‹ Les armoiries de la ville de Paris: sceaux, emblèmes, couleurs, devises, livrées e céroemonies publiquesChapitre 48 sur 107 · LES DEVISES EN GENERAL · texte numérisé non relu

LES DEVISES EN GENERAL

Sommaire. — Définitions. — Corps et âme de la devise. — Devise sans âme. — Devise sans corps. — Devise parfaite et devise imparfaite. — Cri de guerre ou cri d'armes. — Antiquité de l'usage des devises. — Devises personnelles et devises héréditaires. — Devise personnelle à côlé de la devise héréditaire. — Devise pennanente et devise accidentelle pour une ville.

— Classification des devises. — Exemples. — Devises prises par allusion au nom de la ville.

— Devises tirées des armoiries de la ville. — Devises commémoratives d'événements. — Devises de fierté, de résolution, etc. — Devises de corporations, devises d'artisans, devises de gens de métier. — Devises satiriques.

Ce que nous avons dit des emblèmes et de l'ancienneté de leur usage peut s'appliquer presque textuellement aux devises.

Dans leur état le plus parfait, les devises se composent d'une figure accompagnée de paroles, exprimant d'une manière allégorique et brève quelque pensée, quelque sentiment qui, dans le sens propre, est en rapport avec l'objet représenté, et se rattache, dans le sens figuré, à l'idée qu'on a l'intention d'exprimer. On comprend, en effet, que, pour rendre le rapport symbolique plus évident, il a dû paraître utde de le faire ressortir, soit d'une manière générale, soit sous un aspect particulier, en joignant à la figure quelques motifs d'éclaircissement.

DéâDitioDs.

La figure s'appelle le corps de la devise; les mots en forment Y âme.

Parfois l'allégorie est si claire, elle a un sens tellement significatif, ou si généralement déterminé par l'usage, que toute parole explicative devient inutile.

Corps et âme

la devise.

Devises sans hne.

La devise alors est dite sans âme; elle se compose seulement d'une figure ou d'un corps. Ainsi, dans la langue héraldique, le lion est la devise du courage uni à la force et à la magnanimité; la violette, du mérite modeste; le chien, de la fidélité; le serpent, de la prudence; l'ancre, de l'espérance, etc. Alors la devise peut être considérée comme un véritable emblème. Anciennement, au reste, ces deux mots étaient à peu près synonymes : Le Roy, par exemple, dans sa Dissertation sur l'origine de l'Hôtel de Ville de Paris, donne au navire qui figure sur les armoiries municipales tantôt le nom d'emblème tantôt celui de devise'^'.

Uevisi' sans corps. Par extension d'idée, on nomme aussi devise un ou plusieurs mots formant une

espèce de sentence qui indique les goûts, les qualités, la profession, la résolution, le désir, l'espérance de la personne, de la famille, de la communauté ou de la corporation qui l'a choisie ou à laquelle on l'applique.

Devise parfaite et

devise iniparfaile.

Cri (le guerre ou

rri (l'armer.

Lorsque la devise ne se compose que d'un corps ou d'un emblème seul, ou seulement d'une âme ou sentence, elle est dite devise imparfaite, par opposition aux devises qui, ayant corps et âme, sont appelées devises parfaites. Cependant, les devises sans corps étant d'un emploi beaucoup plus fréquent que les autres, le nom de devise leur est presque toujours appliqué d'une manière absolue.

A ce dernier genre de devise se rattache le cri de guerre, qui n'est autre cliose qu'une clameur conçue en deux ou trois paroles prononcées, soit au commencement, soit au fort du combat et de la mêlée, par un chef ou par ses soldats. Le cri de guerre, autrement dit cri d'armes, qu'il soit conçu sous forme d'invocation, de résolution, d'exhortation, de défi, qu'il rappelle un événement remarquable, ou qu'il se compose seulement d'un nom, est toujours un cri de ralliement. Les milices communales eurent naturellement pour cri de guerre, soit le nom de leur

Appendice II, n°' 3 et 7.

L'application de ce mot à Yàme de la devise est conforme d'ailleurs à la signification primitive du terme, qui signifie explication, avec idëe de détails.

Deviser est encore employé de nos jours dans le sens de causer, s'entretenir familièrement avec quelqu'un. Les Chroniques de Saint-Denis nous donnent dans la phrase suivante, qui se trouve à la fin de

la narration de la victoire de Bouvines (1216), le sens exact du vieux mot deviser : n- Oui pourroit ttdire ne deviser par bouche, ne penser de cucr, ne frescripre en tables ne en parchemin, la très grant ffjoie et la très grant feste que tout le peuple faisoil (rau roy, ainsi comme il s'en retournoit en France r après la victoire?'!

De deviser, vient le substantif devis, étal détaillé.

DEVISES EN GÉNÉRAL. 109 ville ou (le leui- conimunc, soit celui du suiiil patron de leur paroisse, sous la bannière duquel elles combattaient.

L'usage des devises, répandu chez tous les peuples, depuis la plus haute anti- Antiqmi.;

^ de

(piité jusqu'à nos jours, le fut d'une manière presque générale, en Europe, à l'usoge des .levise*. partir du xiv'^ siècle. Pas un chevalier qui n'en choisît une, pour paraître dans un tournoi, un pas d'armes ou un carrousel. On citerait bien peu d'hommes remarquables qui n'en aient pris, ou auxquels on n'en ait attribué une, pour peindre en quelques mots leur humeur, leur caractère ou leur génie. Pas de fêtes, pas de réjouissances publiques ou privées, sans emblèmes et devises allégoriques à profusion. On en portait sur les habits, sur les bannières, sur les drapeaux et étendards de guerre; elles accompagnaient les armoiries; on les gravait sur les cachets; on en plaçait sur les statues, les images, les portraits, les médailles, les jetons, les monnaies, les livres, les thèses, etc. ''^

Les devises sont ou personnelles et par conséquent viagères, ou héréditaires Devises peisaniaiics

et

et permanentes. ■ devises hérédiiaires.

Les premières sont évidemment les plus anciennes, car la devise, parfaite ou imparfaite, étant une espèce de portrait moral ou de modèle à imiter, convient mieux, par sa nature, à une individualité qu'à une succession d'individus différents de goût, de caractère, de vocation.

Les secondes expriment brièvement, allégoriquement et d'une manière générale, une pensée, un sentiment, une aspiration, une qualité, une allusion au nom, aux armoiries, aux fonctions, etc. et peuvent, par suite, convenir à tous les membres d'une famille, à un corps de ville, à une communauté religieuse, à une corporation.

à côle'

riidilair

On voit fréquemment dans une même maison apparaître, à côté de la devise Devise personnelle héréditaire, des devises particulières à quelques-uns de ses membres. Ainsi la <ieia devise hé famille de Bréauté, en Normandie, éteinte en 1716, avait pour devise permanente ou héréditaire celte phrase : Fit via fati, qui convient d'une manière générale à tous les temps, comme à toutes les personnes. Pierre de Bréauté adopta per'sonnellement celle-ci : Unus cuncla mihi; l'amiral Adrien II de Bréauté, cette autre : jEquora plaçât; Adrien III de Bréauté : Membris agit altéra vulnera. La devise héré- Appendices VI, n"' 3, 6, 7, i3, i5, iG.et VII.

ditaire de la maison de Grolée, en Bugey, était : Je suis Grolee; deux membres de cette famille, Louis et Aymon de Grolée, prirent respectivement pour devise personnelle : Remigiis utar, si non afflaverit aura, et : Turbant, sed extoUant.

Devise permanente Le même lait pouvait se présenter pour une vdle. A la devise permanente qu'ellf

devise accidentelle avait adootée veuaieut s'ajouter, selon les événements dont elle était le théâtre,

pour une ville. ^

selon les divers accidents de sa vie politique ou civile, des devises de circonstance qu'elle inscrivait sur les monuments, édifices et autres décorations passagères de ses fêtes, sur ses jetons municipaux, sur ses médailles, etc. Paris nous en fournira de nombreux exemples.

ciMsificaiion Par suite de l'affinité qui existe entre les emblèmes, les armoiries et les devises.

des

devises. on peut les répartir les unes et les autres dans divers groupes principaux. A ces groupes déjà connus s'en joignent naturellement deux nouveaux : le premier comprenant les devises formées de sentences ou courtes phrases qui présentent, d'une façon généralement abstraite, une pensée fière, un noble souhait, une énergique résolution, une excitation à la vertu, etc.; le second, renfermant les devises prises par allusion aux armoiries, et qui peuvent en conséquence rappeler, comme celles-ci, le nom de la ville, sa position lopographique, son commerce, les armes de son ancien seigneur, son saint patron, etc. etc. Ces deux classes sont fort nombreuses, la seconde surtout; car souvent elle remplace, à elle seule, plusieurs groupes particuliers de devises, correspondant à quelques-uns de ceux que nous avons indiqués, dans les préliminaires de cet ouvrage, pour la classification des emblèmes et des armoiries''^.

Eiempies. Quelques exemples, empruntés aux villes de France, rendront plus clair ce

(jue nous avons à dire sur la devise de Paris.

Devises La devise contient fréquemment une allusion au nom même de la ville, comme

prises par allusion

au nom celle de Morlaix, en Bretagne : S'ils te mordent, mords-les; celle de Roscolf, dans la même ])ro\inco : Ro, sert (donne, frappe); celle de V^ertus : Virit posf funera virtus^^\

Pag. 8 et suivantes. il lui donna pour armes rrde sinople au cœur de

En i36i, le roi Jean érigea la ville de Vertus rfgueules percé d'une llèclie d'argenl," avec la deen comté-pairie, et, voulant consacrer, dit-on, le sou- vise que nous venons de citer, venir de la part (pi elle avait prise à sa déli\Tance, I^a variante suivante se rencontre quelquefois :

de la ville.

DEVISES EN GENERAL. 171 La devise peut être tiiée des armoiries; alors l'âme est jointe au corps; c'est la devise parfaite; elle est très-commune.

Arles et Saint-Pol-de-Léon ont un lion dans leurs armes et pour devise, la j)remière : Ab ira konis; la seconde : Non offendo, sed dejfcndo; Sedan a un chêne et les mois : Vndique robur; Nantes, un vaisseau et les mots : Favet Neptunns eunti'^^ ; Goulommiers, des colombes, des serpents et les mots: Prudentes ut serpentes, si'mpUces ut colombœ; Sens, une tour et les mots: NuUa eœpvgnabilis arte^^^; Alby, une (grosse d'évèque ou bâton pastoi'al, un lion, des tours et les mots: Stat baculus, vigilatque ho, turresque tuelur; Bcauvais, un pal et les mots : Palus ut hic Jixus, mnstans et Jirma manebo; Avallon, une tour et l'invocation : Eslo nobis. Domine, turris fortitudinis; Nérac, un soleil, le nom de Jésus et les mots: Christus noster soi justiciœ; Vernon, trois bottes de cresson de sinople et les mots : Vernon semper virel ; Doullens, des fleurs de lys sans nombre et les mots: Infinita decus lilia mihi prœstant; le Havre, une salamandre et ces mots : Nutrisco eteœtinguo; Elbeul", une luclie entourée d'un essaim d'abeilles, avec ces mots : Tout le monde y travaille ; Vannes, une hermine et cette fière déclaration : Potins mori quam fœdari; Melun, une tour sommée de trois autres tours et celte allusion historique : Fida mûris usque ad mures ; Sarrelouis, un soleil dissipant les nuages, avec ces mots : Dis-

Etiaiii post fvnera virtua. (Renseignenionls dus à l"ol)lioeance de M. Ilatat, archiviste du df'parlenient de la Marne.)

Celte dernière ville a, pour armoiries modernes, ffdherniines au sanglier l'uricux (dressé sur fses pieds), de sable, accole' d'une couronne d"or et ff soutenant une tour de gueules au canton dextrci La devise ijue nous citons y convient également.

Nantes a aussi pour devise : In te sperant, Domine, oculi omnium.

Cette devise, bien qu'en rapport avec les armoiries de Sens, paraît aussi faire allusion au siège que cette ville soutint contre Henri IV, qui fut deux fois repoussé de devant ses murs par les ligueurs. On la rencontre sur des médailles du xvf et du xvn' siècle. Nous pensons avec M. Quantin, archiviste du département de l'Yonne, qui nous a obligeamment fourni ces renseignements, que c'est une simple devise de circonstance. Elle se trouve parfois formulée en ces termes : Fidelis et inexpiignahilis (Die.

La devise permanente est : Urbs antiqua Senonum ; nous la mentionnons plus loin.

On peut considérer cette devise comme fai-

sant aussi allusion à un fait historique. — Napoléon Bonaparte, premier consul, lors de son passage dans celle ville, dit, en voyant l'activité commerciale de ses babilanls : n-Elbeuf est une ff ruche; tout le monde y travaille." (Communication de M. Beaurepaire, archiviste du département de la Seine-Inférieure.)

Nous devons à l'obligeance de M. Lemaire, archiviste du département de Seine-et-Marne, la connaissance de l'origine et de la signification de cette devise. Elle a été imaginée par Sébastien Boulliard, mort en 1689, et auteur d'une histoire de Melun, ville où il naquit dans le courant du xvi' siècle. Après avoir raconté dans son ouvrage le siège soutenu, en liao, contre les Anglais par les habitants de cette ville, et parlé de la famine qu'ils supportèrent à cette occasion, il dit : ffEt c'est ce qui ffm'auroit faict donner à la ville de Melun la devise, ffpar moy adioustée à ses armoiries, Fida mûris usque ad mures, laquelle antithèse de nnivis ad mures, ne se pouvant renconlrer en fi'ançois, me ffsuflira de rendre le sens, et dire cpie cela signifie ffFidelle de mvrs, ivsqv'a manger sovris.n [Histoire de Melun, \n-li°, p. 639.)

sipat atque fovet^^'i', Bordeaux, des fleurs de lys, un château, un lion léopardé, un croissant et ce vers : LiUa sola regunt lunam, undas, castra, leonem; Beaune et Montpellier, une sainte Vierge tenant l'enfant Jésus; celle-ci y joint l'invocation suivante : Virgo maler, natum ora, ut nos juvet omni hora; celle-là place exceptionnellement dans l'intérieur même de son écusson ces mots : Orhis et urhis honos^'-K Avignon, dont les armes ont pour support un oiseau de proie, y ajoute la devise : Lînguibus et rostris.

i),,ises La devise commémorative a pour origine un événement historique, une parti-

rommémoralivos

.lYvinemcnis. culafité rcmarquable relative à une ville, un fait accompli dans ses murs, etc. En voici des exemples :

Compiègne rappelle la courageuse conduite de sa milice à la bataille de Bouvines, par les fleurs de lys qui chargent le lion de ses armes, et par la devise: Begi et regno fidelissima.

Louis XI, en augmentant les franchises et privilèges d'Amiens, et en déclarant cette ville inahénable (1/170), lui donna pour devise : Liliis tenaci vimine jungor.

Bhodez, toujours fidèle à la cause royale et à la foi catholique durant les guerres contre les Anglais, aux xiv^ et xv^ siècles, ainsi que pendant les troubles religieux des xvi*^ et xvn^ siècles, prit, dit-on, pour devise ces mots : Ihitliena fidelis Deu Regique suo.

Celle de Dole était anciennement Justicia; mais cette ville ayant, par une vigoureuse sortie, forcé Pierre de Craon, qui l'assiégeait, à se retirer de devant ses murs (1/177), ajouta ces mots et armis. Sa devise est donc aujourd'hui : Junticia et armis DoJn.

Le Non inultus -premoi^ ou rr Qui s'y frotte s'y pique, n (jui accompagne le chardon des armes de Nancy, ne fait-il pas clairement allusion au siège rigoureux que Charles le Téméraire fit subir à cette ville, sous les murs de laquelle il trouva la défaite et la mort? Est-il besoin d'expliquer la devise de Sarrebourg : don ipsis hostem repulit el repellet?

Dans ce cas, le soleil fait allusion au nom symbolisant la nature du commerce de Beaune,

de la ville. Sarrelouis a été fondée, en effet, par on demanda plaisanunent (Piron, sans doute, le Loin's XIV, dont le soleil et la légende , A ce spirituel ennemi des Beaunois) si cette devise se

impar, foi'maient la devise. rapportait à la vierge mère et à son divin enfant.

11 y avait auparavant Cmisa nostra lœtitiœ, ou bien au raisin et à l'excellente liqueur cpi'il

invocation tirée des Litanies de la Sainte Vierge; produit.

mais connue, dans les armoiries de cette vdie, Pour éviter l'équivoque on prit la devise actuelle :

l'enfant Jésus tient à la main un cep de vigne Orl)is et urhis honos.

DKVISRS EN GÉNÉRAL. 173

Dans la iiiiil du i /i juillet i56t>. , le baron des Adrels s'empara de Moiithrisoii, fit pr(';cipiter du haut d'une tour une partie de ia garnison, ainsi que plusieurs {jentilslionimes qui s'étaient réfugiés dans ie château et auxquels il avait promis la vie sauve; le viol, le piHage des maisons et des églises durèrent plusieurs jours. y\ussi ia devise de cette ville. Ad expiandum hostile scelus, rappelle-t-elle les massacres du cruel haron. Celle d'Agen, Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui cmtodil cam, est également un souvenir des guerres civiles et religieuses du xvi^ siècle, durant lesquelles cette ville fut souvent prise, reprise et saccagée j)ar les divers partis.

Saint-Germain-en-Laye, où est né le roi Louis XIV, rappelle cet événement par sa date même, 5 septeînhre 16 38, placée dans le champ de ses armes. INapoléon- Vendée, fondée par Mapoléon I", a pris pour devise la date de sa fondation : 5 prairial mi xu. L'île d'Aix, à cause d'une visite qu'y fit le même monarque, obtint l'autorisation de prendre pour devise la phrase suivante : Il est entré dans cette île le 5 août 1808.

Péronne la Pucelle, par la devise Urbs nescia vinci, rappelle qu'elle n'a jamais vu l'ennemi entrer dans ses murs.

Sens et Beaune montrent l'antiquité de leur origine gauloise, en joignant une légende à leurs armoiries modernes: pour celle-ci, Belna Eduorum; pour celle-là, Uî'bs anliqua Senonmn. Marseille a choisi cette devise superbe : Actibus immensis urbs fulget Massiliensis. Vienne, fière des saints et des martyrs qu'elle a produits en grand nombre, ainsi que de son antique siège archiépiscopal, dont le titulaire se disait primat des primats des Gaules, a mis, dans son écusson même, cette inscription : Vicnna civitas sancta. La petite ville de Fontenay-le-Gomte constate sa fécondité en grands hommes par la devise : Fonteniacum felicium ingeniornm scaturigo.

Enfin la devise peut être une phrase fière et résolue, une sentence excitant

Devises de (ierlé ,

d'une manière générale au courage, à une vertu quelconque, ou plus particuliè- '•<■ r'^^oi'"''"' • «-"^■ rement à la fidélité, au dévouement à Dieu, à la patrie, au roi.

Reims a choisi Dieu en soit garde '^^^ ; Abbeville, Semper fidelis ; Besançon, Utinam! ou Deo et Cesari perpétua fidelis; Montbéliard, Dieu est mon appui; Sarlat, Fidelis Deo et régi; Castres, Debout! Aix, Generoso sanguine parta.

' ' Nous nous sommes adressé à M. Hatat, archiviste du de'partement de la Marne, pour savoir l'ori-

gine de cette devise. Voici celle qu'il nous a obligeanmient indique'e : Suivant la tradition, les

Les devises étaient, moins encore que les armoiries, un attribut exclusif de la noblesse; outre les villes, les corporations et les bourgeois, qui, comme les nobles, se servaient de sceaux armoriés, les simples artisans et les gens de métier en faisaient fréquemment usage. Elles n'étaient plus d'ailleurs, dans ces deux derniers cas, qu'une espèce d'enseignes.

Bornons-nous à citer, comme exemples, les devises des libraires, des imprimeurs les plus fameux du xv!*" siècle, et celles de quelques compagnies et corj)orations.

Les Aides avaient une ancre; les Plantins, un compas; les Wecbels, un caducée; les Gryphins, un griffon; les Elzevirs, la sphère et l'olivier; Nicolas Ghesneau et Denis Mellier, un chêne vert; Jacques Nyverd, ces mots : SoliDeo honor etgloria; Vincent Sertenas, ceux-ci : Viiicenli non vtcto gloria dahir; Geoffroy Tory, cette phrase laconique : ]\ on plus; Gilles Corrozet, une main tenant un cœur, au milieu duquel est une rose épanouie et ces mots : In corde prudentis revirescit sapientia.

La compagnie royale des imprimeurs-libraires de Madrid avait choisi un alphabet, avec ces mots : Vis bene conjunctis.

La coi'poration des merciers de Paris avait pour devise, par allusion aux vaisseaux de ses armoiries et à son commerce, ces fragments de vers : Magno cum fœnere reddit, Et loto orbe sequemur; celle de la communauté des chirurgiens était : ConstUoque manuqne.

L'Académie française a pour devise : A VimmortaUté.

La Sorbonne, qui portait les armes de son fondateur Robert Sorbon, lesquelles sont une l'oue de fortune (par allusion à Sors bona), accompagnait ce corps de ces mots d'un psaume : Vox tonitrui in rota, qui rappellent ses censures et ses décisions.

La devise de l'Université était : Hic et vbiqne terrarum, pour marquer le pouvoir qu'elle donne à ses docteurs d'enseigner à Paris et par tout le monde.

Remarquons, en terminant cet aperçu général sui' les devises, qu'elles furent tantôt choisies, tantôt reçues comme héritage, par la personne ou la communauté qui les portait ; qu'elles eurent pour origine des recherches ])]us ou moins ingé-

f murailles de la ville de Reims furent plusieurs rrfois renversées. Reconstruites en partie sous les ?f premiers Mérovingiens, elles furent de nouveau ft ruinées sous Charles- Martel, et Louis le Débonrrnaire permit d'en employer les débris à la consfftruclion de la cathédrale. La vdie, se trouvant

«■dès lors ouverte de toutes parts et sans défense, n-pril pour devise ces mots : Dieu en soit garde! rrdevise qu elle conserve depuis un ten;ps inimérfmorial.n Cette interprétation rattache la devise de la ville de Reims à la classe des devises commémoratives d'événements.

DEVISES E\ GÉNÉRAL. 175 iiieuses, et que leur ordinaire fut la satisfaction ou l'expression d'un sentiment de flatterie, de reconnaissance, d'amour, d'enthousiasme, etc.

On comprend, pur suite, (jn il dut y avoir aussi des devises satiriques, ([ue Devises n'acceptaient pas ceux auxquels on les attribuait. Ainsi, à Philippe IV, sous le l'ègne duquel l'EspajjiU! perdit les îles Moluques, le Portugal, la .lamaïque et le Houssillon, ou donne, |)ar ironie, une devise ayant pour corps un l'ossé et pour âme ces mots : Plm on lui aie, plus il est grand. Tout le monde sait (pi'un des griefs allégués, en 1672, par Louis XIV, pour faire la guerre à la Hollande, fut une médaille que Josuë Van Benning, bourgmestre d'Amsterdam, and)assadeur en France, avait, prétendait-on''', fait frapper, et sur laquelle il était représenté avec le soleil, emblème du roi, au-dessus de sa tête, et cette légende : In conspectu meo stetit sol; allusion blessante, que i-endait encore plus évidente le prénom poi'té par le négociateur hollandais ^'^l

Ces généralités, qui n'ont qu'un rapport plus ou moins éloigné avec le sujet qui nous occupe, nous ont néanmoins paru indispensables; elles aideront le lecteur à comprendre l'origine et la signification des devises de la Ville de Paris.

11 est maintenant prouvé que celle niéilaille n'a jamais existé; voyez Histoire de Colberl, |)ar (llétuent, p. 33o, note 'j.

Une cruche de grès, avec ces mots: Dure et fragile, a parfois été donnée, comme devise, à des femmes coimues par la dureté de leur cœur et la fragilité de leur vertu.

On peut consulter sur les devises les ouvrages suivants :

1° Dialogue des devises d'armes et d'amours, par Paolo Jovio, accompagné d'un discours de Loys Dominique sur le même sujet; traduit de l'italien ])ar Vasquin Philieul , avec les devises héroïques de Gabriel Siméon; Lyon, Guill. Rouille, i56i, petit u\-h°.

•2° Devises héroïques et emblèmes, par Claude Paradin, augmentées par François d'Amboise et publiées par Adrien d'An)boise; Paris, Rolet-Boutonné, 1621, in-8°.

3° Recueils d'emblèmes divers accompagnés de discours moraux , etc. par J. Baudoin; Paris, i6iG- 1660, in-8°.

h" Discours ou Traité des devi.ies, par François

d'Amboise, publié par Adrien d'Amboise. fils de l'auteur; Paris, Rolet-Boutonné, 16-20, in-8".

5° De symbolis heroïcis libri IX, j)ar Sylvestre Petra -Santa, jésuite; Anlverpiœ, Baith. Moret, i634, m-li°.

6° EmbleuKila ethico-polilica iiigenua ati/ue erudita interpretationc uunc primum illustrata, per \ic. Meerfeldt. Jacobi Bornitii; Moguntiœ, 1669. petit 'm-h\

7" De l'Art des devises avec divers recueils de devises du même auteur, par le père Le iMoyne , jésuite ; Paris, 16G6, in-'j".

8° La Philosophie des images, par le père C F. Ménestrier; Paris, R.J. B. de la Caille, 1682-1683, in-8°.

9" Cris de guerre et devises des Etats de l'Europe, etc. par le comte de C; Paris, 1 862 , in-18.

1 0° Le légendaire de la noblesse de France, j)ar le comte 0. de Bessas de la Mégie; Paris, i865 , in-8°.

11° Devises des familles nobles françaises, pai- A. Briquet, inséré dans le Mémorial de la noblesse, numéros de juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 186/1.

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