FEINTES
Feinter, c'est simuler un coup quelconque, ainsi on peut feinter d'un coup simple ou d'un coup compliqué. 11 n'est pas toujours nécessaire que la feinte emprunte toutes les conditions du coup réel pour produis un grand effet, car sans bouger le corps, on feinte des doigts en allongeant pro» gressivement le bras ; mais il faut ne lui donuer toute son extension que lorsque l'adversaire a un grand calme, et c'est seulement contre les personnes qui s'émeuvent trop diffici* lement qu'il est bon d'accompagner d'un appel de pied la feinte d'une grande étendue.
Par la démonstration d'une feinte, on attire l'attention de
l'adversaire dans la ligne opposée à celle où Ton veut tou<eber.
Les feintes sonl à ne pas finir, et comme plus elles se compKquenty plus elles compromettent, il devient indispensable d'en faire le moins possible.
Un maître d'armes qui écrit sur son art ne doit pas donner la nomenclature de toutes les feintes. Si pour un amateur il est nécessaire et agréable de s'exercer avec un bon démonstrateur sur tout ce que rimaginalion peut suggérer, il faut convenir qu'il serait certainement fastidieux de l'écrire. Selon la nécessité, il faut non-seulement travailler toutes les feintes, mais encore il faut, ce qui est indispensable, les nuancer, les diminuer, les augmenter, les faire sur place, les porter en avant par degrés, les marquer pour donner l'idée à l'adversaire de vous surprendre dans l'une d'elles, et alors parer et riposter, et s'en servir pour terminer par des attaques franches. On les fait encore sans se fendre ou eu se fendant, sans intention de toucher et dans le but unique de donner à parer à l'adversaire afin de le prendre sur ses ripostes.
Il faudrait donc compiler des volumes pour donner l'explication nécessaire de tout ceci, et la lecture de cette foule de ramifications ne serait recherchée -que par un très-petit nombre de professeurs. Mais voyons-en la difficulté en prenant un exemple entre mille.
Supposons qu'il m'est prouvé que le menacé dégagé peut toucher souvent mon adversaire ; cependant si je le fais sans cesse dans toute sa simplicité, il est certain qu'il s'en apercevra et que cette manière d'attaquer ne me servira plus contre lui ; il faut donc forcément que je masque cette attaque
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soit en simulant une retraite pour la reprendre à son ] mouvement, soit en ayant Tair d'y renoncer pour y revemr plus tard avec succès, soit en donnant l'idée que je veux me livrer à la parade lorsque mes espérances sont dans l'attaque, soit en précédant ce coup d'un engagement simple ou double, ou encore d'un petit ou fort battement, d'une pressiiMi, d'un coulé, d'un liemeut, d'un froissé, d'un appel, d'un d^ gement, d'un coupé ou d'une feinte quekxmque plus ou moûis compliquée.
Cette foule de petits détails très-légèrement esquissés prouvent jusqu'à l'évidence qu'il ne fieuit pas ou qu'on ne peut pas donner l'explication de ces feintes et des nuances qui y sont attachées; ce serait vouloir écrire vingt volumes. J'ai acquis la conviction que si l'on a le désir de les exécuter à la salle d'armes, on n'a jamais celui de les lire dans une théorie.