ENTRÉE DE HENRI DE FRANCE^ DUC D'ANJOU, ROI DE POLOGNE, \ PARIS
ilx septembre 167 3.
Ayant letlict seinneur passé ledict arc (arc de triomphe de la rue Saint-Anloiiie ), suivant la grande rue Sainct Anthoine et approchant de l'église Sainct Gervais, trouva a l'endroict de la fontaine de l'Apport Baudoyer ung grand vaisseau qui representoit la navire Argo, eslevé de quatre a cinq toises de haull sur la largeur requise, peint et historié tout au pourtour de plusieurs histoires et figures marines, garnye de plusieurs voilles grandz et petitz tous de taffetas avecques forces cordaiges, ainsy est en la mesme forme qu'on a accoustumé de veoir au\ navires qui sont sur la mer, et estoit ladicle navire dans une re[)rrsentation ou figure de mer avec grandz vagues, undes et houillons d'eaue, dans lesquelles estoient plusieurs sortes de poissons marins de diverses formes, comme daulphins, chevaulx marins, halleines, cancres et autres, qui gectoient i'eaue les ungs par la gueulle, les autres par les yeulv. Dans cesle navire estoient les Argonautes représentez par cxceilens musicien;- accoustrez tous a l'anticque de divers ornemens, sçavoir est a la grecque, j)ersiqii(' et autres façons anticques, et estans tous rangez en chore ou en rond chanloient des odes et vers tant lalins que françois, accommodans leurs voix au jeu de lutlis, espineltes, regalles et autres instrumens musicaulx les plus melodieulx qu'il estoit possihle. A costé de \;\ dicte navire y avoil un jeune homme représentant ung Triton, qui tenoit en sa main dexfre ung gazon eslevé semblant courir et s'aprocher des Argonautes et deiny dieuv (pii estoient dans icelle, ausquelz il tint telz propos, prononçant a claire voix ces vei-s lalins et françois
(Atxh. nationales, Registre du Rurenii de la Ville, H 17^7, loi. 89.)
(\ oir lonic I. pnge 71, noie 1.) EXTRAIT DU CONSEIL SALUTAIRE D'UN RON IliANCOIS \U\ PVRISIENS,
CONTENANT LES IMPOSTLRES I:T AIGNOPOLES DES PAUX PnÉDICATEl liS , AVEC UN DISCOURS VERITABLE DES ACTES LES PLUS MÉ»I0R\BLES DE LA Llf.CE, DEPUIS LA .(OUHXKK DES BARRICADES .lUSQllES À LA FIN DE MAY 1.^89"'.
C'est à vous catholiques de Paris, catholiques rebelles, catholiques zélez, calholi(p]es qui marchez sous la bannière de Lorraine et d'Espagne, ausquels ce paquet s'adresse de la
Cette pièce se trouve l. III. [». ."îgg et siiiv. des Mémoires de ta Ligue, el à la suite de la Salire Ménippée, t. III, Preuves, p. si A et suiv.
()art, non d'un catholique ligueur, lorrain ou espagnol, ains d'un calholiquc françois et allaché inséparablement au niast du navire de saint Pierre, c'est-à-dire de l'Eglise universelle, apostolique et romaine ; encore qu'il n'espère pas beaucoup profiter en vosire endurcissement, voyant vostre nef parisienne toute fracassée, abandonnée aux flots et à l'orage des ondes, et d'une multitude populaire sans expérience, sans modération, sans conduite; voyant vos voiles et vos cordages déjà rompus, et considérant que pour la descharge de vostre navire, et pour obvier à un naufrage eminent, au lieu qu'en tel accident on a de coustume de descharger un vaisseau des choses les plus viles, j)our en rendre la perte cl le dommage plus aisé à supporter, vous, au contraire, comme ayant perdu tout jugement et discours de raison, avez mis hors ce qui vous esloit le plus précieux: vous avez rejetté vostre pilote, vostre patron, vostre protecteur, et avec luy tout ce qu'à un besoin et dernier refuge vous pouvoit apporter quelque secours, et généralement tous ceux (|ui avoienl rang, office et quelque authorité en l'administration de ce navire royal; et en leur lieu vous estes abandonnez à la mercy des vagues, vous avez affranchi vos esclaves, vous avez appelé des patrons étrangers qui, sans doute, après qu'ils se seront accommodez de tout le plus beau et précieux gain de vostre longue navigation, et au lieu de vous mestre au havre de salut qu'ils vous ont promis, juré et protesté avec des serments maudits et exécrables, vous laisseront à l'impétuosité des vents et de la tempeste, ou possible seront réduits à tel point qu'ils vous feront, et eux quand et quand, choquer bientost à l'escueil de vostre dernière ruine, et enfin briseront en million de pièces cette grande nef, laquelle par tant de siècles a esté si heureusement conduite sous le gouvernail des plus grands et excellens pilotes du monde.
Pauvres misérables, de quel esprit estes-vous poussez?
De quelle espèce de fureur estes-vous agitez? Dites-moy, je vous prie, si vous voyiez un malade en une grande hémorragie, ou en l'ardeur d'une fièvre continue, chasser ses médecins, a[)olîcaires et chirurgiens, et en leur lieu appeler des bouchers, taverniers et crocheteurs, pour commettre sa personne et sa vie entre leurs mains, quel jugement en feriez-vous ? Diriez-vous pas ([ue ce malade est prochain de sa fin, et qu'il n'en faut plus rien espérer de bon ?
Ou bien, si vous aviez vos femmes, vos filles, vostre or et vostre argent, et tout ce que vous avez de plus cher au monde, entre les mains d'un homme de bien, puissant et valeureux, et ([ui mesmes eust intérêt en vosire conservation, voudriez-vous le rejetter, et au lieu de luy appeler un pirate, un meurtrier manifeste, un estranger, et vous jetter entre ses bras ; et celui qui le feroit ne diriez-vous pas qu'il le faudroit envoyer aux Anticyres et lui bailler de l'hellébore pour purger son cerveau?
C'est un grand crève-cœur à un père quand il est outragé par celuy de ses enfans qu'il a affeclionné, avancé et agrandi plus que tous ses frères. C'est une affliction merveilleuse à un maistre quand il se voit aussi assailli par celuy de ses serviteurs auquel il a fait plus de bien qu'à tous ses compagnons. Vous estes de ceux-là. Car les rois de France, la lignée desquels a receu tant de bénédictions du ciel, vous ont toujours, entre tous leurs sujets, comblés de toutes les sortes de biens et faveurs que l'on peut désirer j)our vivre heureusement, ont donné à vosire ville tous les tiltres d'honneur et gratification qu'ils ont pu
imaginer pour l'embellissement , décoration et accroissement d'icelle, si. bien qu'il n'y avoit qu'un Paris au monde, Paris sans pair, Paris le petit œil de l'univers.
Cela est si oculaire, si notoire et si évident, que personne ne le révoque en doute. Bien est vray que depuis cinq ou six cens ans, principalement, et sous la lignée de nos rois, dont le nostre tres-chrestien est descendu, elle a pris son plus grand accroissement, et semble qu'à l'envi l'un de l'autre ils se soient pleus à l'augmenter, l'embellir et l'enrichir, tant pour y avoir estably leur demeure ordinaire, cause principale de sa richesse et grandeur, que pour luy avoir donné des marques d'excellence, privilèges et prérogatives inestimables. Et d'autant qu'il seroit hors de propos de me dilater en cet argument, je diray seulement en passant que Philippe-Auguste le Conquérant, l'an 1190, enrichit grandement notre ville en la faisant paver, fermer, clorre de murailles et fossez, en y créant les eschevins, et luy donnant les enseignes et armoiries qu'elle porte encor aujourd'huy, à scavoir un navire d'argent, en champ de gueules, semé de fleurs de lys d'or, donnant par ces signes à entendre qu'il vouloit que Paris fust la dame de toutes les autres villes de ce royaume, dont le Roy est le seul gouverneur et patron, qu'elle est la nef d'abondance et aflluence de tous biens. El tout ainsi que par la navire est représentée une république administrée sous l'authorité des loix, ainsi les austres villes se règlent selon le gouvernement et police de Paris'".
Aussi, à la vérité c'est ce qui vous rend maintenant si refractaires : vous estes gras et refaits, e.; ne pouvez durer en vostre peau; il n'y a rien si proche de la prospérité que l'insolence, de la satiété que la pétulance, du bon traitement que la désobéissance, de la bénéficence que l'ingratitude. Si on vous eust tenu la bride haute, vous eussiez toujours esté en cervelle, et n'eussiez pas regimbé contre vostre maistre; mais on vous l'a laschée, et vous vous estes licenciez et courus à vau de route, sans estre retenus ny d'amour ny de crainte envers vostre bien-faicteur. Aussi vous en aviendra il comme au cheval eschappé, lequel, après avoir tant regimbé et secoué son maistre, qu'enfin il la mis par terre, luymême se mettant à l'abandon, et courant çà et là sans conduite ni demie, finalement donne de la teste contre un roc, ou tombe du haut d'un précipice et meurt misérablement.
Entre tous les vices il n'y en a point de plus détestable que l'ingratitude, il est odieux à Dieu et aux hommes; vous estes merveilleusement entachez de ce vice : vous estes ingrats envers Dieu et son église, envers vostre Roy, vostre patrie, vos enfans et mesmes envers vous. Si vous voulez descendre en vous mesmes, vous le recognoistrez assez : mais, parce que les passions dont vous estes prévenus vous pervertissent le jugement, il vous y faut mener par la main.
Vous aviez un patron en cette nef royale qui vous conduisoit en toute seureté, vous mettoit à l'abri des vents et de l'orage, vous faisoit par ses officiers administrer justice en droit et équité, se communi(juoit, s'avoisinoit et domestiquoit avec vous, vous chérissoit infiniment. Qu'avez-vous fait de luy et de ses ofliciers? Vous les avez chassez. Qu'avez-vous pris au lieu? Des pirates et bandoliers. Ce patron, que vous avoit-il fait j)our le Iraittor si indignement? Vous estes empeschez de le dire. Pourquoi vous est-il odieux ? Vous ne sçavez,
Toiil le passage ayant rapport aux armoincs vrage de Gilles Corrozel. (Voyez (oiiie I, p. 17. ce de Paris est copié presque lextuellement dans I on- que nous en disons.)
mais tous ses serviteurs le scavent bien. C'est parce qu'il est trop humain, (roj) patient el trop facile à |)ardonner
(VoiV lonie I, page 71, noie 1.) LLTETIV FURENS,
PARIS E\ FUUIE.
Au I.ECTEUIt.
Tu vois en ceste figure, amy lecteur, le hideux et misérable estât d'une ré[)ubii(pie révoltée et mutinée contre son magistrat, comme est maintenant la Ville de Paris, Lupielle porte en ses armoiries un gros navire : pourtant est-elle ici peinte précipitée hors de son navire, c'est-à-dire hors de soy-mesme ; comme à la vérité elle est ores insensée et abandonnée à tout désordre. Ce gros navire donc qui est ainsi tiré à rebours par Polyphème, ou ce grand peuple aveugle et mutiné, c'est la Ville de Paris; le maisire pilolte âo ce désordre est le duc de Mayenne ; la tempeste figure l'ire de Dieu sur ladite ville ; les grillons, lyons et autres bestes ravissantes sont les gens d'armes et soldats emparés d'icelle; les sangliers et taureaux sont les gros couvents et autres maisons opulentes su|)|)()rtans les Irais de la guerre, au hazard de toute leur substance; le renard monté au haut du inasl représente au nayf les Jésuites, Moines, Sorbonistes et autres tels esprits turbulens, séducteurs, hyj)ocrites, prescheurs de séditions et vacarmes, non de paix et parolle de Dieu. Lesquels avant tous autres semblent devoir courir fortune, comme estans montés trop haut et aians excédé toute mesure ; la Nymphe ou Echo redressant Paris et luv présentant l'ellébore pour guérir sa folie est la Prudence ou Raison.