L ASSAUT ET LA LEÇON
Festina Icnlè.
Au début de la leçon ou dans les premiers assauts que Ton fait, il faut se souvenir du principe philosophique qui nous sert d'épigraphe. — Les élèves croient en faisant assaut de suite, qu'ils auront le privilège de trouver des secrets que le maître n'a pu imaginer. Cette erreur est toujours complète; car ces luttes irréfléchies leur donnent les nombreux défauts dont l'escrime fourmille dès qu'on oublie les principes d'un bon maître. Par une condescendance fatale, les professeurs laissent faire trop tôt assaut ; je dis fatale, parce que ce n'est pas seulement l'avenir des armes que le maître sacrifie, mais plus encore la vie des hommes.
La leçon donnée avec esprit est loin d'être monotone, et j'ai vu très souvent des amateurs la préférer à l'assaut qui ne délasse pas de la leçon , mais qui a le privilège de mettre l'amour-propre en jeu d'une manière plus vive. Si l'on voit les élèves impatients de devancer, par leur début dans les assauts, l'époque Gxée par les maîtres, c'est qu'ils n'ont pu comprendre, soit par leur faute, soit par celle du professeur, les beautés de la leçon.
La leçon et l'assaut sont en parfaite analogie, tous deux nous indiquent les moyens nécessaires pour la parade et l'attaque, le moment le plus favorable pour réussir, la manière et l'instant d'agir. La leçon peut produire un beau et savant tireur possédant toutes les ressources de l'art, ayant l'expérience
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de lûut ce qui est connu. L'assaut ]»eul augnieuler catle expériene*^ de toutes les bîmrrems inveiitt^es par la multitude des tireurs, et il y en a souvent de si farles qu'elles amènent à penser ce qui a été dit bien souvent : Les fautes des sols sont quelquefois si gravrfcs qtCelles meitent les gens d'esprit en défaut.
Lîrte de ces folies est de dire : Nous pouvons nous passer de leçons, nous tirons dMnspiration 1 Ces i^eris itispirés ire tirent ordinairement qu'en employant une rapidité sans ctUcul et une force brutale; ils ressemblent un peu à ces hommes qui veulent casser une porte lorsqu'ils peuvent l'ouvrir avec lui passe-partout. Eh bien^ !e passe^partout de rescrime, c*est la connaissance des, armes prise à la leçon ; car, l'escrime rtaut loin d'Mre un art purement mécanique, quelles belles inspirations peut avoir celui qui s'est toujours refusé à prendi^e leçon ? Ce serait dire : Je no veux rien apprendre, pareo^J que je serai toujours bien inspiré. C'est une idée bouffonne, voilà tout.
La leçon est l'étude de l'art ; l'assaut fait passer cette étude en habitude de combat.
La leçon rectifie les défauts pris à l'assaut.
11 faut sans cesse observer les derniers temps d'une suite de coups ; l'élève met plus d#, r|Lideur à la fin qu'au commencement ; le professeur dottpfévoir cela par un assouplissement constant des muscles pendant les leçons.
Le devoir du professeur est d'observer et de s'observer lui-même. 11 existe une foule de petits détails qui, négligés, nuisent considérablement à la force réell^ue l'on peut donner ou acquérir. ^
L'esprit du maître doit mesurer ses conseils d'après Tintelligence de Télève.
Si Tescrime eu était réduite à de minces proportions, ce ne serait plus un art, mais seulement un exercice.
Si celui qui tire bien a touché dix coups, — si celui qui tire mal a touché dix coups, — le public les proclame de même force, sans réfléchir que celui qui a mal tiré est sans doute plus jeune, plus vigoureux, mais plus ignorant.
La jalousie ferme les yeux sur les moyens : la vigueur, la vilesse, les emportements, les imprudences même font croire, lorsqu'on réussit, que Ton est destiné à remplacer rincomparable Saint-Georges et que Ton est démonstrateur accompli. Aussi voit-on l'homme d'une grande taille marcher précipitamment sur le petit ; le petit courir sur le grand en faisant des feintes ; l'homme vigoureux ne pas se relever, et l'homme faible vouloir soutenir des chocs. J'espùie, d'après mes leçons, que les élèves s'éloigneront de ces fautes (jui peuvent leur faire perdre la vie.
— ^Je repousse tout co qui, raison nablomerit parlant, flst impraliciihle Têpée à la nmiu.
— ApprccicE lûu jours plus ou escrime les dispos itioîts de Tespril que celles du corps,
— Qm respril préside à rexéculion el la devance.
— Puiiétrer vî veineut les iiîteiitîons et concevoir rapidetneul le plan qui doit vous donner le succès,
— Qxm le commençanL beaucoup d'efforts et peu de résultats; cliez rhomîne expéiinienté peu d'efforts et beaucoiqi de
— Même avec la certitude de ne pas toucher, il n'en faut pas moins riposter.
— Les Coiîtres ne doivent pas être étudiés trop larges, ils deviennent trop grands dans Tassaut.
— Ramener toujours la pointe de votre épée devant l'adversaire, et de préférence au visage.
— Tout en voulant se porter en avant pour attaquer, il faut une grande retenue de corps.
— Les bottes secrètes n'existent que pour les hommes qui ont beaucoup de travail, d'esprit et de jugement.
— Lorsque l'on veut effectuer un coup droit sur rengagement, il est préférable d'attendre que l'adversaire ait terminé
son mouvement, on est alors assure de comprendre si le coup droit est possible.
— L'homme vigoureux doit faire des attaques décisives ; l'homme faible doit avec adresse céder à l'épée.
— Dans tous les coups tirés, exigez d'un homme de petite taille toute l'extension du bras.
— Ne jamais courir.
— Toujours être en garde contre le coup de temps et le coup d'arrêt.
— Beaucoup inquiéter et attaquer les marches de son adversaire.
— Les coups de temps exposent moins étant dirigés dans les lignes hautes que dans les lignes basses.
— Lorsqu'on a souffert le battement, on ne peut plus le tromper.
— 11 y a de la force sans vitesse, mais il n'y a pas de vitesse sans force.
— N'employez la force que pour accélérer la vitesse.
— Le jeu serré, régulier, est une vitesse.
— Ou dit d'un maître qu'il ne donne pas assez à la vitesse, parce qu'on le voit s'occuper beaucoup de la régularité et de la précision, et l'on ne réfléchit pas que ces deux qualités concourent rapidement et avec succès à cette vitesse qu'on ne doit chercher qu'après elles.
— Assaut : combattre son ennemi sous les trois rapports moraux, intellectuels ou physiques.
— 11 ne faut, dans Tassant, étudier que les coups offrant le plus de certitude l'épée à la main.
— Ne pas sacrifier à l'accessoire ce qui appartient à l'utile,
REFLESlONâ SUR LES AIWÊS,
tî'est-à-dire négliger un coup d'altaque pour faire une remise,
— Lorsqu'on fait assaut avec uu fort tireur, il chI tiiôa de présumer qu'au inouieul où il annonce une parado sur vos demi-teuips, il a Viutenlion d'eu former une autre à rinstant de rexécution,
— Il est, dans un assaut, de grands effets produits saos les avoir préparés, et de môme bien des choses raanquées après y avoir pensé d'avance; malgré cela, il faut toujours penser.