LA BAÏONNETTE
Jats confiants dans T usage de cette arme; mais pour cela, encore une fois, ayez des professeurs qui, à une pratique raisonnée, sachent donner les développements qui feront réellement de Tarmée une réunion de baïonnettes intelligentes, et surtout ne laissez plus pénétrer daus les camps ces traités, ces méthodes, où le ridicule le dispute à Tabsurde.
Je ne veux attaquer personne ; mais, en vérité, j'ai lu des choses si étranges dans ce que Ton a écrit sur la baïonnette, que j'en rirais, si je n'étais pcofondémeut affligé en pensant que ces misérables enseignements auront souvent pour résultat de faire blesser ou tuer nos courageux soldats.
J'ai lu deux traités de la baïonnette ; dans l'un, j'arrivai à la moitié du livre sans avoir rencontré un mot sur cette arme ; mais, en revanche, il y avait une profusion de commandements : en avant^ à droite, à gauche, eiiMrrière, etc.; puis : faites un pas de cinq pouces, faites-en un autre^^de treize, ou dans telle circonstance un de dix-huit. En lisant cette théorie, oi] semblait assister à ces évolutions que font les enfants quand ils jouent au soldat. Nous recommandons cette méthode à Levassor, ce spirituel et intelligent artiste, et nous sommes persuadé que, répétées par lui, ces leçons auront un succès de fou rire.
N'est-ce pas en effet le comble du ridicule de préciser sans cesse de combien de pouces on marchera ? Ce sont de ces choses qu'on ^it une fois aux commençants, et les répéter avec insistance, c'est avouer que l'on n'est pas fort sur la partie intelligente de la théorie de l'arme que l'on veut enseigner.
Les ouvrages que j'ai lus m'ont fait faire ces réflexions.
h\ mimsmit*
qui seronl appréciées dos prcmiei's niattms d'utniiesde Kurniée* Jo lie çôiiipit^uds pas nu auteur aflirïuaîjl c|a'il faul avoir le
fusil ]\hc.é faorizontiileiueïil, len bras allnngi's et rarme appuyée sur les cuisses.
Il serait plus juste ilo tenir Tartnc avec les bras pbyës, ce qui ihwm plus do force pour parer et plus dï-liisticilé pour porter les coups.
Ou trouve daus le loxle placé mm nos ymx:
Étant en garde, la poîide do la haÏDiuiellc tloit être pincée plus haut que la crosse ilu fusil.
Nous répondrons :
Il faut toujours placer la pointe de Tamie eu face du but que Tûti veid frapper ; il y u donc uu contre-sens lorsque roa dit qu'il faut placer la baïonnette dans la Qgure du cavalier; la^ête do celui-ci est à la plai e la plus éloignée^ et par couséquent la plus difBcile à toucher ; il fallait dire cela pour le fantassin seulement.
Une garde ne peut être avantageuse qu'autant qu'elle couvre un des côtés du corps, il sera donc toujours mauvais de conseiller le contraire ; il est si facile de comprendre que lorsqu'un coté est couvert, ou n'a plus que le côté opposé à défendre.
Être en garde, signilianl élrc couvert du coup que peut vous porter l'adversaire dans la ligne que vous occupez, il es évident qu'il ne peut exister aucun vide lorsque l'on est exactement en garde.
Les engagements et les feintes surtout n'ayant aucun rapport avec les parades, je ne puis comprendre quelle coïnci-
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deuce l'auteur a voulu établir entre ces niouveuieuts eu disant que, lorsqu'on savait engager et feinter, on devait savoir parer parfaitement.
J'ai cherché vainement comment on pouvait faire pour parer tierce eu levant Tarme avec la main gauche sans que le coude quitte le corps, et surtout lorsque l'on commande par le même mouvement de frapper celle de l'adversaire pour le repousser ; j'avoue que je ne comprends pas cela.
Puisque l'auteur regarde les contres comme une des choses les plus importantes, il aurait dû dire à l'instructeur de ne pas oublier les contres opposés qui se font ainsi ; étant engagé* de tierce , parer quarte et le contre de quarte, etc.
11 serait impossible, contre un homme à cheval et armé d'une lance, de prendre jamais l'offeiîsive. «4^
Si la science n'indique pas qu'il faut se déranger quaudHin cheval court sur vous, la prudence le dit clairement : il serait donc plus logique de démontrer simplement le moyen de résister à l'attaque brusque , en ne parlant pas d'une retraite que le naturel crée au moment du danger. i^.
Un autre ouvrage commence par les feintes ; mais comment l'auteur ne suit-il pas qu'à toute arme il ne faut recourir aux feintes que lorsqu'on ne peut faire autrement, et qu'alors tout combat, comme toute démonstration, doit commencer par ce qu'il y a de plus simple ?
J'ai lu dans un de ces ouvrages sur la baïonnette (et je le garde soigneusement pour le montrer aux incrédules) : « Vous êtes engagé de quarte, l'adversaire vous porte un coup dans cette ligne, il faut parer prime. » Je ne crois pas qu'il se pré-
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sente jamais un prufesseiir ou un anmleur auquel il prenne fatitaisfe de soutenir ta pnssibililiS de celle folie.
Il y aurait encore bien tles cliosêK h dire, bien ties critiques à faire ; mais je n aï voulu que dire !in raol sur cette arme, el puis je ne me suis pas chargé d*inaculer la science à ces uouvt'aux el tristes fabricanlH do lerm\% de baïonnette, h garde ces réflexions pour mm élèves ou pour les sou u lettre h ceux qui penseront avec Napoléoîi que dans les sciences connne dans les iivh il faut des bomnies spéeianx.
Dans tout ce que j*ai tu sur lu baïouîiettej je n ai absoliiiJjeiit rien trouvé de reuîurquablej je m vois pas d'explications, pas de jeu, pas de couibals, pas d*enseigne^ ment.
Si ceux qui écrivent de telles jnéthodes ne savent pas les armes, ils doivent bien rire d'avoir été pris au mot pour professer ; s'ils savent quelque choses ils doivent dire : Celui qni nous critique a raison, il nous rend service. Qu'ils attendent encore, et un jour, peut-être, je me déciderai à publier un examen général et critique de tous les ouvrages fiu'ts sur cette arme.
Ce que je teiiais surtout a constater, et les liunnnes sérieux seront de mon avis, c'est que Tétude de la baïonnette est d'une importance réelle pour le succès de nos armées, el que l'on n'arrivera à un résultat favorable qu'autant que la formation d'instructeurs pour les régiments aura été faite par des professeurs capables qui, dans une école ou gymnase, enseigneraient la science des armes d'après les principes basés sur l'expérience et la raison.
Déjà des modifications inq3ortantes ont été faites dans les
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régiments. Des essais ont été tentés, notamment au 17* de ligne, à Amiens, d'après la méthode de M. le lieutenant Valtier, auteur d'une théorie des feux de premier rang. Changeant les positions autrefois prescrites, il est parvenu à faire comprendre que les trois rangs devaient arriver à présenter un triple dard à hauteur de ceux qui les attaquaient, et à former, par la solidité de la résistance, une redoute vivante bien difficile à entamer.
Nos baïonnettes ont arrêté les mameluks d'Egypte, le cavalier d'Abd-el-Kader n'ose point les affronter. 11 faut que les Européens trouvent dans la manière dont nous nous en servons une nouvelle marque de noire supériorité militaire.
LES MAITRES D'ARMES
LES MAITRES D^ARMES