CHAPITRE II
SoMMAiiiK. — Livrée de la Ville (le Paris. — Absence de reiiseiffiicnieiils précis aiiUn-ieiiieiiicnl au xiv" siècle. — xiv° siècle; couleurs de livrée de la Ville de Paris : rouge et blanc. — Le bleu n'entre pas dans la livrée de la Ville de Paris avant le xv*^ siècle. — xv" siècle; couleurs de livrée de la Ville de Paris : rouge pour les membres du Bureau de la Ville; rouge et bleu pour les officiers et agents d'un rang inférieur. — Du commencement du xv!"" siècle à l'année 1789; couleurs de livrée de la Ville de Paris : rouge et tanné pour les membres du Bureau de la Ville; rouge et bleu pour les officiers et agents d'un rang inférieur. — Livrée des six Corporations de marcliands de Paris. — Livrées du Procureur du Roi, du Receveur, des Conseillers et Quarleniers de la Ville de Paris. — Les robes de cérémonie des Officiers municipaux de la Ville de Paris étaient de véritables livrées. — Le droit de livrée mi-partie rouge et tanné défendu des usurpations et soigneusement conservé par ceux qui le possédaient. — Examen succinct des variations subies à diverses époques par la livrée municipale.
La Ville de Paris, dans la délermiiiatioii des couleurs de sa livrée, s'est coiifoi-mée constamment aux règles et coutumes ordinaires, telles que les suivaient d'ailleurs un grand nombre d'autres cités, qui comptaient parmi les plus impor^ tantes du royaume. Nous en indiquerons quatre seulement : Bordeaux Mar-
Bordeaux, dont la livrée est blanc et rouge, a en elTet pour arnios : de gueules, au cliàleau d'argent, sommé d on lion léopardë d'or et accompagné en pointe d'un croissant d'argent, au cliel cousu d'azur semé de fleurs de lys d'or.
M. Gouget, archiviste du département de la Giionde, a eu l'obligeance de nous communiquer l'extrait suivant de la Chroiiiqne bordelaise, qui traite ainsi des couleurs municipales de Bordeaux (chapitre des Intendants des œuvres publiques, page 38) : rr Maintenant je m'en vays remettre au (ftraitté des Maires et Jurais, de leur police et adrministralion et de leurs authoritez. Lequel gourvernement est aussi célébré es décrétâtes, c. i5. t-consulli de Procuratibus Gregori IX, l'an 121G.
frCar il n'y a ville en France où les magistrats Impopulaires paraissent plus quand ils marchent en frcorps, ny qui ayenl plus ample juridiction. 11 y a '•devant eux, quand ils sont en corps, quarante ''archers du guet, couverts de belles casaques rrd'escarlate, et tous les otiiciers de la ville qui sont "pourvueus des offices, dont avons fait mention, t-qui marchent aiLX processions et assemblées purbliques. Monsieur le Maire, vestu d'une robe de rr velours blanc et rouge avec les pareniens de bro- "catel , marche deux ou trois pas avant lesdits sieurs rr Jurais, et iceux sieurs marchent deux à deux, et rrle Procureur et Clerc de ville, qui sont de corps rraussi, de mesme au dernier rang, avec leurs robes rret chaperons de damas blanc et rouge. Aux en-
20à LES ARMOIRIES DE PARIS.
seille Metz Rennes dont la position géographique prouve qu'elles obéissaient à dés principes fixes, et non à des usages locaux.
Mais à quelle époque ces principes furent-ils posés et ces règles déterminées?
Absence Antérieurement au xiv^ siècle, les renseignements précis font absolument défaut
de
lenseigiuments précis sur cc point; Cependant il Y a tout lieu de croire que l'esprit de réglementation
anlérieurement 1 i O
iiï4Lk- s'était pas encore étendu jusque-là, pour les villes du moins, et que, parmi
les officiers municipaux, plusieurs se contentaient de rrse vestir lionestement, n comme on le recommandait encore aux bourgeois de Paris, lors de l'entrée d'Anne
frtrées (les Gouverneurs, lesdites robes sont de satin rrblanc et rouge; aux entrées des Rois, de velours T blanc et rouge doublé de taffetas rouge, et celle rtde M. le Maire, de brocatel. 11 est vrai qu'anffciemieuient ils n'avoient pas tant d'archers; mais rrtout le peuple les suivoit, quand ils éloient man- "dés aux assemblées et processions. Pour lors lesdits rr sieurs Jurats étoient habillés d'escarlate et de drap rrnoir de Paris avec des fourrures d'hermine presque T comme les capitouls de Tholose; mais k présent ccela a beaucoup plus de lustre, selon le jugement "•des personnes qui ont veu les autres villes, n
D'après les renseignements qu'a bien voulu nous donner M. L. Blancard, archiviste du département des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille, qui porte pour armoiries d'argent à la croix d'azur, se divisait autrefois en plusieurs quartiers ayant chacun leurs couleurs et leurs livrées; mais celles du quartier central ou de l'hôtel de ville, siège de la municipalité, étaient le blanc et le bleu de l écusson marseillais.
M. Sauer, archiviste du département de la Moselle, a mis obligeamment à noire disposition les premières pages d'un ouvrage intitulé La Moselle, et dont la publication n'a pas été continuée. Elles contiennent un travail fort remarquable sur les armes de Metz, qui sont un écu mi-parti d'argent et de sable. Le passage suivant montre que les couleurs et livrées de cette ville étaient tirées de son écusson municipal :
trLes soldoyeurs au service de la Cité étaient, iren liôa, accoustrés de blanc et de noir. Quand ff l'empereur vint à Metz, en i/iyS, les compagnies (fque la Cité équipa, dans la prévision d'une surf prise, portaient, comme signe de ralliement, un (técusson blanc et noir. En 1^89, Ions les soldats
messins avaient une écharpe blanche et noire. En ff 1 igS , c'était l'équipement complet qui était blanc ffct noir. L'exemple de l'agencement des couleurs (f nationales dans le costume était donné par les ff magistrats eux-mêmes. A la réception de Fréffdéric, en i/iyS, le maire de Porte-Moselle alla ffjusque près de Flanville présenter les clefs à l'em- 'rpei'eur. VjG maire avait une rohbe de blanc et de nnoir. Il en était de même de tous les éclievins; il ffn'y avait pas jusqu'aux huissiers qui ne fussent •f vêtus de noir et de blanc, et jusqu'aux clefs qui (tne fussent reliées par des cordons de soie blanche ffCt noire. En 1A98, ce fut au tour de Maximilien ffde venir recevoir les cadeaux de joyeux avéneffuient de sa bonne ville de Metz. La municipalité ffalla au-devant de lui jusqu'à Moulins, avec un ffdais en drap d'or frangé de soie blanche et noire. ffCent ans plus tard, en i56o, c'était le tour de ff Charles-Quint, qui fut reçu au Pont-des-Morts , crsous un dais de satin jaune, bi'odé aux armes de ffla maison d'Autriche, frangé de soie blanche et f noire. 55
Les couleurs de cette ville, qui a pour armoiries : pallé d'argent et de sable de six pièces, au chef d'argent chargé de cinq hermines de sable, sont blanc et noir. Les oITiciers et agents numicipaux de Rennes les portaient, le 12 août iSSa, lors de l'entrée en celte ville de François III, duc de Bretagne , dauphin de France. ( Dictionnaire hi.iloriqnc et géographique de la province de Bretagne , par Ogée, ingénieur-géographe de celte province, t. IV, p. Oy, au mot Rexnes; in-/4°, 1780. Voir également un manuscrit de la Bibliothèque nationale, collection des Blancs-Manteaux, coté FF» •2 93^9 , et intitulé : Pièces diverses sur In lirelagne et sur la maison de Bohau , fol. 53.)
COULEURS ET LIVRÉES DE LA VILLE. 205 (le Bretagne, en i5oi et i5o^i. C'est aux xv^ et xvi*^ siècles seulement que les (|iiestions de prés(5ance, de costumes et de livrées commencèrent à être sérieusement discutées, pour aboutir aux délibérations des corps constitués et aux mandements de l'autorité royale ou de ses délégués.
A mesure que la bourgeoisie parisienne croissait en richesse et en influence, elle acquérait une importance municipale et politique, qui se traduisait naturellement par un peu plus d'éclat extérieur. Le Corps de Ville s'élevait graduellement, se mêlait aux cortèges et cérémonies, y faisait de siècle en siècle meilleure figure, et jaloux d'étaler son opulence commerciale, en même temps que sa part d'autorité, à côté de la royauté, du clergé et de la noblesse, il était amené à déployer, dans ses costumes de gala, tout le luxe que comportaient ses fonctions. C'est ainsi qu'il dut se montrer, sans doute, aux époques de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Pliilippe le Bel, qui correspondent à un certain développement de la boui'geoisie parisienne, et par conséquent à un accroissement notable du pouvoir municipal.
Sous Charles V, alors que les armes de Paris, ne contenant pas encore le chef de France, mais les fleurs de lys seulement, n'avaient pour couleurs que le gueules du cliamp et l'argent du navire, les Prévôts des Marchands et Echevins de la Ville, ainsi que le Grellier, le Clerc et le Beceveur, les sergents de la Marchandise et ceux du Parloir aux bourgeois, portaient des robes mi-parties rouge violacé et blanc (rouge à gauche, blanc à droite); les sergents y joignaient, brodé sur l'épaule gauche, un navire d'argent sur des ondes de même couleur.
Les Grandes Chroniques de Saint-Denis nous montrent le Prévôt et les Echevins ainsi vêtus, en 1 377, dans une miniature qui se trouve en tête du chapitre intitulé : Ï)e8 présens que ceuls de Ja bonne viJle de Paris jirenl à l'empereur et à son filz le Roy des Romains.
Ce manuscrit précieux, dont le texte est de Pierre d'Orgemont'"', a été exécuté,
wv" siùclt.
(jouleurs de livrée
la ville lie Paris :
rouf'c ol hlnnr.
La reliure même est de ce temps. Ce manuscrit porte à la Bibliothèque nationale le n° 83 gS. Voyez la savante et curieuse dissertation insérée dans la Bibliolhèqne de l'Ecole des chaiies (t. Il, livraison 1 ) , et par laquelle M. Léon Lacabane prouve ce que nous venons de dire sur l'auteur et l'exécution de ce manuscrit ainsi que sur la date de sa reliure.
Pierre d'Orgemont. seigneur de Méry-sur-Oise
et de Chantilly, fils de Pierre d'Orgemont. bourgeois de Lagny-sur-Marne , fut d'abord conseiller au Parlement de Paris sous Philippe VI, puis maître des requêtes de l'Hôtel, second président au même Parlement et chancelier du Dauphiné. Le roi Charles V le nomma premier |)résident au Parlement de Paris le 90 novembre 187,3. et huit jours après l'éleva à la dignité de clianceliet' de l'rnnce, qu'il posséda jusqu'en octobre i 38o. \ cette
20fi LES ARMOIRIES DE PARIS.
écriture, dessins et enluminure, sous les yeux du célèbre chancelier. Des renseignements puisés à pareille source sont aussi exacts qu'il est possible de l'espérer; aussi croyons-nous devoir donner, à l'appui de notre assertion , le fac-similé de cette miniature. L'extrait suivant, emprunté au texte même du manuscrit, complète le renseignement fourni parle miniaturiste.
rrEt entre Saint Denis et la Chapelle vindrent à l'encontre de lui, dit le chronirf queur en parlant de l'empereur d'Allemagne faisant son entrée à Paris, le Precr vost de Paris et le Chevalier du guet , avec grant quantité de leurs sergens à cheval rc vestus d'unes robes. Et aussi y estoit le Prévost des Marchands et les Eschevins rr de la Ville et des bourgois de Paris, bien montez et vestuz d'unes robes mi parties crde blanc et de violet ' .
ffEt estoientbien en nombre des dites robes, en la dicte place, à cheval conie rrdit est, de xvnj'^ a n". De quoy les diz Prévois et Chevalier, les Eschevins et grant ff quantité de autres bourgois estoient montez sus beaux destriers et coursiers très cr noblement, et se mistrent rengiez aus champs, selon le chemin, en très belle rr ordenance. n
Le bleu Malgré cette affirmation si formelle d'un témoin oculaii'c, tous les historiens,
n'intra pas ni
lans en parlant du fameux chaperon mi-parti bleu et rouée du Prévôt des Marchands
la livrée de la Villr , ^ ^ ^ "
Je Paris Eticnne Marcel, chaperon adopté par la population de Paris durant les troubles
ivani K Jv' siècle. 1 i i 1 A
qui éclatèrent dans cette ville en i358, ont avancé que l'union de ces couleurs constituait dès lors la livrée municipale parisienne.
C'est une erreur que nous devons relever, le bleu n'ayant commencé à être ainsi employé qu'après l'introduclion du chef de France dans les armoiries de la Ville, c'est-à-dire entre i /n5 et 1/126. La réfutation est d'autant plus nécessaire, que cette opinion erronée a été émise par le Greffier même de la Ville, dans la relation qu'il fit, en i 558, des cérémonies du mariage célébré cette année entre le dauphin François, fils de Henri II, et Marie Stuart^-'.
Après avoir parlé du costume de livrée porté en cette occasion par les officiers municipaux de Paris, il ajoute que ces derniers rrne gardoient pas l'ordre ancien
époque, son grand âge lui fil quitter les affaires La teinte de ce violet indiquée par la minia-
puhliqucs et reniefire les sceaux au Roi. 11 mourut lureen fait un ve'ritablc rouge, il Paris en 1889. Son éltîvation à la chancellerie de Registre du Bureau de la Ville, année i558,
France présente une circonstance remarquable : il manuscrit des Archives nationales, coté H 1738,
Alt élu, par voie de scrutin, en présence du Roi fol. 288; Ccrcmonial français, par Th. Godefroy,
tenant son conseil au Louvre. édit. 16^9, in-fol. p. 28.
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jll^ltS DE LA VILLE DE PARIS
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l^ceaxûrp mift|)^fimrauerle ^1îov<?t loiflaXc c« imir en Cale a atS- tb^ ? jet^ (Ftjf^TOtcnt Jle J>nc tc^ea&t^ie q* jîeCotr^uâtt^ tutuoi^fae iboip? auequa^ 4U>p • iieuelqueteliiCCelm- U d}dtut wr Ce lemirmir- et' toue ou la pluô ûjQt î^îi^utto» ihfinairt^ ef gni6cç (<H rl îclennîfmur. cr le iJcw ïttj tmnaiiiôu^ men$(a|ad|mtr œ que le 'Kor te ïaUCa^i jtnnrcotttymfflite âïeriymur (bn^mi vBt apiee cegueïe au)p ortnfnr et rcftii ictmr mûicftamtoe/ilaU abxen pmtt g^ii» et totemott œuem ïemjmur amûi ^ mte a ïmwitpxie ttvmmawn rîianceïW.
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inuttitutîtî^ ^gCTft^^eaar mig \x<îneg qu
V1II& dePans /IravauxKist -
Fac-sim , Ciitoinohth-
Le Prévôl des Marchands et les EcKeviius de Pans, eii robes de céTémonie, offrant au nom de la Ville , des présents à l'Eraperear Charles IV.
(Bjbhotlècpe lu^énak Dé^'ies Nss.F° 2S13)
COULEURS ET LIVRÉES DE LA VILLE. 207 crqui estoit de porLcr rohbes h colet droit de bleu et de rouge my-parties, ceintes rravec chaperons de la incsnKï couleur, ainsi que l'on faisoit du temps du roy crJean, prisonnier en Angleterre, comme il appert par les annales de France, rr qu'Esticnne Marcel, prévost des Marchands, bailla au duc de Normandie, rr régent de France, son chaperon pers et rouge qu'il poi'toit, pour sauver la vie ff du Régent, n
Si le Greffier se (ût borné à alTuMner, sans dire sur quoi il basait son artirmation, que, du temps de la captivité du roi Jean, la livrée était bleue et rouge, nous eussions été fort embarrassé pour le réfuter, son titre officiel donnant à ses paroles une grande autoi'ité. Heureusement, lui aussi, il appuie cette opinion sur ce que le Prévôt des Marchands Etienne Marcel et ses partisans portaient, en i358, un chaperon mi-parti bleu et rouge, chaperon que ce prévôt révolutionnaire imposa à Charles V lui-même, alors régent de France, et à tous les habitants de la Ville de Paris.
Les Chroniques de Saint-Denis, que nous croyons devoir citer textuellemejit, puisque ce sont elles qu'invoquent le Greffier et, après lui, tous les auteurs qui partagent son sentiment, ne disent rien d'où l'on puisse conclure que les couleurs du chaperon d'Étieiine Marcel fussent habituellement portées par les Parisiens et constituassent la livrée de leur ville. Le contraire nous semble résulter du texte même. Voici en quels termes le chroniqueur raconte la prise de ces chaperons, au commencement de l'année i358 :
«La première semaine de janvier ensuyvant, ceuls de Paris ordenerent que ils rcaroient tous chapperons partiz de rouge et de pers, et fut commandé par les rr hostelz de par le Prévost des Marchands que l'en preist tel chaperon n
Plus loin, après avoir donné les détails du meurtre des maréchaux de Champagne et de Normandie et relaté les faits qui l'accompagnèrent, il ajoute*'^':
rrEt requist le dit Prévost à mons"" le duc, de par le dit peuple, que il vousist rr ratifier le dit fait et estre tout un avecques eulz, et que se mestier avoient rr d'aucun pardon, pour cause du dit fait, (jue le dit duc leur vousist tout pardonner, rr lequel duc octroya au dit Prévost toutes les choses dessus dites, et pria au dit rr Prévost que ceuls de Paris vousissent estre ses bons amis, et il seroit le leur. Et rrpour celle cause, le dit Prévost envoia à mons"" le duc deux draps, un de pers et rrun rouge, pour ce que le dit duc feist faire des chaperons pour li et pour ses
Chroni/iues de S'diH-Denis , fol. A07, nianus- Clironi/iues de Sdiiil-Denis , toi. Uio,
crit de la Bibliothèque nalionale, n° S.'igo.
trgens, tels comme ceuls de Paris les portoient, c'est à savoir parti de pers et de ff rouge , le pers à destre. Et ainsi le fîst mons"^ le duc , et portoit tel chaperon , comme et dit est, et ses gens aussi, et ceulx du parlement et des autres chambres du ff palais et tous autres officiers communelement estans à Paris. 11
ff Et en ce temps, assez tost après l'occision des trois dessus nommez, le Prévost ff des Marchans et les Eschevins envoierent lettres closes aux bonnes villes du ff royaume, par lesquelles il leur faisoit savoir le fait que ils avoient fait, et les reffqueroient que ils se vousissent tenir en vraie union avecques euls, et que ils ffvousissent prendre de leurs chapperons partis de pers et de rouge, si comme ff avoient fait le duc de Normandie et plusieurs autres du sanc de France, si comme ffcsdites lettres estoit contenu. Et en vérité ledit nions' le duc, le roy de Navarre ffet Je duc d'Orliens, frère du roy de France, et le comte d'Estampes, qui tous ffestoient des fleurs de lis, portoient les diz chapperons'''. n
On ne doit, on ne peut évidemment voir dans ce chaperon rouge et bleu qu'un signe de ralliement. Il ne nous paraît pas naturel d'ailleurs de supposer que la Ville de Paris ait pu proposer à la France de prendre ses couleurs; et, en invitant les autres cités à adopter un chaperon semblable au sien, elle prouve, par cette demande même, que le chaperon n'était pas à sa livrée.
Sous l'ancienne monarchie, les factieux prétendaient toujours, au milieu même de leur révolte, servir le Roi; ils prenaient les armes contre ses conseillers, contre son administration, pour lui, pour le bien de son état et de sa couronne. Marcel et ses partisans étaient dans ce cas, et leur chaperon, par l'union de la couleuirouge de la Ville avec l'azur des armes de France, montrait que, tout en attaquant le régent, ils ne voulaient point s'isoler de la royauté; et c'est sans doute pour cela qu'ils tenaient tant à le faire adopter par ce prince et par tous ceux qui estoient des jlenrs de Us.
En un mot, le célèbre chaperon rouge et bleu de i358 n'était, nous le répétons, qu'un signe temporaire de ralliement, comme le fut, en 1 3 79, le chaperon blanc des Gantois; comme le fut, en 1611, le chaperon bleu, à la croix rouge de Saint-André, des partisans du duc de Bourgogne; comme le fut, en 161 3, le chaperon blanc des Armagnacs, etc.
L'introduction du bleu dans les armoiries de la Ville, par suite de l'adoption du
Chroniques de Saint-Denis, fol. U\\.