'ils eurent à commander le goût des exercices gymnastiques et de l'art des armes. Parmi ces généraux, Tbisloire place les noms d'Alexandre, de Coriolan, de Marins, de Métellus, de César, etc.
Quand il était en marche et qu'il n'était pas fort pressé, Alexandre s'exerçait toujours chemin faisant ou à lancer le javelot ou à monter sur un char et à en descendre pendant qu'il courait le plus rapidement. 11 dit un jour devant ses généraux qu'il s'étonnait que des hommes qui s'étaient trouvés à tant de combats, et qui avaient donné des marques de valeur dans de grandes batailles, ne se souvinssent plus que
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ceux qui avaient beaudoup travaillé et fatigtié donnaiedt d'ttt sommeil plus doux que les lâches et les paresseux; et il ajoutait : <x Comment, si tous comparez votre manière de vitre avec celle des Perses, ne vous apercevez-vous point qu'il n'y a rien de si servile que de vivre dans la paresse et dans les délices, et rien de si loyal que de travailler? Et peutHHt n*i^ maginer que celui-ci prendra la peine de panser hii-mèmd son chevaU de nettoyer sa pique et fourbir son casque, qui, par une fantaisie délicate et dédaigneuse, a perdu Thabitade d'employer ses mains à nettoyer son propre corps, qui lui est pourtant plus cher que lout le reste? Ne savez-vous pas que ce qui assure nos victoires, c'est de ne pas faird ce que font les peuples que nous avons vaincus?
I^ natation fut peut-être le seul exercice du e-orps auquel Alexandre craignit de sô livrer; sans doute par suite de cette antipathie, plus forte que la volonté chez certains individus et qui leur inspire pour l'eau une frayeur qu'ils sont impuissants à dominer.
Au siège d'une ville de l'Asie, Alexandre vit que ses Macédoniens craignaient d'approcher de la place, défendue par un fleuve très-profond qui baignait ses murailles; il se présenta alors sur la rive : « Misérable que je suis, s'écria-t-il, pourquoi n'ai-je pas appris à nager ! »
c( Marcius, dit Plutarque en parlant du vainqueur de Coriole, forma et dressa si bien son corps à toutes sortes d'exercices et de lices, que dans les véritables combats il était toujours invincible. »
En entrant au service, Marins avait embrassé, sans la moii>' dre peine^ la nouvelle discipline introduite dans les armées
DB l'atantage de l'esgrime. 175
par ScipioUy lûi*sque celui-ci avait remplacé, par une vie dure et frugale, la vie molle et somptueuse qui les corrompait. Devenu général, Marins exerçait les troupes jusque dans leur marche, habituant le soldat à faire toutes sortes de cour* ses et de longues traites. S'agissait-il du maniement des armes, Marins était le premier à exécuter les ordres qu'il pouvait donner à ce sujet, car en cela il était fort adroit ; il n'y avait pas d'homme qui eût le corps mieux exercé que lui, et il surpassait tous les autres en courage et en audace. Dans ses vieux jours, cet homme extraordinaire avait conservé les mêmes goûts, les mêmes habitudes. Poussé par Tambition, il gourmandait sa vieillesse et sa faiblesse; il descendait chaque jour dans le champ de Mai*s. Il s'exerçait avec les jeunes gens les plus robustes, et montrait un corps léger et adroit aux armes.
Les Romains ayant été vaincus dans une bataille et mis ed déroute, Sertorius, qui avait eu son cheval tué sous lui, et qui était lui-même blessé, se jeta à la nage dans le Rhône, et tout armé qu'il était de sa cuirasse et de son bouclier, il nagea longtemps contre le courant, et traversa euDn le fleuve, tant il avait le corps robuste et endurci à toutes les fatigues par l'exercice et le travail. Sertorius ne s'était jamais adonné au vin ni aux plaisirs de la table, même pendant ses loisirs, et il s'était accoutumé de bonne heure à supporter les plus grands travaux, à faire de longues marches, à passer plusieurs nuits de suite sans dormir. -^ a Rien ne contribuait tant, dit encore Plutarque, à rassurer et à encourager les troupes, que de voir le grand Pompée, à l'âge de cinquante-huit ans, s'exercer encore à pied tout armé, monter ensuite à cheval,
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tirer Tépée facilement en courant à tout bride et la remettre avec la même aisance dans le fourreau ; lancer le javelot, non-aeulemeut avec plus d'adresse et de justesse que les au* très, mais avec plus de force, en Je poussant à une distance dont les plus jeunes et les plus vigoureux pouvaient à peine approcher. »
César s'exposait le premier aux plus grands périls, et ne s'exemptait d'aucun des travaux de la guerre. 11 faisait avec ses soldats tous les exercices du corps. César avait cependant un tempérament faible, ce qu'indiquait assez sa peau blanche et délicate ; il était grêle de corps, de plus, sujet à de grands maux de tête et à des attaques d'épilepsie. Mais bien loin de tirer de ces fâcheuses indispositions un prétexte pour vivre dans la mollesse, il chercha au contraire dans la guerre un remède à ses maux, en les combattant par de longues et fréquentes marches, par un régime simple et frugal, par rhabilude de coucher en plein air, et d'endurcir par là son corps à toutes les fatigues. — César était adroit dans le maniement des armes, et très-habile en équitation, exercice qui lui était devenu très-familier par l'habitude : ainsi, il s'était accoutumé à pousser des chevaux à toute bride, en tenant ses bras croisés derrière son dos.
Plutarque nous raconte en ces termes un des épisodes de la guerre d'Egypte :
— « Les Égytiens accoururent de tous côtés pour l'envelopper (César) ; mais il se jeta à la mer, et gagna à la nage ses galères avec beaucoup de peine et de difficulté. On dit qu'alors il tenait par hasard quelques papiers, qu'il les garda toujours sans les abandonner, les tenant d'une main au-des-
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SUS de Teau, pendant qu'il nageait de l'autre, quoiqu'il fût exposé à tous les traits des ennemis, et obligé de plonger souvent. y>
Gaton fortifiait son corps par les exercices les plus pénibles en s'accoutumant à supporter les chaleurs les plus excessives, les glaces, les neiges, et tous les frimas de l'hiver, la tète toujours découverte, et à voyager toujours à pied en toutes saisons.
• Antoine cultivait avec succès tous les exercices militaires ; la simplicité de son costume, sa tournure martiale l'avaient fait chérir de ses soldats. H avait sa tunique ceinte fort bas, une large épée pendue à son côté, et par dessus, une cape fort grossière. Dans une de ses campagnes, Antoine fut un exemple merveilleux pour tous ses soldats, qui, après l'avoir vu vivre dans le luxe, dans les délices, et dans la plus grande abondance, le virent boire sans peine de l'eau corrompue et se nourrir de fruits sauvages et de racines.
Tous les grands hommes que nous venons de citer pratiquaient donc les exercices gymnastiques ; ajoutons que la plupart d'entre eux, surtout le roi de Macédoine, s'étaient fait, dans le maniement des armes, une réputation d'habileté incontestable. — Plusieurs faits historiques nous prouvent encore que la science qui consiste à se servir de l'épée était, dans l'antiquité, l'objet d'une étude sérieuse, et fut plus d'une fois d'un utile secours à ceux qui s'y adonnaient. — Dans une des batailles livrées en Asie, Alexandre avait à la main une épée très- légère et d'une trempe admirable, que le roi des Citiens lui avait donnée, et qu'il portait dans les oombats; car, ainsi que l'observe Plutarque, il aimait particulièrement
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à se servir de l'épée. — Le mèaie historien parle d'unceilaiii Rœsacès qui tomba mort aux pieds de son cheval d'un coup d*épée qu'Alexandre lui donna. Co ne fut pas le seul enqemi nois à mort de la mùme manière par cet intrépide mouarque, qui dans toutes les occasions payait de sa personne,
Avant d'arriver à commander des arméesi Eumène, de la ville de Cordia, n'était qu'un pauvre homme que la misère avait réduit à être routier dans la ChersonèsedeThrace; néanmoins il s'était fait à lui-même son éducation et était devenu fort instruit dans les lettres et dans tous les exercices du gymnase ; il maniait répéefort habilement. Dans une bataille, il se rencontra avec Néoptolème ; les deux adversaires s'atta^ quôrent avec furie et Unirent par se prendre corps à corps. Pendant qu'ils se tiraillaient do cette nianièrei leurs chevaux se dérobèrent sous eux ; ils tombèrent tous deux à terre sans lâcher prise, et leur conibat devint une lutte désespérée. Néoptolème se releva le premier ; Eumène, profitant de ce moment, lui coupa le jarret, et se releva lui-môme aussitôt. — c( Jamais, dit-il (luelques instants après ce combat, je pe reconnaitrai personne plus fort que moi tant que je serai maître de niun épée. » — Il n'y avait point de combat auquel le (M'?lèbi'o Marcellus lUi tVit très-exercé et très-adroit; mais il se surpassait lui-même, et était surtout redoutable dans lus combats singuliers; jamais il ne refusa aucun déli, et fut toujours vainqueur. En Sicile, voyant son fière Atacius en danger, il le couvrit de son bouclier, tua tous ceux qui se jetaient sur lui, et lui sauva la vie.
Métellus et Pompée se servaient de l'épée avec une hab leté fort rare. Ce dernier général avait soin, ainsi que Cés«
m l'avantagk de l'escrime. 179
dedouoersur ce pointa ses soldats une instruction sérieuse. Au combat de Pyrracbium, le centurion Cassius Scéva, qui pornbaltajt contre Pompée, ayant eu un œil crevé d'un trait, l'épaule percée d'un javelot, la cuisse traversée d'un autre, ayai)t reçu, en outre, sur son bouclier, cent trente coups, appela les ennemie comme pour se rendre. Peux d'entre eux f^'^tf^nt fipprocbés, il abattit l'épaule de l'uq d'un coup d'épé9f blps^ l'autre au visage, et lui fit tourner le dos. C^usiqs, sepouru par ses compagnons, eut le bonbeur de s'échapper.
Lorsqu'à la bataille de Pharsale on en vint auî^ épées, il y eut un grand carnage ; comme Cra^sanius, un des officiers do César, poussait toujours en avant, renversant tout ce qui osait lui faire tête, un soldat de Pompée, l'attendant de pied ferme, lui porta un si grand coup d'épée dans la bouche, qu'il le perça d'outre en outre, et que la pointe sortit derrière |a puque.
On se rappelle que c^est surtout à )a manière dont les sold^ts ide César firent usage de leurs épées qu'ils durept leur victoire à Pharsale. L'aile gauche des pompéiens se composait d'une i)ombreuse cavalerie; c'étaient, pour la plupart, de jeuqes patriciens, des chevaliers couverts d'armes élincelantes, mais peu aguerris, et renommés seulement par leurs succès BU galanterie, a Ces beaux danseurs, si fleuris, dit César, qui ordonna aux siei)s de frapper les ennemis au visage, tiendront k conserver leur beauté, et n'auront pas le courage de soutenir Técl^ de vosjf^rmes que vous fere;e briller si prè^ de leurs yeux, p En effet, les jeunes cavaliers de Pompée, fort novices à toptes sortes de coflsb^ts, et pncqf^ N^oips f§its à cette sorte
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d'escrime, à laquelle il ne s'attendaient pas, n*osèrent ni parer ni soutenir les coups qu'on leur portait aux yeux ; mais, détournant la tète, ou se couvrant le visage avec les mains, ils plièrent d'abord, et prirent honteusement la fuite.
Au moyen âge, la pratique de la gymnastique, les exercî* ces militaires, l'art de l'escrime tiennent une large place dans l'éducation de la jeunesse, comme nous le prouvent l'histoire de la chevalerie et l'usage alors si répandu des tournois. Il serait superflu de présenter à ce sujet au lecteur un ensemble de considérations qui ne seraient peut-être plus pour lui d'un grand intérêt. Après tout ce qui a été écrit sur la chevalerie et sur les combats qu'elle livra, après l'immense publicité donnée à tous ces détails de mœurs et d'histoire dont la connaissance est aujourd'hui si universellement répandue, nous aimons mieux garder le silence, et éviter des redites. Nous nons contenterons de remarquer que l'arme si noble de l'époe fut, pendant tout le moyen cage, Tobjetd'un culte presque religieux de la part des hommes de cœur qui surent s'en servir loyalement pour la défense des intérêts les plus sacrés.
Les noms de Joyeuse et de Durandal donnés à leurs épées par Charlemagne et Roland, celui de Tisona donné par le Cid à la sienne, viennent à l'appui de nos paroles; alors, un guerrier illustré par de hauts faits d'armes n'était jamais enseveli sans la fidèle compagne de ses exploits. Le Cid et Bertrand Duguesclin, obtinrent cet honneur. Le premier mol que dit Jeanne d'Arc à Charles VU est qu'elle ne peut rien contre les Anglais si on ne lui donne avant toute chose une épée qui est enterrée dans le monastère de Sainte-Catherine de Fier-
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bois (1). Bayard, frappé à mort, tint, en expirant, les yeux fixés sur la poignée en croix de son épée, dont la forme lui rappelait l'image de notre salut.
Mais avant de démontrer comment l'exercice de l'escrime donne une nouvelle vie à l'intelligence et à l'esprit, nous reviendrons encore sur l'influence qu'elle exerce sur le corps (2), et, recourant aux lumières d'un de nos amis, membre distingué de la faculté de médecine de Paris, nous publierons les notes que nous devons à son affectueuse complaisance. On y trouvera la réunion des deux avantages corporels et spirituels que présente l'escrime.
L'escrime serait indigne du rang honorable qu'elle occupe si elle se bornait à fournir au génie de la destruction une puissance nouvelle; mais il nous serait facile de prouver que, comme tous les arts nés de la réflexion, elle n'est pas étrangère aux nobles sentiments, et qu'elle concourt pour une assez large part à l'amélioration physique et morale ; aussi l'hygiène et la philosophie sont-elles ses compagnes : l'une et l'autre s'en emparent, et toutes deux savent en faire une heureuse application.
De tout temps les peuples ont possédé certains exercices réglés par les nécessités de climats, de température et de coutumes dominantes, qui ont servi puissamment à les doter d'hommes forts et sains de corps, modérés dans leurs mœurs, et alliant le courage à la dignité. La lullCj la course, le jeu
(1) Quelques historiens prétendent que cette épée réclamée par Jeanne d'Arc était celle que portait Charles Martel à la bataille de Poitiers.
(?) Le célèbre docteur Tronchet envoyait des vieillards faire des armes chez M. de La Boôssière.
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depûlestre, les combats à armes courtoises des 6i*ecs et des Romains, les tournois et carrousels du moyen âge, exigeaient des préparations que d'habiles maîtres formulaient ed théories, afin de régler leur pratique aux besoins du temps et de l'homme.
Il y a quelques années encore, les gentilshommes faisaient leur académie, et les bourgeois leur empruntaient, avec le droit do porter l'épée, Tart de s'en servir. Pendant ([Uelque temps, l'escrime a été négligée ; aussi voyait-on Id bourgeoisie et la noblesse s'étioler et s'appauvrir, tandis que beaucoup d'hommes appailenant à cerlailies divisions de la classe ouvrière déployaient une grande force musculaire, et jouissaient d'une santé robuste. Maçons, charpentiers, menuisiers, etc., tous ces hommes que les rudes triivaux du dehors exercent daiis le sens de leur organisation, puisétit dans l'application même de leur labeur rélémerit d'une éner* gie nécessaire à leur bien-ôtre physique et moral.
On se vit obligé de créer un art nouveau, la gymnastique, espèce de milieu entre la lutte, la course, l'équilibre et l'équilation, c'est-à-dire un mélange régulier de mouvements dans le sens des muscles et selon leur mode d'action. Cet art, utile d'ailleurs, se borne à donner une certaine assurance à la marche dans les lieux élevés et périlleux, développe les 1*^ viers musculaires par des suspensions ou des ascensions graduées, mais n'unit pas la grâce à la force, et surtout ne donne pas au moral celle puissance qui doit être le soutien assuré de la modération des passions.
Au point de vue purement physique, l'escrime, comme hygiène, satisfait à toutes les exigences du médecin, et par elle
Dft t/AtANTAfeE DR L'fcSCRIME. < 83
il ôbtiehl tous les bons résultats de lagymnasti(|ue. La nécessité d'une garde avantageuse habitue à placer en un repos mesuré les muscles des membres et du thorax ; les parades du poignet en tierce ou quarte, demi-cercle, prime, etc., etc., forment les muscles fléchisseurs ou extenseurs de la main, en môttie temps que les mouvements arrondis du bras dans certaihs coupés, les saints et les feintes remplissent, quant aux muscles de la poitrine et aux articulations huméro-scapulaires où cubito-radiales, le rôle des dombclles (1) anglaises. Cellesci ajoutent le poids qui, loin d'exercer les muscles à se contracter, fausse la contractilité habituelle en la déplaçant pour tin objet inusité, et l'éloigné par conséquent du but qu'elle doit remplir dans l'état normal. L'ordre et la mesure des mouvements, l'attention vis-à-vis de l'adversaire qui modère l'impétuosité de l'action, font au contraire de l'escrime un exercice qui peut se prolonger sans fatigue et sans ennui, et qui alors est bienfaisant pour le sujet qui s'y livre.
Aussi dolt-od prescrire l'escrime de préférence aux jeunes geils d'un tempérament lymphatique, à membres flasques et sans énergie, dont les muscles grêles ont besoin d'un exercice gradué pour acquérir l'embonpoint et la contractilité nécessaire aux fonctions qu'ils doivent remplir. La gymnastique, " •• procède, au contraire, par temps précis, mais d'une action nette et violente, n'atteint pas aussi bien ce but.
(1) DomheUes, poignée de bois terminée aux deux Louis par des masses do plomb revêtues de cuir. Leur usage progressif a pour but d*accoutumer les bras à soulever des corps pesants, et, par ces mouvements de flexion et d'extension, de développer les muscles pectoraux en favorisant le jeu des poumons.
184 DE l'avantage de l'escrime.
Le jeune sujet trouve encore dans rescrime le maintien, cette seconde condition du bien-être. La bonne tenue consistera toujours dans le dcploienfient naturel des avantages physiques. Rien de ce qui est contraire à la nature ne [peut atteindre à la véritable beauté; elle seule pose des règles esthétiques immuables. Par l'habitude des armes, l'homme porte le front élevé, regarde devant lui sans obliquité, caractère de franchise qu'il puise dans la connaissance intime de sa force. 11 présente les épaules effacées, la poitrine légèrement saillante, et alors le diaphragme s'élève ou s'abaisse au gré de l'aspiration et de l'expiration atmosphériques. L'oxygénation du sang s'accomplit avec facilité, le cœur bat régulièrement, et Timminence des affections de cet organe sinon disparaît, au moins s'éloigne d'un sujet normalement oi^nisé et sagement conduit. Chez les jeunes gens disposés, par un principe de rachitisme, aux déviations de la colonne vertébrale, les muscles opposés à la courbure peuvent, par Texercice ot Taction, rétablir l'équilibre, et Tescrime devient alore un des bons moyens orthopédiques. Il suffit seulement, suivant le côté dévié, de porter le fleuret de la main droite ou de la main gauche (1).
Quant aux extrémités supérieures ou inférieures, nous avons dit que les muscles des bras prenaient un grand développement. C'est ce dont on peut s'assurer en prenant, aux premières leçons, la mesure du diamèlre du bras ou de Ta-
(I) Si lo sujet présente une coiirburo à droite, en devenant gaucher, les muscles opposés à la flexion, et qui par conséquent se sont rclAchés, s'habituent à une nouvelle puissance do contraclilité, et arrivent bientôt à neutraliser ceux de droite.
DE l'avantage de l'escrime. 185
vant-bras. Après quelques mois, le membre exercé acquiert une notable augmentation;
Par la bonne tenue du torse les extrémités inférieures sont mieux placées, les genoux s'écartent, et les pointes des pieds forment une équerre parfaite. On sait que celte position est la plus conforme aux règles du beau dans la marche et le maintien.
Nous pouvons ajouter que la connaissance approfondie des armes réagit puissamment sur le moral de ceux qui les ont étudiées avec ardeur. Loin de donner au caractère un ton querelleur qui tendrait à provoquer incessamment une lutte injuste, Tbomme a la conscience de sa force, et, s'appuyant sur elle, il est plus disposé à l'indulgence et à une politesse digne et convenable. Peu d'hommes ont été assez vils pour utiliser, au bénéfice d'une nature violente et emportée , la connaissance qu'ils avaient de Tescrime. L'homme probe et fort connaît les dangers qu'il offrirait à un adversaire inhabile ; il sait que son adresse, le sang-froid qu'il lui doit le mettraient bientôt à sa discrétion, et, sans déroger à l'honneur, il accepte une médiation dont il n'a point à rougir.
En résumé, favorable comme exercice au maintien de la santé, l'escrime devient pour le médecin une ressource précieuse soit pour prévenir, soit pour combattre un grand nombre de maladies. On peut même avancer, sans paradoxe, qu'en rendant les hommes forts elle contribue à leur amélioration morale, puisqu'elle utilise la force au profit de la justice et des grandes actions.
Ainsi, pour nous résumer, nous dirons en nous répétant, car nous ne saurions trop insister sur l'utile emploi de cette
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partie de la gymnastique , paf nli les exet*cic8S prescrits par les médecins pour conserver ou rétablir la sauté, l'escrime occupe sans contredit le premier rang. En effet, celui qui fait des armes tiebt dans une action continuelle la plupart des muscles du corps, et il est évident pour toutes les personnes qui ont assisté à un assaut ou même à une simple leçon d'es^ crime, que, dans une foule de circonstances, un pareil exercice doit produire les plus heureuses modiflcdtiotis. En effet, la circulation est accélérée, la figure s'anime, la sueur ruisselle sur la peau, et tous les organes éprouvent une vive excitatioti. La médecine réclame donc avec Maison ce moyen gymnas-^ tique, qui convient parfaitement dans les maladies entretenues par la langueur et Tinertie, et dans les cas si nombreux oïl le praticien veut imprimer une forte impulsion au système circulaire ou provoquer une abondante transpiration.
Ce sujet est plutôt du ressort de l'hygiène , et il tië tlOus appartient pas de le traiter avec tous les détails quMl pourrait comporter. Nous ajouterons cependant que l'escrime a toujours été regardée par les médecins comme un des exercices les plus propres à d('»velopper le thorax et les organes qu'il renferme. Il nous serait facile de citer ici un grand nombre d'adolescents chez lesquels une mauvaise conformation de la poitrine ou une constitution éminemment lymphatique pouvait faire craindre l'invasion prochaine de la phlhisie pulmonaire, cette terrible maladie qui fait aujourd'hui tant de victimes; après quehpjcs mois de salle, ces jeunes gens, naguère si frôles, si débiles, acquièrent de l'embonpoint et des forces, leur poitrine s'élargit, la toux cesse pour ne plus revenir, et bien des médecins nous ont assuré, en pareil cas, que
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rèstfhiilô seule avait produit cet heureux changement. 11 est presque inulilb d'ajouter que, dans ces circonstances, l'exercice doit être proportionné aux forces; qu'il faut procéder avec précaution, et éviter surtout une fatigue éibessive.
Enfin Tescrime, par cette fatigue réglée et salutaire, entraîne un repos forcé et sert ainsi de remède et de préservatif contre le défaut mortel qui fait tous les ans tant de victimes panni les enfants, et que la vigilance la plus assidue ne saurait tii prévenir ni arrêter.
Montaigne avait raison de dire en parlant de Tescrime que l*e^rit s'en exerce. En effet, l'un des avantages de cet exercice est, sahs contredit, de tenir l'intelligence en jeu. Comparons l'escrime aux autres exercices du corps.
En équitation, vous avez affaire à un être évidemment inférieliràvous sousune foule de rapports, et dont vous parvenez à vaincre presque à coup sûr et les résistances et la volonté. Dans la danse, vous ne rencontrez aucun obstacle qui contrarie le développement de vos facultés tjaturelles ; bien plus, la musique, qui accompagne les pas du danseur, Taide et l'enlève. Dani la natation, personne ne vous gêne et îio s'oppose à la précision de vos mouvements. Dans les armes , au contraire , vous avez toujours en présence une intelligence qui combat la vôtre ; vous avez là, devant vous, un être pensant et exécutant comme vous*, dont tous les efforts tendent à déjouer les vôtres. En un mot , dans l'escrime , on n'est plus isolé, on a un adversaire, et celui qui vous fait face, dans un assaut, est intéressé par l'amour- propre, ce grand mobile de toutes no!^ hdions, à fkire avorter tous vos projets. En duel.
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les mêmes soins tendent à conserver notre vie , et ce motif est assez puissant pour que chacun cherche à empocher son antagoniste de faire ce qu'il sait et ce qu'il veut.
Ainsi, l'esprit se trouve puissamment occupé, et cette occupation même consiste à deviner ce qui va s'accomplir ; aussi peut-on dire que le succès de Thomme de bon sens, de l'homme réfléchi et calculateur est, dans un combat, à peu près certain.
Ce que je me suis proposé de démontrer pourra donc surprendre seulement les personnes qui n'ont aucune connaissance des armes, et celles qui cultivent cet art sans l'approfondir; le nombre en est grand, mais cela se conçoit aisément, puisque beaucoup de gens ne font des armes que dans le seul but de se livrer à un exercice physique , sans avoir l'intention d'étudier à fond la science que nous professons. Ainsi, que de simples amateurs trouvent une excuse dans la raison que nous venons de donner, rien de plus juste; mais que penser du maître qui raisonne assez peu pour ne voir dans cet art qu'un exercice du corps qui ne donne rien à l'esprit?
Parmi les preuves nombreuses qui viennent à l'appui de notre assertion , nous nous contenterons de citer ces deux exemples : ^- M. Caselli, ancien administrateur, me donnait des leçons d'armes à Paris. C'était pour lui un amusement dans lequel j'ai puisé une partie de l'instruction que je puis avoir en fait d'armes : M. Caselli était, ainsi que M. le comte de lîondy, certainement le plus habile et savant amateur qu'il y eût en France ; cependant il faisait rarement assaut. En le voyant donner leçon , surtout en l'entendant raisonner , on
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était persuadé qu'il avait été d'une force supérieure dans les armes ; toutes les démonstrations auxquelles on pouvait l'entendre se livrer à ce sujet vous confirmaient de plus en plus dans cette opinion. J'insiste plus particulièrement sur ce point, pour prouver que , s'il est des circonstances où le raisonnement est indispensable , et s'il est vrai de dire que certains individus raisonnent mieux que d'autres , l'homme d'esprit fera mieux des armes qu'un sot.
M. L'Homandie, homme fort instruit, professeur de langues anciennes et belles-lettres dans nos meilleures institutions, s'était occupé, dès sa jeunesse, à faire des armes. Comme tant d'autres, il se vit forcé de renoncer à des études étrangères à sa profession ; il craignait la médisance et la méchanceté : il avait peur qu'on ne se sei^vît de ce moyen pour le desservir, et qu'on n'insinuât qu'il donnait plus de soins aux armes qu'aux honorables fonctions dont il était chargé. Il m'avoua un jour que depuis plusieurs années il ne s'occupait plus des armes conmie exercice mais comme théorie, pour se dédommager d'en avoir abandonné la pratique. Il me confia que son imagination avait été tellement frappée de la beauté de cet arl, qu'après avoir pensé longtemps et mûrement réfléchi, il n'avait pu se priver du plaisir d'écrire sur l'escrime, et, qui plus est, de mettre la leçon d'armes en vers. — Je crus d'abord qu'il plaisantait ; rien n'est plus aride, en effel, que l'explication des armes par des mots techniques dont la répétition continuelle ne peut rendre que fort ennuyeuse la lecture d'un ouvrage spécial sur la profession. Je pris jour le lendemain pour qu'il me lût son ouvrage. Je me rappelle qu'à propos des appels de pieds que les maîtres d'armes font
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exécuter, et que les amateurs répètent si soiiveqt sans eo savoir la cause, il disait :
« Par de fréquents appels lo sol interrogé
• Vous répond que le corps ne 8*est pas éévf^^gé. i
Ainsi M. L'Homandie avait résolu une énorme difficulté, celle de rendre intéressant un sujet qui prétait bien peu à la poésie. Dans les assauts où je l'ai vu à l'œuvre , j*af pu me convaincre que sa tête présidait continuellement à tout ce que son bras exécutait, sachant fuir ou attaquer à propos, évitant l'extrême vitesse de son adversaire par la régularité et la simplicité de ses mouvements, se rendant parfaitement compte de ce qu'il devait entreprendre ou redouter dans telle ou telle position, prévoyant sans cesse toutes les intentions possibles. M. L'Homandie, dans un â|:çe avancé, parvint à tenir tête à de jeunes et vigoureux maîtres.
Il est mathématiquement démontré qu'on ne peut réussira toucher souvent et sûrement son adversaire qu'en lui trompant Tépce, c'est-à-dire les mouvemenls qu'il peut faire ; or, ces mouvements se muUipliant à Tinfini, il faut penser sans cesse el surfont Men penser; ainsi, il faut savoir quelle est la parade (jne peut faire l'adversaire sur tel coup, puis discerner celle qu'il a choisie, el enfin lui tromper cette même parade en saisissant pour cela Tinstant fiivorahle. Cette simple démonstration prouve d'une manière irrécusable que l'escrime tient essentiellement l'esprit en activité (1).
(1) On voit tous les jours des gens qui font des ormes porter à leur adversaire des couj)S à pou près semblables, et qui tombent dans une môme parade, puis s'obstiner à vouloir réussir sans tromper cette même parade^ qui, jusqu'alors, a tout enveloppé, et a^ pendant cette longue série
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Ainsi donc, le génie des armes consiste à deviner son adversaire, il juger au premier coup d'œil ses moyens physiques, l'emploi qu'il en sait faire, et à voir s'il est homme de tète, et ffff conséquent difficile à émouvoir, si sa garde est régulière, s'il est pareur, ou si sa force et son adresse ne consistent qu'à attaquer, s'il est prudent ou téméraire | ^'il i]oi)i\Q au ha^^rd ou ^i tout C3 qu'il fait est réfléchi et compris dans l'ordre nQrrpaU San» aycnn dont@ il est difficile d'acquérir sur^^je*obarpp une complète certitude ; il ie faut cependant »i Ton V9pt sortir victorieu)^ de la lutle«
Désormais les parents resteront persuadés que, hion loin de nuire an développement de l'intelligence chez leurs enhfi\»f l'exercice des armes no peut que fortifier, élendre le jugement et donner de bonne heure des habitudes de discernement et de prévision toujours nécessaires dans une foule de circonstances de notre vie.
Nous croyons avoir suffisamment démontré que les combi^ naisous mathématiques qui servent de base à la science des Armes font travailler l'esprit autant que le corps, et nous pourrions! aux exemples déjà cités, en ajouter bien d'antres pour ac]0^efjie prouver combien cet exercice agit sur nos faculté^ inlâll^ctnelles. 11 semble, en effet, réveiller notre intelligence de l'assoupissement où elle est souvent plongée ; il il)! fait honte, en quelque sorte, du repos qu'elle ainie, au moment Qii tous no« organm devraient être en activité. Or, c'est de cette union de l'intelligence avec les forces physiques
de coups, protégé celui qui 8*en est servi. Il mn semble voir un homme Unant en main la clef d*uH appartement, et qui, pour entrer, préfère en fermer la porte,
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que naissent toutes les qualités si précieuses dans les soldats. Dès lors le général ne commande plus une masse inerte et compacte, trop souvent incapable de saisir et de deviner sa pensée ; ce sont des intelligences armées, qui, soumises aux lois d'une discipline sévère, exécutent Tordre donné et remplissent jusqu'aux moindres intentions du chef. -
L'usage de la baïonnette, universellement adopté, a surtout été utile aux compagnies détachées, aux hommes isolés qui avaient fait de l'escrime une certaine étude. Il y a, entre tous les principes dont se compose la science des armes, une connexité qui empoche les individus adonnés à cette science même d'être étrangers à l'emploi de l'arme dont ils sont pourvus. A ce sujet, nous ne pourrons assez nous élever contre Tincurie avec laquelle on a négligé en France l'étude du sabre : c'est un grand malheur dont il faudrait accuser trop de monde ; plus tard nous entreprendrons la tâche de suppléer à celte lacune regrettable. Et cependant que de services cette arme ne peut-elle pas rendre? Après la victoire qu'il reiiiporta à Molwitz, où sa cavalerie avait été battue, Frédéric 11 sentit la nécessité d'améliorer cette partie de l'instruction de son année, et il adopta un genre d'escrime composé de coups d'estramaçon et d'estoc que l'on nomma contre-pointe ou sabre droit. Par contre-pointe on entend la manière dont on doit se défendre avec son sabre contre la pointe de celui de son adversaire. Sous l'Empire, deux de nos maréchaux , Murât et Lannes, avaient la réputation d'excellents sabreurs. Le prince Louis, frère du roi de Prusse, n'eût peut-être pas été tué s'il eût bien su se servir de son sabre. Les soldats d'ailleurs aiment mieux combattre avec leur sabre qu'avec leur
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pistolet, ils eu conviennent tous. Un auteur célèbre (lisait à ce sujet : « 11 est bien plus apparent de s'asseurer d'une espée que nous tenons au poing, que du boulet qui eschappe de Doslre pistolle, en laquelle il y a plusieurs pièces, la poudre, la pierre, le rouet, desquelles la moindre qui vienne à faillir, vous fera faillir vostre fortune. On assène peu seuremeut le coup que Tair vous conduit. » (Montaigne.) Pour nous résumer sur le sujet que nous venons de traiter, et qui devient de jour en jour moins controversé, nous dirons : Tant qu'on a fait des armes d'une manière pour ainsi dire mécanique, le corps seul a pu profiler de l'exercice donné à tous les membres; la tête n'étant point occupée, la pensée ne dirigeait aucun de nos mouvements. Mais lorsque le raisonnement est venu en aide au mécanisme, lorsqu'on a fait une science de ce qui d'abord n'était qu'un métier, alors l'esprit a participé de l'activité du corps, l'un et l'autre ont fonctionné ensemble. Depuis celte époque, une révolution impoilanle s'est opérée. En Europe, tous les souverains ont appris l'exercice des armes. Le prince Eugène, vice-roi d'Italie, le pratiquait avec succès (1). L'empereur Nicolas, comprenant, comme son immortel aïeul, Pierre le Grand, tous les avantage^ qu'on peut retirer des exercices du corps, a encouragé l'escrime dans tous les corps de sa grande armée.
Les hommes haut placés dans les armées, dans les sciences (2), dans les arts, dans la littérature, dans la diplo-
(1) Le prince Eugène avait attaché à sa personne, comme professeur d'armes, M. Lamotte.
(2) On voit, dans ]a biographie d'HeWétius, que ce célèbre philosophe était grand amateur de l'escrime.
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1>E h k^àmMil^ UE L ftlî^ClilMË.
matio; m sunt ailonnés h rescritiie ; plusieurs d'^titre eui seiitirenl, (raillours, pendant vingt ou trciilu mméen de leur vie passées u pratiquer cet ait, cuuibicu il ûlait iH*cessairo pour se reposer de% fatigues île TiHudo cl du cabinet* Tout cela explique la pt^forence que des maréchaux àû France, M, le comte de Boudy, lord Saymour, S. Ex M* le gétiural Gurgoli, le célèbre peiulra David et um tbule d'homuies distitïgués ueeortlert^nl à Fi^scrime sur le^s autres exercices; du corps. Leur imagination y trouvait autant 4'iKttrait qu'on peut eu rencontrer dans toiii les actes où le raUoQnementi la réflexion^ l'esprit d'à^propoSj donnent ft rbomme intelligeut une supériorité inocmtestableé *