CHAPITRE
Sommaire. — Les devises de la Ville de Paris. — La barque. — Le navire. — Excellence de celle devise. — Analogie entre un navire el une ville. — Avant 1789, Paris n'a pas d'autre devise permanente que le navire. — Preuve tirée des descriptions des fêles donne'es pai' la Municipalité parisienne. — Preuve par les jetons municipaux. — Fluctuât nec mergitur, devise de circonstance, avant 1789. — Opinion contraire; réfutation. — Adoption de la devise actuelle.
Dans l'origine, alors que Paris était représenté parla riche et puissante corpora- Devises parisiennes, tion des Marchands de Yeau, il n'avait pas d'autre devise que celle de cette célèbre compagnie. Une telle devise, j)arlant d'elle-même aux yeux, n'avait pas besoin de légende explicative; c'était la barque même, emblème du principal négoce de Luk,n,ue. Paris. Avec le temps, diminua l'importance relative du commerce particulier des nautes parisiens; il se confondit dans le commerce général de la grande et opulente cité, après l'avoir absorbé pendant un temps plus ou moins considérable. La barque, au contraire, grandit, prit les proportions d'un navire et devint l'emblème , la devise de la Municipalité parisienne. Aussi les anciens auteurs, tels que Favyn'^^ Tristan de Saint-Amand'^\ Le Roy^'^' et autres, quand ils parlent des armoiries de Paris, emploient indifîéremment, en parlant du navire, les termes ^emblème et de devise.
La barque était une devise parfaitement appropriée au commerce des nautes; Le, ..vire.
Excellence
le navire, (pii vint la remplacer dans l'écusson municipal, fut également une de ceuc jevis.^. image parfaite, une devise excellente de la Ville de Paris, dont il formait en même temps le principal symbole héraldique. Ce qui pourrait paraître dù à un choix heureux et rationnel n'est pourtant, on le voit, que le résultat du hasard,,
'* Tlicâlre d'honneur el de chevalerie, t. I, p. li. Dissertation sur l'origine de l'Hôtel de Ville de
^' Commentaires historiques, t. III, p. ySS. Paris.
(|ui donna pour berceau à la Commune parisienne une compagnie de commerçants |)ar eau.
fîCe n'est pas d'aujourd'Imy, disait au xvn*' siècle Pierre Palliot''', que l'on s'en ffsert (du navire) en devises et armoiries principalement, pour faire voir raffînité rrde la républi([ue (chose publique) avec l estât de la marine. ii
Le navire, recélant dans ses flancs tout un monde, c'est-à-dire l'ensemble des choses utiles et nécessaires à la vie commune d'une agglomération d'hommes, portant d'un point à l'autre du globe les richesses de la terre , soumis tour à tour Miix vents qui favorisent sa navigation, aux calmes qui l'arrêtent, aux tempêtes <|ui l'entravent et la menacent; le navire, dont la marche ne peut être assurée sans le concours de nombreux agents de toute espèce travaillant au bien commun, sous la direction d'un cor])s d'ofliciers commandé par un chef qui doit joindre à une expérience consommée un pouvoir étendu, n'est-il pas l'image, la devise par excellence d'une ville ou d'un état bien gouverné ?
Celte devise parle si clairement à l'esprit, qu'elle n'a besoin que du coi'ps qui la constitue tout entière, sans adjonction d'aucune légende. D'ailleurs, (jue choisir. ;iu milieu de l'immensité de sentences et de maximes auxquelles peut donner naissance cette similitude naturelle entre l'existence d'un navire et celle d'une cité? C'est à cause de l'inutilité d'une légende explicative et du grand nombre (le celles qu'on pourrait adopter que, durant des siècles, Paris n'eut point de devise écrite permanente.
Pour se convaincre que Paris n'en eut point de cette espèce avant 1789, il suflit de consulter les descriptions des fêtes données par cette ville pendant les ([uatre derniers siècles, et notamment celles qui racontent avec détail les entrées des rois, des reines de France et de quelques souverains étrangers. On y peut i-ecueillir une foule de phrases, de sentences, de pièces de vers, faisant allusion au navire des armoiries municipales, l'accompagnant et lui servant de devises:
La l'rnije et parfaite science des armoiries, par Pierre Paillot parisien; Paris, iGGo, in-('ol. (Appendice II, n° 7.) Pierre Paillot (ou Palliot) naquit à Paris en 1608, fut impriineur-iiijrairo à Dijon, et mourut dans celte dernière ville en 1 G98. Ses connaissances en blason et en généalogie lui (irent
donner le tilre de généalogiste des duché et comté de 15ourgogne. Ses deux principaux ouvrages sont . d'abord , celui que nous citons , puis , Le Parlement de Bourgogne , ses origines , qualités, blasons; Dijon. i(>li(), in-l'ol. Il iuq)rima lui-même ses livres et en grava les nombreuses planclies.
DEVISES DE LA VILLE. 179 mais cos devises soiil toujours de circonstance et ne survivent pas à l'événement qui leur a donné naissance. Là, comme sur les monuments publics de Paris, on ne voit aucune inscription présentant le caractère de fixité d'une devise définitivement adoptée par la Ville.
L'absence d'une devise permanente autre (pie le navire, et ayant rr corps et ffàme,Ti ou seulement l'un ou l'autre, est d'ailleurs établie d'une manière évidente par l'existence même des inscriptions décorant les édifices éphémères élevés pour les entrées solennelles des rois de France et d'Angleterre, en i 620; du duc de Bedford, en 162/1; de Henri VI, roi d'Angleterre, en i63o; de Charles VII, en 1/187 1 /i/io ; de Louis XI, en 1 /iG 1 ; de Cliarles VIII, en i hSk; de Louis XII, en 1/198; de la reine Anne, en i5o/i; de François 1*=', en 1 5 1 5 et 1 627 ; de la reine Eléonore, en 1 53 1 ; de Jacques V, roi d'Fcosse, en i536; de Charles-Quint ^ en i5/io; de Henri II et de Catherine de Médicis, en 16/19; ''^ Charles IX et d'Elisabeth d'Autriciie, en 1671 ; de Henri IV, en 169/1, etc.
Les jetons municipaux, h'appés par les Prévôts des Marchands et par les Echevins, fournissent encore une preuve du même fait^'*. Voici différentes devises de circonstance et sans caractère de fixité, que nous copions sur les jetons réunis à la Bibliothèque impériale de Paris, section des médailles :
Le plus ancien est de la fin du xv'^ siècle; il porte, du côté des armoiries municipales et par conséquent du vaisseau, cette légende : Sur toutes citez Paris prise; sur la face opposée, où sont quatre fleurs de lys placées en croix, se trouve cette autre légende complétant la première : Car la nef figure l'égUse^^l Un autre jeton
La Ville avait un faiseur de devises attilré el pensionné par elle, tant pour les jetons que pour les inscriptions , emblèmes et poésies employés dans ses fêles et réjouissances publiques et aux enirées solennelles des rois , reines , princes et princesses.
Maître Pierre de Montmort (alias Montmaur), lecteur et professeur du roi en langue grecque à l'Université de Paris, fut pourvu, en i6.32. par le Prévôt des Marchands et les Eclievins de la Ville, de cet emploi, auquel était attachée une pension annuelle de 5o livres. (Voyez ses lettres de provisions, Appendice LXXXII.)
Parmi les poètes employés par la Ville de Paris pour la composition des devises et inscriptions de ses fêtes et de ses monuments, on peut citer Etienne Jodelle , Ronsard , Dorât et Santeul. ( Recueil
des inscriptions , figures , devises et masqmrades ordonnées en V Hôtel de Ville de Paris, le jeudi i y de février i558 , par Estienne Jodelle, Parisien, Paris, André Wechel, i558, in-Zj"; Registre du Bureau de la Ville de Paris, année 1671, manuscrit des Arcli. de l'Emp. H 1 7 86, f" 7/1 , et Appendice VI , n°' G et 7 ; nUrbis reparatœ et amplificatœ inscriptiones , Cl. Pelffterio et H. Furcœo prœtoribus, nec non Geot'rido ffGayoto, Rufino et Sanguinerio œdilibus, et Titorrnio régis et urbis procuratori, Mitanterio .scribœ fret Rocolio quœstori; autore Santolio Viclorino, rranno 1687, in-13.)
rf Le Navire , ^ dit J. B. Dupuy-Desportes ( t. II , p. .3 1/1, de son Traité historique et moral du blason, édit. 1754, in-12), ffdepuis plusieurs siècles, est rr regardé comme l'emblème de l'église et du sa-
ne diffère de celui-ci que par la suppression du mot car; au lieu du verbe fgure, on lit représenle.
D'autres, frappés en i568, i5Go, 1662, portent, du côté des armoiries, ces mots : Ahna urbs Lulelia fumina, et sui' la face opposée, oi^i l'on voit des fleurs de lys et des ancres alternées en croix, ces autres mots : Saa'a Parisiorum anchom. Un autre, du règne de Charles IX, a, du côté des armoiries, la même légende que les jetons précédents, et, sur le revers, les armes de France accostées de deux colonnes, avec les mots suivants : Pietalc cl Juslitia. La figure et les paroles forment la devise particulière de ce monarque.
En i556, il y a deux modèles difiérents; tous deux portent, du côté des armoiries : Qui impcravit vcnlis et mari; mais, du côté opposé, il y a, pour Tun, des ancres et des fleurs de lys alternant en croix et cette légende : Clirs. vincit, Chrs. régnât, Chrs. imp.\ pour l'autre, un serpent entortillé au tronc d'un arbre, la tête vers le haut, et ces mots : His tribus versatur.
En iBya, lÔyS, 157/1, tB^G, 1577, 1579, i58o, i583 et 1690, c'est-à-dire durant chacune de ces neuf années, la même devise, Navem jactantibus U7idis, se maintient du côté du vaisseau; pendant les six premières, le revers formé d'ancres et de fleurs de lys alternées en croix, avec la légende, Dente tenaci anchora Jandavit, qui complète le sens de la première, ne varie pas non plus. En i58o, le l'evers représente un homme, la tête armée d'un casque, appuyé de la main droite sur une lance à laquelle s'enroulent des lauriers, et tenant en sa main gaucbe une ville; le mot grec IloXtopxos et la légende, Prudentia sustinet urbes, expliquent le sens de cet emblème. En i583, c'est une Minerve tenant de la main droite une hallebarde entourée de lauriers, et dans le bras gauche un bouclier; audessus d'elle, on voit un nuage d'oii s'échappe une pluie d'argent, et ces mots : Àrgentea Palladis œtas. Enfin, en 1690, la légende, Subduccndis rationibus, entoure des instruments de mathématique, compas, règles, cordeaux, etc. au-dessous desquels sont écrits ces mots : Nil nisi vota snpersunt.
La devise. Fluctuât at nunquam mergilur, est inscrite sur un jeton de i58i, où le vaisseau, battu par des veiits qui le poussent en sens contraires, est retenu sur les flots par une main sortant du ciel; sur le revers est un arbre aux branches courbées vers la terre , avec cette légende : Oppressa surgo.
La même devise légèrement modifiée, Fluctuât nec mergitur, entoure l'écusson
f lui. n (Voyez Navis ecclesiœ simholmn, par le père p. 3() , la citation que nous faisons d'un passage du Jer, Alex. Lejeune | fin du xvi' siècle]; voyez aussi, Roy d'Armes du père de Varennes.)
DEVISES DE LA VILLE. 181 (les ai'incs do Paris, au-dessous du(|ucl est écrit en exergue Lulelia, sui' des jetons des années 1682, 1686, i585 et i586, et sur un autre qui ne porte pas de date. Le revers de ce dernier et de celui de i585 représente une femme assise, soutenant par la trabcî uikî ancre posée sur un cube et dont la stangue est enlacée de deux bi'anches de lys passées deux fois en sautoir; au-dessus de cette femme brille un soleil qui coupe la légende, Florehit quasi lilium. Les jetons de i582, i58/i et i58G, frappés respectivement par les échevins Jean de Loynes, P. Legoix, sieur de la Court, et Louis de Saintyon, portent les armes de ces ofliciers municipaux. On voit encore la devise, Fluctuai nec mergilur, sur un jeton de l'hôpital de la Charité, de l'an i58/i.
En i58i, i583, i588, et sur un jeton sans date, du côté des armes, on lit ce vers : Hœc capit unilos navis pellilque rebelles, et sur le revers on voit, en i58i, la déesse Union, avec la légende , Unus Deus, unus rex, una fuies, una lex; en 1 583 , une femme demi-nue, tenant de la main droite une couronne, de la gauche une palme, et assise sur un siège élevé; devant elle, sur un char traîné par deux licornes, est représentée une ville, et ces mots sont écrits à l'entour : Fide erga regem. En i588, on trouve une couronne de chêne, ayant cette date au centre et entourée de la phrase : Servait gratta civis. Quant au revers du jeton non daté, il porte, avec un vaisseau, cette légende : Remigio Jluctus superans, et en exergue : Lutetia.
Un jeton de 1087, deux autres de i588, présentent aussi, du côté des armes, les mots : Remigio Jluctus superans — Lutetia. Un de ces deux derniers et le premier ont, sur leur revers, un homme tenant un gouvernail dans son bras gauche et écrivant sur une table de la main droite, avec ces paroles : Dum clavum rectum teneham; l'exergue porte les initiales de Nicolas-Hector de Pereuse (N. H. P.) et la date; le troisième a sur le revers les armes de ce Prévôt des Marchands.
Un autre jeton de i588 présente, du côté des armes, la devise, Qui navem recte diixerit; sur le revers, un saint Louis tenant le sceptre fleurdelysé, et la main de justice, avec ces mots : Salutis spem conjirmabit.
En ibcjb, sur une face, un vaisseau agité par les flots sous un ciel étoilé, et cette légende : Sic Henricus mergeutibus ; sur l'autre, les armes de Martin Langlois, Prévôt des Marchands.
I 60 3. — Vaisseau éclairé par le soleil. — Hic vertex nobis semper sublimis.
1608. — Vaisseau. — Perrumpe procellas. — Revers. — Henri IV, le sceptre en main. — Imperiis sccura meis.
1611. — Vaisseau. — Matre Dca mouHirante viam. — Revers. — l ne Heur sous le soleil. — Te surgente resurgo.
1616. — Vaisseau. — Hanc una movebit aura.
1617. — ^ aisseau. — Securi spirent zephtri.
1625. — \ aisseau et Neptune frappant la mer de son trident. — Dicto cilim tumida œquora plaçât.
— Vaisseau. — Quo sidere tuiior.
— \ aisseau. — AqniJone secundo.
— Vaisseau et digue. — Sajcis in procurrentibm hesit. — Exergue. —
Rvp. domita.
— Vaisseau. — I\ec latus alternat.
— Vaisseau. — Quo nuUa priorum.
— Vaisseau. — ISon vellus at orhem.
— ^ aisseau. — Et quo fata vêtant.
— ^ aisseau. — Gui cesserit Argo.
— \ aisseau. — Nec saxa me ignés.
— \ aisseau. — jEquo moderamine.
— \ aisseau. — Surgens stabilivit lulus.
— Vaisseau. — A Jluctu défendit onus.
— ^ aisseau dont le pavillon porte une
croix. — Hanc crux, hanc an-
rlwra servat.
— Vaisseau. — Regimen unde omnia.
— \ aisseau. — Linus qui cuncta serenat.
— ^ aisseau. — Sœvas hiemes sol aureus
egil.
— Vaisseau. — Veiitosque aspirât eunti.
Nous pourrions pousser cet examen des jetons municipaux jusqu en 1789; mais nous ne trouverions qu'un plus grand nombre de devises particulières, se rapportant aux divers événements remarquables ou à la situation générale de la \ille aux diverses époques, et s'appliquant, par allégorie, au navire parisien. Les exemples nombreux que nous venons de donner suffisent amplement à démontrer que Paris n'a pas d'autre devise permanente que le navire.
Si toutes ces devises écrites prouvent qu il n"y en avait point une seule qui possédât un caractère suffisant de stabilité pour constituer une devise fixe, elles
' ' Rupella , ia Rochelle.
DEVISES DE LA VILLE. 183 inontroiit aussi (juoHe l'ichesse d'allégories possède le navire, cet antique signe, cette véritable devise de Paris. Sans que nous ayons besoin de préciser le lecteur à dû remarquer, parmi les citations que nous venons de faire, les nombreuses et claires allusions aux principaux événements politiques accomplis dans les années marquées sur les jetons. Le corps permanent de la devise parisienne a toujoui's, en effet, une dme prête à rappeler tour à tour les troubles civils et religieux de la Ligue, les espérances des partis, la puissance des Guises, les agitations du règne de Henri III, le siège et la délivrance de Paris par Hemi IV, la régence de Marie de Médicis, la prise de la Rochelle, la paix et la guerre, les splendeurs du règne de Louis XIV, et très-fréquemment l'état prospère de la Ville,
Aucun auteur antérieur à 1780, excepté un seul dont nous parlerons tout à Devises
' ^ ^ J- atli ibuées à 1
l'heure, n'attribue de devise écrite permanente à Paris: mais, en revanche, on , i"""
1 7 j 7 quelque? aul
en trouve de particulières, citées dans un grand nombre d'ouvrages. Claude Pal'adin, en ses Devises héroïques et emblèmes dit, en parlant du navire symbolique de cette ville : crCe mot en quelques endroits se vit : Tumidis velis aquilone secundo, cr Vent en poupe à pleines voiles n On put, en effet, lire cette devise sur le vase d'or, richement ciselé, donné en présent au roi Henri II, par le Prévôt des Marchauds et les Echevins de Paris, le lendemain de l'entrée de la reine Catherine de Médicis (19 juin i5^9). Les armes de la Ville, qui s'y trouvaient, étaient entourées d'un rouleau sur lequel la devise était écrite'**.
Corrozet, (|ui décrit longuement cette entrée solennelle, nous fait connaître trois autres devises, également de circonstance, se rapportant, les deux premières, à la Ville personnifiée, la troisième, à la Nef de Paris :
cf A la porte de Paris, dit-il, devant le Chastelet, estoit un portique en plate ff peinture, de double reng de colonnes, dessus le plan duquel estoit assise une ft nymphe, nommée la nouvelle Pandora, représentant Lutèce ou Paris. Elle avoit ffun jenou en terre, comme pour faire la révérence au Roy, et la main dextre ffsur un vase antique, en contenance de l'ouvrir. Sur sa teste estoit escrit en ff lettres d'or : Lltetia nova Pandora.
ffEn la frize du bastiment estoit escrit: Sospes, te sospite, vivam.
ff A l'un des boutz du pont Nostre-Dame, estoit un arc triumphal com-
L'ouvrage que la Ville de Paris prépare sur Appendice VI, n" 6.
les jetons de rÉchevinag-e parisien donnera , à cet *^ Registre du Bureau de la Ville, année
égard, tous les éclaircissements ne'cessaires. iSig, Archives de l'Empire, vol. coté H 1781.
Page 1.38. fol. 160.
«posé de toutes les parties entières d'architecture; dessus lequel estoit un Tiphis, cr tenant un mast de navire garny de hune et de voiles. A ses costez estoienl cr Castor et PoUux, l un argenté et l'autre noir; et au dessouhz estoyent quatre (t Argonautes renommez anciens, ès personnes desquelz parlans à leur Tiphis. rr représentant le Roy de France, gouverneur de la Nef de Paris, estoit escrit :
ff ALTER ERIT JAM TIPHIS , ET ALTERA QVJE VEHAT ARGO fTDELECTOS HEROAS.
ffAu mylieu pendoit ce quatrin :
(tPar l'antique Tiphis Argo fust gouvernée, rPour aller conquérir d'or la riche toison : rEt par vous, Roy prudent, à semblable raison (rSera nostre grand nef heureusement menée ''^.t'
On vit encore, en i 57 i , lors de l'entrée solennelle du roi Charles IX, la devise Tumidis velis aquilone secundo; elle flottait sur une handerole, au haut du mât d un grand navire d'argent, représentant Paris, les voiles tendues et enflées par le vent, et placé sur un portail construit au bout du pont Notre-Dame'-.
Alais, dans tous ces cas, comme sur le jeton de 1628. où l'on n'en trouve qu une partie (^aquiloiic secundo) , c'est une simple devise de circonstance. La phrase même de Claude Paradin montre bien qu'il ne connaissait pas de devise fixe, et qn il ii y en avait point; autrement, parlant du navire parisien comme corps de devise permanent, il n'eût pas manqué d en citer l'àme, s'il y en avait eu une, jouissant du même caractère de fixité. Au reste, le texte même du registre du Bureau de la Aille, année 1671 . nous en donne une autre preuve. On y lit, au folio iSa cette phrase significative : k Au bout du hault du mas estoit ceste devise d'icelle -ville : Tumidis velis Aquilone secundo, v
Le mot ceste indique assez clairement que ce n'était point la devise de Paris.
Le plan de Paris par François Qnesnel. publié en 1609, est plus affirmatif: il attribue à cette ville une autre devise, qu'un jeton de i58i nous a déjà fait connaître : rrun Dieu, un Roy, — une Foy, une Loy.r
La première et la quatrième des douze feudles dont se compose ce plan contiennent chacune un tableau rectangulaire.
Antiguite: , histoires et singularitez de Paris, Archives dç l Empire, vol. coté H 1786. fol. iSa. ville capitale du royaume de France, par Gilles Cor- Ibidem.
rozet. édit. de 1000. p. 175 et suiv. Il s'agit du navire d'argent dont nous venons?
Registre du Bureau de la Ville, année 1571. de parler.
DEVISKS DE LA VILLK.
Dans Je j)reiiii(!r on lit : Sur la ilrrise de Paris,
bu Dieu , un ISoij .
Pai is [tour sa (leviso a un Dieu et un liov. Ayant Lappuy dos Deux son rèyne est de durëe. Rien ne Le scauroit vaincre, et il sera LeH'rov De toute luition et de toute conlrée.
Sa grandeur ne Sera Jamais en desaroy.
Touiours dans Son Palais sera La Saincle Aslrée. Son esta Sera Ferme, assisté de Sa Loy Et d'une bele paix durable et assurée.
'^aris pouf ta druijr. a l^n D>fu,/l l>n I^oyr
Lejjtay
/Ty«ni L o^uy d<i Utux. j»n tt^' Rifn.ni LfStQuroti Ziaimrt f% ils, IDoouitnaiion./i fouit conirre S. granJfur nr Sfra Tanjtis <n inaroy T'uu'muiA àam Son Palais Sfta La £ajn(uA{cr/^ Sone{ia Strt Eir.mi, aa'mi itSaLo'
Et ianfhrl< paix Jutahlf fi
^ous coiiservonti l orthographe de i original.
Dans le second se trouve écrit : Sur la devise de Paris,
Une Foij, une Loy.
Une Loy, une Foy entretient en concorde
Et en vraye amitié Les peuples empeschant
Que parmy Leur repos ne glisse ia discorde
Qui Faict contre le bon animer Le Méchant.
Garde ces quatre point, Paris, et te recorde
Touiours dun Dieu, dun Roy, dune Foy et tachaii
Quauecques une Loy ta volonté Sacorde
Nul trouble par ainsi n'ira ton hur (heur) Faschant.
Sur Z a Jfutit àt Par:.
\/ tu Foy ^ If m Loy ^ L.oy ùne Foy tntrfurnt m E!t en'drayr ajniftf. Les j/eujilef e ^^ue ^ûtrny Leur tt^of n^^liitt la ditfOràf Q ui Faict contre an Cjardr ers <juatre potnt.Patis, fi u teioièt
outoun Jun Dieu Jun Poy Junr Fcy é' laiha-n
ïtaur:)jurj Z/rirLoy ia'ùolontr SaiorJt
par axnti mta. toa hur Fartliant
Cette devise, attril)uée à Paris par Quesnei, est simplement choisie par lui au
DEVISES DE LA VILLE. 187 milieu (le toutes celies (|ui avaient cours de son temps, el n'appartient |)as plus à cette ville que n'appartient à Henri IV la légende : Magna fecit, majora sequentur, dont Quesnel accompagne le portrait de ce monarque, auquel il semble l'attribuer comme une devise j)aiticulière.
Toutefois, on pourrait expliquer la première de ces attributions, en se lappelant les paroles prononcées par le Prévôt des Marchands Claude Guyot^'', dans une harangue adr^ssée en juin 16/19 Henri II, qui venait d'assister, avec toute
sa cour, au supplice de quelques protestants brûlés dans la rue Saint-Antoine, tandis que d'autres mouraient aussi sur les bûchers élevés à la place Maubert et au cimetière Saint-Jean. Claude Guyot, voulant défendre la grande famille parisienne du soupçon d'hérésie, même dans la personne de quelques-uns de ses membres, dit qu'aucun de ceux qui viennent de subir la peine du feu n'est enfant de Paris, et défie qu'on puisse lui prouver le contraire. H débute ainsi : rrSire, le simbole et devise que voslre bonne Ville de Paris, capitalle de vostre crroyaulme, a j)orté d'ancienneté et porte encore de présent, ung Dieu, ung Roi, ^iine Foy, une Loy, tesmoigne suflfisamment de la religion et vie catholique des ff habitans d'icelle, de leur grande obéyssance, amour et dillection envers leur rr prince, et du zelle fervent qu'ils ont à garder et entretenir sa justice; et l'obserfcvance de toutes lesquelles choses, comme très sainctes et sacrées, il a esté par (tcy devant faict, etc. n
Ces paroles ne sont pas sans autorité dans la bouche d'un Prévôt des Marchands; cependant, si l'on se reporte au moment où elles furent prononcées, au sens qu'on leur attribuait alors, et à l'état où se trouvaient les esprits, on reconnaîtra qu'elles ne prouvent point que ces mots, un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi, constituassent réellement une devise permanente de Paris. Il est d'ailleurs établi d'une manière certaine, par ce que nous avons dit plus haut, que cette ville n'a point de devise écrite fixe; une assertion contraire ne peut donc venir mettre ce fait en doute; mais elle doit seulement, comme dans le cas dont il s'agit, nécessiter quelques mots d'explication sur une contradiction qui n'est qu'apparente.
rr H faut chercher dans les institutions anciennes la cause des persécutions rr contre les hérétiques, dit M. Cheruel Une Foi, un Roi, tins Loi, était un des
Claude Guyot, conseiller, notaire et secrétaire Dictioumire liistoriqtw des institutions, mœurs
du roi. Prévôt des Marchands, de i5/i8 à i5.5i. et coutumes de la France, aux mots Hérésies, Héré-
Registre du Bureau de la Ville, année iS/iy, tiques, Arcb. de l'Empire, vol. coté H 1781, fol. 161.
r axiomes reconnus dans l'ancien droit. On ne pouvait v porter atteinte sans troubler CT Tordre. De là la proscription de l'hérésie et des hérétiques. Claude Guvot. dans sa harangue, a seulement voulu dire que Paris avait toujours suivi et suivait encore cette règle, qui, pour un Français, résumait alors toute la loi: emplovant une formule en usage dans la langue de son temps, il constate que la Ville, dont il est le chef au point de vue municipal, a toujours porté moralement cette devise, de même qu on pourrait encore aujourd hui dire d'un iiomme, dont les actes auraient constamment été le fruit d'une sage circonspection : Prudence fut toujours sa devise.
Félibien et Lobineau. dans le dessin placé en tête de la première page du
LA TKOTECTION ROYALE S OU TIENT MIE V^XJvUmUlGATIOxV QNE LES ASTRES NE LA DIRIGENT
discours préliminaire de leur Histoire de Paris, donnent à cette ville une ingénieuse devise, qui vient corroborer ce que nous avons dit de la signification du chef de France dans les armoiries municipales. Ce dessin représente une nef à deux mâts, portant chacun une voile et une flamme, à lanière un pavillon, et flottant sur les eaux. La partie formant ciel est un semé de fleurs de lys, oiî se déroule un liston, avec ces mots : Prœlucent certius astris, que les auteurs traduisent
DEVISES DE LA VILLE. 189 ainsi : «La protection royale soutient mieux ma navigation que les astres ne la rr dirigent.
De nos jours, on a attribué à la devise Fluctuai nec mergilur, inscrite sur quel- Fiuduat «ec mcguur,
devise de circonstance
ques jetons municipaux, et notamment sur ceux frappés en 1081, 1682, i58û, .'vant.789. i585, i586 et 1598'' , la permanence exigée pour constituer d'une manière spéciale la devise d'une famille ou d'une ville; mais cette qualité ne lui a pas plus appartenu qu'à toutes les devise» que nous avons précédemment citées, et dont quelques-unes même étaient employées simultanément. En d'autres termes, Fluctuai nec mergilur a été, avant 1789, une des devises, mais non la devise |)ropre et exclusive de Paris.
Avant cette époque, on peut raffîrmer, cette ville n'avait pas d'autre devise fixe que le navire; mais, suivant les circonstances, on y ajoutait des devises écrites, faisant allusion tant au navire qu'aux circonstances elles-mêmes et constituant, par leur union, ce qu'on appelle des devises parfaites, c'est-à-dire ayant corps et âme.
Nous n'en donnerons pas pour preuve l'absence de toute devise écrite sur les nombreux sceaux de la Municipalité de Paris, car les exemples de devises placées sur les anciens sceaux sont extrêmement rares . On n'y mettait autrefois que le nom de l'individu ou de la corporation qui les avait fait frapper. L'Armoriai général de France de 1696, le brevet d'enregistrement des armes de Paris à cet Armoriai, délivré en 1697 ^ , et les lettres patentes de concession d'armoiries obtenues par cette ville, de Napoléon P'' en 1811, de Louis XYIII en 1817, ne font nulle mention d'une devise municipale. Ce silence pourrait également venir à l'appui de notre alTirmation, si nous ne savions que les villes, ainsi que les familles, considéraient les devises comme une addition accidentelle, et étaient loin d'y attacher la même importance qu'à leur écusson proprement dit.
Il est fort rare que les armoriaux donnent autre chose que la description des armoiries, c'est-à-dire l'essence même du signe héraldique qu'il s'agit de perpé-
Ce dernier a été trouvé dans les fouilles faites commencement du \n' siècle au commencement
récemment devant le Théâtre-Français, sur l'em- du xvi'. Il n'y en a que quatre qui portent, une
placement des anciens remparts de Paris (enceinte devise; ce sont ceux de Gui de Molac, en iio6;
de Charles V). d'Olivier de Clisson, en 1/107; du duc Jean V, en
A la fin du second volume de \ Histoire de 1/117, et de Jean du Juch, en 1/118.
Bretagne, par dom Lobineau, publiée en 1707, se Ces exceptions sont encore bien plus raresquand
trouvent vingt-deux planches contenant deux cent il s'agit de sceaux communaux,
quatre-vingt-cinq sceaux de seigneurs bretons, du L'original appartient à ia Ville de Paris.
tuer. Nous devons donc faire expressément remarquer que la devise, le cri de guerre, les supports ou tenants, les timbres, cimiers, casques, couronnes et autres ornements extérieurs de l'écu, ne font pas partie intégrante des armoiries; ils ne sont que des accessoires et n'ont point cette immobilité qui caractérise les pièces et les couleurs placées dans le champ de cet écu.
La meilleure preuve que nous ayons à faire valoir, c'est la multiplicité même des devises écrites, employées durant quatre à cinq siècles, dans les fêtes données par la Ville de Paris et sur les jetons frappés par ses officiers municipaux. S'il avait existé une devise exclusive, consacrée par le temps ou par une adoption officielle, la Ville n'en eût pas imaginé de nouvelles à chaque événement de quelque importance.
Cependant on trouve l'affirmation suivante dans un ouvrage publié en 1767 et intitulé Recherches sur les fleurs de lys et sur les villes, les maisons et les familles qui portent des jleurs de lys dans leurs armes^'^^ : ff Paris, ville capitale du royaume de cr France : de gueules à un navire d'argent flottant sur des ondes de même, au rchef cousu d'azur semé de France, avec ces mots pour devise : Fluctuât nec ^ mergitur.v D'un autre côté, La vraye et parfaicte science des armoiries, par Pierre Palliot, pubhée en 1660, contient cette phrase''^': rrLa ville capitale de ce grand ff royaume, Paris, a pris dès longtemps pour son symbole un navire ([ui flotte, cr comme estant (dit Marion'^', ce poly et sçavant advocat général, en son cinrr quième plaidoyé) la principale marque de son opulence, Fluctuât nec mergitur'^^^ -n Enfin une pièce de vers français présentée au Prévôt des Marchands François Miron, à l'occasion du i''"' janvier i6o5, renferme une traduction évidente de cette devise et prouve, ainsi que le fait remarquer M. Le Roux de Lincy, qu'elle était alors assez connue pour qu'il fût possible d'y faire une allusion directe
Il se trouve à la fin du troisième volume du Dictionnaire généalogique , tiéraldiqm , chronologiq ue et historique, par M. D. L. C. D. B. (M. de La Chesuaye des Bois), Paris, 1767, m-ii. Un avis du libraire désigne comme auteur de ces recherches le président de N***. C'est du président de Noinville (de la famille Durey) qu'il s'agit.
Page 671.
Voyez page 26 du présent ouvrage.
L'avocat général Marion ne dit pas un mol de la devise Fluctuât nec mergitur, dans le plaidoyer dont parle Palliot.
Remerciment A M. Myron , seigneur du Tremblai], Lignières , Bonnes et Gille -Voisin , conseiller (lu Roij en ses conseils d'Etal et privé, lieiitenani civil en la prévosté de Paris et ci-devant prévost des marchands. — Par le peuple de Paris , Paris , A. Beys, 1 6o(), in-8°. page 99. pièceayanl pour titre : Autres stances sur l'élcclion dudict prévost des marchands , faicle le XVI août iGn^j et à luy présentées le i" Janvier t6o5.
M. Le Roux de Liucy a cité ces vers dans le n° 59 (10 juin 18G6) de la revue intitulée L'Intermédiaire des chercheurs et curieux.