‹ Les armes et le duel, ouvrage agrééChapitre 188 sur 197 · LE PRÉVÔT CRUEL · texte numérisé non relu

LE PRÉVÔT CRUEL

Il y avait à ma salle une place de prévôt vacante. Voyant un grand nombre de prétendants se présenter, M. le comte

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do V... me dit : « Lequel choisirez-vous? » — « Le plus malheureux, lui répondis-je. Il me serra la main.

Je pris donc un ancien militaire, jeté dans la vie civile et qui ne pouvait trouver à vivre. Il venait humblement demander des secours à un de ses amis qui était chez moi. 11 entra à six cents francs, et il en était fou de joie. Je m'empressai, chaque fois qu'il montra du zèle, ainsi qu'à chaque fôte, d'augmenter sa paie ; si bien qu'au bout de trois années il arrivait, par ses appointements et une foule de bénéfices, à la somme de quatre mille cinq cents francs. C'était l'apogée de tout ce qu'il avait rôvé de plus merveilleux.

Il n'avait plus qu'à me prouver son ingratitude.

Il ne le fit pas loyalement, mais il le fit amplement; et s'il ne m'en laissa pas des marques sensibles, il ne tint pas à lui.

Il prit une salle à côté de la mienne.

Il fit tous ses efibrts pour détourner de chez nioi mon neveu, fort jeune alors, lui montrant tout en beau, et lui disant : nous aurons le nom de Grisier au-dessus de notre salle, et nous ferons fortune.

Je remplaçai cette fortune par un certain nombre de coups de canne. Il tenta un lâche et cruel effort pour me crever un œil ; je n'ai dû échapper a cet infernal attentat que par la volonté de Dieu.

Mon neveu, honteux de s'être compromis à écouter ce scélérat, lui envoya un cartel avec toutes les épithètes qu'on adresse à un homme dont la conduite passée fait pressentir un refus.

Il porta la lettre chez le commissaire de police !

Tm suis fiiche pour Buffmit mais il s'e.sl trompé î^tir ïf coiiiplc ilo ràiîe comme sur cHui du Itou.

S'il avait ùturliê le§ uicours du persoiinago sur le uitSme original que tiioi, il rf eûl pas, couime il Ta fait. Iktté le portrait-

Oi\ donc a-t41 pris que la nolilesso de Ykne, quoique moius illustre, est aussi bouno qno celle du cheval? Quo Vmm serait le plus beau, h mieux fail ûm auimaux^ si dans te monde il n'y avait point île cheval? Quo dans sa première jeunesMjil est gai t*t mftme assez joli? Qu il s altactie à son maître» quoiqu'il en soit ordinaireTtient maltraité?

Dieu avait donc fait, exprès puiir nini, uu une à rebours?

le ne $m ^i la baudet a qui il devait le jour était d^ grande origine ; mais qu*et'il dit un illustre pure en vojaut son fds dégénéré servir chezDomange?

11 avait pu être gai dans sa jeunesse; mais je ne sais quel forfait il avait eu à cacher le jour où se confessaient les animaux malades de la peste : ce dont je suis sûr, c'est que sa vieillesse était des plus tristes.

L'àne, le mieux fait des animaux ! Ses oreilles sont une difformité puisqu'elles lui sont inutiles. II n'entend que le bâton.

L'àne s'attacher à son maître! Pour le mordre peut-être et se métamorphoser en sa faveur d'herbivore en Carnivore. L'Ane est le plus ingrat des animaux. Sou ingratitude n'a d'égales que son ignorance et son obstination.

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Comment l'àne serait-il reconnaissant? Il n'a pas de religion. 11 veut toujours manger le foin de son voisin, quand ce voisin est un cheval; car la noble bote se laisse dépouiller et se contente de mépriser le parasite.

L'âne est envieux. Si le cheval est brave, comme il y en a beaucoup, s'il a fait ses preuves au milieu des batailles, s'il est eslimé de la noblesse, l'àne, qui le voit, ronge son trein de se sentir rélégué dans la plus sale écurie. Quand parfois il essaie de prendre la place du cheval, les coups de fouet, dont il a peur, le ramènent à la paille et au moulin.

L'àne perd aisément le peu d'esprit que la nature lui a laissé. Donnez-lui trop d'avoine, il se prend pour un cheval et se met à ruer. Prenez garde au coup de pied de l'àne !

L'àne brait d'ordinaire : quand il se fait prévôt, il bredouille et continue son précédent métier de bête de somme sous une autre forme. 11 reste ce qu'il était, dur à la besogne, pourvu que la besogne soit bi-utale et inintelligente.

L'àne est cynique, sa réputation est établie par l'Écriture même. II ferait volontiers l'office dont parle certain poëte latin de la décadence romaine. Quand il est prévôt, il ne comprend que les bouffonneries ordurières. S'il pensait, il se dirait :

Chaque instant de ma vie est chargé de souillures.

L'àne est hypocrite. Pour manger les choux de son maître, il n'est sournoiserie dont il ne soit capable, ni patience qu'il ne déploie pour arriver ii ses fins.

L'àne est vaniteux. N'ayant pas dans sa personne de quoi

5oi Î-FS MAÎTRES d'aubes.

se satiâfïiirOj il pretid la peau du lion, mais seulement quanil Wartin Biiton est absent. 11 compte que les uiémes gens qui preiinénl uo sinj^e pour un hotiune pourront m trompera son trav<*slisseniiMit, Mais h* hont do roreille échappe Inujours.

Si par cas on le charge de reliques, m on reconnaît à son bat qu d apparlieiil à un bomnie honoré et respecté, il s imagine 6 lie revenu au temps où Ton adorait les bœufs ou les crocodiles. Il ne sait pas qu'il n'y a jamais eu d'autels pour les ânes, pas même aux époques où les êtres les plus sols et les plus immondes avaient leurs fidèles.

Comparer lane au cbeval ! Qui ne sait que le propriétaire d'un âne n'aspire qu a s'en défaire pour acheter un cheval, et n'est lieurouxque lojonr où un voisin imbécile se charge de la hMe de rebut î

Je souhaite au% autres kms de la création de ne pas res^ sembler a cehii )]un fai pnssf'*dé ! Il lant ^]ue M. Liltré Tait eu devant les yeux quand il écrivait son article du dictionnaire de la langue française

C'est de lui qu'on peut dire au figuré tmâne bâiéy et même débâté.

C'est lui qui, devant les sots qui louaient son savoir, éUiit sérieux comme Vâne qu'on étrille.

C'est lui qui trouvait partout le pont aux ânes, trop âne même pour le passer jamais.

C'est lui qui était né coiffé du bonnet d'âne.

C'est de lui que Régnier avait dit :

Un gros âne pourvu de mille écus de rente.

LES MAITRES I) ARMES. i}l)0

C'est de lui que j'ai dit mille fois : A laver la fêle de cet âne je perds ma lessive.

Cest de lui que j'ai dit trop tard : Mon âne n'était quiuie bête.

C'est à propos de lui qu'on disait de moi : Pour un point Martin perdit son âne. Et bien heureux il en fut, foi do Martin !

C'est de lui qu'on n'eût tiré ni une parole décente, ni un mol intelligible, ni une idée, ni un sou, non plus que dun âne mort (je n'ose pas citer exactement Rabelais).

C'est lui, enfin, qui a pu dire de moi en baissant honteusement les oreilles : â rude âne, rude ânier.

nir.U'ITUK Ml.

1 *i ri«"enn ]umT mmfhtr n\i ruuvimiI ijii'ti

NÉCEssnr: nu choix dtn bon maître.

Pour bien roussir dans les exercices du corps, on concevra sans peine qu'il est nécessaire d'avoir un bon umtlre ; car une négligence ou une mauvaise directiuTi peuvent faire contracter des habiludes du corps nuisant pour toti/ours à la grâce indispensable à un noble exercice, ou paralysant fadresse que Ton pourrait aciprérir.

L'aplonibdu corps dt'porNl de la noblesse de rallitude; si les positions sont irrégulières, le corps perd la force, la grâce, la justesse, et l'absence de ces qualités entraîne l'absence de la vitesse, si nécessaire dans l'art des armes, et lorsque l'on en est arrivé à ce fâcheux résultat, le spectateur ne voit plus rien qu'avec répugnance.

Nous avons, dans nos considérations générales, combattu la croyance dans laquelle vivaient encore un grand nombre de familles sur le peu d'importance de l'éducation chez un professeur de gymnastique. Le monde formule ainsi cette opinion : il n'est pas nécessaire de savoir lire pour manier un fleuret ou manœuvrer im cheval. Nous n'avons pas besoin de nous élever contre de pareilles assertions, dont la fausseté est évidente. Chacun sait qu'une des premières qualités

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du maître est dans la démonstration, et il s'y joint, en fait d'escrime , un point plus sérieux. Que de maîtres d'armes peuvent inspirer k leurs élèves une conflance funeste, en leur persuadant qu'eux seuls possèdent le secret de coups certains, à l'aide desquels ils garantissent le succès dans toutes les rencontres ! Combien de ferrailleurs, de duellistes, de querelleurs, de faux braves, et surtout de victimes, avec celte fameuse supercherie des bottes secrètes, dont la raison a fait justice, que la théorie rejette bien loin d'elle, et que la pratique fait reconnaître impossibles. Pourquoi donc ne pas prendre, dans l'intérêt de la société, des mesures pour donner une garantie sur la valeur morale du professeur d'escrime ? Ses prescriptions ou ses formules peuvent s'assimiler à celles des médecins; exercez donc une surveillance exacte sur ce point, car le fléau se propage, et, vous le savez.

Serô nicdicina paitilur

Curo niala per longas invaluère moras.

Nous avons dit, ce que tout le monde sait déjà, que la démonstration est une des premières qualités, la première même du professeur, car d'une démonstration claire et précise dépend la communication de la science, l'initiation au génie de l'art que l'on professe.

Toutes les théories sont à peu près faites aujourd'hui; droit, médecine, art militaire, escrime, on démontre tout ; mais entre le débit fatigant d'une série de règles à suivre et la manière de rendre intelligibles, faciles à l'esprit de l'auditeur, exécutables par celui qui pratique, les théorèmes que l'ou

énonce, il y a une Jisiancc considéralile, VôiIh ce que !e pro* fcâseurest seul apte ii enseigner; voilà ce qui eousUttie son savoir et son habileté dau^s sa professioii, je dirai même so» génie pai ticulier.

bi déïHoiîslration e^il, malheureusement, la cho^e dotit le.i tnatlres s'occupent le moins. Leur mnqiiebutest d^arriver à^ défendre eux-mêmes contre un matlre habile, ou à conciuérîr une supéiiorilé marquée par qucl*iues coups de bouton; alui-î» pour eux tout est lenuiuc. Que de fois u'avous-Dous pus vu t:et esprit d'erreur s'emparer des élèves, qui, sans avoir ac4|uis, aivrcs un long espace de ternies, ie moiudre (aïeul, préeoui' saient leur maître eu disanl : Il est bien bon professeur : il a battu M. lel, ou lutté sans désavantage contre tel autre ! Le démonstrafeur est bien rare ; le fort tireur se rencontre fréquemment* Orj que cherche-t-on dans un maître? L'homme qui enseigne et itiitie aux secrets de la science, et non celui qui parade devant vous.

Le grand tort des professeurs de gymnastique, danse, équitation, voltige, escrime ou natation, est de consacrer tous leurs moyens au développement personnel de leurs talents. Conquérir le premier rang est leur ambition : ils savent que, leur réputation d'habileté une fois conquise, la foule se porte aux cours qu'ils établissent; mais de la communication de la science, pas un ne s'en préoccupe.

Le voyageur qui cherche à se frayer un chemin dans une contrée inconnue arrivera-t-il à son but s'il ne rencontre un guide sûr et fidèle, et pourra-t-il se rendre à sa destination en suivant du regard ceux qui parcourront, sans autre loi que leur caprice, le pays qu'iJs connaissent? Non certainement. Il

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en est de même dans toules les branches du savoir. On ne doit prendre le nom de maître que du jour où l'on peut rendre facile à l'aide du raisonnement, la science que Ton cultive. L'enfant croit son maître sur parole ; mais à l'homme raisonnable il faut une conviction provenant d'une o|)ération de rintelligence ; il faut des ex|)lications que la réflexion puisse faire accepter.

Les maîtres d'armes ont presque tous une manière de montrer et d'exécuter qui leur est propre. Cette manière, ils la communiquent sans réfléchir que sur vingt personnes auxquelles ils donnent la même leçon, il y en aura peut-être deux dont les moyens physiques seront en harmonie, et dont les intelh'gences auront un point de raccordement. Comment alors profiter des conseils, des indications, de la leçon en un mot? Agir ainsi c'est faire jouer à son élève le rôle d'un manœuvre qui, concourant vingt ans à la construction des édifices les plus magnifiques, ne peut, en raison du manque total de développement donné à son intelligence, se former une idée raisonnable de l'architecture.

Un bon maître, et nous le répétons ici, car nous voudrions voir ces principes formulés en maximes être inscrits sur les parois de toutes les salles d'armes, un bon maître s'attache à juger les moyens naturels de son élève, et lorsqu'il est parvenu à s'en rendre un compte exact, alors il peut donner la leçon de la manière la plus appropriée, en mettant à profit ce qu'il a reconnu de bon, modifiant ce qui laisse k désirer, et corrigeant ce qu'il voit défectueux. Après une semblable étude faite consciencieusement, ses leçons seront utiles, et les facultés bien cultivées amèneront l'élève à ce

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degré de force qu'il rechciohe dans l'cnseigncmout qu'il sollicite.

Malgré la justesse de ces obsen'attons, il est cerlaini et tous ceux qui ont fréquenté la majeure partie des salles lecertilieront, que l'on voit donner chaque jour la même lerou à l'homme d'une taille élevée et à celui d'une taille exiguë, h l'homme fort et à celui (rniie faible constitulioiK et ce qui est plus étrange, à l'homme intelligent et à celui dont les facultés de l'esprit sont moins actives. Comment arriver à des résultats heureux par l'emploi de ces mêmes moyens avec les différentes natures auxquelles on se trouve avoir affaire î L'agriculteur réfléchit d'avantage ; il sait que telle ou telle culture réussit ou ne peut être employée partout, et n'abandonne pas le sol pour ce motif.

Le maître d'armes, au contraire, avec sa leçon stéréotypée à l'usage de tous, s'étonne et s'irrite de l'insuccès, et déclare hautement son élève incapable. Celte dernière expression m'étonne ; je ne puis l'admettre : j'ai donné beaucoup de leçons en ma vie, et n'ai trouvé au plus qu'un élève sur dix dont l'intelligence ou la conformation corporelle rendissent mes soins inutiles. A la vérité, Ton doit prendre de la peine, et peut-être est-ce trop exiger.

Connaître le bien, ce n'est pas l'aimer. Cette idée développée peut encore prouver que non-seulement on doit exiger du talent d'un professeur, mais encore l'amour de son art pour former de bons élèves. La démonstration en toute chose devient aride (rien d'ennuyeux au monde comme un poërae didactique); il faut les épisodes et surtout l'enthousiasme. Ce que vous enseignez aux autres doit être indiqué avec soin,

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persévérance, art et bonne volonté. Par ce moyeu, cette électricité du désir de bien faire, le courage ne vous abandonne pas, et il en faut beaucoup pour donner toute la journée une leçon également bonne à chaque élève {experio crede).

Trop souvent un défaut physique, un chagrin, une injustice, Tamour-propre froissé brutalement, amènent chez le maître le dégoût et l'ennui de l'art qu'il cultive ; alors cette même science cultivée avec amour, répugne et devient un supplice de chaque jour. L'homme qui n'aime plus son état devient un être nul pour ses élèves : non-seulement il fait perdre le temps à ceux qui lui demandent instruction ou conseils, mais cette irritation qui le mine le perd au sein de sa famille. Le dégoût le conduit à l'inexactitude dans ses relations; il n'a plus qu'un pas à faire, et Tabîme est ouvert. Le vice frappe à sa porte, la niisère arrive, et avec elle son triste cortège.

Que d'exemples nombreux n'avons-nous pas eus sous les yeux de ce malheur que nous venons de signaler ! Les sciences, les arts en fournissent mille preuves. Que de maîtres d'un véritable talent n'avons-nous pas rencontrés qui, dégoûtés de leur profession, répétaient la devise de Valentine de Milan :

Plus ne m'est rien, Rien no m'est plus.

Des propos lancés sur leur mérite, la basse jalousie attachée à leurs pas, l'injustice, cause de tant de maux, les refus humiliants de places ou d'honneurs alors qu'ils les voyaient accordés à des hommes inférieurs ou nuls, telles sont les circonstances, plus que suffisantes, qui amènent le dégoût, les

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hm MAÎTRËâ U âUMI^.

vices, plprivotillo pays du contours triiommes ulileSj et diHil te il (5 ni de justiee ou de prolacliorïy liouorablo pour vmx qui raecorderaieul avec discerne uient, a paralysé le savoir et les bounes dispositions.

Le maîlreoouseicncieuxy nuas l'avons écrit daus ims cou* sidératiottsgéntralcîi, doit toujours être en élude avec son élève, ne le pas perdre de vue un irislanlj car dans les arts, et les armes suilout, les fautes se multiplient à rit^tîni, si l'on n'y apporte raltentiou la plus soutenue- Le tnaJtre hn-nième doit s'observer scrupuleusecient. Tout ce qu'il exécute doit t>(n> parfaitement fiiil et compris. Il doil en agir ainsi pour uu double motif. Le pi-emier, à cause de la démoustralion quotidienne, qui lui donnerait une méthode vicieuse s*il s^engageait dans une voie fausse, et le conduirait à devenir plus tard un mauvais protesseur, après avoir acquis plus jeune une cei1ai!)o celéhi'iti^ Le «^eci>nd nmWf t]\n doit lefairo per^sévéref dans une élude sévère de ses travaux est sa consicence. Professeur, il s'engage à fuirtî participer aux bienfaits du savoir riiommo qui se reniel entre ses mains. N'y aurait-il pas un compte juste et sévère à lui demander, si après un délai raisonnable, un élève, avec les dispositions heureuses, avec du zèle et de l'application, voyait des résultats négatifs suivre des études mal dirigées ?

L'homme qui comprend loules les obligations du mandat qu'il doit remplir comme maître, ne négligera rien pour conduire son élève à la perfection ; jamais il ne lui viendra dans la pensée de rétrécir la démonstration ; il en multipliera au contraire les ressources, et cherchera les moyens les plus ingénieux de convaincre et d^inslruire.

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Bien différent en cela de ces hommes que nous rencontrons chaque jour, spéculateurs éhontés abusant des moments ou de Finsouciance de leurs élèves, qui, en raison de leur peu de savoir, tiennent des mois entiers sur un môme coup ceux qui se mettent entre leurs mains, et répètent avec Taccentuation gracieuse d'Auch ou de Pézénas : Vous êtes botiy mon cer. Je né veux pas que ces cers élèves ils mé quittent; avec une idée saugrenue comme la vôtre^ au bout d'un mois je n'aurais plus dé science^ et ils m'abandonneraient.

Honte sur ceux de nos confrères qu'un semblable sentiment dirige, sur ceux qui calculent le temps pendant lequel ils peuvent exploiter un élève ! Honte sur ces hommes, semblables à ces maîtres, à ces prévôts carottiers (1) à ces échappés des pontons, abrutis par la barbare captivité que leur imposait l'Angleterre, qui, revenant dans les corps après leur libération, tâtaient les poches du gilet de ceux qu'ils mettaient en garde. A ces bretteurs inhabiles et indignes d'un brevet qu'ils n'ont même pas acheté, nous dirons arrière ! nous les flétrirons comme déshonorant la profession qu'ils n'auraient jamais pu embrasser si un règlement sage et indispensable avait posé des limites à ces envahissements malheureux.

Quelle différence avec l'homme qui ne dénature paslamis^ sion qu'il doit remplir, et ne convertit par un art noble en un vil métier 1 Pour lui l'élève qui suit ses préceptes est un élément de gloire et de réputation. Son intérêt, ce mobile de notre humanité, lui impose l'obligation d^arriver à des résultats heureux ; peines, soins constants, travaux assidus^ rien n'est

(1) Qu*on nous pardonne cette expression militaire* Elle est juste»^

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négligé par lui pour arriver au noble but qu'il se propose : la satisfaction de celui qu'il instruit, sa propice réputation, et réclat qui doit rejaillir de son mérite sur la noble profession qu'il a choisie, qu'il aime, et a laquelle il a consacre tous les instauts d'une vie qu'il présente pure aux yeux de ses amis et de sas eooemis»

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