‹ Les armoiries de la ville de Paris: sceaux, emblèmes, couleurs, devises, livrées e céroemonies publiquesChapitre 47 sur 107 · SCEAUX ARMOIRIES ET COULEURS · texte numérisé non relu

SCEAUX ARMOIRIES ET COULEURS

ROYAUTÉ. (LOUIS xviii et Charles x.)

Lettres -patentes du 20 D écembre 1817 et Dé CJSion Royale du 6 du même mois.

Chrom(f}iih.Sr.Qt?Imann et Gr&F.-'Rtria.

des armoiries (le

h Ville (le Pari

DEPUIS LK I»RF:MIER EMPIRE. 155 Les diverses villes de France, après avoir, comme Paris, effacé du chef de leur écu municipal l'emblème héraldique des rois exilés, y placèrent, selon le bon plaisir de leurs administrateurs, soit des étoiles d'or, soit un tiercé en pal d'azur, d'argent et de gueules, à cause du drapeau tricolore, soit des abeilles d'or, comme sous le premier Empire,

Au point de vue héraldique, cette époque fut, à Paris surtout, un temps Ki,o.|ue

'II- loufusion et d'i'rreiif

de confusion et d'erreur Les artistes chargés par la Ville de sculpter ses armes ''ans

^ In représentation

sur la pierre des monuments, de les peindre sur les vitraux, les voûtes des églises ou les tableaux d'histoire, de les couler en fonte ou en bronze, etc. ne s'inquiétèrent ni de la vérité historique, ni des formes réelles de l'objet qu'ils devaient représenter. Sans s'informer de ce qu'était autrefois le vieil écusson parisien, sachant seulement qu'un navire y figurait et que la fleur de lys ne devait plus s'y trouver, chacun d'eux, guidé par son seul caprice, composa, pour la Ville qui le laissait faire, des armoiries toutes nouvelles. Imitant, sans le savoir, le genre des anciens dessinateurs héraldiques, genre capricieux , mais consacré par le temps et l'usage, ils placèrent, au milieu de l'écu municipal, des navires de construction tellement bizarre et impossible, que la devise Fluctuât nec mergitur semble être une sorte d'ironie.

Cependant ces variations de formes n'ont pas ici grande importance, car, si le blason exige impérieusement, dans ce cas particulier, la figure d'un navire, il accorde une certaine latitude quant à la manière dont ce navire doit être représenté; l'archéologie navale, ainsi que l'art du constructeur de vaisseaux, peut donc, à la rigueur, être impunément méconnue dans une pareille question. La science héraldique n'a jamais, en effet, montré un grand souci de l'exactitude du dessin; et, sans parler des animaux fabuleux ou fantastiques qu'elle emploie, tels que sirènes, harpies, hydres, dragons, licornes, aigles à deux têtes, etc. ses lions et ses léopards à taille de guêpe, aux corps difformes et bizarrement déchiquetés,

Dès 1 833 , l'historien distingué de Louis XIII , M. A. Bazin, a bien caractérisé le temps oiî il vivait, dans les taljleaux de mœuis qu'il a publiés sous le titre : l'Epoque sous nom , esquisses de Paris, i83o-i833, 2 vol. in-8°. Dans son chapitre xv, il énunière les changements infligés à divers édifices par le régime nouveau, et, parlant des statues colossales qui écrasaient alors les parapets du pont de la Concorde, il ajoute : «Les géants du pont rr Louis XVI menacent toujours les passants Il

ffu'a été besoin que d'effacer sur un bouclier, de ff détacher d'une couronne quelques fleurs de lys: trj'ai vu le moment où l'on allait décorer l'écu de rrBayard de cet emblème singulier qui ne rappelle frrien, qui ne signifie rien, de ce coq sans renom rrdans l'histoire, aujourd'hui encore sans caractère ff officiel, et qui, pour cette raison peut-être, est tf devenu étrangement populaire. n (T. II, p. Bi.) Voir, à propos du coq comme emblème semi-officiel, p. et i6-2 du présent ouvrage.

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\M\ l.ES AHAIOIHIES DE PARIS

à la queue fourchue, aux pattes, aux ongles, aux langues nioustrueusenient disproportionnés, prouvent sulfisainment, par leur peu de ressemblance avec les animaux dont ils portent les noms, jusqu'où peut aller la fantaisie du sculpteur et du peintre en armoiries. Mais ce qui est réellement regrettable, c est de voir ces mêmes artistes introduire des pièces nouvelles dans l'écusson, les disposer et les colorer à leur gré, changer les couleurs des anciennes, ou employer les hachures conventionnelles du blason comme s'ils ignoraient absolument ce procédé d'indication si simple et si clair. C'est sur les principaux édifices publics, construits durant cette période par la Ville de Paris, sur les fontaines monumentales, sur la façade des mairies et des écoles, que se rencontrent surtout ces ei-reuis et ces contradictions. Ici une couronne murale est introduite dans le champ même de l'écusson municipal, auquel est attribuée la couleur azur; là sont intervertis les émaux du chef et du champ; plus loin on supprime le chef; ailleurs on le rétablit sans y rien placer, ou bien on le sème d'étoiles. Quant au vaisseau, il est tantôt en or, tantôt en argent, et il vogue indifîéi'emment dans tous les sens. Partout enfin règne la confusion la plus étrange.

Nous essayons d'en donner une idée, au moyen de quelques dessins choisis au

Mairie de l'ancien IX' arrondissement.

milieu (riin {jrand nombre de représentations héraldiques plus ou moins erronées.

DEPl]IS LE PKKVIIKn EMPIHK. 157 La poi lc (rtMitr(''e de la tnaiiie de l'ancien IX*" arrondissement, i-ue Geotlroy- Lasnicr, iiioriire, inscrit dans son Ironloii, un écusson d'azur sans chef, au navire vOjfîuant en Wiro du spectateur, contrairement à toutes les traditions. Une couronne Munale de cinq touis surmonte ce sinjjulier écu, qui est entouré de di-apc^aux, d(! tridents, de palmes civiques, attributs complètement étrangers à la \ ill(' de Paris.

Une ("normilé non moins gi'ande se remar(jue dans Tf-cusson ([ui di'core la l'ontaine de la rue d(! Cliarenton, construite en i8A(). I^e sculpteur, ne sachant sans doute (|ue faire de la couronne murale, l a placée à l'endroit où devrait être le ciit'l', dans le cliamjj même de l^'cu, (|u"il a couvert de grosses hachures horizontales lij;uranl l'azur, et auquel il a donni' une lorme bâtarde, tenant le milieu eidi'e le trapèze et le pentagone.

Fontaine de la rue de Cliarenton.

Une petite fontaine, située presque à l'angle des rues du Tenq)le et Rambuteau. et formant à peine saillie sur la ligne des maisons, nous offre un exemple non moins frappant des singularités auxquelles l'imagination des sculpteui's peut se laisser entraîner. Prenant à la lettre la devise Fluctuât ner mergllur, qu'il n'a pas même eu soin de transcrire, l'artiste a figuré un écusson floltaiil réellement

sur les ondes, accosté de deux dauphins, qui sont là dans leur élément, niais que l'héraldique parisienne n'a jamais connus. La nef est, en outre, d'une remar- ({uahle lourdeur.

Konlaine à l'angle des rues du Temple et Rambuleaii.

Sur la colonne de la Halle au Blé, débris de l'ancien hôtel de Soissons, se

voil tiiic .'uilrc r('|)iTsent;ition des ai'uies de Paris, moins incorrecte au point de

DEPUIS LE PREMIER EMPIRE. 159 vue liéialdique, mais bien délectueiise encore. Sur un carlouclic de style Louis XV, surmonté d'une couronne murale à cinq tours, entouré de guirlandes et de groupes de fruits, se détaclie un écusson sans chef, de forme imparfaitement elliptique, montrant une sorte de navire antique, armé en guerre. Le cliamp est de gueules; nous nous rapproclions un peu de la tradition.

L'artiste qui a sculpté les armes de la Ville à la façade de la mairie du V*" arrondissement (ancien Xll") a fait également choix d'un élégant cartouche, aux enroulements très-évidés. Comme son prédécesseur, il a supprimé le chef, rétabli le champ de gueules, et enflé les voiles du navire qu'il fait voguer de gauche à droite. Au lieu d'un vaisseau de guerre, il nous montre une galère richement

\lairii' iliJ \ ' arroiidisspmciil.

équipée et ornée d'une sirène à la proue, dans le style Empire. Des palmes civiques, une couronne murale et une banderole sur laquelle se lit, non pas une devise, mais simplement un millésime, complètent cette figuration , encore assez irrégulière, quoique plus rapprochée de la vérité.

La fontaine située dans la rue de la Rocjuette nous présente une galère à peu

près semblable à celle de la mairie du V'^ arrondissement, mais voguant de droite à gauche. Une bordure de gueules entoure l'écu, sans chef, dont le champ est de la même couleur et qui est surmonté d'une couronne murale à ciiKj tours. Lue

Fontaine de la rue de la Roqiielle.

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guirlande d'olivier, suspendue à deux volutes, et deux cornes d'abondance lemplissent le reste du fronton.

L ancienne plaque des gardiens des cimetières, qui était d'ordre composite, avait

DEPUIS LE PREMIER EMPIRE. 161 néanmoins réalisé un certain progrés sur ies figurations antérieures. L'écusson avait le chef d'azur' aux étoiles d'or remplaçant les abeilles, le navire de guerre des xvn* et xvni^ siècles. Ou y voyait, en outre, une sorte de double couronne murale crénelée, d'un aspect singulier, le caducée, les bandelettes, la guirlande d'immortelles du premier Empire, et enfin une banderole destinée à recevoir, non une devise, mais une inscription de service.

Le grand écusson sculpté sur- l'un des murs du réservoir de l'Estrapade (place du Panthéon) constitue encore un progrès sur les représentations précédentes. Le chef ne reparaît pas encore, mais l'écu a repi is sa forme héraldique; la devise

R(^servoir du Panthéon.

est retrouvée, les ornements accessoires ont disparu, et il n'en reste rpie deux palmes réduites à de modestes proportions.

Le sculpteur de la fontaine du marché Saint-Martin fait un pas de plus : il rend

à l'écusson parisien son cliof d'azur, conserve le cluuup de gueules et rétablit aussi la devise; mais il a le tort de faire brocher sa galère sur le tout et de l'accoster de deux dauphins, attributs du prince héritier dans l'ancienne monarchie, et qui n'ont absolument rien à faire ici.

Fontaine du niardié Sainl-Martiii.

INous pourrions multiplier les exemples d'hérésie héraldique répandus dans tout Paris par les architectes, les sculpteurs, les peintres; ce serait faire, à leur suite, une excursion presque sans fin dans le domaine de la fantaisie et de l'allusion politique. Sous ce dernier rapport, rien n'est plus caractéristique que l'écusson sculpté, peu après i83o, sur l'une des cheminées monumentales de la salle du Trône, à l'Hôtel de Ville, et dont nous donnons ci-contre le fac-similé. Sur un fond formé de caissons en losange, se détachaient les armoiries de Paris, entourées des drapeaux des douze légions de la garde nationale parisienne, surmontés eux-mêmes d'autant de coqs numérotés.

Armoiries Af

la Ville de Paris sou^ In Heuxième Ré[>ul)li<|ii''

Le gouvernement républicain de 1868, en abolissant les titres nobiliaires (21 septembre 1868), ne toucha point aux armoiries municipales, et Paris l'esta dans la situation d'anarchie héraldique où il se trouvait depuis i83o.

Il en fut ainsi jusqu'en i853.

Armoiries .le

la Ville lie Paris sous

le second Empire.

La cause uni(pie de la mutilation des armoiries parisiennes avait été la présence, dans le chef, de la fleur de lys, emblème loyal chassé des monuments publics, des maisons particulières et des objets mobiliers de toute espèce, dont il

LH s ARMOIRIES DR LAVILLB DE PARIS

Ecxisson symbolisa ni les douze Arro ndissemenLs de Pai'is culpté SUT rui\e des Cliemiuées momimentales de la salle du Trône , a l' Hôtel de Vill ( PJ réd.cle THist.de IHSt de Y. de Pans.jiâT Ca/Ziat et lerovx de Lmcy }

DEPUIS LE PHEMIEH EMPIHE. 163 loriiiait la piiiicipale décoration. Remplacée successivement par la pique, le bonnet phrygien et autres symboles révolutionnaires, qui turent proscrits à leur tour'^\ puis par l'aijjle, les abeilles et l'N couronnée du premier Empire, la fleur (le lys reparut en 1816, mais pour proscrire à son tour les emblèmes qui s'étaient substitués à elle, et j)our disparaître encore à la suite de nouveaux événements politiques

Le triste exemple de ces proscriptions successives vint éclairer enfin l'esprit |)ublic. Convaincu qu'elles n'avaient été d'aucun secours aux divers pouvoiis politiques qui se sont succédé en France, Restauration*^', Gent-Jours seconde Hestau ration Royauté de juillet i83o'''' et seconde République, le second Empire n'imita pas ses devanciers dans leur désir de cacher au public l'existence ou les œuvres des régimes passés. Il n'enleva donc des monuments que les inscriptions et les emblèmes nés dans un temps de trouble et d'émotion populaire, et logi(|uement destinés à une vie aussi éphémère que l'agitation qui les avait fait naître. Sauf de raies exceptions, il conserva et rétablit même, sur les édifices et les monuments publics, ceux que le temps a consacrés, et qui rappellent les fondateurs, la destination ou l'époque de ces édifices et de ces monuments. Nous avons à constatei", dans la question même des armoiries de la Ville de Paris, un exemple remarquable de cette sage et logique appréciation de l'usage des emblèmes.

M. le baron Haussmann, alors préfel de la Seine, frappé de l'indécision dans laquelle on laissait, depuis i83o, une question si sinqjle, voulut y mettre un terme, en rendant à la Ville, dont il avait l'administration, les armoiries qu'elle possédait anciennement. 11 repoussa les étoiles, qu'on avait introduites depuis quelques années dans le chef de l'écu et qui, ne rappelant aucun souvenir historique, semblaient n'être là que pour y remplacer, par une figure d'égale grandeui", la fleur de lys, ancien attribut royal. Choqué aussi à la vue de ce vaisseau

c Appendice XXXIII.

Appendices XLI,XLII, XLIV.

Appendice XLIX.

Appendice LVII.

Appendice LVIII.

e*' Appendices LXXVII et lAXVIII. Nous devons cependant faire remarquer que le gouvernement du roi Louis-Philippe I" se montra particulièrement favorable à tout ce qui rappelait la mémoire du premier Empire et de l'Empereur Napoléon , dont il fit

transporter les cendres en France avec tout l'appareil d'une fête nationale. Sans citer le Musée de Versailles, dont un grand nombre de salles consacrent le souvenir de notre histoire , et où brille partout l'aigle impériale, nous devons mentionner, comme un fait se rattachant directement à notre sujet , que plusieurs villes de France , en faisant disparaître les fleurs de lys de leurs armes , les remplacèrent, sous le gouvernement de Juillet, par les abeilles napoléoniennes.

de guerre, qui donnait à l'emblème parisien, par allusion au vaisseau de l'État, une signification allégorique historiquement fausse, et convaincu que cries armoifrries, comme la noblesse, tirent leur plus grand lustre de leur ancienneté ri il voulut ramener le blason de Paris à la vérité historique. Il replaça donc, sous un chef fleurdelysé, sinon la simple barque des nautœ Parisiact, du moins la nave qui, au moyen âge, décorait le sceau et ornait la bannière de la Marchandise de l'eau, cette corporation célèbre qui a été le berceau du Corps municipal de la vieille cité.

L'empereur Napoléon III approuva ces idées, et, le novembre de la même année, les armes de Paris lurent définitivement blasonnées ainsi qu'il suit : de

GUEULES AU NAVIRE EQUIPE D'ARGENT, VOGUANT SUR DES ONDES DE MEME, AU CHEF D'AZUR SEMÉ DE FLEURS DE LYS D'OR; L'ECU TIMRRE D'UNE COURONNE MURALE DE QUATRE TOURS D'OR.

Grâce à cet acte réparateur, l'antique chef fleurdelysé a désormais sa place assurée dans les armoiries de la Ville; un type héraldique régulier, conforme à la tradition, est rétabli, et le vieil écusson parisien, redevenu, ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, un symbole purement historique, absolument neutre, se trouve soustrait pour toujours aux chances des variations politiques.

Ces motifs se trouvent consignés, de la main de M. le baron Haussmann, en marge d'une lettre lelative aux armoiries de la Ville de Paris et à lui adressée en juin 1866. Les quelques lignes qui nous ont servi à les exposer sont la copie presque textuelle de ces annotations marginales. Elles se terminent ainsi : rrQue Ton ait donné en 1810 un rr blason aux villes qui n'en avaient pas, rien de rr mieux. Quant aux autres, il fallait se borner à leur f rendre le droit impérissable de reprendre leurs rf armoiries et de choisir, parmi les leurs, celles qui rr avaient la plus grande valeur : les plus anciennes. (T C'est ce que l'empereur Napoléon III a compris

rr lorsque, en 1 853, Sa Majesté m'autorisa à faire 'f reprendre à la Ville les armoiries que Philipperr Auguste lui avait octroyées en 1190, qui se comrr posent de la barque du moyen âge, emblème rr consacré de la confrérie des Marchands de l'eau rf(dont le Prévôt est devenu le chef de la cité, -comme cette confrérie a été le berceau du Conseil T municipal ) , avec le chef de France, don royal -r concédé en récompense des services de la Corrrporation. Le chef d'azur, semé de fleurs de lys rrd'or sans nombre, est tout simplement l'Orirr flamme, devenue bleue sous la troisième race, de rr rouge qu'elle était auparavant. 1

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